thumb|Scène alpine, aquarelle de J. M. W. Turner (1802).
Laquarelle est une peinture à l'eau sur papier, dont le liant est à base de gomme arabique. Le même mot s'emploie pour la matière et pour l'ouvrage peint.
On distingue l'aquarelle, transparente, de la gouache, opaque. Cette transparence permet de l'utiliser pour apporter de la couleur à une image sur papier, on appelle ces techniques selon le cas dessin, gravure, lithographie aquarellés ou avec rehauts d'aquarelle.
Par sa légèreté et la possibilité d'une exécution rapide, l'aquarelle est une technique artistique de choix pour les notations de terrain. Toutefois, elle se prête à la réalisation de véritables œuvres, qui peuvent être entièrement réalisées à l'aquarelle.
Formulation des couleurs aquarelle En peinture, on appelle couleurs aussi bien les matières colorées que l'impression qu'elles produisent sur la vue. Les couleurs d'aquarelle se présentent soit en godets de couleur sèche soit en tubes de couleur pâteuse. La formulation comprend des pigments, un liant soluble dans l'eau, et des additifs destinés à faciliter l'application et la conservation.
Pigment Les pigments sont généralement les mêmes que ceux utilisés pour les autres techniques picturales, bien que l'indice de réfraction de certains pigments comme le smalt les rendent impropres à la dispersion dans l'huile, alors qu'ils peuvent sans inconvénient s'utiliser dans la fresque et les procédés à l'eau. Au contraire, l'acidité du liant exclut certains pigments, qui pourraient virer ou devenir solubles dans l'eau . Les fabricants proposent soit des couleurs avec un seul pigment, soit des mélanges de pigments qui resteront mêlés à l'application, propriété qui dépend de propriétés physiques des pigments. L'aquarelle se distingue de la gouache par sa transparence. Cette propriété est en rapport avec la taille des particules de pigment et leur indice de réfraction. Plus les grains sont petits et l'indice, faible, plus la couleur est transparente. Cependant, même les pigments très opaques comme le rouge anglais (Colour Index PR101), le jaune de chrome (PY34), le bleu cæruleum (PB35), le noir de fumée (PBk6) deviennent transparents lorsqu'ils sont très dispersés . Les tubes ou les emballages de godets portent une indication de catégorie d'opacité : « transparente » (□), « semi-transparente » (⧄), « semi-opaque » (◩) ou « opaque » (■).
Liant Les liants sont la plupart du temps des mélanges. Leur fonction n'est pas d'enrober les pigments, mais de les coller au papier. Ils comprennent principalement des polysaccharides, autrefois la gomme adragante, depuis longtemps plutôt la gomme arabique . On y ajoute de la glycérine pour donner un aspect mat . L'amidon ou la dextrine, que certains fabricants remplacent par le miel rendent la pâte plus maniable. Le liant reste soluble dans l'eau après séchage, contrairement au liant protidique de l'encre de Chine et similaires utilisés comme l'aquarelle en lavis.
Charges Les charges, rares en aquarelle, influencent l'opacité et certains effets de surface comme l'aspect métallique ou nacré.
Additifs Le fiel de bœuf, un agent mouillant, facilite la dispersion des particules de pigment dans le liant et l'adhérence des couleurs sur le support ; des agents conservateurs et fongicides tel que le clou de girofle, évitent les moisissures.
Application Principes de base L'aquarelle n'est pas forcément une technique rapide. La durée d'exécution d'une aquarelle varie d'un artiste à l'autre. Si une aquarelle peut-être réalisée assez rapidement, certains travaillent leur tableau pendant plusieurs semaines. Blanche Odin travaillait ses bouquets plusieurs jours d'affilée.
Une aquarelle peut-être corrigée mais on ne peut pas recouvrir une couleur sombre avec une couleur claire. Plus on ajoute de couches, plus la luminosité locale baisse. Bien qu'on puisse, dans une certaine mesure, alléger la pigmentation sur un endroit, il est nécessaire d'anticiper les zones lumineuses avant de commencer à peindre. L'artiste peut réaliser plusieurs croquis, études et recherches de couleurs avant de peindre.
