thumb|Dessin de la fontaine réalisé entre 1804 et 1807. thumb|Élévation et plan de la fontaine. La fontaine des Invalides, construite entre 1800 et 1804, transformée en 1825 puis en 1830 et définitivement démolie en 1840, est une fontaine parisienne qui s'élevait sur un rond-point au milieu de l'esplanade des Invalides, au croisement de la rue Saint-Dominique et de l'actuelle avenue du Maréchal-GallieniUn guide touristique indique que la fontaine se trouvait « au centre de la grande route qui traverse l'esplanade et fait le lien entre les deux parties de la rue Saint-Dominique » (Galignani's New Paris Guide, septième édition, Paris, 1830, ). Cette localisation est attestée par un plan de Paris de 1808 (Maire, La Topographie de Paris, ou Plan détaillé de la ville de Paris et de ses faubourgs, Paris 1808, et pl. 11-A).
Historique Sous le Consulat et l'Empire
Le , le Premier Consul Napoléon Bonaparte chargea les architectes Percier et Fontaine de diriger un vaste programme d'embellissement des Invalides, qui comprenait notamment la mise en place d'une fontaine au centre de l'esplanade des Invalides« Le premier Consul, d'après notre entretien du 10 Nivôse dernier [10 Nivôse an VIII, soit le 31 décembre 1799], nous charge d'embellir les Invalides. [...] Le lion de Saint-Marc portant la grande table de pierre de Saint-Denis ornera la fontaine qui sera élevée au centre de l'esplanade, dans l'alignement de la rue Saint-Dominique » (Fontaine, ).. L'emplacement choisi, un lieu appelé les Quatre CheminsLe Journal des débats, 10 août 1803, ., avait déjà accueilli, sous la Convention montagnarde, un monument éphémère conçu par David et représentant le Peuple français sous les traits d'Hercule, debout sur la Montagne, terrassant l'hydre du Fédéralisme au-dessus des crapauds du MaraisGirault de Saint-Fargeau, Les Quarante-huit quartiers de Paris, Paris, 1846, ..
Seul le bassin fut construit en 1800 sous la direction de Percier et Fontaine, ces derniers ayant été nommés architectes du palais des Tuileries après la disgrâce de leur confrère Étienne-Chérubin Leconte (). Leconte avait en effet été accusé d'avoir tenu des propos désobligeants à l'égard de Bonaparte peu de temps avant ou après l'attentat de la rue Saint-Nicaise (), perpétré dans le cadre d'un complot qui visait à assassiner le Premier Consul. L'achèvement de la fontaine fut donc confié plus tard à une innocente victime de l'attentat, l'architecte Guillaume TrepsatGuillaume Lallement, Le Secrétaire royal parisien, Paris, 1814, ., qui avait été grièvement mutilé par l'explosion et que Bonaparte, en guise de secours, venait de nommer architecte des Invalides.
Repris par Trepsat, les travaux étaient déjà bien avancés en et la fontaine put être achevée entre juinDate de mise en place du lion, selon Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, t.II, Paris, 1905, . et Le Journal des débats, 18 novembre 1804, ..
Description de la fontaine
La pompe à vapeur du Gros-Caillou l'alimentait en eau de la SeineJacques-Antoine Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, sixième édition, t. 7, Paris, 1837, ., qui jaillissait dans un grand bassin circulaire (de de haut et de diamètre) par quatre mascarons en bronze, réalisés par ChaudetStanislas Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au , t. 1, Paris, 1910, . et placés sur chacune des faces du monument.
Ce dernier était constitué d'un piédestal de douze mètres de hautLouis-Marie Prudhomme, Voyage descriptif et philosophique de l'ancien et du nouveau Paris, t. 2, Paris, 1821, (dont pour le socle) formé d'un pilier de style néoclassique, de plan carré, sommé d'une frise dorique à triglyphes et métopes et surmonté d'une pyramide à trois degrés (d'environ chacun) constituant le socle d'une étrange statue de lion ailé en bronze.
Le lion de Saint Marc thumb|Photographie de 2017 représentant le lion, restauré et remis en place à Venise en 1816. thumb|Photographie ancienne (fin du ) du lion. Cette statue n'était autre que le célèbre lion de Saint Marc, placé depuis le sur l'une des deux colonnes de la piazzetta San Marco de Venise.
