Le château royal du Vivier-en-Brie, situé sur le territoire de la commune française de Fontenay-Trésigny (Seine-et-Marne), à environ 50 km au sud-est de Paris, entre Meaux et Melun, est un château du XIIIe et XIVe siècle, construit à l’origine à la demande de Charles de Valois, à l’emplacement d’un ancien « hostel ». Il sera ensuite largement agrandi par le roi Charles V. C’est aujourd’hui un domaine privé dans lequel sont organisées des événements et des récèptions.

Les ruines du château, ainsi que les sols correspondant à l'emprise initiale de l’ensemble, incluant les communs, font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 31 octobre 1996.Le domaine est situé dans un site remarquable du ru de Bréon, affluent de l'Yerres, rivière elle-même affluent de la Seine.

Histoire

Origines hydrauliques et seigneuriales Le site du Vivier-en-Brie doit son nom à la présence d’un ancien étang poissonneux, traditionnellement identifié avec l’étang du Grand Moulin, situé à proximité du château. Avant de devenir une résidence seigneuriale puis royale, le lieu semble avoir été marqué par sa fonction hydraulique et piscicole, dans un paysage humide de la Brie occidentale.

Même si la création précise des étangs du Vivier ne peut être datée, il est possible que ceux-ci trouvent leurs premiers aménagements au cours du Xe siècle. Leurs existences s’inscrivent dans une évolution plus large du Moyen Âge central : la transformation progressive des zones humides en espaces productifs, contrôlés par les seigneurs et valorisés pour la pêche, le moulin et l’organisation du domaine. Cette période correspond, dans une grande partie de l’Occident médiéval, à une phase de réorganisation des pouvoirs locaux et des terroirs. Les seigneuries, les établissements religieux et les grands domaines cherchent alors à mieux contrôler les ressources naturelles, notamment l’eau, les bois, les terres cultivables et les zones humides. Dans ce contexte, les étangs et les viviers prennent une importance croissante.

Le poisson occupe une place importante dans l’alimentation médiévale, notamment en raison des nombreux jours maigres imposés par le calendrier religieux. Les viviers représentent donc à la fois une richesse économique, une ressource alimentaire et un signe de maîtrise seigneuriale du territoire.

Le domaine du Vivier dépendait à l’origine de la seigneurie de Tournan-en-Brie. Celle-ci est associée, aux XIe et XIIe siècles, à une lignée seigneuriale locale généralement rattachée aux seigneurs de Vitry. Le plus ancien seigneur de Tournan connu par la tradition historique locale est Guy ou Guillaume, mentionné vers 1088. Son fils Manassé lui aurait succédé, puis son petit-fils Guy de Vitry. En 1147, ce dernier vend la terre de Tournan à Guy de Garlande ; le Vivier, alors dépendance de cette seigneurie, entre ainsi dans le patrimoine des Garlande.

Le domaine royal À la fin du XIIIᵉ siècle, le domaine du Vivier-en-Brie entre dans l’orbite de Charles de Valois, frère du roi Philippe IV le Bel. Situé en Brie, à proximité des grands axes reliant Paris, la Champagne, la Picardie et les Flandres, le site présente un intérêt stratégique, économique et résidentiel. Charles de Valois se sert alors de son impunité politique afin de pouvoir racheter cette seigneurie de manière musclé. Pierre de Chambly, chambellan du roi, achète le domaine à la famille de Garlande puis cède le domaine en Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France des Pairs, Grands officiers de la couronne et de la Maison du roi; et des grands barons, tome sixième, Paris, 1730, .. Suite à cela, le roi offrira des terres à son chambellan pour le remercier de sa loyauté. gauche|vignette|260x260px|Philippe VI de Valois, 1336 Charles de Valois y fait alors aménager un vaste manoir princier, profitant d’un environnement favorable composé d’étangs, de bois et de terres seigneuriales. Évrard d'Orléans, peintre de la Cour, peint en 1308 les « salles et galeries » du Vivier. Philippe IV le Bel fit plusieurs séjours au château. Son fils, Philippe V fit des séjours au château en 1319 et 1320 et y signe des ordonnances sur l'organisation de la Cour des comptes et le parlement de Paris. En 1316, le pape Jean XXII publie une bulle autorisant la fondation d'une chapelle dédiée à saint Thomas Beckett.

