vignette|upright=2|Parenté entre créoles à base lexicale française. Le créole guadeloupéen (Kréyòl Gwadloup) est une langue appartenant au groupe des langues créoles (plus précisément à celui des créoles à base lexicale française"It belongsto the group of French-based Creoles" - Exploring Intonation in Guadeloupean Creole, ISKRA IKROVA), parlée en Guadeloupe, et dans la diaspora guadeloupéenne, notamment en France métropolitaine. Il est le reflet de l'histoire de ses locuteurs, les descendants des esclaves des Antilles françaises, et d'immigrés venus de l'Inde.

Il a été formé autour du français du , ainsi que de plusieurs langues d'Afrique de l'Ouest, mais l'incessant jeu de conquêtes et de pertes de territoires entre Anglais, Portugais, Néerlandais l'a aussi influencé. Au encore, les mots d'origine caraïbe, africaine ou encore indienne sont toujours bien présents dans le créole guadeloupéen. Contrairement au créole haïtien, qui était plus proche du français mais qui s'en éloigne, le créole guadeloupéen suit le mouvement inverse du fait de l'influence permanente de la culture française sur les médias et du français utilisé dans la vie de tous les jours.

Il est très proche des créoles martiniquais, guyanais, haïtien et surtout marie-galantais, ainsi que de ceux parlés dans les îles anciennement francophones (à la Dominique et à Sainte-Lucie). Le créole guadeloupéen, le martiniquais, le dominiquais et saint-lucien sont parfois considérés comme une seule langue, le créole antillais. thumb|alt=exemple de créole guadeloupéen|« Ralentissez (levez votre pied), il y a des enfants qui jouent ici ! ». Ce panneau ne suit pas les qui devraient donner : « Lévé pyé a-w ni timoun ka jwé la ».

Créolisation des mots français Si le créole guadeloupéen a emprunté une multitude de mots aux langues africaines, amérindiennes et aux autres langues coloniales (anglais et espagnol, notamment), la majorité de son lexique provient du français du et d'aujourd'hui ainsi les variations de prononciation d'un mot reconnaissable en français peuvent être due à la fois à une conservation d'une ancienne prononciation française et d'une transformation purement locale due aux différentes populations influençant les accents, par exemple « boire » se disaient « bwère » en ancien français et est devenu « bwè » en créole, qui a conservé une veille prononciation suivi d'une transformation locale. Ces emprunts ont subi une transformation de prononciation avant de s'insérer dans le corpus linguistique du créole guadeloupéen. Cette créolisation perdure de nos jours, et lorsque les mots créoles sont inconnus pour exprimer des idées, on emprunte directement le mot au français en le transformant selon des règles simples mais pas toujours applicables :

Les r : se prononcent w quand ils se trouvent le plus souvent après une consonne. Ainsi, gros devient gwo, presser, pwésé ; sont élidés quand ils se trouvent devant une consonne ou en fin de mot. Ainsi, sourd devient soud (le d a survécu en créole alors qu'il a disparu en français moderne). Par exemple, as-tu pris ton gros sac noir ? Kontèl , ès ou pwan gwo sak nwè' a-w?

Les u et eu se prononcent i. / À quelle heure passe le bus ? A ki lè bis-la ka pasé?

Les e se prononcent i, 'é ou ou.

Apporte ta chemise bleue. / Poté chimiz blé a-w / Nous avons retrouvé le cheval. / Nou ritouvé chouval-la Nou woutouvé chouval-la.

Les eur(e) en fin de mot se transforment en è. Heure, beurre, fleur deviennent lè, bè, flè.

Le son o fermé, comme dans eau, se trouve le plus souvent en toute fin de mot, sans consonne derrière. Donne-moi de l'eau devient Ban mwen dlo, et le mot faute est prononcé avec un o ouvert, couramment écrit ò. Guillaume, combien de fautes as-tu faites dans la dictée ? devient ainsi Giyòm, konmyen fòt ou fè an dikté-la?.

Les terminaisons -embre, -ambre, -endre, -andre, -ample, -ambe, -anne, -ane sont invariablement déformées en -ann et -anm, avec le son an français nasalisé afin de prononcer un nouveau n. Ainsi, Alexandre, comment va ta jambe depuis ta blessure en décembre quand tu coupais la canne ? devient Aleksann, ki jan janm-aw yé dépi ou pété-y lè ou té ka koupé kann an désanm ? Les terminaisons -aindre, -eindre, -indre seront de même -enn ou -èn. Tu me fais de la peine sera ou ka fè mwen lapenn.