Les Français avaient pris cette sculpture, en même temps que les non moins célèbres chevaux de Saint-Marc, à l'issue de la campagne d'Italie (1797). Détériorée par les opérations de dépose et de transport, sévèrement mutilée (il lui manquait les ailes, les pattes, la queue ainsi que l'évangile qui était glissé sous l'une des pattes avant), elle fut restaurée par un sculpteur français, Edme GaulleJoseph Lavallée, Galerie du Musée Napoléon, t. II, Paris, 1804, , . ou Jean Guillaume MoitteJournal des Arts, , , 20 Brumaire an XIII (11 novembre 1804), ..
Ce lion ayant été réalisé au Moyen Âge à partir d'une antique chimère orientale, son « travail gothique » était étranger au goût néoclassique de l'époque.
Napoléon avaient initialement prévu de faire porter par le lion « la grande table de pierre de Saint-Denis ». Cet objet, présenté en 1803 par le Journal des débats comme une « belle pierre » d'environ 30 pieds () de circonférence récupérée d'un édifice de Saint-Denis, était en fait la vasque monolithe du lavabo de l'abbaye de Saint-Denis, une œuvre du début du . Finalement, Trepsat ne s'est pas servi de cette « cuve », qui resta au premier musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir - transformé plus tard en École des beaux-arts - jusqu'en 1954, date à laquelle elle a rejoint le dépôt lapidaire de la basilique de Saint-Denis.
L'architecte Fontaine juge sévèrement les plans de son confrère : « [Trepsat] plaça d'une manière ridicule le lion de saint Marc qui devait être employé à supporter un grand vase en pierre au centre du bassin déjà fait. [...] Infirme, estropié, âgé et peu travailleur, l'entretien des Invalides lui convenait à merveille, il aurait dû s'en tenir là »Fontaine, Journal, t. I, ..
Inscriptions
Des inscriptions dédicatoires ornaient deux des faces du monument. La première, en français, fut gravée en 1804 sur la face principale dirigée vers la Seine : NAPOLÉON BONAPARTE,EMPEREUR DES FRANÇAIS,A ORDONNÉQUE CE MONUMENT FUT PLACÉSOUS LES YEUX DES GUERRIERS,DONT IL ATTESTE LES EXPLOITS.L'an I. DE SON RÈGNE 1804.MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR A. CHAPTAL. La seconde, en latin, tournée vers l'hôtel des Invalides, fut composée en 1806 par la classe d'Histoire de l'Institut, à la demande du ministre de l'Intérieur, ChampignyHistoire et mémoires de l'Institut Royal de France, t. I, Paris, 1815, ., et gravée en 1807A.L. Millin (dir.), Magasin encyclopédique, t. I, Paris, 1807, . La date concluant l'inscription latine y est transcrite M D CCC, soit « 1800 ». Or, Aubry, dans son Guide des étrangers aux monumens publics de Paris (Paris, 1811, ) indique M D CCC VII, soit « 1807 », ce qui pourrait correspondre à la date de l'achèvement de cette inscription. : NAPOLION IMPERATOR REXLEONEM DE VENETIIS CAPTIS TROPAEUMAD EMERITORUM MILITUM CASTRAEORUM VIRTUTIS INSIGNEERIGI IUSSITMD CCC VII
Sous la Restauration
220px|thumb|right|Vue de la fontaine (seconde moitié des années 1820). 160px|thumb|left|Gravure de Normand (fin des années 1820).
En 1815, le lion fut restitué aux Autrichiens, nouveaux maîtres de la Vénétie. Lors de sa dépose, le , une corde (peut-être sabotée par l'invalide employé comme gardien de nuitLouis Lurine (dir.), Les Rues de Paris, t. 2, Paris, Kugelmann, 1844, .) se rompit et la statue fut endommagée par sa chute, brisée en plusieurs morceaux. Rapatriée à Venise, elle fut entreposée à l'arsenal avant d'être réparée par Bartolomeo Ferrari puis remise en place le Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Plon, 1867, art. « Chevaux de Venise », ..
Lors de la réparation du lion, pourvu d'une nouvelle queue (déployée derrière le lion, et non repliée sous l'animal comme dans la restauration parisienne), un nouvel évangile dut être coulé, celui de 1804 ayant été abandonné puis perdu ou volé à ParisJules Lecomte, Venise, Paris, 1844, ..
