vignette|alt= Métazoaire de la Méiofaune|Foraminifera.

Le terme méiofaune a été introduit et défini par Molly F. Mare en 1942 Mare, M.F. (1942) A study of a marine benthic community with special reference to the micro-organisms. Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 25: 517-554.. Le terme méio dérive du grec μείων qui signifie « plus petit ». Dans ce contexte, la méiofaune fait référence aux petits métazoaires benthiques plus petits que la macrofaune mais plus grands que la microfaune. Pour sa part, le terme méiobenthos se définit comme le compartiment benthique intermédiaire entre le macrobenthos et le microbenthos. Pour de nombreux auteurs, méiobenthos et méiofaune sont synonymes Balsamo, M., G. Albertilli, V.U. Ceccherelli, R. Coccioni, M.A. Colangelo, M. Curini-Galletti, R. Danovaro, R. D’Addabbo, C. De Leonardis, M.Fabiano, F. Frontalini, M. Gallo, C. Gambi, L. Guidi, M. Moreno, A. Pusceddu, R. Sandulli, F. Semprucci, M.A. Todaro, P. Tongiorgi. (2010). Meiofauna of the Adriatic Sea: present knowledge and future perspectives. Chemistry and Ecology. Vol. 26, Supplement, June 2010, 45–63. Coull, B.C., 1999. Role of meiofauna in estuarine soft-bottom habitats. Aust. J. Ecol. 24, 327–343.Giere, Olav (2009). Meiobenthology. The microscopic motile fauna of aquatic sediments, 2nd edition, Springer. Soltwedel, T. (2000): Metazoan meiobenthos along continental margins: a review. Prog. Oceanogr., 46, 59–84.. Conventionnellement, tous les métazoaires qui passent à travers un tamis de maille de et qui sont retenus par un tamis de mailles de font partie de la méiofaune Higgins, R.P. et Thiel, H. (1988) Introduction to the study of meiofauna. Smithsonian Institution Press, Washington D.C. . Il est à noter toutefois que plusieurs études utilisent des tamis de maille de pour la limite supérieure et de 42 à de mailles pour la limite inférieure Bianchelli S, Gambi C, Zeppilli D, Danovaro R (2009) Metazoan meiofauna in deep-sea canyons and adjacent open slopes: A large-scale comparison with focus on the rare taxa. Deep Sea Res I 57: 420–433. Brandt, A. (2007). The biodiversity of the deep Southern Ocean benthos. Phil. Trans. Roy. Soc. B 362, 39–66. Moreno, M., Vezzulli, L., Marin, V., Laconi, P., Albertelli, G. et Fabiano, M. (2008) The use of meiofauna diversity as an indicator of pollution in harbours. ICES Journal of Marine Science, 65, 1428-1435. Pusceddu A, Gambi C, Zeppilli D, Bianchelli S, Danovaro R (2009) Organic matter composition, metazoan meiofauna and nematode biodiversity in Mediterranean deep-sea sediments. Deep-Sea Research Part II 56: 755–762..

Pour certains groupes taxonomiques, comme les nématodes, qui peuvent avoir des longueurs corporelles dépassant les au stade adulte et qui ne vivent qu’une partie de leur cycle au sein de la meiofaune, il y a chevauchement des limites de tailles. On distingue alors la méiofaune temporaire, ceux qui passent par ce compartiment dans leur phase juvénile et qui termine leur cycle de vie au sein de le macrofaune, et la méiofaune permanente, ceux qui restent tout leur cycle de vie dans ce compartiment. Les métazoaires de la méiofaune (qui comprennent également des protozoaires de grandes tailles comme les foraminifères) ne sont pas seulement un groupe de petits organismes benthiques défini par leur taille, ils partagent entre eux un mode de vie distinctif, des relations écologiques et des traits évolutifs spécifiques.

Habitats vignette|alt= Métazoaire de la Méiofaune|Copepoda La méiofaune se retrouve dans une très grande diversité d’habitats. Ces petits métazoaires vivent en eaux douces (lacs et rivières) comme en milieux marins. On les retrouve à toutes les profondeurs, autant dans l’eau interstitielle entre les grains de sable de la plage que dans les fonds marins, dans les régions polaires et dans les zones équatoriales.

