Le gouvernement Harmel était une coalition de socialistes et sociaux-chrétiens. Il gouverne du au . Le lendemain de la formation de son cabinet, le nouveau Premier ministre Pierre Harmel prononce sa déclaration gouvernementale devant les deux Chambres.

Ce gouvernement est très éphémère, il reste huit mois au pouvoir. Une opposition s’installe entre les socialistes et les sociaux-chrétiens à propos du ticket modérateur. Celle-ci est décisive et cause la chute du gouvernement le .

Contexte Le gouvernement qui précède est le gouvernement Lefèvre-Spaak qui émet sa démission le . Après de crise, la coalition PSC-PSB est formée le . Les socialistes wallons sont cependant particulièrement hostiles à l'idée de monter dans une majorité avec les sociaux-chrétiens (36,84 % seulement y sont favorables) ; 97 % des socialistes liégeois rejettent la coalition.

Déclaration gouvernementale du Premier ministre Le , le nouveau chef du gouvernement lit sa déclaration gouvernementale devant les deux Chambres.

Les deux grands sujets qui occupent l’attention du nouveau Premier ministre Pierre Harmel sont d’une part, la croissance intérieure de la société belge ainsi que sa place au niveau européen et international, et d’autre part, les problèmes fondamentaux qui touchent « aux ressorts même de l’union intérieure, aux structures de la Nation, au vouloir vivre commun ».

La nouvelle politique de Pierre Harmel a pour objectif principal de prôner « une Belgique plus régionale ; une conversion et une reconversion économiques permanentes ; le plein emploi, le développement de l’économie des services, un aménagement général de notre pays qui lui permette notamment de remplir sa vocation de plaque tournante de l’Europe ».

D’après sa déclaration, le nationalisme ne fait que ralentir l’évolution du pays, le régionalisme serait la solution. « Le régionalisme économique et culturel met donc le développement économique et social au service de l’homme ».

Un des objectifs primordiaux du nouveau gouvernement est aussi d’atteindre, sur le plan culturel, une autonomie telle qu’elle a été prévue par les trois partis pendant les négociations à la « table ronde ».

D’un point de vue économique, le cabinet Harmel veut affronter les problèmes qui s’imposent aux régions. Il prévoit une politique d’accompagnement pour les régions qui se développent au départ aisément et une politique d’entrainement de l’État pour celles qui ont des difficultés.

L’internationalisation de l’économie belge due à la naissance du Marché commun intéresse Harmel. L’effort d’amplification de l’économie doit continuer via un important investissement humain, scientifique et industriel. C’est pour cela, qu’il faut soutenir « l’esprit de création des firmes belges ».

Pierre Harmel insiste également sur l’importance de la place qu’occupe la Belgique au sein de l’Europe. La Belgique constitue selon lui, le centre de gravité de l’Europe, il faut donc promouvoir le développement rapide et efficace d’une activité économique, scientifique et commerciale afin de contribuer au  bon développement du marché européen. Pour ce faire, il faut préparer, éduquer, et instruire correctement les jeunes afin qu’ils puissent contribuer à cette mission.

Un autre objectif de Pierre Harmel, est d’atteindre une économie dans laquelle on retrouve une importante quantité et diversité de services : « nous attendons une multiplication, soit des emplois indépendants ; soit des fonctions dépendantes libérant de plus en plus d’imagination, d’initiative et de création… ».

La position de carrefour qu’occupe la Belgique au sein de l’Europe doit être exploitée via « des communications routières d’intérêt international, qui augmenteront en même temps considérablement les chances de développement ou de reconversion industrielle, commerciale ou touristique de nos régions ».

Au niveau de l’éducation, un des objectifs du nouveau gouvernement est d’encourager les jeunes à suivre une formation « jusqu’à la limite de ses aptitudes ». Les problèmes liés à l’enseignement primaire, supérieur et universitaire constituent une priorité pour Harmel. Il veut promouvoir une diversification importante des programmes scolaires.

