vignette|alt=Fantasia exécutée à Aïn El Arbaa, dans la wilaya d'Aïn Témouchent, par un groupe de cavaliers photographiés au moment du tir de la salve de fusils.|Fantasia à Aïn El Arbaa dans la wilaya d'Aïn Témouchent en Algérie. vignette|Festival de à Moulay Abdellah Amghar au Maroc.

La fantasia est une tradition équestre pratiquée essentiellement au Maghreb , se manifestant par la simulation d'assauts militaires. Cet art est notamment appelé « jeu de la poudre » ou « jeu des chevaux », et porte divers noms en fonction des régions, dont au Maroc.

L'inscription de la sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité est annoncée par le Comité du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en au nom du Maroc, faisant suite au classement en du pèlerinage annuel au mausolée Sidi Abdelkader au nom de l'Algérie, qui se caractérise par ses compétitions équestres.

Pratique très ancienne en Afrique du Nord-Ouest, elle prend le plus souvent la forme d'évolutions équestres au cours desquelles des cavaliers, munis de fusils à poudre noire et chevauchant des montures richement harnachées, simulent une charge de cavalerie dont l'apothéose est le tir coordonné d'une salve de leurs armes à feu. Elle peut en outre, selon les régions, être exécutée à dos de dromadaire ou à pied.

La fantasia relève indirectement d'une tradition équestre berbère très ancienne, à mettre en rapport avec l'introduction du cheval barbe, qui fut notamment utilisé chez les Libyens orientaux pour tracter des chars, dès le , puis, pendant le millénaire suivant, adapté en tant que monture par les Paléo-Berbères, avec, plus tard, les chevauchées de la célèbre cavalerie numide du roi Massinissa. Signalée à la fin du par les témoignages de voyageurs au Maghreb, elle sera formellement connue, et prendra ce nom de fantasia, dès 1832, grâce au peintre français Eugène Delacroix et aux tableaux qu'il en fait. Elle deviendra ensuite l'un des sujets de prédilection des peintres orientalistes les plus illustres, tels qu'Eugène Fromentin ou Marià Fortuny.

La fantasia accompagne le plus souvent les fêtes importantes (mariages, naissances, fêtes religieuses, etc.), même si l'aspect touristique l'emporte largement de nos jours.

Une pratique en partie semblable existe également au Japon, dans le cadre du festival annuel Soma Nomaoi créé par le clan Sōma et pratiqué par les clans samouraïs.

Étymologie

vignette|Jeune cavalier au fusil ou La fantasia, Étienne Dinet (vers 1900). vignette|Fantasia à Biskra (Algérie) en 1892.

Le terme « fantasia » vient, selon une première version, du mot grec (), passé par le bas latin et l'italien, désignant un « spectacle imaginaire » et une « faculté de concevoir des images ».. ou, selon une autre version, du mot d'origine espagnole signifiant « imagination », mais aussi « vanité, arrogance »... Il entre dans les parlers maghrébins, où il prend le sens de « panache, gloire ».

En langue berbère, on retrouve pour désigner la fantasia le nom de tafrawt (au pluriel tiferwin), mot qualifiant plus largement une course de chevaux, terme provenant de la racine berbère commune « FRW », et qui évoque le phénomène d'envolée, de décollage...

Dans les différents dialectes et parlers berbères on retrouve le terme amawal. en chleuh dans le Souss, le Haut Atlas et l’Anti-Atlas. En Kabylie, elle porte le nom de tigmarin (pluriel de jument en kabyle).. On trouve la dénomination tamalagha. (en touareg latinisé : tamalaɣa) chez les Touaregs pour la variante de la fantasia à dos de chameau, irar s tghallin (jeu avec les juments) au Maroc, etc.

En dialecte maghrébin, la fantasia est appelée de diverses façons, dont fantazya () ou lfantazya ().

Les spectacles désignés au Maghreb sous les vocables de ou .. ( en arabe, soit « jeu de la poudre »Du mot arabe « baroud », signifiant « poudre noire » ; on retrouve ce mot dans l'expression « baroud d'honneur ».), ou ou ... ( en arabe, soit « jeu des chevaux »), héritent du nom de à la suite d'une méprise.

