Carmine Crocco, dit Donatello, ou encore Donatelli, est un hors-la-loi italien né le à Rionero in VultureActe de naissance et mort en prison le à Portoferraio. Figure majeure du brigandage post-unitaire dans la région de la Basilicate, il fut un moment à la tête d'une bande de plus de hommes, oscillant entre l'appui aux Bourbons et le banditisme.

Véritable chef de guerre, il reçut le surnom de « Napoléon des brigands. » et fut en son temps un héros populaire, faisant de la Basilicate le cœur de la réaction armée contre la maison de SavoieDi Fiore, p. 197..

Successivement soldat dans l'armée des Bourbons, déserteur, partisan garibaldien, puis légitimiste, il finit par agir pour son propre compte, se distinguant des autres brigands de son époque par l'utilisation d'une véritable tactique militaire et par sa maîtrise des techniques de guérilla.

Arrêté en 1864 alors qu'il cherchait refuge dans les États pontificaux, il fut traduit en 1870 devant un tribunal italien, condamné à mort, puis à la réclusion à perpétuité. Il consacra le reste de sa vie à rédiger une autobiographie qui fit le tour de la Péninsule et devint un objet d'étude pour les historiens, les sociologues et les linguistesIl brigantaggio nella letteratura, - Raffaele Nigro (éditions eleaml.org).

Considérée, au début du comme celle d'un voleur et d'un assassinBersezio, p. 25 ; Del Zio, p. 116., son histoire a été revisitée, à partir des années 1950, par l'école révisionniste, qui le considère comme « l'animateur et le porte-drapeau de la révolution paysanneCarlo Alianello, L'eredità della priora, Feltrinelli, 1963, p. 568.». Il reste, encore aujourd'hui, un personnage controversé.

Biographie Enfance droite|vignette|150px|La maison natale de Crocco, qui abrite aujourd'hui une armurerie

Carmine Crocco naît à Rionero in Vulture, une cité de âmes appartenant alors au royaume des Deux-Siciles. Selon l'acte de naissance conservé à l'état-civil de Rionero, son nom de famille est bel et bien Crocco, le nom de Donatello (ou Donatelli), sous lequel il a parfois été évoqué., étant en réalité un surnom appartenant à son grand-père paternel, Donato Crocco[http://museodicrocco.ilcannocchiale.it/post/2296205.htm La cantina dei briganti : Ricreato a Rionero l'ambiente brigantesco con la « Tavern r' Crocco »]</ref>.

Le père de Carmine, Francesco, est un berger au service de Don Nicola Santangelo, membre d'une noble famille de la province de Venosa. Sa mère, Maria Gerarda SantomauroLe nom exact de la mère est controversé : le plus souvent cité est Maria Gerarda Santomauro. C'est celui utilisé par Tommaso Pedio dans son Dizionario dei Patrioti Lucani, Trani, 1972. Cependant, dans le procès de Crocco, la sentence de la Cour d'assises de Potenza indique le nom de Maria Gerarda Libutti (Basilide Del Zio, Il brigante Crocco e la sua autobiografia, p. 209)., est une ménagère qui cultive un lopin de terre à Rionero.

On connait l'enfance de Carmine grâce aux mémoires qu'il a rédigés. Second d'une fratrie de cinq enfants (trois frères, Donato, Antonio et Marco ; une sœur, Rosina), il vit une enfance paisible, mais misérable, dans un monde ou chacun doit travailler d'arrache-pied pour survivre.

Il grandit en écoutant les récits de son oncle Martino, ancien sergent-major de l'artillerie napoléonienne qui a perdu une jambe au siège de Saragosse.

Une matinée d'avril 1836, un lévrier entre dans la maison des Crocco et y tue un lapin. Un des frères de Carmine, Donato, assomme le chien à coups de gourdin. Mal lui en prend : l'animal appartient à don Vincenzo, un gentilhomme des environs. Trouvant le cadavre de son chien à proximité de la maison des Crocco, Don Vincenzo rosse le jeune Donato, auquel il administre le fouet.