Croquis préparatoire vignette|redresse=0.5|Esquisse
Le travail à l'aquarelle se fait sur papier vierge, avec tout au plus une mise en place légèrement tracée au crayon dans le cadre d'un croquis réalisé en plein air. Le dessin peut être plus abouti, à mesure que les sujets abordés sont complexes, en atelier notamment. Les artistes peuvent lever des croquis coloriés sur le motif, avant d'exécuter l'aquarelle proprement dite sur papier vierge.
Avant de peindre une aquarelle en atelier, l'artiste peut vérifier sa composition par une étude de valeur complétée par une étude de couleur.
Application de la peinture à l'eau Lorsque d'un trait de pinceau, on dépose l'aquarelle sur le support, les pigments sont d'abord en suspension dans le milieu aqueux. Ils se déposent ensuite progressivement au creux des aspérités du papier tout comme des sédiments charriés par une rivière. Tant que le papier reste humide, des pigments flottent encore dans le liquide. Il est toujours possible d'intervenir si l'on ne perturbe pas la couche des pigments déjà déposés.
Lorsque le papier est sec, la transparence de l'aquarelle s'impose. Elle résulte des différences d'épaisseur des strates de pigments sur le papier. Peu de pigments sur les crêtes et davantage dans les creux. C'est ce gradient qui crée cette « vibration » si particulière. vignette|Des effets possibles avec le drawing gum Le maximum d'intensité lumineuse correspond au blanc du papier. Les techniciens les plus habiles savent ménager dans leur tableau ces éclats lumineux naturels aux endroits les plus opportuns. Des artifices permettent aussi de préserver le fond du support : la paraffine (bougie), qui empêche définitivement l'eau colorée de mouiller le papier, ou la gomme à masquer ( drawing gum), qui le protège temporairement et qui peut être retirée en frottant avec l'index, contrairement à la cire de bougie ou à la paraffine qui ne peuvent être retirées.
Aquarelle en extérieur L'aquarelle peut être utilisée afin de pratiquer la peinture sur le motif. Le faible encombrement du matériel et la possibilité d'une exécution technique rapide la rend commode pour des travaux en extérieur.
Techniques thumb|Marie-Claire Lefébure, La Granvillaise.
Plusieurs techniques peuvent s'associer dans un même travail.
Sur papier sec La technique sèche est la plus ancienne. Son principe est d'étaler délicatement la peinture très diluée sur le support de façon à laisser transparaître la couleur du fond. Une fois les premiers tons posés et après séchage complet on s'intéresse aux éléments de détails de plus en plus précis en utilisant des couleurs moins diluées et en prenant soin d'aller des tons les plus clairs vers les plus foncés. Le travail progresse par couches successives et se termine par quelques rehauts plus foncés qui donnent à l'œuvre de la présence et du caractère. On obtient une couleur profonde en utilisant de l'eau gommée pour donner à la couche pigmentaire une certaine épaisseur.
La technique du pinceau sec permet de créer des effets en utilisant le grain du papier. Le pinceau, peu chargé, doit passer rapidement sur la feuille. Cette technique est propice à la restitution de la texture d'un mur ou de l'écume.