L'accent guadeloupéen du français reprend beaucoup de ces principes, quelque peu atténués en fonction de la maîtrise de la langue créole du locuteur. Fleur devient prononcé fleuw en « français créolisé » mais flè en créole. De plus, la créolisation est différente suivant les régions de Guadeloupe. Ainsi, le Français dit voiture, mais la plupart des Guadeloupéens disent vwati en créole (même si ce terme n'est pas toujours le plus usuel) bien que les Saintois disent plutôt vwatu. Il faut noter que la véritable traduction de voiture en créole est loto, de l'auto(mobile).

Système d'écriture du créole Le créole est une langue orale, les maîtres esclavagistes ayant toujours pris grand soin de ne pas alphabétiser les esclaves. En plus d'un souci économique (à quoi bon éduquer une personne dont la seule qualité est sa force de travail) s'ajoutait un souci de sécurité. En effet, le seul livre à l'époque qui était disponible partout était naturellement la Bible, et le message qui y est enseigné, tous les êtres humains sont égauxGalate 3:28: « Car vous êtes tous un en Jésus-Christ » aurait pu donner des idées aux esclaves. Différentes tentatives d'écrire le créole ont vu le jour sans résultats concluants, jusqu'à l'écriture codifiée par le GEREC, Groupe d'études et de recherches en espace créolophone et francophone.

L'orthographe est phonologique. À chaque son correspond une unique lettre ou combinaisons de voyelles. Ainsi français, belle deviennent fransé, bèl.

L'alphabet utilisé est l'alphabet latin standard, utilisé en français, avec les signes diacritiques que sont les accents aigus et graves sur les lettres e et o pour noter les phonèmes /e/ (é), /ɛ/ (è) et /ɔ/ (ò).

Il est plus courant aujourd'hui de transcrire le o ouvert avec accent grave ò pour des raisons pratiques à cause de la disposition des claviers français usuels utilisés en Guadeloupe et du faut ne prête à aucune confusion, le o accent grave n'existant pas à l'origine en français ou en créole.

Il faut noter que dans l'alphabet créole, c et q ne sont pas utilisées.

Le digramme ch est considéré comme une seule même lettre, notant le phonème /ʃ/.

De même, u et x n'existent pas en créole et sont souvent substituées respectivement par ou et par ks, kz ou z. « Par exemple : Xavier, est-ce que tu es là ? » devient « Pa èkzanp : Zavyé, ès ou la ? ».

Une certaine confusion règne entre l'utilisation du r et du w, mais ces deux lettres sont bien distinctes.

Dans une syllabe où se trouve une voyelle arrondie (o, ou, on), on utilise w comme dans wou (roue).

Dans une syllabe comportant une voyelle non arrondie (a, e, è, i, an), on ne se réfère qu'à la prononciation de la syllabe pour savoir s'il faut écrire r ou w.

Ainsi, rat devient rat /rat/ et non « wat ». Gras devient gra et non « gwa », qui correspond plus à la suite /gw/ de Guadeloupe, qui devient Gwadloup.

Dans le tableau ci-dessous ne sont recensées que les lettres qui diffèrent de leur emploi français standard :

{| class="wikitable alternance" !Créole!!TranscriptionAPI!!Prononciation standard |- |g||/ɡ/||Toujours dur, comme dans le mot « gare ». |- |h||/h/||aspiré comme en anglais. |- |i||/i/||remplace parfois le u français. |- |j||/ʒ/||remplace le g mouillé. Ainsi manger en créole devient manjé. |- |k||/k/||remplace le c dur, q, k. |- |w||/w/||w remplace dans certains mots le r français, mais en créole ce sont deux lettres différentes. |- |s||/s/||remplace le c cédille ou ss français, jamais prononcé z. |- |y||/j/||ne scinde pas en deux le son et se rattache directement à celui-ci. Ainsi camion sera prononcé /ca-mion/ (deux syllabes) et non ca-mi-on (trois syllabes). |- |z||/z/||remplace le s mouillé. |- |an||/ɑ̃/||nasalisé. |- |àn||/an/||assez rare, se prononce comme lâne en français. |- |ann||/ɑ̃n/||an français avec n nasalisé (comme dans ennui en français). |- |anm||/ɑ̃m/||an français avec m nasalisé. |- |ay||/aj/||jamais prononcé comme è ou -eill. |- |in||/in/||jamais nasalisé comme en français. |- |en||/ɛ̃/||toujours nasalisé. |- |enn||/ɛ̃n/||ène nasalisé. |- |on||/ɔ̃/||on français. |- |onm||/ɔ̃m/||on français avec m nasalisé. |- |onn||/ɔ̃n/||on français avec n nasalisé. |- |ch||/ʃ/||comme dans chyen ou chaplé (chapelet).

