Antoine-Louis-Bernard Magnier, né et baptisé à Guise le , décédé à Saint-Louis du Sénégal le Généalogie et Histoire de la CaraÏbe, , décembre 2006, Scegolev (P.).- Brut Mane [Brutus Magnier], Problemy Marksizma (Léningrad), 1930, t. 2(4) , est un militaire français, président d'une commission militaire révolutionnaire pendant la guerre de Vendée. Sous la Révolution, il adopte les prénoms « Lepelletier-Beaurepaire- » Gaétan, « Les vocables révolutionnaires » (719-735), La Révolution française: revue d'histoire contemporaine, Paris, Société de l'histoire de la révolution française, Charavay frères, 1888, tome 14, ..
Un militaire d'origine picarde Né et baptisé le à Guise, à côté de la maison paternelle de Camille Desmoulins, il est le fils d'Alexandre-Antoine Magnier (mort le ), fils de laboureur devenu procureur au bailliage royal de Guise puis notaire sous l'Empire, et de Barbe Dubois (morte à Guise le ), fille d'un brasseur, mariés dans la même ville le . L'un de ses oncles est tanneur corroyeur, un deuxième officier de santé, un troisième — Paul-Alexis Dubois — maréchal des logis au .
Étudiant, il s'engage à dix-sept ansJacques Crétineau-Joly, Histoire de la vendée militaire, Librairie de Charles Gosselin, 1843, tome 2, . dans le bataillon de Guyane. Dans le village d'Ouassa, situé au bord de l'Oyapock, il fait la connaissance d'André Pomme, directeur d'une ménageriePierre Charles Fournier de Saint-Amant, La Guyane française, ses mines d'or et ses autres richesses, 1856, 182 pages, .Prosper Chaton, Avenir de la Guyane Française, Harmois fils & Siguier, 1865, 76 pages, ., député à l'assemblée coloniale, siégeant à Cayenne, constituée en Voir, par exemple, Jacques Adélaïde-Merlande, La Caraïbe et la Guyane au temps de la Révolution et de l'Empire, 1789-1804, Karthala Éditions, 1992, 222 pages, , ou Jean-François Niort, Du code noir au code civil: jalons pour l'histoire du droit en Guadeloupe : perspectives comparées avec la Martinique, la Guyane et la république d'Haïti, L'Harmattan, 2007, 318 pages, . et futur conventionnel. Le , il débarque à Bordeaux et part vers la frontière du Nord pour se battre. Grenadier volontaire à la Bataille de Jemappes, il est nommé sergent pendant la première conquête de la Belgique.
Au printemps 1793, il est envoyé en Vendée avec son bataillon. Élevé au grade de capitaine, il prend le commandement du seul détachement de sapeurs de l'armée de l'Ouest, la compagnie des travailleurs de la Seine.
Le président d'une commission militaire thumb|right|Interrogatoire d'un prévenu devant la commission militaire Brutus Magnier. Remarqué par les représentants en mission pour son zèle, son courage et sa détermination, il est nommé par un arrêté du frimaire an II () président de la commission militaire révolutionnaire de cinq membres (trois juges, un président et un accusateur public) créée à Antrain pour juger les contre-révolutionnaires — Vendéens et Chouans — pris les armes à la main ou espions, les militaires coupables d'indiscipline conformément au code pénal militaire du , enfin, tous les faits attentatoires à la liberté. Par ailleurs, elle peut mettre en état d'arrestation tous les particuliers qu'elle juge suspects « et prendre toutes les mesures de sûreté générale propres à servir la patrie ». Installée dans la grande salle du Palais de justice de Rennes cinq jours plus tard, elle intervient dans le district de Fougères du 19 au 25 frimaire (9-), avant de retourner à Rennes, au Présidial, dans la salle du tribunal de paix, où elle demeure jusqu'à sa suppression. Elle tient deux séances (de trois à cinq heures chacune) par jour, à 9 heures et à 18 heures. Entre ces séances, les juges interrogent les prisonniers, et l'un d'eux doit assister aux exécutions, les condamnés étant décapités sur la place du Palais de Rennes, où la guillotine est installée en permanence, ou fusillés, quand elle est envoyée dans une autre ville du département. Autorisée à juger « révolutionnairement et sans jurés tous les coupables des délits compris dans la loi du et tous ceux qui seraient convaincus d'avoir crié Vive le roi », la commission se comporte également en tribunal militaire, punissant le pillage, l'indiscipline et les actes de lâcheté.
