L’Alliance 90/Les Verts (, sans article ) est un parti politique allemand écologiste de centre gauche. Fondé en 1980 en Allemagne de l'Ouest sous le nom de Les Verts (), il fait son entrée au Bundestag à l'occasion des élections fédérales de 1983. Il fusionne en 1993 avec l'Alliance 90 (), formation fondée en Allemagne de l'Est en 1990 à la suite de la chute du mur de Berlin et issue de l’opposition au régime communiste.
De 1998 à 2005, l'Alliance 90/Les Verts participent pour la première fois au gouvernement fédéral dans le cadre d'une coalition rouge-verte avec le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) dans les gouvernements du chancelier Gerhard Schröder. En 2021 le parti retrouve le gouvernement fédéral au sein d'une coalition « en feu tricolore » (allusion aux représentations courantes des partis par une couleur) avec le SPD et le Parti libéral-démocrate (FDP) dans le gouvernement d'Olaf Scholz.
Depuis 2011, un membre du parti, Winfried Kretschmann, occupe pour la première fois un poste de ministre-président dans le Bade-Wurtemberg, tout d'abord en coalition avec le SPD, puis dans le cadre d'une coalition verte-noire avec l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) depuis 2016.
Histoire Contexte politique et sociologique dans les années 1970 L'émergence sur la scène politique de listes écologistes en Allemagne de l'Ouest est permise par les valeurs post-matérialistes d'une partie des nouvelles classes moyennes qui, ayant grandi dans une période de paix et de prospérité, mettent la qualité de vie au centre de leurs revendications ; ainsi que par la vigueur des mouvements protestataires estudiantins et par l'ampleur des problèmes écologiques auxquels est confronté le pays. Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) qui, sous la direction du chancelier Helmut Schmidt, soutient tant l'énergie nucléaire que le déploiement des euromissiles, n'est pas une option pour ces électeurs.
L'important mouvement pacifiste et apolitique Ostermarsch – du nom des marches de protestation qu’il organise lors du week-end de Pâques – est né dès 1960. Il prospère grâce à l'opposition à la guerre du Viêt Nam, organisant notamment à partir de 1967 des manifestations de . En plus de ces grandes manifestations, de nombreux groupements émergent : associations et comités sont créés entre la fin des années 1960 et la fin des années 1970 sur des questions de développement urbain, de transports ou d'environnement. Si la plupart de ces groupements sont actifs au niveau local, d'autres le sont au niveau national, comme la Bundesverband Bürgerinitiativen Umweltschutz (BBU), fondée en , ou le Bund Natur- und Umweltschutz, créé en . C'est également en 1975 qu'ont lieu les premières manifestations significatives contre un projet de centrale nucléaire, à Wyhl am Kaiserstuhl, dans le Bade-Wurtemberg.
Aux luttes environnementales, pacifistes ou antinucléaires s'ajoutent un conflit générationnel très marqué, de nombreux étudiants s'opposant non seulement aux politiques actuelles de l'Allemagne de l'Ouest, mais demandant également aux générations précédentes de rendre des comptes sur leurs actions sous le Troisième Reich. Ces étudiants n'adhèrent pour la plupart pas aux partis politiques préexistants et beaucoup se retrouveront dans les valeurs des listes écologistes. Les Verts allemands pourront ainsi compter – davantage que d'autres partis écologistes européens – sur un grand nombre de jeunes activistes au bénéfice d'une formation universitaire et non affiliés politiquement.
Ce foisonnement associatif ne se traduit pas immédiatement sur le plan politique. Hans Günter Schumacher, cofondateur de la BBU, voit par exemple des dangers pour les écologistes d’intégrer les parlements. Un premier pas vers le ralliement à la vie parlementaire a lieu à l'hiver 1971-1972, nombre de sympathisants à la cause anti-impérialiste s’en éloignant en raison des meurtres de la Bande à Baader et du « Radikalenerlaß » (décret contre les extrémistes) de . À la fin des années 1970, le climat de tension causé par l'extrême-gauche est décrit par les films Les Années de plomb de Margarethe von Trotta et L'Allemagne en automne de Rainer Werner Fassbinder.
Les grandes manifestations anti-nucléaires violentes de 1976 et 1977 à Brokdorf et Gorleben changent encore la donne : elles montrent les limites de l'opposition extra-parlementaire. L'usage de la force contre les manifestants, notamment à Borkdorf, contribue en revanche à sensibiliser un public plus large aux problématiques environnementales. À la fin de l'année 1977, tant le congrès du Parti social-démocrate (SPD) que celui du Parti libéral-démocrate (FDP) traitent de la question de l'énergie nucléaire, mais aucun des deux partis ne se positionne contre son usage, poussant différents leaders écologistes à entreprendre une action politique.
À la fin des années 1970, des sondages créditent un parti vert national d'un potentiel électoral de 6 à 10% et un potentiel de sympathie de 15 à 20 %. Un sondage réalisé en 1977 montre par ailleurs que 97% des Allemands pensent que la protection de l'environnement est un thème important ou très important et que 60% des Allemands sont opposés à une croissance économique qui implique de la pollution.
Premières listes aux niveaux local et régional À la fin des années 1970 se constituent alors nombre de listes écologiques au niveau communal dans la plupart des Länder, indépendamment les unes des autres, du fait de l’organisation fédérale du pays. Leur succès entraîne à leur tour la constitution de liste au niveau des Länder.
