La paroisse de Meyreuil, située dans le département des Bouches-du-Rhône, à environ au sud-est d’Aix-en-Provence, est l’une des 120 paroisses de l'Archidiocèse d'Aix-en-Provence.

La paroisse correspond géographiquement à la ville de Meyreuil, ce qui lui donne une superficie de et selon le dernier recensement, une population de .

La paroisse de Meyreuil est très ancienne et le village lui-même prend ses racines dans la Gaule celtique puis romaine, comme le montrent des vestiges de l'époque antique.

La seigneurie de Meyreuil été la propriété du monastère aixois des Dominicaines pendant près de 500 ans. Le roi René avait son pavillon de chasse au quartier de Langesse, non loin de Beaurecueil ; à la fin du , un grand saint vagabond qui parcourait la Provence a trouvé refuge dans une grotte du massif du Montaiguet à la limite de Gardanne; l'église Saint-Marc abrite un retable du attribué à Pierre Mignard, qui appartenait au couvent des Visitandines d'Aix-en-Provence et a été préservé de la destruction par le curé du village pendant les heures sombres de la Terreur. Enfin, une crèche artisanale animée est installée chaque année pendant les fêtes de Noël.

L’histoire de la paroisse

La période antique

L’Oppidum

Au lieu-dit la Vieille Église, au nord de l’ancienne église paroissiale Notre-Dame de la Rose, l’oppidum de Lou Casteou (anciennement nommé oppidum de Barthélémi ou castellas), implanté sur l’une des barres rocheuses sud du Montaiguet, couvre une superficie de plus d’un hectare (alt. .) Signalé pour la première fois en 1866 par le géomètre M. Audric, il n’est actuellement plus accessible, le terrain étant clôturé. Les érudits le décrivent comme un « habitat » celtique de forme rectangulaire défendu, sur deux côtés, par des fossés et, au sud, par un abrupt rocheux.

La Voie Aurélienne

Quand, maîtres de tout le pays, les Romains purent protéger leur système routier, ils établirent alors une nouvelle voie prolongeant vers l’est la Voie Domitienne. Ce fut la Voie Aurélienne. Celle-ci, depuis Aix, coupa à travers la nouvelle province pour rejoindre la mer à Fréjus, en empruntant les vallées de l’Arc et de l’Argens (notre Nationale 7) : elle traverse donc le terroir de Meyreuil, juste au nord de la RN7 dans le quartier de Langesse, à moins de de la chapelle romane Saint-Marc et de la bastide de la MoréeEvocation du vieil Aix-en-Provence, André Bouyala d’Arnaud, Les Éditions de Minuit, 1964.

La Bastide de la Morée

La Morée, en fait le vrai pavillon de chasse du Roi René, attribuée à son escuyer Urbain de Chaussegros en 1475, est adossée au mur d’une ancienne construction romaine, elle-même âgée de deux millénaires (les familles romaines de la colonie d’Aquae Sextiae avaient des maisons sur le territoire de Marolium). Les murs intérieurs font plus d’un mètre épaisseur.

Selon le comte Henri de Gérin-Ricard, archéologue et membre de l’Académie des Sciences de Marseille, cette construction romaine aurait été une piscine alimentée par une source voisine de nature sulfureuse. Ce pouvait être une auberge, lieu de repos destiné aux voyageurs de la Via Aurelia toute proche, qui reliait Rome et ArlesLes antiquités de la vallée de l’Arc en Provence, Henri de Gérin-Ricard, Abbé G. Arnaud d’Agnel, Éditions Lafitte Reprints, Marseille, 1979.

La période médiévale Haut Moyen Âge (500-987)

Au , Cassini indique sur sa carte « Maurée » pour la ferme de la Morée. (La Carte de France dite « Carte de Cassini » doit son nom à une lignée d’astronomes et de géographes d’origine italienne qui s’installent en France dans le dernier tiers du .Utilisée jusqu’au milieu du , cette carte couvre toute la France; c’est la plus ancienne carte réalisée à l’échelle topographique pour un pays entier. Elle fut commencée par César F. Cassini de Thury (1714-1784) et continuée par son fils Dominique (1748-1845); la gravure sur cuivre, entreprise en 1750 fut achevée en 1815 et elle comprend 154 feuilles de format 104x73cm et 26 de formats divers.)