La méiofaune se retrouve dans tous les types de substrats meubles (des sédiments vaseux aux plus grossiers), mais aussi sur les surfaces végétales inertes et dans les biofilms sur les rochesMajdi, Nabil (2011), thèse d’État : La méiofaune du biofilm épilithique de rivière : dynamique et interactions trophiques ; Laboratoire d'Ecologie Fonctionnelle et environnement (EcoLab), mai 2012, 176 pp (résumé) . Ils occupent aussi d’autres types d’habitats : le système racinaire des végétaux, dans les mousses, sur les thalles des macroalgues, sur les banquises et même sur certaines structures animales comme les coraux, les tubes digestifs de vers et les épines des échinodermes.

En milieux marins, des études ont révélé que la méiofaune se retrouve dans les dix premiers centimètres de sédimentsDanovaro, R., M. Fabiano, G. Albertelli & N. Della Croce (1995) Vertical distribution of meiobenthos in bathyal sediments of the Eastern Mediterranean Sea: relationship with labile organic matter and bacterial biomasses. PSZNI: Marine Ecology, 16(2), 103-116. et que la majorité se retrouve dans les six premiers centimètresDanovaro, R., Della Croce, N., Eleftheriou, A., Fabiano, M., Papadopoulou, N., Smith, C., & Tselepides, A. (1995). Meiofauna of the deep Eastern Mediterranean Sea: distribution and abundance in relation to bacterial biomass, organic matter composition and environmental factors. Progress in Oceanography, 36, 329–341.. Lorsqu’ils sont dans les sédiments sableux et vaseux, ils se retrouvent dans les deux à trois premiers centimètres de sédiments.

Distribution et structure de la méiofaune

Plusieurs facteurs abiotiques et biotiques agissent en synergie. Ils structurent l’environnement ainsi que les communautés de la méiofaune et déterminent l’abondance et la distribution spatiale de ces petits métazoaires.

Facteurs abiotiques vignette|alt= Métazoaire de la Méiofaune|Kinorhyncha

Les facteurs océanographiques et hydrodynamiques tels que : l’action des vagues et des marées, la circulation de l’eau, l’exposition aux courants.

Les facteurs sédimentaires tels que : la granulométrie, la forme et la taille des grains, leur porosité et perméabilité, la composition chimique des sédiments et leur teneur en eau, les conditions géologiques du milieu.

Les facteurs physico-chimiques tels que : l’oxygène disponible, la salinité, l’oxydoréduction (potentiel redox), la température, la teneur en sulfure d’hydrogène (H2S), le pH et la pollution.

Parmi ces facteurs abiotiques, la taille des grains est un facteur clé puisqu’il détermine la structure spatiale du milieu et, indirectement, les conditions physiques et chimiques qui prévalent dans les sédiments. C’est la variable naturelle qui influence la distribution et la composition des communautés de la méiofaune en agissant directement ou indirectement sur l’espace interstitiel, le taux d’oxygène et la nourriture disponible dans les sédimentsSemprucci, F., P. Boi, A. Manti, A. Covazzi Harriague, M. Rocchi, P. Colantoni, S. Papa, and M. Balsamo. (2010) Benthic communities along a littoral of the Central Adriatic Sea (Italy), Helgoland Mar. Res., Helgol Mar Res 64:101–115. Ainsi, selon la composition des sédiments, le volume que pourra occuper la méiofaune dans les pores (espaces entre les grains) peut être très réduit (par ex. un mélange de sable, limon et de gravier) ou beaucoup plus grand (sédiments plus grossiers). Certaines études démontrent que la diversité des métazoaires de la méiofaune augmente avec une augmentation de la concentration de grains de grosseurs moyennesHeip C, Vincx M, Vranken G (1985) The ecology of marine nematodes. Oceanogr Mar Biol Annu Rev 23:399–489Steyaert M, Garner N, Gansbeke D, Vincx M (1999) Nematode communities from the North Sea: environmental controls on species diversity and vertical distribution within the sediment. J Mar Biol Assoc U K 79:253–264Vanaverbeke J, Gheskiere T, Steyaert M, Vincx M (2002) Nematode assemblages from subtidal sandbanks in the southern bight of the north sea: effect of small sedimentological differences. J Sea Res 48:197–207. De plus, la surface externe et la porosité des sédiments déterminent la surface disponible pour la colonisation par les bactéries, les microchampignons, les diatomées et les microalgues qui sont une source de nourriture pour la méiofaune.