Utilisation des accents -- è ou e ? / ò ou o ? Découper un mot en syllabes permet de savoir si les voyelles è et ò s’écrivent avec un accent grave ou non.

a) Le son /è/ placé dans une syllabe fermée, s’écrit e sans accent grave :konnet (connaître)finet (fenêtre)

b) Le son /è/ placé dans une syllabe ouverte s’écrit e avec accent grave (è) :tèbè (idiot)bè (beurre)chè (cher).

c) Le son /è/ situé dans une syllabe fermée par la consonne nasale n s’écrit toujourse avec accent grave (è), ce qui est la seule exception à la règle vue en a) :marèn (marraine)rèn (reine)Jermèn (Germaine)

d) Le son /ò/ placé dans une syllabe fermée s’écrit o sans accent grave (o) :lapot (porte)lakol (colle)bol (bol)golbo (gauche, maladroit).

e) Le son /ò/ placé dans une syllabe ouverte s’écrit o avec accent grave (ò) :kòkòdò (homme sans caractère)mò (mort)fò (fort).

f) Le son /ò/ situé dans une syllabe fermée par la consonne nasale n s’écrit toujourso avec accent grave (ò), ce qui est la seule exception à la règle vue en d) :bòn (servante), qu’il ne faut pas confondre avec bon (bon).mòn (colline).

g) Si a et n se suivent et sont prononcés séparément, ces deux lettres ne représentent plus le son /an/ mais le son /a/, suivi du son /n/. Dans ce cas, a s’écrit avec accent grave (à) :pàn (panne et non pan)Jàn (Jeanne et non Jan)(source GEREC 2 / Jean Pierre Arsaye).

Le son /y/ -- y ou i ? Dans tous les créoles antillais sauf celui de la Martinique, le son /y/ s'écrit toujours avec un y Pour connaître l’orthographe du son, il faut tenir compte de sa place dans la syllabe.

a) Le son placé au début de syllabe s’écrit y :yoyo (yoyo)yol (yole = sorte de bateau)yenyen (espèce de moucheron).

b) Le son placé en fin de syllabe s’écrit y :chay (charge).

c) Le son placé en milieu de syllabe s’écrit y :chyen (chien)pyé (pied),rapya (avare).

Grammaire Les pronoms personnels Créole Français Variante courante an, mwen je, moi ou tu, vous, toivou, w (placé après le verbe) i il / elle ; lui li, y nou nous zòvous zòt yo ils, elles, euxyé

Le vouvoiement de politesse existant en français n'existant pas en créole, « zòt » ou « zò » sont toujours utilisés pour s'adresser à plusieurs personnes : Zòt dé. « Vous deux. »

Il est cependant possible d'utiliser le pronom « vou » (directement emprunté au français) dans certains cas au singulier notamment pour marquer un certain détachement de classe (souvent ironique) : Sé vou misyé ki di mwen sa. « C'est toi monsieur qui m'avez dit ça. »

Le créole n'a pas de pronom indéfini équivalent au pronom français « on »

Le créole se dote de noms en plus Misyé et Fanm-la (le monsieur, le mec... et la dame, la meuf...), qui remplacent très fréquemment i. Les pronoms personnels du créole ne différenciant pas le genre, un locuteur créole a tendance à utiliser les mots misyé ou boug-la et fanm-la pour le spécifier.

« Je parle avec lui et il me dit que Jocelyne ne vient pas car d'après lui, elle est fâchée contre moi. » ⇒ « An ka palé é boug-la é misyé ka di mwen Joslin pa ka vini pas dapwé misyé fanm-la kòlè (ni on bab) épi mwen. »

Les déterminants possessifs et les pronoms personnels compléments Les déterminants démonstratifs sont identiques aux pronoms personnels. Les déterminants possessifs se placent systématiquement derrière le nom et se forment systématiquement avec a/an, comme pour dire : « C'est à moi / à lui. »