La déglutition atypique est un vestige de la déglutition infantile. La langue s'oppose à tout contact entre les dents supérieures et inférieures : c'est l'interposition linguale entre les arcades dentaires.
La déglutition atypique est responsable de l'apparition des dysfonctions de l'appareil manducateurJeanmonod A, La responsabilité de la déglutition atypique dans l’apparition des dysfonctions de l’appareil manducateur, Bull. , Acad. Natle Chir. Dent., 1989: 35-40, ou déglutition atypique « à vide » Cotton G, Occlusodontologie et Orthodontie, VJOrthod, Gabriele Floria Editor, Florence (Italy): 1996Kratz S, La Déglutition et l'Occlusodontologie, Mémoire, Graduat en Logopédie, Institut Libre Marie Haps asbl, Bruxelles: 1996. À l'opposé, il existe plus d'une centaine de maladies périphériques associées à la déglutitionDiagnosisPro, 100 maladies associées à maladies de la déglutition, Free Online Differential Diagnosis Tool [en ligne] fr.diagnosispro.com Consulté le 15 décembre 2010. et dénombrent sept fois plus de raisons responsables d'une déglutition difficile [en ligne] WrongDiagnosis.com Consulté le 15.12.2010..
Définitions
La déglutition atypique touche 10 à 15% des adultes. Elle se caractérise par le réflexe d'étalement horizontal de la langue entre les deux arcades dentaires, des dents cliniquement trop petites, des « encombrements » dentaires (manque de place, bruxisme), des mâchoires « trop petites » (ODF : « contenant dentaire »), un palais étroit et profond, des fosses nasales étroites (stagnation des sécrétions, proliférations bactériennes), des sinus peu développés (ventilation pauvre, sinusites) et une hypoacousie (trompe d'Eustache peu perméable). Toutes ces caractéristiques forcent la personne à respirer par la bouche (respiration buccale). Les irritations des voies respiratoires sont fréquentes et diverses, voire estivales, telles amygdalite (grosses amygdales, angine, odynophagie), « refroidissements » (rhume, rhinite, pharyngite, trachéite, bronchite), allergie ou rhume des foins, sinusite, aigüe ou chronique. D'autres signes peuvent se greffer sur ce terrain déjà favorable aux agressions du milieu extérieur : acouphènes, otites, ronflements, apnées obstructives du sommeil, mort subite, etc.
thumb|left|Académie Nationale de Chirurgie Dentaire, des prémolaires et molaire supérieures droites. thumb|right|Déglutition atypique après traitement ODF (intercuspidation maximale volontaire) : hauteurs cliniques des canine, prémolaires et molaire supérieures droites.
Le passage de la déglutition infantile (respirateur buccal) à la déglutition physiologique adulte, dite « en dents serrées » (respirateur nasal), dépend plus du développement et de la maturation : 1. Des tissus (complexe alvéolo-dentaire, palais, fosses nasales et sinus maxillaires) etc. ; 2. Des fonctions locales (dents, os, ligaments, proprioception desmodontale, déglutition) et systémiques (système circulatoire, système respiratoire, système nerveux), que de l'âge civil de l'individu (voir 3.6. Auxologie ci-après).
Des dents verticalement trop petites (infraclusion organiqueInfraclusion organique : terme d'Occlusodontologie pour désigner des dents qui n'ont pas achevé leur phase d'éruption au moment de la permutation dentaire (enfants, adolescents).) engendreront toujours un Espace libreEspace libre physiologique = espace qui sépare les dents supérieures des dents inférieures, lorsque tous les muscles des mâchoires sont au repos physiologique. trop grand (voir Gnathologie). Ceci entretient, chez l'adulte, le mode de déglutition atypique (infantile) et des béances dentairesBéance dentaire : espace vertical compris entre une dent supérieure et son antagoniste inférieure, lorsque les deux arcades dentaires sont en intercuspidation maximale volontaire (arcades en occlusion).. L'ODF n'a pas pour but de modifier l'Espace libre réflexe, mais seulement de perfectionner l'alignement horizontal des dents sur une arcade. Les exercices volontaires de myothérapie fonctionnelle (MTF) sont sans effet sur les causes objectives (étiologie anatomique et fonctionnelle) du réflexe de la déglutition atypique (voir 8.2. Myothérapie fonctionnelle ci-après).