Au Maroc, en darija, elle est appelée (), mot d'origine française dont la racine « BRD » dérive de « poudre » qui a donné barud (baroud) par métathèse. Un autre terme attesté est celui de lḥerka.. On y retrouve aussi le terme lkhiyala ().

vignette|Une Fantasia en Kabylie, Alfred Chataud.

C'est le peintre français Eugène Delacroix qui donne par erreur le sens de « spectacle équestre » à ce terme.. André Lanly avance l'hypothèse que .

Selon une autre version, l'utilisation du mot fantasia viendrait d'une confusion entre deux mots en arabe classique construits sur la même racine verbale trilittérale , (signifiant « imagination ») et (signifiant « cavaliers »)..

Le mot a un temps été écrit fantazia. ou phantasia. ; à propos de ce dernier terme, on peut noter une occurrence de son usage par un voyageur français en Oranie, en 1838, pour des jeux équestres distincts de la fantasia (que ce voyageur nomme par ailleurs « joutes militaires »). Après avoir décrit sous le terme de « joutes militaires », ce que l'on appellerait aujourd'hui une « fantasia » à Boutlélis, près d'Oran, J.-A. Bolle poursuit : ..

Histoire

vignette|alt=Gravure rupestre du sud orantes représentant un cheval parmi d'autres animaux|Gravure préhistorique du Sud oranais représentant un cheval, ancêtre du barbe.

L'histoire de la fantasia est celle de la rencontre en terre nord-africaine de l'Homme et du cheval. Les restes osseux d' datant d'il y a , aux temps préhistoriques, ou plus récemment, les dessins rupestres de l'Atlas saharien datant de av. J.-C., attestent de la présence du cheval au Maghreb, un ancêtre de l'actuelle race chevaline indigène, le barbe..

Docile, rustique, endurant, mais surtout rapide, ce cheval fera la gloire des cavaliers numides, considérés à l'époque des guerres puniques comme les meilleurs cavaliers du monde., grâce notamment à la technique de combat par harcèlement à base de charges et de replis rapides qu'ils ont développée.. On retrouve plus tard cette même tactique d'attaque et de fuite (appelée ) chez les Arabes, dont ...

gauche|vignette|Jeux équestres numides, dont la fantasia en est la version édulcorée moderne.

De là découle la fantasia. Qualifiée tour à tour d'image de la guerre, de démonstration rituelle de force et de courage. ou même de métaphore de l'affrontement érotique, elle représente surtout les vestiges, la version édulcorée moderne, de l'art militaire de l'équitation arabo-turco-berbère d'Afrique du Nord..

La toute première représentation d'une fantasia est le dessin du attribué au peintre flamand Jan Cornelisz Vermeyen (1500-1559), intitulé a posteriori Une fantasia à Tunis. Dessin à la plume et lavé, musée du Louvre, inv. 19191, Recto, × ., et éventuellement ses deux autres dessins. intitulés Tournoi militaire à Tunis.., les trois exécutés lors de la conquête de Tunis en 1535 par l'empereur Charles Quint.

Il faut cependant attendre la fin du pour que soient publiées les premières descriptions de ce qui s'appellera plus tard la fantasia. : par Louis de Chénier en 1787., par l'abbé Poiret en 1789. ou dans l'Encyclopædia Britannica en 1797..

Le 6 mars 1832, Eugène Delacroix, accompagnant le comte Charles-Édgar de Mornay dans son ambassade auprès du sultan marocain, assiste à Garbia, sur la route de Meknès, à ses premiers « jeux de poudre ». Il en verra d'autres à Alcassar-El-Kebir (actuelle Ksar El Kébir), puis à Méquinez (actuelle Meknès) ; il en note la splendeur dans son journal. :

vignette|alt=Dessin de jan Cornelisz Vermeyen, représentant une arène dans laquelle des cavaliers effectuent des exercices équestres|Une fantasia à Tunis, par Jan Cornelisz Vermeyen, vers 1535.