La pollution joue un rôle dans l’abondance et la structure de la méiofaune. L’augmentation des températures et l’eutrophisation engendrent une réduction de l’oxygène disponible et sont associées à une augmentation de sulfure d’hydrogène (H2S) et d’ammoniac dans les sédiments, ce qui réduit l’espace disponible pour la méiofaune.

Facteurs biotiques

Les facteurs biotiques qui influencent et structurent les communautés de la méiofaune sont :

la matière organique particulaire (MOP : détritus et vivant) qui provient surtout des organismes morts du plancton et des détritus du phytoplancton ;

les biofilms (mucus provenant des microorganismes benthiques et de méiofaune et macrofaune) ;

la matière organique dissoute (MOD) qui provient surtout des excrétions et de la décomposition des bactériesVan Oevelen D, Moodley L, Soetaert K, Middelburg JJ (2006) The trophic significance of bacterial carbon in a marine intertidal sediment: results of an in situ stable isotope labeling study. Limnol Oceanogr 51: 2349–2359. et l’exsudation des bactéries et des plantes ;

les bactéries ;

la microfaune ;

la macrofaune.

Le mucus et les biofilms produits par les microorganismes forment une matrice dans laquelle les sédiments sont imbriqués, diminuant ainsi le flux d’érosion et de suspension de la méiofaune, ce qui permet une stabilisation du milieu benthique et une favorise la colonisation par la méiofaune.

Abondance et biodiversité vignette|alt= Métazoaire de la Méiofaune|Nematoda

Les niveaux d’abondances les plus élevés de la méiofaune se retrouvent dans les estuaires vaseux intertidaux, alors que les niveaux les plus bas sont typiques des fonds marins et ce dans tous les types de milieux, partout à travers le monde, peu importe la région climatique.

Dans les fonds marins, la méiofaune représente le groupe de métazoaires benthiques le plus abondant. On estime qu'il y a entre 100 000 et 1 000 000 individus par mètre carré, ce qui représente une biomasse de 1-2 dW/m. La biomasse et l’abondance de la méiofaune varient naturellement selon la saison, la latitude, la profondeur, les marées, la taille des grains du substrat, le type d’habitat, la nourriture disponible et beaucoup d’autres facteurs abiotiques et biotiques présents dans l’écosystème.

Les taux les plus élevés d’abondance et de biodiversité de la méiofaune se retrouvent dans les premiers centimètres de sédiments, c'est-à-dire ces zones où les sédiments sont les mieux oxygénés et dépourvus de sulfure.

La macrofaune peut aussi jouer un rôle dans l’abondance et la structure de la communauté de la méiofaune en créant une pression de prédation et de la bioturbation, en réduisant la quantité de nourriture disponible, en modifiant la qualité de l’habitat et la stabilité des sédimentsKuhnert, J., Gritta Veit-Köhler, Marco Büntzow, Nils Volkenborn. (2010). Sediment-mediated effects of lugworms on intertidal meiofauna. Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, Volume 387, Issues 1-2:36-4.3.

La meiofaune est un groupe hétérogène. Ce groupe est le plus diversifié de tous les composants du biotope marin. Ainsi, 24 phyla du règne animal sur 35 sont présents dans la méiofaune. Les taxons les plus représentés par la méiofaune sont les Foraminifera, les Proseriata, les Gastrotricha Chaetonotida, les Nematoda, les Kinorhyncha, les Tardigrada et les Copepoda Harpacticoida. Les nématodes, les foraminifères et les copépodes sont les taxons les plus abondants au sein de la méiofaune. Des études archéologiques révèlent que la composition de la méiofaune est restée inchangée depuis au moins la période du Trias moyen, soit il y a 250 millions d’annéesKnaust, D. (2010). Remarkably preserved benthic organisms and their traces from a Middle Triassic (Muschelkalk) mud flat. Lethaia, 43.