Le 21 pluviôse (), victime de « fièvre putride », Magnier se voit accorder un congé d'un mois auprès des siens. Le 21 floréal (), il est envoyé par la Commission à Paris, auprès du Comité de salut public, afin de vérifier si elle peut continuer à siéger après les dernières mesures législatives relatives à la police générale ou la justice militaire adoptées par la Convention. En attendant, les représentants Dubois-Crancé, Alquier et François lui confient par arrêté du 22 floréal () les fonctions d'officier de police militaire. Le 12 prairial (), Magnier est de retour à Rennes avec un arrêté de Joseph François Laignelot l'autorisant à reprendre ses séances.
Le 17 prairial (), peut-être sur la demande de la municipalité de Rennes, Laignelot supprime définitivement la commission, après une interruption du 19 floréal au (-). En cinq mois et demi d'existence, elle a tenu 253 séances, jugé (dont 258 militaires), prononcé 267 condamnations à mort. Sur l'ensemble des militaires, 169 ont été acquittés, 2 condamnés à mort, 41 aux fers, 46 à la prison.
Une victime de la réaction thermidorienne Arrêté à Rennes le 21 thermidor () comme agent de Robespierre et emprisonné à la tour Le Bât sous l'inculpation de dilapidation des fonds publics, d'abus d'autorité et d'intelligence avec les ennemis de la RépubliqueArmand René du Châtellier, « Le Maire Leperdit » (417-431), Revue de Bretagne et de Vendée, J. Forest ainé, 1884, tome 56, ., Magnier est renvoyé le 15 brumaire an III () devant le tribunal révolutionnaire de Paris. Conduit à cheval entre deux gendarmes, il comparaît le 6 ventôse () devant le tribunal, qui l'acquitte et le renvoie au tribunal criminel d'Ille-et-Vilaine pour dilapidation des deniers publics.
Durant son incarcération à la prison du Plessis, du 24 pluviôse au 23 ventôse (-), il rédige vingt-cinq numéros d'un journal manuscrit destiné aux détenus et intitulé le Démocrite, ou Journal de MidiSergio Luzzatto, « Le rêve d'un « lit de justice » populaire au printemps de l'an III », dans les Annales historiques de la Révolution française, 1996, , ..
De retour à Rennes le 6 germinal (), il est interné à la prison de la Porte-Saint-Michel. Le 21 germinal (), après l'échec de l'insurrection du 12 germinal (), il adresse de sa cellule une lettre au conventionnel André Pomme dans laquelle il décrit à grands traits sa vie et qui a servi à l'écriture des divers articles biographiques qui lui ont été consacrésSergio Luzzatto, L'Automne de la révolution: luttes et cultures politiques dans la France thermidorienne, Champion, 2001, 356 pages, 192..
Comme Louis Pierre Dufourny de Villiers, de sa prison, il échafaude un projet d'« insurrection des faubourgs parisiens qui restaurerait le peuple français dans ses pleins droits de souverain »Sergio Luzzatto, « Aux origines de la conspiration des Égaux: les terroristes dans les prisons de Thermidor » (115-130), dans Le Jardin de l'esprit : textes offerts à Bronislaw Baczko (textes réunis et publiés par Michel Porret et François Rosset), Librairie Droz, 1995, 260 pages, ..