Les conséquences pathogéniques de la déglutition salivaire atypique ne deviennent aigües que si survient un phénomène déclencheur ou perte des références naturelles : interpositions linguales multiples (migrations dentaires, béances, bruxisme), incompétences labiales, respiration buccale, obturation dentaire en malocclusion, extractions dentaires intempestives, restaurations prothétiques multiples, fatigue générale, stress permanent, dépression, intubation musclée d'anesthésie générale, rhinites estivales, allergies, apnée obstructive du sommeil, acouphènes
Pour diminuer la hauteur de l'espace libre, il faut augmenter artificiellement la hauteur des dents. Plus le patient est jeune (de 5 à 7 ans), meilleur sera le pronostic du traitement interceptif (voir 8. Prise en charge de la déglutition atypique ci-après). En cas de malpositions dentaires graves, associées à un espace libre trop important, à une supraclusion incisvo-canineSupraclusion incisvo-canine, ou overbite (en) : recouvrement important des incisives supérieures sur les incisives inférieures lorsque les arcades dentaires sont en intercupidation maximale volontaire (« occlusion »). L'espace libre est considérable = dents trop petites sur les arcades. Étiologie : déglutition infantile, devenue déglutition atypique chez le sujet adulte. ou à un âge par trop avancé (phase terminale de l'adolescence, adulte), le traitement occlusal sera le plus souvent invasif (plan de morsure provisoire en résine, couronnes prothétiques et bridges en porcelaine). Il pourra également se réaliser en étroite coordination avec un orthodontiste compétent (ODF, Bio-Orthodontie). La déglutition physiologique concerne moins de 25 % des adultes : palais large et relativement plat (peu profond), respiration nasale. Comme la fonction occlusale de ces patients est asymptomatiqueRMDA = relation myodéterminée asymptomatique - Jeanmonod A, Occlusodontologie, Applications cliniques, CDP, Paris (France): 41., ils ne consultent jamais pour des problèmes fonctionnels : leur principal souci dentaire est la perfection de l'hygiène quotidienne.
Croissance Fœtus thumb|Nouveau-né (9 mois) : une langue flanquée entre les bourrelets gingivaux, supérieur et inférieur, contenant les germes dentaires. thumb|right| : les bourrelets gingivaux, supérieur et inférieur, se garnissent des 2x 10 organes dentaires jusqu'à l'âge de 4 ans (denture lactéale). Déglutition archaïque ou ancestrale : le réflexe de déglutition du liquide amniotique s'installe vers le quatrième mois de la vie intra utérine (G. COULY, 1988). La pression d'un bol de liquide amniotique, sur les récepteurs de la face dorsale de la langue, génère le réflexe d'initiation de la déglutition. À ce stade, il n'y a aucune relation entre la langue et les germes dentaires en formation et enfouis dans les procès alvéolaires. Dans l'os, le germe dentaire suit une éruption endo-alvéolaire activeProffit WR, Prewitt JR, Baik HS, Lee CF, Video microscope observations of human premolar eruption, J Dent Res. 1991 Jan;70(1):15-8.Kardos TB, The mechanism of tooth eruption, Br Dent J. 1996 Aug 10;181(3):91-5.Pilipili MC, Contribution à l'étude de l'éruption dentaire, Thèse, Université Catholique de Louvain, Bruxelles (Belgique): 1993Pilipili CM, Goret-Nicaise M, Dhem A, Microradiographic aspects of the growing mandibular body during permanent premolar eruption in the dog, Eur J Oral Sci. 1998 Jan;106 Suppl 1:429-36. jusqu'à la percée gingivale, où la dent rencontre un obstacle et tous les mécanismes biochimiques s'arrêtent. Cet obstacle buccal, ou contact « occlusal » sur la face triturante de la dent, peut aussi bien être une dent antagoniste (occlusion dentaire) que la langue (occlusion dento-linguale lors de la déglutition infantile).
