L'université de Heidelberg (en allemand Universität Heidelberg, anciennement ou du nom de ses deux fondateurs), située à Heidelberg, en Bade-Wurtemberg, est la plus ancienne université allemande. Elle est membre du groupe de Coïmbre et sa stratégie a été retenue en 2007 par le programme d'initiative d'excellence allemande.

Robert , électeur palatin, fonde l'université de Heidelberg en 1386, pendant le grand schisme d'Occident. Au , elle devient un haut-lieu de la Réforme protestante. Affectée ensuite par la guerre de Trente Ans et la guerre de la Ligue d'Augsbourg, elle est réformée en 1803 par Charles de Bade et connaît alors une période florissante au et au début du . Pendant le Troisième Reich, l'université adhère à l'idéologie nazie. Rouverte rapidement après la guerre, elle connaît alors une période de dénazification.

À partir des années 1960, l'université se développe pour accueillir plus d'étudiants ; le campus de consacré aux sciences et à la médecine est construit alors que l'implantation de l'université dans le centre-ville historique de HeidelbergEn allemand « ». et dans le quartier de est rationalisée.

En 2009, la a accueilli dont 18,5 % d'étrangers et a délivré diplômes de fin d'études et doctorats. L'université compte du personnel pour un budget de d'euros. Elle est structurée en douze facultés, douze centres de recherche et possède une bibliothèque de plus de six millions d'ouvrages et deux centres hospitaliers associés : Heidelberg et Mannheim.

Parmi les anciens étudiants et membres actuels et passés du corps enseignant, l'université compte douze lauréats du prix Nobel de physique, sept lauréats du prix Nobel de chimie, six lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine, deux lauréats du prix Nobel de la paix et un lauréat du prix Nobel de littérature. De ce fait l'université est associée avec presque la moitié de tous les lauréats du prix Nobel de l'Allemagne en général..

Histoire Université médiévale de Heidelberg vignette|redresse|gauche|Hohe Schul zu Heydelberg. L'université de Heidelberg, estampe de la Cosmographia Universalis de Sebastian Münster, 1550.|alt=Du haut d'une chaire, un professeur qui nous fait face lit un livre aux étudiants assis sur deux rangées sur des bancs disposés en U. À gauche, l'entrée de la pièce est représentée sous la forme de trois voûtes, la pièce a plusieurs fenêtres, une série de cinq derrière le professeur et à droite une fenêtre à meneaux à droite.

À la fin du , la ville de Heidelberg, capitale du Palatinat et résidence des comtes palatins depuis 1225, ne compte qu'environ . La ville possède deux cloîtres, celui des augustins et des franciscains, mais pas d'école et ne semble donc pas destinée à devenir une ville universitaire .. Mais en 1378, à la mort du pape , commence le Grand Schisme. Deux papes sont élus : , élu par les cardinaux italiens résidant à Rome, et , l'antipape d'Avignon, élu par les cardinaux français et résidant en Avignon. Le Saint-Empire romain germanique soutient Urbain VI, ce qui rend la situation des étudiants et professeurs germaniques à l'Université de Paris difficile ..

, électeur palatin, entre en négociations avec la Curie et obtient d'Urbain VI () l'autorisation de créer une université à Heidelberg sur le modèle de celle de Paris, avec quatre facultés : celle de philosophie (enseignant les sept arts libéraux), celle de théologie, celle de jurisprudence et celle de médecine .. C'est à l'évêque de Worms que revient le droit de nommer le chancelier chargé de la délivrance des diplômes et de l'autorisation d'enseigner.