À l'annonce de l'échec de l'insurrection du (), il adresse au Comité de sûreté générale (rebaptisé par ses soins « comité de dévastation générale ») une lettre accusatrice le 14 prairial (). Cette lettre attire sur lui l'attention des autorités, qui prennent au sérieux l'affirmation selon laquelle son projet d'insurrection serait à l'origine de la journée de prairial. Le 25 prairial (), Joseph-Nicolas Pierret obtient de la Convention son renvoi devant la commission militaire établie à Paris pour juger les « auteurs, fauteurs et adhérents de l'insurrection » de prairial. Le 4 messidor (), il est conduit entre deux gendarmes, à pied, jusqu'à Paris, où il arrive le 15 (), et écroué à la maison d'arrêt des Quatre-Nations, où à son grand dépit il a pour compagnon de cellule l'espion britannique Nicolas Madget. Dès le 16 messidor (), lendemain de son arrivée, il adresse une lettre à la commission, dans laquelle il affirme : « Frappez, frappez, bourreaux, je mourrai en criant Vive la République! ». Mis au secret le 24 messidor () au dépôt de la commission militaire, il comparaît le 3 thermidor () devant la commission, qui le condamne à la déportation à Sinnamary (Guyane). En attendant son départ, il est enfermé à la prison de Bicêtre, où il fait la connaissance de PeyssardSylvain Goujon, « Le conventionnel Peyssard et l'historien Tissot : documents pour l'historiographie des martyrs de Prairial (an IV-an VIII) », Annales historiques de la Révolution française, Société des études robespierristes, Firmin-Didot & cie, 1985, tome 57, , . et demeure jusqu'à l'amnistie générale du 4 brumaire an IV ().
Un officier néo-jacobin Membre, après sa libération, d'une « association contraire aux lois » à Fontenay-le-Comte, il prononce devant la société populaire de Périgueux — dont Peyssard a été élu maire — des discours qui laissent penser aux autorités qu'il est un émissaire de Gracchus Babeuf et dans lequel il fait l'éloge de Maximilien de Robespierre, mais qui sont présentés dans une plaquette publiée par l'administration municipale comme des « principes du plus pur républicanisme ». Puis il se rend à La Rochelle où, le 26 messidor an IV (), il signe avec plusieurs autres officiers de son bataillon de sapeurs une pétition au conseil des Cinq-Cents en faveur de Jean-Baptiste Drouet, ce qui leur vaut d'être arrêté le frimaire an V () par le général Vimeux (circonstance aggravante, Magnier aurait assuré « qu'il la signeroit de son sang ; & que les deux Conseils n'étoient composés en majeure partie que de royalistes »). Jugé par le tribunal de Saintes il est acquitté le 29 messidor an V () et libéréLes pièces du procès sont conservées aux Archives départementales de Charente-Maritime à La Rochelle.. La seconde affaire fait l'objet d'un rapport de Merlin de Douai le 13 vendémiaire an VI ()Sergio Luzzatto, , 2001, 337.« Glanes et documents » (105-116), dans les Annales historiques de la Révolution française, Société des études robespierristes, Firmin-Didot & cie, 1985, tome 57, , , notes 7 et 11..
En germinal an VI, officier réformé, il est électeur du département de la Seine et intervient le 25 germinal () devant le Conseil des Cinq-Cents pour demander la prorogation des opérations de l'assemblée électorale. Le 30 germinal (), Schérer, ministre de la Guerre, indique, dans une lettre au secrétaire général du Directoire, Lagarde, parue dans Le Moniteur universel, que Magnier n'est inscrit sur aucun contrôle d'officiers de chasseurs, en pied ou à la suiteRéimpression de l'ancien Moniteur, seule histoire authentique et inaltérée de la Révolution française depuis la réunion des États généraux jusqu'au Consulat, Paris, Henri Plon, 1863, tome 29: « Directoire exécutif », et 248..