vignette|Le sénateur William Alden Smith a été chargé de diriger la commission d'enquête américaine sur le naufrage du Titanic. À la suite du naufrage du Titanic le , deux commissions d'enquête sont organisées pour tenter de déterminer les causes de ce drame qui avait entraîné la mort de , afin d'éviter qu'un tel événement se reproduise. La première commission, menée par le Sénat des États-Unis sous la houlette de William Alden Smith, se déroule du au . La seconde, menée pour le Tribunal des naufrages britannique par Lord Mersey, s'étend pour sa part du au de la même année. Nombre de personnes sont interrogées : passagers et membres d'équipage survivants, capitaines de navires voisins des lieux du drame, officiels de la compagnie et marins expérimentés.

Ces commissions ne vont pas sans polémiques. Ainsi, le sénateur Smith se voit fortement reprocher par la presse britannique sa méconnaissance du monde maritime qui fait perdre du temps durant l'enquête. Il est également critiqué pour son action trop politique : plus que le naufrage, il semble en effet vouloir s'attaquer au système des trusts en s'en prenant à l’ (IMM), propriétaire du paquebot. De même, la commission britannique évite soigneusement de porter des jugements qui pourraient entraver la marine de son pays. Enfin, les deux commissions attaquent durement le capitaine Stanley Lord, commandant du , accusé de ne pas avoir secouru le navire naufragé, bien que son rôle la nuit de la catastrophe reste peu clair.

Cependant, le bilan de ces deux enquêtes est positif. Elles permettent en effet une remise en question totale des règles de sécurité à bord des navires, en accroissant notamment le nombre de dispositifs de sauvetage, en s'assurant que chaque navire soit plus robuste et équipé pour mieux repérer les obstacles, et en créant une patrouille internationale des glaces. Par ailleurs, les débats menés durant les commissions sur la façon dont le Titanic aurait dû heurter l'iceberg qui l'a fait sombrer poussent les marins à changer leur façon de naviguer.

Origines

vignette|gauche|Plus grand naufrage de l'histoire à son époque, le drame du Titanic a entraîné maints questionnements sur la sécurité en mer. Lorsqu'il fait naufrage dans la nuit du 14 au , le Titanic emporte avec lui . C'est alors le plus grand naufrage de l'histoire, bientôt rattrapé par lEmpress of Ireland, puis le . Bien que plus commun qu'aujourd'hui, les naufrages n'avaient jamais emporté tant de vies, le tonnage des navires ayant quadruplé depuis les dernières règlementations mises en place par la Commission du commerce, en 1894. La presse ne parle que du Titanic dans les jours qui suivent, relayant des informations souvent erronées ou approximatives. C'est d'ailleurs un des premiers cas de fake news à grande échelle. Le Petit Parisien explique par exemple dans un article paru le que les . Une question apparaît alors : comment le plus grand navire au monde, conçu de façon à être pratiquement insubmersible, a-t-il pu couler à cause d'un iceberg, et pourquoi ce naufrage a-t-il fait tant de victimes ?

Aux États-Unis, le sénateur républicain William Alden Smith prend personnellement les choses en main. Après avoir demandé au président Taft si quelque chose était prévu, et avoir reçu une réponse négative, il propose au Sénat une motion pour que le Comité au commerce se charge d'une enquête sur le naufrage. La motion est votée à l'unanimité, et Smith est choisi comme président de cette commission, assisté de huit autres sénateurs (quatre républicains et quatre démocrates) « », . ..

Au Royaume-Uni, pays d'origine du paquebot et de son équipage, une enquête est également demandée par le le . C'est le Tribunal des naufrages qui doit s'en charger, et la création d'une commission est décidée par le ministère de la Justice dès le lendemain.. Celle-ci est dirigée par John Charles Bigham, plus connu en tant que Lord Mersey, assisté de cinq autres hommes, tous experts en construction navale « », . ..

Déroulement des commissions Commission sénatoriale américaine Premier jour vignette|L'audition de Joseph Bruce Ismay est un temps fort de la commission d'enquête. Le « sous-comité du Comité au commerce » chargé de l'enquête se réunit à partir du à l'hôtel Waldorf-Astoria de New YorkPar une certaine ironie du sort, cet hôtel appartenait à , victime du naufrage.. La veille au soir, les rescapés du naufrage sont arrivés aux États-Unis à bord du Carpathia, le navire venu à leur secours. À la demande du sénateur Smith, les quatre officiers rescapés du naufrage, douze autres membres d'équipage et le président de la Joseph Bruce Ismay sont priés de ne pas quitter le pays..

Le vendredi 19, le sous-comité se réunit à dans la salle de réceptions de l'hôtel, en présence de nombreux journalistes. Après la lecture par Smith d'une déclaration sur les origines et buts de la commission, Ismay est le premier témoin appelé. Celui-ci a, depuis la veille, la presse américaine contre lui, et est déjà affublé du surnom de « Brute Ismay ». On l'accuse en effet d'avoir poussé le commandant Edward Smith à accélérer dans une zone dangereuse, et d'avoir pris place dans un canot de sauvetage quand d'autres sont morts en héros.. Lorsqu'il se présente à la commission, le président de la compagnie est entouré de deux gardes du corps, par mesure de précaution.. Durant son interrogatoire, Ismay commence par décrire ses souvenirs des faits, mentionnant notamment la vitesse du navire jour par jour et la qualité de sa conception. Ensuite, Smith lui pose une batterie de questions, parfois très techniques, sur des sujets divers : ses rapports avec le capitaine, la façon dont il a survécu au naufrage, la provenance de certains équipements du navire.… À plusieurs reprises, le sénateur tente, sans succès, de faire apparaître les rapports entre Ismay et le commandant, et la responsabilité du président de la compagnie dans le naufrage, en vain.. Ismay est finalement congédié, mais prié de rester à disposition des enquêteurs « », . ..