Le , la messe d'inauguration de l'université est célébrée en la chapelle du Saint-EspritEn allemand « ». .. Dans les facultés de philosophie et de théologie, l'enseignement commence dès le lendemain. Peu après, Marsile d'Inghen (v. 1340-1396), qui fut recteur de la faculté des arts de Paris (1367, 1371), est élu premier recteur pour un mandat d'un trimestre (il sera neuf fois recteur, en 1386-1392 et en 1396, il deviendra maître ès arts de la faculté des arts en 1386, sa réputation comme théologien et philosophe sera considérable, surtout après 1501, date d'édition de son Commentaire des Sentences de Pierre Lombard)Marsile d'Inghen, Quaestiones super quattuor libros Sententiarum, Strasbourg, 1501, Reprint Francfort-sur-le-Main, Minerva, 1966.. Les sceaux de l'université sont alors gravés ; sur celui du recteur figure la devise latine de l'université « », signifiant « Toujours ouvert », expression faisant référence au fait que le livre de la connaissance doit rester toujours ouvert.. L'enseignement à la faculté de jurisprudence commence également en 1386, et il faut attendre 1388 pour que la chaire de médecine soit occupée ..

Comme souvent, la présence des étudiants dans la ville est à l'origine de conflits variés avec les habitants. Pour essayer de contenir les étudiants, divers règlements sont promulgués, et parfois les étudiants se voient obligés d'observer le couvre-feu. Il arrive parfois que les faits soient plus graves. Ainsi, en 1422, un fait divers conduit à l'attaque d'une bourse étudiante par les citoyens. Ces derniers doivent alors faire pénitence pour avoir porté atteinte à l'autonomie de l'université ..

La fin du est marquée par les querelles entre la et la au sein de la faculté de philosophie. En 1452, Frédéric le Victorieux réforme l'université et interdit la querelle .. Cela conduit en 1455 à une solution originale, la création de deux voies parallèles d'études .. Puis à partir de 1456, Peter Luder enseigne l'humanisme à l'université... Par la suite, l'évêque de Worms et chancelier de l'université Jean de Dalberg encourage le développement de l'humanisme. Ainsi, sous son impulsion, le philosophe Rudolph Agricola rejoint l'université en 1484.. D'autres humanistes fréquentent la cour du successeur de Frédéric, , comme le philosophe et théologien Johannes Reuchlin ou le poète Conrad Celtes qui fonde la première sodalité humaniste à Heidelberg, la Societas Litteraria Rhenana ..

Cependant, l'esprit humaniste n'arrive pas à s'imposer face à la scolastique. De plus, les finances de l'université déclinent en raison des dettes du Palatinat contractées pendant la guerre avec la Bavière. En conséquence, l'université se retrouve en retrait par rapport aux universités de Bâle et de Wittemberg..

Au temps de la Réforme puis de la Contre-Réforme vignette|La Vieille Université () nommée en l'honneur de Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach, construite entre 1712 et 1735 sur les plans de l'architecte Johann Adam Breunig.|alt=Bâtiment baroque blanc possédant deux entrées, parements de grès rouge, toit mansardé en ardoise avec petite tour-horloge.

En 1518, Luther défend ses idées au couvent des Augustins de Heidelberg (c'est la « dispute » de Heidelberg), mais il faudra attendre 1546 pour que autorise le culte luthérien dans la ville. et 1559 pour que l'électeur palatin Othon-Henri introduise l'enseignement de Luther à l'université.. Avant de devenir électeur, Othon-Henri contribue au développement de l'université par celui de la bibliothèque de l'université qui devient célèbre sous le nom de Bibliothèque palatine (). Une fois devenu électeur, et avec l'aide de Melanchthon, Othon-Henri donne de nouveaux statuts à l'université ; ils sont présentés au corps professoral le ..

Ensuite, sous l'influence de (électeur palatin de 1559 à 1576), l'université devient calviniste et participe à l'élaboration du catéchisme de Heidelberg, publié en 1563.. Sous (électeur de 1576 à 1583), l'université redevient luthérienne et les professeurs calvinistes rejoignent le frère de Louis, Jean-Casimir du Palatinat, à Neustadt an der Weinstraße, où Jean-Casimir a fondé le .. À partir de 1583, l'université redevient calviniste et le centenaire du calvinisme est célébré avec faste en 1617..