En , de premières listes écologistes sont ainsi constituées en vue des élections communales dans le Schleswig-Holstein et les résultats sont jugés encourageants. En plus des revendications environnementales, ces listes demandent notamment l'égalité entre les hommes et les femmes et la suppression du test de loyauté à la Constitution que doivent passer les candidats à la fonction publique. Parallèlement, la liste écologiste la plus emblématique de cette période, la Bunte Liste-Wehrt Euch (BLW), est créée en 1978 pour les élections pour la diète de Hambourg. Il s'agit d'un rassemblement d’une cinquantaine de comités antinucléaires et, plus largement, de 196 initiatives citoyennes actives dans différents domaines. Elle décide d’inviter à se coaliser d’autres groupes, collectifs et organisations de tous les domaines et horizons pour former une liste d’« Initiative pour la démocratie et la protection de l’environnement ». Le , cette liste obtient 3.5% des voix lors des élections et une autre liste écologiste, la Liste verte de protection de l'environnement (GLU) 1.1%. Le même jour, une liste écologiste obtient 3.9% des voix lors d'élections régionales en Basse-Saxe. Les cadres des listes écologistes tant à Hambourg qu'en Basse-Saxe sont souvent issus du Parti social-démocrate et, moins fréquemment, du Parti libéral-démocrate. Si ces trois listes n'atteignent pas le seuil de 5% nécessaire pour obtenir des sièges, elles prennent des voix aux autres partis, si bien que le Parti libéral-démocrate ne parvient plus à recueillir suffisamment de voix pour se maintenir dans ces deux parlements.
Ces deux élections simultanées sont considérées comme la première fois où les écologistes deviennent une force avec laquelle il faut compter dans le paysage politique allemand. Elles incitent les écologistes à préparer des listes pour les élections régionales en Hesse en octobre de la même année et au Schleswig-Holstein au printemps 1979, ainsi que pour les élections européennes de 1979. En , Herbert Gruhl, député de la CDU au Bundestag depuis 1969, fonde la Grüne Aktion Zukunft (GAZ), un parti écologiste national d'inspiration conservatrice qui vient concurrencer les autres listes écologistes. Lors des élections régionales du , la Liste verte de Hesse (GLH), menée par Alexander Schubart, n'obtient que 1,1 % des suffrages, et la GAZ seulement 0,9%. Lors des élections européennes de 1979, une alliance d'activistes écologistes obtient 3,2 % des voix au niveau national.
À Brême, le marxiste Rudi Dutschke, ex-leader de l'Union socialiste des étudiants allemands (SDS), est élu sur la liste des premiers "Verts" en 1979, puis élu délégué au congrès fondateur du futur parti. À Francfort, les ex-« Spontis » (partisans du spontanéisme) s’engageront dans le parti plus tardivement : Joschka Fischer en 1982 et Daniel Cohn-Bendit en 1984, dans un contexte d'alliance électorale complètement nouveau pour le futur allié, le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD).
Premières années du parti national La création d'un parti national suscite des résistances, certains militants pensant qu'un parti politique est forcément synonyme de hiérarchie, de corruption et de carriérisme. À l'inverse, d'autres voient là une chance de mettre en avant de nouveaux thèmes. De plus, le système électoral allemand, qui fixe un seuil électoral à 5 % pour entrer au Bundestag et dans les parlements régionaux et qui donne droit à un financement généreux pour les partis politiques qui obtiennent un certain score aux élections européennes, législatives ou régionales, pousse les mouvements écologistes allemands, pourtant très hétérogènes, à s'unir.
Le parti vert allemand () est officiellement fondé le à Karlsruhe, en Allemagne de l'Ouest, issu du mouvement écologiste et pacifiste de la fin des années 1970. Les origines en partie marxistes du parti le rendent davantage similaire à la Gauche verte néerlandaise qu'à d'autres partis verts européens. Le parti fonde son action sur quatre éléments principaux : l'écologie, la non-violence, la démocratie de proximité et les considérations sociales, même si des divergences quant à l'application de ces principes ne tardent toutefois pas à apparaître. Les Verts adoptent des structures différentes de celles des partis traditionnels : les élus ne peuvent pas occuper de fonction dirigeantes dans le parti, la structure du parti n'est pas professionnalisée et la base dispose de l'essentiel du pouvoir. De plus, lorsque des Verts seront élus au Bundestag en 1983, ils devront démissionner à mi-mandat, selon le principe dit de rotation, et verser la plus grande partie de leurs salaires pour des projets environnementaux. Le nombre de membres du parti passe de pendant les années 1980, un chiffre qui reste deux fois plus bas que celui du FDP.
Au début des années 1980, la CDU envisage de réclamer la dissolution du jeune parti vert, l'accusant de sympathie pour la lutte armée et d’idées contraires à la Constitution allemande. Représentant alors la gauche radicale et entendant lutter de front pour la justice sociale et la protection de l’environnement, il est très mal perçu par les partis traditionnels. Les Verts remettent en effet en cause le consensus allemand d'après-guerre incluant appartenance à l'OTAN, croissance économique, consumérisme et citoyenneté passive dans le cadre de la démocratie représentative. Les médias pensent également majoritairement que le parti sera éphémère en raison de sa nature protestataire et sa concentration sur les aspects écologiques.
Lors des élections législatives d'octobre 1980, les Verts n'obtiennent qu'un score modeste de 1,5 % des voix qui ne leur permet pas d'entrer au Bundestag, la chambre basse du parlement allemand. L'année suivante, la plus grande partie de l'aile droite des Verts allemands quitte le parti. Entre 1981 et 1982, les Verts entrent dans quatre parlements régionaux supplémentaires. Ces résultats leur permettent d'obtenir non seulement de l'attention médiatique, mais également des ressources financières, ainsi que de l'expérience parlementaire qui sera ensuite utile au niveau national. Cela intervient également à un moment où les libéraux du Parti libéral-démocrate (FDP) n'atteignent pas le seuil électoral de 5 % lors de plusieurs élections régionales, renforçant l'importance des Verts et lui donnant parfois la possibilité de jouer les faiseurs de roi.