En tentant de protéger son fils, la mère, enceinte de cinq mois, reçoit au ventre un violent coup de pied qui la fera avorter et l'obligera à garder le lit pendant une longue période. Peu de temps après, le père de Crocco est accusé de tentative d'assassinat sur don Vincenzo, arrêté et transféré à la prison de PotenzaL'accusation aurait été fausse. Un vieil habitant de Rionero confessa plus tard, sur son lit de mort, avoir été l'auteur des coups de feu tirés sur Don Vincenzo (Montanelli, p. 86.). La mère sombre alors dans la dépression. Devenue folle, elle est internée dans un asile d'aliénés. Les biens de la famille sont vendus et dispersés. Les enfants sont confiés à des parentsGuiraud, p.984..

Adolescence Le jeune Crocco et son frère Donato partent travailler comme bergers dans les Pouilles, revenant à intervalles dans leur ville natale pour y constater la dégradation de l'état de santé de leur mère, qui meurt peu de temps après avoir été internée.

En 1845, alors âgé de quinze ans, Carmine sauve la vie d'un noble local, don Giovanni Aquilecchia di Atella, au moment où celui-ci tente imprudemment de traverser le cours de l'Aufide en crue. Il reçoit une récompense de 50 ducats, qu'il utilise pour retourner dans sa cité natale et obtenir, par l'intermédiaire de Pietro Ginistrelli, son influent beau-frère, la libération de son père. Ce dernier rentre chez lui usé et malade. Carmine doit assumer le rôle de chef de famille et s'engage comme paysan sur l'exploitation de don Biagio Lovaglio, à Rionero. En mai 1847, il y fait la connaissance de don Ferdinando, le fils du même don Vincenzo dont sont venus tous ses malheurs. Il le trouve plus humain que son père. Gêné par le mal que ce dernier a infligé à sa famille, il offre au jeune Crocco de prendre la conduite d'une de ses fermes, mais celui-ci refuse, préférant louer des terres et espérant en tirer de quoi échapper au service militaireDans le provinces du royaume des Deux-Siciles il était possible d'échapper à la conscription moyennant le versement à l'État de 200 écus. Seule la Sicile était totalement exemptée.. Don Ferdinando s'engage alors à compléter la somme nécessaire au moment de l'appel. Sa promesse restera sans suite : ayant rejoint les révolutionnaires napolitains, le jeune gentilhomme est abattu par des soldats suisses à Naples, le 15 mai 1848Come divenni brigante, p. 29..

Crocco se retrouve ainsi enrôlé dans l'artillerie de Ferdinand II, d'abord dans la garnison de Palerme, puis dans celle de Gaeta, avec le grade de caporal.

L'expérience militaire de Crocco dure quatre ans. Il finit par déserter après avoir tué un de ses camarades au cours d'un duel à l'origine obscure, peut-être lié à une rivalité amoureuse., peut-être après avoir été accusé injustement de vol par sa victime. Quoi qu'il en soit, l'expérience militaire marquera fortement le jeune homme et conditionnera la conduite de ses activités futures..

Crime d'honneur et fuite À son départ, c'est à sa sœur Rosina, à peine âgée de 18 ans, que revient la charge de soutenir la famille. Dans sa biographie, Crocco explique qu'elle fait alors l'objet des assiduités d'un homme qui s'est entiché d'elle, un certain don Peppino Carli. La jeune fille ayant fait montre d'une totale indifférence, l'homme commence à la diffamer, puis fait intervenir une entremetteuse, dont Rosina, ulcérée par son insistance, taillade le visage d'un coup de rasoir. Elle court ensuite se réfugier chez des parentsCome divenni brigante, p. 30..

Crocco ayant eu vent de l'incident, se sent alors obligé d'obtenir réparation de l'offense infligée à sa sœur. Informé des habitudes de don Peppino, qui fréquentait le soir un cercle de jeu, Crocco se poste devant son domicile et y attend le retour du gentilhomme, lui demande raison de ses agissements et le traite de « mascalzone » (scélérat). Insulté de cette manière, Don Peppino réplique en cinglant d'un coup de cravache le visage de Crocco. Ce dernier, aveuglé par la colère, sort alors son couteau et le tuePedio, p. 265..

Crocco s'enfuit alors et trouve refuge dans la forêt de Forenza, où il est assuré de retrouver d'autres individus en délicatesse avec la loi.