Désormais vide, le piédestal fut démoli vers 1820Notice des Monumens publics de la ville de Paris, Paris, Ballard, 1820, . et remplacé en 1825Galignani's New Paris Guide, septième édition, Paris, 1830, . par une gerbe de huit fleurs de lys inclinées surmontée d'une fleur de lys, emblème de la monarchie restaurée. C'est par ce bouquet en plomb doré, haut d'environ un mètre, que l'eau jaillissait dans le bassinJacques Bins de Saint-Victor, Tableau historique et pittoresque de Paris, seconde édition, t. 4, part. 2, Paris, 1827, .. Hors de proportion avec l'immensité de l'esplanade, ce petit monument fut sévèrement critiqué par les contemporainsJournal des artistes, 1 année, 8 avril 1827, , et 28 octobre 1827, ..
Sous la monarchie de Juillet thumb|Vue de l'esplanade dans les années 1830. On distingue la fontaine au second plan. thumb|Sur cette vue imaginaire des années 1830 juxtaposant plusieurs fontaines parisiennes, celle des Invalides, surmontée du buste de La Fayette est située au centre du second plan. Débarrassée de ses fleurs de lys après la révolution de 1830, la fontaine reçut un nouveau piédestal très simple sur lequel on éleva un buste en bronze du général La FayetteCe buste a dû être mis en place peu de temps après la Révolution de 1830, car il est déjà indiqué dans un guide touristique anglais daté de 1831 (Edward Planta, A New Picture of Paris; or, The Stranger's Guide to the French Metropolis, Londres, 1831, )..
Ce nouveau monument fut détruit en afin de faciliter le passage du char funèbre de Napoléon lors de la cérémonie du retour des cendresAuguste Solard, Histoire de l'hôtel royal des Invalides, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, t. 1, Blois/Paris, 1845, .. L'ironique pertinence du symbole (La Fayette cédant sa place à Napoléon) amusa plusieurs écrivains. Dans ses lettres consacrées aux Funérailles de Napoléon, le britannique William Makepeace Thackeray écrivit :
Thackeray ignorait que Victor Hugo avait effectivement consigné ses propres réflexions au soir du :
Dans les notes de ses Rimes héroïques (1843), Auguste Barbier constate l'ingratitude des Français envers le héros des deux mondes :
Brièvement destiné à accueillir une statue équestre de NapoléonUne brève parue dans L'Artiste en 1844 situe l'emplacement de cette statue un peu plus près de la Seine, au croisement de l'actuelle avenue Gallieni et de la rue de l'Université (cf. L'Artiste, , t. II, Paris, 1844, ). commandée en 1843 à Marochetti mais jamais réaliséeJames Pradier, Correspondance éditée et présentée par Douglas Siler, t. III, Genève, Droz, 1988, , n. 6., l'emplacement de la fontaine est aujourd'hui occupé par le croisement de la rue Saint-Dominique et de l'avenue Gallieni.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Pierre-François-Léonard Fontaine, Journal 1799-1853, t. I (1799-1824), Paris, ENSBA/Institut français d'architecture, 1987, , 11, 142 et 356. Bianca Maria Scarfi (dir.), Il Leone di Venezia, studie e ricerche sulla statua di bronzo della piazzetta, Venise, Albrizzi, 1990.
Liens externes Fontaine érigée place des invalides, au-dessus de laquelle est placé le lion de St Marc de Venise, dessin teinté d'aquarelle, dans la base Gallica. Dessin de Jacques Bertaux montrant la fontaine au centre de l'esplanade (entourée par les pavillons de l'exposition de l'industrie en 1806), sur le site du Louvre. Aquarelle de Jean Victor Nicolle (musée de Malmaison), sur le site de la réunion des musées nationaux. Assiette et assiette à dessert de la manufacture de Creil, vers 1808-1810 (Sèvres, musée national de Céramique), sur le site de la réunion des musées nationaux. Lion de St. Marc, gravure publiée en 1821, sur Gallica. Projet de fontaine (avec le buste de La Fayette), vers 1830 (musée franco-américain de Blérancourt), sur le site de la réunion des musées nationaux. Photographie et dessin ancien du lavabo de l'abbaye de Saint-Denis, sur le site Saint-Denis, une ville au Moyen Âge.
Invalides Catégorie:Lion dans la sculpture