Le deuxième appelé du jour est le capitaine du Carpathia, Arthur Rostron. Héros du drame, il est tout d'abord félicité par l'assistance, puis fait un récit détaillé de la nuit du naufrage, détaillant les dispositions qu'il a prises pour se rendre le plus vite possible auprès du Titanic et pour recueillir efficacement les rescapés.. Durant son témoignage, la commission s'attarde également sur le nombre de canots à bord des navires, et Rostron explique que le nombre d'embarcations ne dépend pas de la taille du navire, mais de sa conception et de sa robustesse.. Vient ensuite Guglielmo Marconi, pionnier de la TSF, qui est appelé à revenir sur le rôle joué par sa technologie dans le naufrage.. Le deuxième officier, Charles Lightoller, est ensuite appelé à témoigner. Rapidement exaspéré par les approximations et les questions parfois peu adaptées du sénateur Smith, le marin devient presque insolent, et ne révèle que peu de choses nouvelles à la commission.. Deux derniers témoins interviennent ce jour-là : l'opérateur radio du Carpathia, Harold Cottam, et Alfred Crawford, steward rescapé..

Suite de l'enquête vignette|gauche|L'inaction de l'équipage du la nuit du drame a été fortement condamnée durant la commission d'enquête américaine. Le deuxième jour, la commission se réunit dans une salle plus vaste, afin de permettre à la masse de journalistes présents d'entendre les témoignages. Avant l'audience, Ismay déclare que, désormais, tous les navires de toutes les compagnies au sein de l’ seront équipés de canots en nombre suffisant.. Les interrogatoires commencent ensuite. Harold Cottam est à nouveau questionné, ainsi que son homologue du Titanic, Harold Bride. Leur témoignage met notamment en évidence les incohérences et soucis de communication entre opérateurs radio de compagnies différentesEn effet, les opérateurs du Titanic, affiliés à la société Marconi, ont eu beaucoup de mal à faire comprendre l'urgence de la situation à l'opérateur du Frankfürt, affilié à la Debed Co... Un troisième témoin est appelé ce jour-là : Herbert Pitman, troisième officier du paquebot « », . ..

Un autre cas épineux est étudié le , troisième jour d'enquête. Le premier témoin appelé est Phillip Franklin, vice-président de l'IMM Co., appelé à s'expliquer sur les informations erronées transmises par la compagnie à la presse. Toute la journée du , en effet, les bureaux de la n'ont cessé de répéter que le Titanic, en difficulté, était remorqué vers Halifax. Un télégramme de provenance inconnue, mais décrit comme venant de la est également envoyé dans ce sens à un sénateur. La véritable nouvelle n'est apprise par Franklin que le vers , et c'est lui qui l'officialise une demi-heure plus tard.. Sur tout cela, Franklin est incapable de se justifier convenablement et en appelle aux difficultés à joindre les navires en mer.. Son image se ternit encore plus lorsqu'il explique que le salaire de tous les membres d'équipage a été suspendu à minuit le , conformément aux règles des compagnies en cas de sinistre..

Dans les jours qui suivent, nombre d'autres sont interrogés : le quatrième officier, Joseph Boxhall, Harold Lowe, cinquième officier, Frederick Fleet, le veilleur qui a vu l'iceberg, Robert Hichens, le quartier-maître en poste au moment de la collision, ainsi que des passagers comme le major Peuchen.. Le soir du sixième jour, les sénateurs se répartissent les tâches pour interroger un grand nombre de témoins qui sont principalement des marins et des stewards « », . .. Le vendredi éclate la controverse du : selon un de ses chauffeurs, Ernest Gill, le navire était en vue du Titanic lors de son naufrage et n'a rien fait. Cependant, d'autres membres d'équipage prétendent que le Titanic était hors de vue. Des rescapés ont par ailleurs mentionné un navire mystérieux, au loin, qui semblait s'éloigner.. Pour Smith, cela ne fait aucun doute, le est bien le navire mystérieux, et son capitaine, Stanley Lord, se voit rendu coupable de ne pas avoir prêté assistance aux naufragés..

Les derniers jours consistent en des interrogatoires de multiples passagers, et aux rappels de témoins déjà interrogés. Un jour est également consacré à l'étude des positions des glaces avec l'aide d'un hydrographe de l’US Navy, John J. Knapp « », . .. Le , Ismay est rappelé une dernière fois. Il quitte ensuite le territoire américain avec les officiers à bord de l’ pour apparaître devant la commission britannique.. Des interrogatoires se poursuivent cependant aux États-Unis jusqu'à la fin du mois de mai, avec notamment un passage à bord du du Titanic, l’, pour y interroger son capitaine, Herbert James Haddock, le « », . .. Au total, quatre-vingt-deux témoins sont entendus..

Commission britannique Audiences des acteurs du drame vignette|Lady Duff Gordon et son époux, mentionnés à maintes reprises dans les journaux à la suite du naufrage pour être partis dans un canot aux trois-quarts vide, ont témoigné devant la commission britannique. La commission d'enquête britannique débute le sous la direction de Lord Mersey.. Contrairement à la commission américaine, celle-ci est menée par des gens connaissant la marine.. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un procès, le fonctionnement de la commission est similaire, avec avocats et procureur. Lord Mersey et ses assistants cherchent à répondre à sur le naufrage, allant de la navigation à l'évacuation des passagers.. Le premier jour est consacré à l'exposition de ces questions. Dans les jours qui suivent témoignent un grand nombre de membres d'équipage, marins comme membre du personnel hôtelier, en particulier le veilleur Reginald Lee et le chef boulanger Charles Joughin. L'équipage du témoigne le , ainsi que le capitaine du ..