Soupçonnant que le brigand ait voulu justifier, a posteriori, sa carrière de hors-la-loi par un premier « crime d'honneur », le capitaine Eugenio Massa, qui assista Crocco lors de la rédaction de son autobiographie, a mené une enquête approfondie sur les lieux, une quarantaine d'années après les faits. Avec l'aide du médecin Basilide Del Zio, Massa parvint à démontrer que, dans les années 1850, il n'y avait eu à Rionero aucun délit ressemblant à celui décrit par Crocco dans ses mémoires..

Dans sa biographie sur le brigand, Basilide Del Zio confirme la version de Massa et soutient que la version du crime d'honneur n'a pas de fondement<ref>« Le capitaine Massa m'écrivait, le 24 avril 1902, Crocco indique dans sa biographie qu'il rejoignit l'armée le 19 mars 1849 et qu'il servit pendant 42 mois. Il ajoute qu'il était à Gaeta quand il apprit qu'à Rionero, un certain don Peppino avait cherché à séduire sa sœur et que c'est cette nouvelle qui le décida à déserter. J'avais une dette d'honneur, continue Crocco, j'en fit mon affaire au cours d'un duel au couteau, puis je m'enfuis de Gaeta. Parvenant à rejoindre Rionero sain et sauf, j'y tuai celui qui avait cherché à séduire ma sœur. Massa, à juste raison, estimait que cet épisode de la vie de Crocco restait obscur. En étudiant le procès et les informations données par ses contemporains et par la municipalité de Rionero, je me suis convaincu qu'il mentait. C'est une invention du bandit qui, pour ne pas être qualifié de voleur et être condamné en tant que tel, s'invente un crime d'honneur, en l'ornant de tous les détails que lui suggère sa fantaisie, le dépeint minutieusement et la peaufine tant et si bien qu'il finit presque par y croire lui-même. Et le voilà qui s'en entiche et en fait le fondement de tous ses autres délits. ».

La version du crime d'honneur a cependant longtemps été prise au sérieux, selon l'historien Ettore Cinnella, parce qu'on s'est fié aux rééditions successives de l'autobiographie de Carmine Crocco, qui n'étaient pas accompagnées, à l'inverse de la première édition, de l'appareil critique rédigé par Massa.

C'est pendant cette période que Crocco prend ses premiers contacts avec d'autres hors-la-loi, constituant avec eux une bande armée vivant de vols et d'abus. Il est arrêté, condamné à 19 années de prison et transféré au bagne de Brindisi le . Le , il parvient à s'évader et se réfugie dans les bois de et de .

Révolution libérale droite|vignette|230px|La bataille du Volturno, à laquelle Crocco participa aux côtés des garibaldiens.

Une fois évadé de prison, Crocco est informé par des notables de la région que Camillo Boldoni, membre du comité insurrectionnel calabrais, pourrait accorder la grâce aux déserteurs qui rejoindraient la campagne de Giuseppe Garibaldi contre les Bourbons (Expédition des Mille). Crocco, tablant sur une amnistie, rejoint alors la révolution libérale de 1860 et se joint aux insurgés calabrais et à l'armée garibaldienne ()Giordano Bruno Guerri, p. 190 pour suivre Garibaldi jusqu'à son entrée à Naples.

Il combat comme sous-officier à Santa Maria Capua Vetere, puis dans la bataille du Volturno (1860)Pedio, Brigantaggio meridionale, Capone, 1997, p. 64.

Selon le témoignage des révolutionnaires de l'époque, Crocco servait avec zèle et démontrait alors un réel attachement au mouvement national..

Ceint de l'écharpe tricolore, il revient victorieux dans sa patrie. Certain d'obtenir sa grâce, il se rend à Potenza, chez le gouverneur Giacinto Albini, qui lui assure que l'amnistie sera promulguée. Mais en réalité, les choses évoluent différemment : il n'est pas gracié et un mandat d'arrêt est émis contre luiIndro Montanelli, p. 86.

Sa peine est aggravée en raison de l'enlèvement de Michele Anastasia, capitaine de le Garde nationale de Ripacandida, qu'il a réalisé avec l'aide de Vincenzo Mastronardi, avant les premiers mouvements révolutionnaires du mois d'août. Crocco tente alors de s'enfuir, mais il est arrêté à Cerignola et à nouveau incarcéré.

Début de la réaction