Formation du gouvernement

Élections législatives de 1965 À la suite des élections législatives et provinciales du , le gouvernement que doit constituer Pierre Harmel a pour objectif de réformer les institutions. Les trois partis principaux (les libéraux, le parti social chrétien et le parti socialiste belge) avaient été rassemblés depuis pour en discuter. Harmel ne dispose pas d’une majorité suffisante pour adopter les conclusions de cette « table ronde ». En effet, les conclusions portant sur l’autonomie culturelle des régions et sur la décentralisation économique n’ont été approuvées que par le PSC et le PSB. Les libéraux refusent donc de faire partie du gouvernement.

Formation Pierre Harmel se résigne à former le gouvernement avec les deux partis perdants. Le PSB et le PSC avaient perdu énormément de voix pendant la période électorale. De plus, ils n’atteignaient pas la majorité des deux tiers à un siège près pour réviser la Constitution.

Au départ, les socialistes ne veulent pas faire partie du nouveau gouvernement en raison de leur défaite électorale et également à cause du combat qu'ils ont eu contre Pierre Harmel pendant la période de la deuxième guerre scolaire. Néanmoins, lors du vote de la déclaration gouvernementale à la Chambre, tous les députés du PSB et du PSC appuient son nouveau gouvernement.

Difficultés rencontrées

Division au sein du PSB. Le PSB reste très hostile à la participation gouvernementale avec les sociaux-chrétiens. Le nouveau Premier ministre fait preuve de ses talents de bon leader et conciliateur afin de faciliter les relations entre le PSB et le PSC.

Nouvelle structure gouvernementale. Harmel soumet une structure limitée et inédite à André Molitor qui est à cette époque le chef du cabinet du Roi. Cette nouvelle structure consiste à hiérarchiser l’équipe en réduisant la taille du gouvernement. Ce nouveau cabinet devrait réunir cinq à huit ministres qui s’occuperaient de secteurs bien précis. Par ailleurs, les grandes décisions politiques qui seraient prises « engageraient la responsabilité du gouvernement tout entier ». Molitor refuse cette idée de gouvernement restreint. Finalement, Harmel dirigera un gouvernement de 26 ministres.

Première femme dans un gouvernement. Pierre Harmel fait entrer la première femme dans un gouvernement. Magriet De Riemaecker occupe le poste de ministre sociale chrétienne de la Famille. Pierre Harmel commente à ce propos : « Je me suis toujours trouvé du côté de l’égalité des hommes et des femmes ». Qu’apporte la femme dans le monde politique ? Harmel répond : « J’aurais beaucoup voulu écrire un livre sur le gouvernement des femmes […]. Elles ont beaucoup plus de force de conviction que les hommes […]. Je crois qu’elles gouvernent autrement et qu’elles sont nécessaires. D’ailleurs, généralement, les hommes font appel aux femmes pour gouverner quand ils n’en peuvent plus »Entretien accordé par Pierre Harmel à Y. Sevenans, septembre 1995..