La carte du Pays d’Aix fut réalisée en 1778. La Maurée, appellation d’une bastide de Meyreuil qui a appartenu au roi René, serait donc une référence à la présence sarrasine dans la région pendant plus d’un siècle.

Les Maures en Provence (793-975)

Après leurs défaites par Charles-Martel, les Sarrasins tentèrent des descentes sur les côtes de la Méditerranée, notamment en 793, alors que vivait encore Charlemagne; en 848, où ils surprirent Marseille; en 869, où ils prirent l'archevêque d'Arles, Rutland, qu'ils rendirent pour une forte rançon. Toutes ces tentatives furent des incursions passagères, jusqu’à ce qu’en 866, arrivés par mer, ils s'établissent sur les hauteurs du Fraixinet, aujourd'hui la Garde-Freinet. Selon les actes du Concile provincial de Valence (890), ils « réduisirent la Provence en solitude »… « Ils mirent à feu et à sang toute la Gaule subalpine » : Totam quoque Galliam subalpinam sanguine et incendio sub-merserunt (chronique de la Novalaise).

Ces ravages durèrent plus de quatre-vingt-cinq ans (890- 975), durant lesquels ils restèrent maîtres du pays, ainsi que l'attestent les chroniques de Flodoard, chanoine de Reims (894-966). L'évêque de Crémone, Luitprand (920-972), raconte les ravages des Sarrasins dans les Alpes, sous les règnes de Hugues de Provence (926- 947) et de Bérenger II (947-961).

La fin des Maures en Provence (972-975)

La capture de saint Maïeul par les Sarrazins en juillet 972 causa une vive émotion dans tout le pays. Les chrétiens se levèrent comme un seul homme, pour demander vengeance d'un pareil attentat. Conrad le Pacifique, roi d'Arles (938-993), qui, depuis 960 avait fait de Vienne sa capitale, ordonna à ses hommes de prendre les armes. Guigues Il d'Albon, Beuvon de Noyers, Valentin de Pietra-Castellana, Gibelin de Grimaldi, etc., vinrent se placer sous la bannière de Guillaume, comte de Provence (960-992).

Les chrétiens volèrent de succès en succès. Un très ancien bréviaire du diocèse de Gap, cité par Bouche, dans son Histoire de Provence, dit en propres termes : « Tandis que la ville de Gap et les terres circonvoisines étaient aux mains des Sarrasins, un chef appelé Guillaume, avec l'aide de Dieu, vainquit les susdits Sarrasins. Enfin, s'il faut en croire le chroniqueur contemporain Raoul Glaber, vers 975, les derniers Sarrazins furent chassés du Fraixinet. »Des traces laissées en Provence par les Sarrasins, Étude couronnée par le Félibrige parisien, Imprimerie et librairie de la Province, Paris, 1908.

Bas Moyen Âge (987-1500)

La seigneurie de Meyreuil (1000-1300)

Dans la liste dressée en 1098, Ecclesia Parochialis de Miroil (église paroissiale de Meyreuil) est une des paroisses que le chapitre d’Aix reconnaît comme appartenant à l’abbaye Saint-Victor de Marseille déjà en possession de la plus grande partie du « Val de Trets » (haute vallée de l’Arc) depuis le début du siècle.

En 1200 le registre Pergamenorum énumère le Castrum (petite agglomération fortifiée sur une hauteur) de Marueil parmi ceux du territoire archiépiscopal d’Aix. Le synode de 1251 taxe l’église de Mérolio à 12 deniers.

Meyreuil se tasse au sommet d’un talus en pente raide en contrebas d’une barre rocheuse dans le Montaiguet – occupant ainsi un site de cuesta (relief de côte). Un étroit couloir entaille le front de la falaise calcaire et sépare en 2 blocs la plate forme qui surplombe l’agglomération. Chacun de ces rochers supportant une forteresse.

Ces deux maisons sont citées pour la en 1284 lorsque les coseigneurs se partagent le domaine : à l’Ouest c’est le castellas dont le nom est souvent indice d’antiquité voire de vétusté …

À l’Est un ensemble plus important d’édifices enserrés dans une enceinte est dominé par la Tour qui se dresse encore aujourd’hui sur ce plateau « aux advenues pénibles » selon le parler du .