Le site sert alors à la fois de résidence, de lieu de conseil politique et de point d’appui dans le réseau des demeures capétiennes, aux côtés de Fontainebleau, Vincennes, Villers-Cotterêts, Crépy-en-Valois ou encore du palais de la Cité. Après la mort de Charles IV le Bel en 1328, Philippe de Valois, futur Philippe VI, passe par le Vivier avant son couronnement à Reims. À partir de 1333, le domaine devient l’une des résidences royales importantes de la monarchie française, intégrée au réseau des grands lieux de pouvoir et de séjour des rois de France.

Sous Philippe VI de Valois, le Vivier-en-Brie demeure une résidence royale importante. Après son accession au trône en 1328, Philippe VI parcourt le royaume afin d’affirmer son autorité, notamment dans le Nord, en Flandre, puis lors de l’assemblée de Vincennes de 1329. en 1336, le domaine du Vivier est doté d’une seconde chapelle, dédiée à saint Louis, qui vient compléter la chapelle Saint-Thomas-Becket fondée par Charles de Valois. En 1337, les deux chapelles sont placées sur un pied d’égalité.

Le domaine conserve également une fonction politique. Après la trêve de Malestroit conclue en janvier 1343 avec l’Angleterre, Philippe VI séjourne au Vivier en janvier 1344, à l’occasion du mariage de son fils Philippe d’Orléans avec Blanche de France. Il donne alors le domaine à son fils Jean, futur Jean II le Bon, tout en continuant à y séjourner. En 1349 et 1350, Philippe VI y prend aussi des décisions concernant Charles II de Navarre, dans le cadre des alliances entre les Valois et la maison de Navarre. vignette|Jehan II le Bon À la mort de Philippe VI, le 22 août 1350, Jean II de Valois organise rapidement son couronnement, dans un contexte de rivalité avec Édouard III d’Angleterre. Sacré à Reims le 26 septembre 1350 sous le nom de Jean II le Bon, il cède le domaine du Vivier-en-Brie à son fils Charles, duc de Normandie et futur Charles V. Cette donation s’inscrit dans une pratique destinée à fournir au dauphin des revenus personnels et une résidence propre.

Le jeune Charles manifeste rapidement un intérêt particulier pour le domaine. Avec l’appui de son père, il entreprend de renforcer le rôle religieux du Vivier. Le 17 janvier 1352, il obtient du pape Innocent VI l’autorisation d’élever la chapelle du Vivier au rang de collégiale et d’y fonder un chapitre. Cette fondation, dédiée au salut de l’âme de Philippe VI, de la reine Bonne de Luxembourg, de Jean II et des ancêtres de la dynastie, comprend un chantre, des chanoines, des vicaires et plusieurs clercs. Le roi conserve cependant le contrôle des nominations et des revenus attachés au chapitre.

Le Vivier devient également un lieu important de la politique matrimoniale des Valois. Afin d’apaiser les revendications de Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais, Jean II lui propose en mariage sa fille Jeanne de France. Le mariage est célébré au château du Vivier-en-Brie en février 1352, en présence du roi, du Dauphin Charles et de plusieurs membres de la famille royale. Pour l’occasion, le domaine est réaménagé et décoré de tentures, de joyaux et de vaisselle précieuse provenant notamment du palais du Louvre et du Temple.

En octobre 1353, la collégiale du Vivier est consacrée par Philippe de Vitry, évêque de Meaux, proche du roi Jean II et du dauphin Charles. Le site apparaît alors comme une résidence à la fois politique, religieuse et dynastique, étroitement liée à la formation du futur Charles V.