Composition MinistèreNomPartiPremier ministre, chargé de la Coordination de la Politique scientifiquePierre HarmelSocial-chrétienVice-Premier ministre, chargé de la Coordination de la Politique économiqueAntoon SpinoySocialisteMinistre des Affaires étrangères, chargé de la Coordination de la Politique étrangèrePaul-Henri SpaakSocialisteMinistre des FinancesGaston EyskensSocial-chrétienVice-Premier ministre, chargé de la Coordination de la Politique socialePaul-Willem SegersSocial-chrétienVice-Premier ministre, chargé de la Coordination de la politique de l'InfrastructureEdmond LeburtonSocialisteMinistre de la JusticePierre WignySocial-chrétienMinistre de l'AgricultureCharles HégerSocial-chrétienMinistre de la Défense nationale Ludovic MoyersoenSocial-chrétienMinistre des PTTEdouard Anseele jr.SocialisteMinistre de l'Emploi et du TravailLéon ServaisSocial-chrétienMinistre des CommunicationsYves UrbainSocial-chrétienMinistre de la Santé publiqueAlfred BertrandSocial-chrétienMinistre de l'Éducation nationaleFernand DehousseSocialisteMinistre de l'IntérieurAlfons VranckxSocialisteMinistre des Affaires économiquesMarc-Antoine PiersonSocialisteMinistre des Travaux publicsJos De SaegerSocial-chrétienMinistre de la Famille et du LogementMarguerite De Riemaecker-LegotSocial-chrétienMinistre des Classes moyennesAdhémar d'AlcantaraSocial-chrétienMinistre de la Prévoyance socialeHervé BrouhonSocialisteMinistre-secrétaire d'État des Affaires européennes, adjoint aux Affaires étrangèresHendrik FayatSocialisteMinistre-secrétaire d'État pour la Culture néerlandaiseAlbert De ClerckSocial-chrétienMinistre-secrétaire d'État pour la Coopération au Développement et le Commerce extérieur, adjoint aux Affaires étrangèresErnest AdamSocial-chrétienMinistre-secrétaire d'État de la Culture françaisePaul de StexheSocial-chrétienMinistre-secrétaire d'État, adjoint au Premier ministre pour la Fonction publiqueAndré Van CauwenbergheSocialisteMinistre-secrétaire d'État, adjoint à l'Éducation nationaleElie Van BogaertSocialisteMinistre-secrétaire d'État, adjoint aux FinancesAlfred ScokaertSocialiste

Controverses Jan Grauls Pierre Harmel confie la direction de son cabinet à Jan Grauls. La libre Belgique ne tarde pas à critiquer sa présence. Jan Grauls est un ancien responsable du Vlaamse Volksbeweging. C’est un parti extrémiste qui défendait le fanatisme linguistique. Il est à l’initiative des deux « marches » sur Bruxelles, et de la « marche » fédéraliste sur AnversLa Libre Belgique, 10 septembre 1965 cité par ..

« Personne n’aurait imaginé que M. Harmel, auquel on prête tout de même pas mal de moralité politique, lui ferait ainsi la courte échelle, prouvant ainsi que l’extrémisme est décidément fort payant. […] Pour promouvoir le civisme et l’apaisement, M. Harmel aurait pu trouver mieux ».

Wilfried Martens Le conseiller du Premier ministre était Wilfried Martens. Le pourquoi pas ? écrit une critique à son propos : « Comprenez que telle quelle, votre nomination est insupportable, qu’elle cautionne l’extrémisme, qu’elle reconnaît ses buts, ses droits, ses méthodes. [...] Conseiller d’un Premier ministre du Roi, ivre de modération, dévot unitaire et paternellement capitaliste, sur quoi, diantre, vous demande-t-on votre avis ? Allons Monsieur, militez, mais ne conseillez pas. Vous ne sauriez être que de mauvais conseil. Et marchez donc, puisque c’est votre plaisir. Mais vers la sortie »Pourquoi pas ?, 16 septembre 1965 cité par ..

En sus de cet article, Jean Defraigne pose une question parlementaire à Pierre Harmel. Il rappelle que Martens a été condamné en tant qu’éditeur d’un pamphlet du VVB incitant les Flamands à refuser les produits provenant des firmes qui ne respectent pas les lois linguistiques. « Ne pensez-vous pas que, compte tenu de la politique d’union et d’apaisement que votre Gouvernement déclare vouloir suivre, la présence (de Wilfried Martens) à votre Cabinet ne s’impose guère ? ».

Après plusieurs hésitations de la part d’Harmel concernant le renvoi de Wilfried Martens, le Premier ministre finit par accepter sa présence dans le cabinet.

Dissolution du gouvernement

Causes Le a lieu le premier conseil des ministres. Harmel se rend compte que son cabinet doit faire face à d’importants problèmes financiers. Le ministre des Finances, Gaston Eyskens, explique qu’il faut limiter les dépenses de l’État. Les socialistes Wallons sont quant à eux, réticents à l’idée de freiner les dépenses de l’État, surtout en ce qui concerne les soins de santé et le secteur social. Il en est de même pour la FGTB. Le , Harmel explique qu’il faudra recourir à de nouveaux impôts pour équilibrer le budget.

Fermeture des charbonnages du Limbourg.