De retour en France, Delacroix exécute une aquarelle (actuellement au musée du Louvre), restituant les scènes auxquelles il a assisté, et intitulée Fantasia ou Jeu de la poudre, devant la porte d'entrée de la ville de Méquinez. Il exécute par la suite trois autres « fantasias » : toujours en 1832, Exercices militaires des Marocains ou Fantasia marocaine, actuellement au musée Fabre à Montpellier ; en 1833, Fantasia arabe, actuellement à l'Institut d'art Städel de Francfort ; et enfin, en 1847, Fantasia marocaine, actuellement au musée Oskar Reinhart « Am Römerholz » de Winterthour.. C'est ainsi que le mot fantasia devient synonyme de « jeu de la poudre ».

gauche|vignette|alt=Tableau d'Eugène Delacroix, représentant des cavalier exécutant une fantasia|Fantasia ou Jeu de la poudre, devant la porte d'entrée de la ville de Méquinez, par Eugène Delacroix, 1832.

L'époque est alors à la mode de l'orientalisme ; comme le résume Victor Hugo. : . Nombreux seront les artistes qui composeront d'admirables tableaux de fantasias : Eugène Fromentin., Aimé Morot., Théo Van Rysselberghe.. entre autres.

Loin d'être limitée aux seuls pays du Maghreb, la pratique de la fantasia est au contraire attestée au dans toute l'Afrique du Nord, s'étendant d'une part de l'Égypte.. à l'est au Maroc à l'ouest, et d'autre part de la Tunisie au nord au Sénégal. ou au Tchad. au sud. Mais le plus surprenant est la pratique de la fantasia en Nouvelle-Calédonie ; arrivée avec les déportés algériens, elle s'y perpétue depuis la fin du ...

Une fantasia remarquable est celle organisée en l'honneur de Napoléon III, le , à Maison-Carrée, dans les environs d'Alger, dans laquelle on a pu compter entre six et dix mille cavaliers...

Caractéristiques et description vignette|center|upright=2.5|alt=Fantasia exécutée à Bni Drir, Maroc, par un groupe de cavaliers, photographiées au moment du tir de la salve de fusils.|Fantasia à Bni Drar (Maroc, juillet 2010).

Dénominations vernaculaires

vignette|Berbères faisant la fantasia en l'honneur de leurs visiteurs — Région de Meknès (Maroc, 1901).

Au Maghreb, la fantasia porte généralement le nom de (« jeu de la poudre ») ou (soit « jeu des chevaux ») ; des noms plus locaux existent également : .. (au Maroc), , ., etc.

En Tunisie, la charge militaire en plein galop ponctuée de tirs de poudre (correspondant au jeu de la poudre marocain) est appelé le (basé sur la racine dialectale signifiant « regarder ») tandis que le deuxième type d'exercices (proche du jeu des chevaux marocain) constitué de figures équestres que le cavalier impose à son cheval sur une musique populaire au son de la tabla (tambour) et la (flûte) est appelé (basé sur la racine dialectale signifiant « tourner en rond »)..

Célébration La fantasia est traditionnellement liée à la fête, dont elle constitue le suprême ornement.. Elle est célébrée à l'occasion de certains rites (moussem — ou waada —, zerda ou taam, fêtes annuelles dédiées à un saint pour certaines, au cours desquelles sont sacrifiées des bêtes et organisés de grands festins..), ou de certaines fêtes religieuses (l'Aïd el-Fitr., marquant la fin du ramadan ou le Mouled., qui commémore la naissance du Prophète de l'islam, Mahomet) ; elle accompagne la célébration des mariages (notamment pour escorter la mariée à son nouveau domicile)., des naissances ou des pèlerinages. ; on l'organise en signe de considération à un chef ou un notable que l'on désire honorer.

Cependant, de nos jours, la pratique de la fantasia a pris un aspect plus touristique, en tant que démonstration folklorique...

Apparat

left|vignette|Cavalier arabe en costume de fantasia (Tunisie, vers 1900). vignette|Cavalier algérien en costume de fantasia (El Kharrouba, près d'Alger).