Essais de psychologie contemporaine, publiés en 1883 chez Alphonse Lemerre, sont les premiers essais de Paul Bourget (), issus d’une série d’articles écrits d'abord dans le journal Le Parlement de 1881 à 1883.
Selon les termes mêmes de Bourget, cet ouvrage est consacré à l'œuvre littéraire de cinq écrivains célèbres sous le Second Empire et constitue une enquête sur la sensibilité française telle qu'elle se manifeste dans leurs œuvres. Il dégage la pensée intime et la Vie morale de ces auteurs en déchiffrant leur génie propre. L’ambition de Bourget est d’expliquer en quoi Baudelaire, Renan, Flaubert, Taine ou Stendhal font œuvre d’analyse psychologique dans la littérature mondiale..
Pour l'essayiste, ces auteurs sont aussi autant de témoins de la décomposition caractéristique de la fin de siècle.. Paul Bourget tente donc d’analyser les raisons de la décadence en Occident : explique-t-il..
Il établit ici les caractères d’un nouveau genre littéraire qu’il oppose à l’omniprésent roman naturaliste. Cette théorie de la décadence ne couvre que quatre pages dans les Essais de psychologie contemporaine, mais elle a pourtant contribué à la réputation de l’ouvrage et place l’essayiste au premier rang des jeunes critiques..
Les Essais de psychologie contemporaine, republiés en 1885 sous le titre de Nouveaux Essais de psychologie contemporaine. sont avant tout une nouvelle approche de la critique littéraire, davantage portée sur la psychologie et considérant que l’œuvre est un organisme vivant.. Paul Bourget poursuit la rédaction de ses chroniques dans Le Journal des débats et parallèlement dans la Nouvelle revue, jusqu’en 1885..
Titre, éditions Genèse des Essais Premiers voyages outre-Manche Entre 1880 et 1884, Paul Bourget effectue de nombreux séjours outre-Manche, sur l'île de Wight (1880), en Écosse et en Irlande (1881), à Oxford (1881) et encore en Angleterre en 1884. Il s'imprègne de l'œuvre de William Wordsworth, de celle de Samuel Taylor Coleridge et plus particulièrement des ouvrages de Thomas de Quincey, le "mangeur d'opium" pour qui Bourget éprouve une certaine fascination.. Il découvre aussi le mouvement artistique des Préraphaélites dont l'influence est sans équivoque sur la littérature Décadente..
Rencontre avec Hippolyte Taine Paul Bourget explique dans une Lettre autobiographique de 1894. les raisons qui le poussent à entreprendre la rédaction des Essais qui seraient l'aboutissement d'une crise intérieure, puisque l'écrivain aurait entrepris son examen de conscience pour lutter contre le désespoir qui l’envahit. . Mais ces raisons intimes ne sont pas les seules à être à l'origine de ce « maître-livre ».. Hippolyte Taine reçoit fréquemment le jeune essayiste et l'engage à plusieurs reprises à entreprendre une œuvre de longue haleine qui tracerait le portrait psychologique de l'époque.. Le Maître conseille alors au jeune homme :
Collaboration avec Juliette Adam thumb|left|upright=0.9|alt=Femme assise sur un fauteuil, main droite dans les cheveux, bracelet au bras gauche. Procédé Woodbury, technique très proche du tirage charbon.|Juliette Adam (vers 1860-1870) accueille Paul Bourget à la Nouvelle Revue Cliché exécuté par Ferdinand Mulnier, édité chez Adolphe Goupil en hors texte pour la Galerie Contemporaine. Procédé Woodbury, technique très proche du tirage charbon, dit aussi photoglyptie qui est un procédé de tirage photographique, d'une très grande qualité, inventé par le britannique Woodbury dans les années 1860. Exemplaire ayant appartenu à Robert d'Orléans, homme érudit et surtout très habile photographe et collectionneur. Robert d'Orléans, duc de Chartres, est né à Paris le 9 novembre 1840 et il est mort au château de Saint-Firmin le 5 décembre 1910. Crédit .. Juliette Adam., directrice de La Nouvelle Revue qu'elle a fondé deux ans plus tôt, remarque les articles de Bourget dans Le Globe et dans le Parlement. Elle propose rapidement au jeune auteur une collaboration soutenue. et lui ouvre les colonnes de son journal dans lequel l'essayiste peut écrire des études élaborées, notamment des critiques psychologiques sur les poètes et romanciers de son temps. Il ne va point s'agir de monographies mais bien davantage d'articles sur l'état de conscience. et les idées des célébrités qu'il évoque.
Il choisit cinq grands auteurs du Second Empire et se propose d'étudier en psychologue chez chacun d'eux l'influence qui agit sur les jeunes gens de l'époque. Il ne fait ni le portrait ni la biographie des hommes de lettres ; il s'attache surtout à définir leurs états de conscience et leurs idées, générateurs d'autres idées, d'autres états de conscience. Il élabore donc un inventaire des sentiments qui ont formé l'âme française pendant le troisième quart du .
Il étudie ainsi dans un premier temps chez Baudelaire certaines nuances de l'amour moderne., chez Renan ensuite, il met à nu son dilettantisme. Flaubert et Taine lui permettent d'évoquer des sensibilités diverses. Chez Stendhal enfin, le cinquième auteur étudié, il constate les fatales conséquences de la vie cosmopolite.
Génération de 1870 décrite par l'étude de cinq écrivains thumb|upright=1.1|alt=Portrait de profil d'un jeune homme avec moustache.|Portrait de Paul Bourget accompagnant la présentation de celui-ci par Léo d'Orfer Léo d'Orfer, pseudonyme de Marius Pouget, père de la compagne de Paul Fort, est né en 1859 et mort en 1924. Il est considéré comme un des chefs du mouvement symboliste ; il dirige entre avril et mai 1886 la revue La Vogue et publie Les Médailles de Paul Bourget., paru dans La Vogue en 1886.