La guerre de Trente Ans (1618-1648) va particulièrement affecter l'université.. En 1622, la ville est prise par les troupes de Tilly. La bibliothèque est fermée et la plupart des ouvrages sont envoyés au pape à Rome.. L'université doit suspendre ses activités de 1626 à 1629. La majorité des étudiants rejoignent des universités voisines et, par conséquent, les inscriptions déclinent radicalement.. Les traités de Westphalie mettent fin à la guerre en 1648, mais il faut attendre le pour que puisse célébrer une réouverture officielle. Charles-Louis attire des professeurs comme le juriste Samuel von Pufendorf, le théologien suisse Jean Henri Hottinger ou le philologue Jean Freinsheim.

vignette|gauche|L'église et le collège des jésuites.|alt=Vue des toits, le collège est un grand bâtiment en L, l'église baroque est en grès rose. À l'arrière plan, des collines boisées.

Commencent alors les guerres du Palatinat, durant lesquelles la ville de Heidelberg est ravagée par deux fois, en 1689 et en 1693, par les troupes de .. L'université est évacuée, d'abord à Francfort puis à Weinheim, puis elle reprend ses activités à Heidelberg à partir de 1704..

Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach organise la reconstruction de la ville de Heidelberg. Sur des plans de l'architecte Johann Adam Breunig, la construction de la Domus Wihelmiana (connue sous le nom de « vieille » université) s'étale de 1712 à 1735. Les princes-électeurs de la maison de Neuburg, catholiques, encouragent les jésuites à s'installer à Heidelberg et leur confient la gestion de l'université. En 1720, Heidelberg perd son statut de capitale du Palatinat au profit de Mannheim, et dès lors, les électeurs palatins se consacrent au rayonnement de leur nouvelle capitale.

Après la dissolution de l'ordre des jésuites en 1773, d'autres congrégations catholiques prennent le relais. En 1784, l'école caméraliste de Kaiserslautern, dirigée par le médecin et botaniste Friedrich Kasimir Medikus, fusionne avec l'université..

Au , l'université recrute ses étudiants à un niveau régional. et la faculté de droit est prépondérante, avec plus de 40 % du professorat. et plus de 30 % des étudiants dans les années 1770-1780.

Au temps de l'État de Bade (1803-1918) vignette|LAlte Aula, auditorium de la « vieille » université, 1896.|alt=Photo noir et blanc. Salle avec deux hauteurs de fenêtres et au fond une peinture allégorique.

Napoléon attribue la partie du Palatinat située sur la rive droite du Rhin à Charles-Frédéric de Bade et l'intègre au grand-duché de Bade à partir de 1806. Par le d'organisation de l'université en 1803, l'université devient un établissement financé par le grand-duché avec à sa tête Charles-Frédéric de Bade. Rapidement, le grand-duc est considéré comme le second fondateur de l'université, qui prend alors le nom de Ruprecht-Karls ou Ruperto Carola.

En 1804, Clemens Brentano rejoint Heidelberg et y introduit le romantisme. Ses écrits et ceux de ses amis, Achim von Arnim, Ludwig Tieck, Joseph Görres et Joseph von Eichendorff, sont inspirés par les vieilles chansons allemandes et la beauté du paysage du château surplombant le Neckar..

Heidelberg devient un centre de libéralisme et du mouvement en faveur de l'unité nationale allemande.. Malgré l'interdiction des associations d'étudiants promulguée en 1810, des Corps regroupant des étudiants originaires de la même région se créent, puis la première est créée en 1817 avec pour devise « Gloire, Liberté, Patrie »En allemand « ».. Dès lors, les associations d'étudiants exercent une forte influence, d'abord patriotique puis politique. Les professeurs de Heidelberg sont les défenseurs importants du Vormärz et bon nombre d'entre eux sont membres du premier parlement allemand librement élu, le Parlement de Francfort de 1848. Pendant la fin du , il règne à l'université un esprit très libéral et large d'esprit, stimulé par un cercle de professeurs autour de Max Weber et d'Ernst Troeltsch.