Sur papier humide La technique dans le mouillé impose l'humidification préalable du support. Le papier peut être placé sur une plaque de plexiglas ou tendu et agrafé sur un châssis en bois nu qui doit être verni pour ne pas absorber l'eau, au risque de faire sécher prématurément le papier au niveau des zones en contact avec le bois brut. Elle permet à l'artiste d'obtenir des surfaces aux couleurs très intenses, de faire fusionner les couleurs et d'effectuer des retraits de peinture sans abîmer le support, en conservant toute la lumière des couleurs. Les effets sont nombreux : fondus, dégradés, camaïeux, etc. Son apprentissage est long, car il nécessite une bonne maîtrise du cycle de l'eau sur le papier. C'est en effet le degré d'humidité du papier qui dicte au peintre le moment le plus opportun pour intervenir. vignette|La surface brillante lors du cycle de l'eau +Le cycle de l'eau en peinture aquarelle (7 phases)phasesdénominationsLentilleperle d'eau sur le papierMiroirl'eau est uniformément répartieBrillantLe grain du papier commence à se voirMi matLe papier est encore brillant par endroitsMat fraisLe grain du papier se voit, la surface est mateMat secl'humidité est palpable sous la paume de la mainSecLe papier est revenu à son aspect premier
Après séchage Dans les deux cas, la couleur de l'aquarelle ternit au séchage. La disparition de l'eau change le trajet des rayons lumineux, et les couleurs perdent de leur éclat. L'artiste doit en tenir compte. Un phénomène du même ordre peut se produire si, le travail fini, on y applique un vernis fixatif ou protecteur trop abondant ou non approprié.
Autres techniques D'autres techniques sont possibles. La technique de la carte plastique consiste en l'application d'aquarelle en tube sur une carte plastique qui est ensuite frottée sur le papier aquarelle.
Le monotype consiste en l'application d'aquarelle en tube sur une plaque de verre ou de plexiglas, puis d'un transfert, en plaquant un papier humide sur la plaque afin d'opérer ce transfert.
L'aquarelle peut s'employer en technique mixte, avec des encres, des couleurs acryliques, des pastels à l'huile, du pastel sec, …
Préparation du papier Pour tendre le papier, on l'humidifie des deux côtés à l'aide d'une éponge ou d'un pinceau mouilleur, après l'avoir détrempé dans une bassine d'eau, puis on le fixe sur une planche rigide, généralement de bois contreplaqué, à l'aide de bandes de kraft gommé. Une fois sec, le papier pourra être (re)mouillé sans risquer de gondoler. La planche doit être très rigide, car le papier exerce une grande force en séchage. Il est également possible de tremper le papier dans l'eau avant de l'agrafer détrempé sur un châssis nu. Il est toutefois nécessaire de vernir le bois brut du châssis afin d'éviter une absorption prématurée de l'humidité du papier en contact direct sur les parties en bois brut de ce dernier. D'autres peintres, comme Oga KazuoOga Kazuo Exhibition - The One Who Painted Totoro's Forest - DVD., décorateur des dessins animés du studio Ghibli, étendent leur feuille abondamment mouillée sur du bois vernis, tandis que d'autres utilisent une plaque de plexiglas. Si l'eau ne s'évapore pas à travers la face inférieure, il conserve une humidité résiduelle pendant plus longtemps, ce qui se répercute sur la dynamique de l'eau et des couleurs.
Effets vignette|Le noir de Mars. (PBk 11) produit des effets de granulation. Les peintres à l'aquarelle exploitent souvent la granulation, caractéristique de certains pigments, qui se produit lorsque les pigments se déposent en créant une apparence granuleuse ou tachetée. Cet effet peut ajouter de la profondeur, de la texture et de l'intérêt visuel aux peintures à l'aquarelle, surtout lorsque les artistes choisissent délibérément des pigments réputés pour leurs propriétés granulantes. Les pigments granulants populaires comprennent certaines teintes terre et des couleurs à base de minéraux.
L'usage de film alimentaire sur une couleur fraîche permet d'obtenir un effet marbré, pouvant évoquer de la roche ou la texture de la terre suivant la manière d'appliquer le film.
Les cristaux de sel permettent de créer des textures, en forme d'étoile, pouvant évoquer du givre ou la texture des vieilles pierres.
Le matériel vignette|Boîte d'aquarelle du peintre Jules Ernest Renoux.
Conditionnement des couleurs aquarelle vignette|Boîte de demi-godets À moins de fabriquer ses propres aquarelles à base de gomme arabique et de pigments, en y ajoutant du miel, de la glycérine, on achète les peintures sous deux conditionnements : godets de couleur sèche ou tubes de pâte.