Charles Baudelaire Dans un article remarqué de la Nouvelle Revue daté du , Paul Bourget voit en Baudelaire le représentant le plus significatif de la sensibilité moderne, le poète dont l'œuvre façonne le plus intensément l'âme contemporaine des jeunes gens. Ce sentiment est dû à la montée d'une nouvelle génération littéraire à partir de 1880 qui estime que Baudelaire est le premier de ses maîtres. Reprenant son héritage, Bourget, dès 1876, relance le terme de Décadence lorsqu'il écrit : ..
Ernest Renan Paul Bourget considère dans ses Essais Renan comme l'écrivain français exemplaire du dilettantisme. Il s'interroge, en fin psychologue et .. C'est dans l'étude consacrée à Renan que Bourget donne sa définition du dilettantisme : ..
Gustave Flaubert Pour l'essayiste, les héros de Flaubert, Frédéric Moreau ou Emma Bovary, sont le produit d'une civilisation fatiguée et vieillissante. Paul Bourget définit le « mal de la Pensée » surtout comme un mal de la modernité. Il s'agit du
Hippolyte Taine
Dans la préface des Essais, Paul Bourget reprend la théorie d'Hippolyte Taine selon laquelle la littérature est une « psychologie vivante »..
Stendhal Paul Bourget est considéré par certains comme Selon Charles Du Bos, Paul Bourget est l'inventeur de Stendhal car le titre d'inventeur doit être réservé à qui apporte le premier témoignage publié, . de Stendhal qui éclaire la génération de 1880 parce qu'elle est la première à le comprendre, à le lire et à l'apprécier.
Thématique Pessimisme et dilettantisme fin-de-siècle Les Essais sont donc une analyse de l'esprit français aux alentours de 1880. Baudelaire, Renan, Flaubert, Stendhal et Taine sont les esprits qui ont agi le plus fortement sur la génération de Paul Bourget. Ils produisent sous le Second Empire les œuvres qui .. Le sentiment qui domine à cette époque est celui d’être arrivé trop tard dans un monde trop vieux, sentiment que Bourget résume par cette expression empreinte de désenchantement et de pessimisme que l'écrivain a méditée chez Arthur Schopenhauer, le théoricien de la volonté et chez Hartmann, le théoricien de l'inconscient., et le dilettantisme. : une « mortelle fatigue de vivre ». C'est l'époque ou Joris-Karl Huysmans publie À vau-l'eau (1882 ) et Pierre Loti ses Fleurs d'ennui (1883).
La génération qui atteint 20 ans en 1875 et dans les années suivantes s’empare de la notion de décadence, autant par provocation désespérée et dérision que par délectation macabre. Elle définit son état d’âme par cette citation du sonnet de Paul Verlaine, Langueur, paru dans Le Chat Noir du : . Un tel pessimisme est révélateur de l'état de la nouvelle génération, dans son âme comme dans son corps. Mais les causes du malaise dont souffre la génération de Bourget sont aussi l'alcoolisme, la consommation de drogue. et le dilettantisme.
Selon Marcel et Claude de GrèveMadame Claude de Grève est notamment : Professeur de Littérature comparée, agrégée de Lettres modernes, docteur ès lettres (littérature comparée), membre du Comité de rédaction de la Revue de Littérature Comparée, membre de diverses sociétés comme la Société Française de Littérature Générale et Comparée, l'Institut d'Études Slaves, l'Association Internationale des Études françaises., Paul Bourget admet la difficulté de définir le mot et voit bien d'abord dans le dilettantisme répandu dans la « psychologie » de son époque une attitude d'esprit : .Sur cette définition du dilettantisme, voir également : , note 4.. Parmi les dilettantes correspondant à cette définition, quelques figures du passé, telles Alcibiade, César, Vinci, Montaigne, Shakespeare .. Toutefois, ils ne mériteraient pas pleinement le qualificatif de dilettante, dans la mesure où ils sont encore dotés d'une sève trop énergique, trop créatrice. Comme Bourget en est persuadé et tente de le montrer avec rigueur., le dilettantisme correspondrait mieux, en tant que notion, et, dans la pratique, en tant que disposition de l'esprit et comportement, à l'époque où il vit, la fin du , à . C'est le dilettantisme qui aurait inspiré les mœurs, la société, l'ameublement, la conversation de son époque : .. Et d'évoquer un salon où les opinions sont diverses sur tous les sujets. Plus tard, Claude Saulnier, dans un ouvrage entièrement consacré au sujet., y voit aussi plutôt d'abord une psychologie ambiguë, faite de scepticisme et d'intelligence à la fois, de dédain de l'action et d'activité multiple, d'oisiveté active, mais aussi d'égocentrisme, de culture de la multiplicité à l'intérieur de son propre moi.
Bourget propose Ernest Renan comme l'écrivain français exemplaire du dilettantisme, qui serait même à l'origine du dilettantisme littéraire, le mot dilettantisme revêtant alors un sens plus large : . Selon Marcel et Claude de Grève, Bourget insiste plutôt sur la dimension philosophique du dilettantisme chez Renan écrivain, sur sa ., tout en distinguant le dilettantisme du pyrrhonisme.
Théorie de la décadence thumb|left|alt=Dessin d'un homme mince, debout de profil avec chapeau Haut de forme. Ciel gris, noir, atmosphère sombre. Motifs des hallucinations en fond de dessin avec soleil et cheminée (?).|Autoportrait sous l'influence du haschich par Baudelaire (1844).