Les tensions entre Jean II et Charles de Navarre s’aggravent cependant après le mariage. Le non-paiement de la dot promise et l’attribution de terres revendiquées par le roi de Navarre à Charles de la Cerda, favori de Jean II, provoquent une rupture durable. L’assassinat de Charles de la Cerda en janvier 1354, puis l’arrestation de Charles de Navarre en avril 1356, contribuent à déstabiliser le royaume. Après la capture de Jean II par les Anglais à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356, le roi ne revient plus au Vivier. Il meurt à Londres le 8 avril 1364, laissant à son fils Charles un royaume affaibli, que celui-ci s’emploiera à restaurer sous le nom de Charles V le Sage. gauche|vignette|Charles V et les messagers de l'empereur Charles IV Entre 1356 et 1358, le dauphin Charles est retenu loin du Vivier-en-Brie par la crise politique qui suit la capture de Jean II le Bon par les Anglais. Devenu lieutenant général puis régent du royaume, il doit faire face à l’opposition des états généraux, à l’influence d’Étienne Marcel à Paris et aux ambitions de Charles II de Navarre. Dans ce contexte de guerre civile et de crise financière, le dauphin quitte Paris en 1358 et se rend notamment en Champagne ; il fait halte au Vivier le 8 avril avant de rejoindre Provins.

Après l’assassinat d’Étienne Marcel et la reprise de Paris par le régent en août 1358, la situation reste instable. La chevauchée d’Édouard III en 1359, les actions de Charles de Navarre et la présence des Grandes Compagnies maintiennent le royaume dans une situation difficile. Charles parvient cependant à renforcer son autorité, notamment après la victoire de Cocherel, remportée le 16 mai 1364 par l’armée conduite par Bertrand du Guesclin contre les troupes navarraises et anglaises. Il est sacré roi de France à Reims le 19 mai 1364 sous le nom de Charles V.

Le Vivier-en-Brie occupe une place importante dans la politique religieuse et résidentielle de Charles V. Le roi y séjourne à plusieurs reprises, notamment en août 1367, puis du 21 au 23 mars 1368. Durant ce séjour, il fonde au Vivier une Sainte-Chapelle royale palatine, sur le modèle de la Sainte-Chapelle de Paris, et y fait déposer un fragment de la Vraie Croix faisant de la chapelle une « sainte chapelle »Louis Archon, Histoire de la Chapelle des rois de France, , , Paris, 1711 ; selon l'abbé Archon, c'est le dauphin Charles qui y fait créer une sainte chapelle... Le site devient ainsi un lieu de mémoire dynastique et religieuse associé au prestige de la monarchie.

Charles V poursuit ensuite l’organisation du chapitre du Vivier. Le 7 mai 1370, il fonde un nouveau collège pour sa Sainte-Chapelle, composé d’un trésorier, de chanoines, de vicaires et de clercs. Le domaine est également transformé sur le plan architectural. Avec son maître d’œuvre Raymond du Temple, le roi fait aménager le palais, renforcer les tours et développer le complexe résidentiel et religieux. Le Vivier devient alors l’un des lieux d’expérimentation architecturale, annonçant certains développements du château de Vincennes.

Charles V séjourne encore au Vivier à plusieurs reprises, notamment en octobre 1368, en mars 1369, en novembre 1370, en septembre 1374 et une dernière fois en juillet 1376. Son attachement au lieu apparaît également dans son testament, où il prévoit une donation particulière pour l’église du Vivier-en-Brie. Le roi meurt le 16 septembre 1380, laissant le souvenir d’un souverain bâtisseur, très lié au développement religieux et architectural du domaine.

À la mort de Charles V, son fils Charles VI n’a pas encore douze ans. La question de la régence provoque rapidement des tensions entre les princes de la famille royale, notamment les oncles du jeune roi. Malgré ces difficultés, Charles VI est reconnu majeur le 2 octobre 1380 et sacré roi de France le 4 novembre suivant. Avant son couronnement, il passe par le Vivier-en-Brie, où il séjourne du 25 au 26 octobre 1380. Il s’y recueille devant la relique de la Vraie Croix conservée dans la Sainte-Chapelle fondée par son père. vignette|Charles VI, détail d'une miniature des Dialogues de Pierre Salmon