En 1300 le seigneur de Meyreuil (condamné pour « félonie ») est dépossédé de ses terres par Charles II d'Anjou, dit le Boiteux, fils de Charles d'Anjou et de Béatrice de Provence, roi de Naples, comte de Provence, d'Anjou et du Maine de 1285 à 1309.

Les Littera

Sancie de Roveria est née vers 1343, dans une famille de Provençaux très attachés à leurs terres, qui vit du revenu de ses seigneuries de Meyreuil et de Rousset. En 1348, la grande peste élimine à Aix 50 % de la population. À peine le fléau paraît-il se calmer que le royaume de France exporte en Provence son insécurité et ses désordres. Jean le Bon prisonnier en Angleterre, la guerre se termine, et des bandes armées qui ravageaient le royaume, partent chercher fortune en terre d’empire. Le pape Innocent VI , à Avignon, achète leur départ, mais un redoutable chef de bande, Arnaud de Cervole, s’empare de Saint-Maximin, où ses soudards multiplient vols, viols et tueries, puis décide de s’emparer d’Aix », qu’il vient assiéger en mars 1358. Après des assauts meurtriers contre des remparts que les habitants avaient renforcés, les assaillants sont finalement repoussés et Aix est sauvée : partout ce ne sont que destructions, maisons en ruines, terres abandonnées.

Transmission de la seigneurie de Meyreuil: 1343-1415 Sancie de Roviera / 1415-1431 ses héritiers mâles / 1431-1438 les seuls Elzear et Henri / 1446-1451 Guillaume de Littera / Après 1451 Johanona, petite nièce de Guillaume Vivre au Pays d’Aix aux temps de la reine Jeanne et du roi René, Archives du sud, Jean Fabre et Léon Martin, éditions Aubanel, 1984.

Les Dominicaines d’Aix, seigneurs de Meyreuil (1308-1792)

En 1290 Charles II d’Anjou (roi de Sicile et comte de Provence) transfère à Aix une petite communauté de Dominicaines qui végétait depuis trois ans à Marseille.

Il les affecte au service de l’Aumône et leur attribue la dotation de cette institution, dont la bastide de la Durane où il les loge. Mais elles ne s’y plaisent guère. Cédant à leurs récriminations, le roi acquiert l’ancien couvent des Sachets, ordre supprimé au concile de Lyon, et les y installe en 1292.

Le monastère de Saint-Barthélémy des Dominicaines de Notre-Dame de Nazareth

Il se situe auprès des remparts, dans un enclos, dit de Saint-Antoine, (acheté par le roi) aux moines de Saint-Victor de Marseille. Le chemin conduisant des remparts au couvent prit le nom de chemin de Nazareth et il le conserva quand, au milieu du , il devint une rue comprise à l’intérieur de ces remparts.

Charles II multiplie en faveur des religieuses les donations de revenus et les concessions de privilèges : exemption de bans, leydes (contributions indirectes en usage dans le Centre et le Midi de la France, comparables aux tonlieux dans le Nord; droit de halage ou mesurage qui se percevait au marché sur les grains, les fruits et autres denrées exposées; droit également perçu sur les ventes et impôts sur toute la Provence; et des donations importantes : revenus sur les péages comtaux d’Orgon et Saint-Paul-lès-Durance, revenus sur les pêcheries de Martigues (1297), seigneurie de Meyreuil, droits et moulins à Pertuis, biens à Aix et son terroir. Son fils Robert, confirma ces privilèges, biens et droitsArchives Départementales, Aix en Provence.

Les « dames » de Nazareth

Elles se recrutent parmi les familles nobles mais aussi dans les milieux de marchands et de juristes qui sont à Aix et dans le comté une véritable puissance. Et leur couvent, avec ses jardins et ses fontaines, est un des plus beaux bâtiments de la ville. Tout comme celui des Clarisses au Gallet-Cantant, fondé par la reine Sanche, femme du roi Robert, en 1337, autre « monastère royal ».

Charles II fit choix d’un autre sanctuaire (que l’église des Hospitaliers) pour son dernier repos. Son testament fait obligation à son héritier, sous peine de perdre ses droits sur les comtés de Provence, Forcalquier et Piémont, de transférer ses restes dans un délai de deux ans après sa mort au couvent de Nazareth à Aix.