Nourrisson, enfant et adolescent Il faut garder à l'esprit que la mise en place d'une relation maxillo-mandibulaire physiologique (« RMDA ») et d'un Espace libre, ou distance séparant les deux mâchoires, ne dépendent nullement de la présence des dents en bouche, mais bien de la position spatiale (posture) de la mâchoire inférieure (base osseuse d'un maxillaire), soumise à la gravité terrestre (constante « g ») et suspendue par un hamac musculaire tendu entre le crâne et le sternum.
L'alimentation au sein (succion, aspiration) dépense 10 fois plus d'énergie que l'alimentation au biberon. Indépendamment de l'état de la denture, la déglutition infantile place horizontalement la langue, entre les bourrelets gingivaux, supérieur et inférieur : ceci stabilise la mâchoire inférieure par rapport au crâne et permet au réflexe pharyngien d'expédier le bol de lait vers l'œsophage. La denture lactéale (dents de lait) se met en place entre 0 et 4 ans : deux incisives, une canine et deux molaires par quadrant, soit un total de 20 dents. L'éruption de ces dents interfère avec l'étalement horizontal de la langue. La première molaire permanente (dents définitives) apparaît vers l'âge de 6 ans et en arrière de la dernière molaire lactéale, soit 24 dents au total. C'est le début de la permutation dentaire : celle-ci dure jusqu'à 12-14 ans et chaque année, ce sont 4 dents lactéales (une par quadrant) qui seront remplacées par les dents permanentes.
L'âge dentaire « adulte » À 12-14 ans, on compte ainsi 28 dents en bouche. L'ordre d'éruption a plus d'importance que l'âge de l'apparition de la dent en bouche (voir : Dentition). C'est la denture adulte : dents permanentes ou dents définitives. Le périmètre du contenant, ou os alvéolaire, augmente à chaque éruption dentaire. Toute la vie, cette base osseuse sera toujours soumise au remaniements internes, suivant les contraintes (forces musculaires) qu'il subit. Les symphyses mentonnières de la mâchoire inférieure ne termineront leur activité (croissance) que vers l'âge de 17 ans (âge civil). À l'adolescence, tout praticien s'attend à voir la déglutition infantile se convertir en déglutition « en dents serrées », ou déglutition physiologique : on n'observera celle-ci que chez moins de 25 % des adultes. Pour les autres, la déglutition infantile se poursuit et change simplement de nom : déglutition atypique ou déglutition dysfonctionnelle, par simple respect de l'âge civil du patient. Quant aux 4 dents de sagesse, si elles existent, elles feront leur éruption entre 18 et 25 ans (troisième dentition) : ceci amène la denture adulte à un potentiel de 32 dents.
Parodonte Le ligament parodontal relie la dent à l'os alvéolaire. Cet ensemble contient le système proprioceptif de la dent : terminaisons de la douleur (nocicepteur, nociception) et de la sensibilité tactile fineTrulsson M, Essick GK, Sensations Evoked by Microstimulation of Single Mechanoreceptive Afferents Innervating the Human Face and Mouth, J. Neurophysiol. 103, 2010: 1741-47 - Cité par Hartmann F, Marseille (France).Trulsson M, Francis ST, Bowtell R, McGlone F, Brain activations in response to vibrotactile tooth stimulation: a psychophysical and FMRI study, J. Neurophysiol. 104(4), 2010: 2257-65. (propriocepteurs, mécanorécepteurs).
La déglutition salivaire « en dents serrées » est l'idéal physiologique à atteindre : une hauteur clinique optimale des dents stimule les propriocepteurs desmodontaux lors de cette occlusion des dents antagonistes. La déglutition salivaire physiologique va de pair avec une élévation et un écrasement de la langue dans le palais, ou travail lingual vertical.