Les Folies Siffait sont un parc aménagé entre 1816 et 1830 dans le domaine de la Gérardière, au Cellier, près de Nantes, par Maximilien Siffait (1780-1861), architecte amateur, et par la suite par son fils Oswald (1813-1877), botaniste.
Elles sont inscrites au titre des monuments historiques depuis un arrêté du .
Longtemps propriété privée, le site est devenu propriété de la commune en 1986 puis du département de la Loire-Atlantique en 2007.
Présentation vignette|left|Les Folies Siffait vues de la rive gauche de la Loire. Les Folies Siffait sont un jardin décoratif organisé en terrasses et présenté sous forme de ruines factices. Ces faux vestiges, à l'origine de couleurs différentes, constituent un labyrinthe de bases de tours et d'escaliers qui ne conduisent nulle part. Niches, balustrades, enduits colorés, escaliers, murs, tours, trompe-l’œil, fausses ruines et jardins suspendusMarie-Hélène Prouteau, La ville aux maisons qui penchent, Suites nantaises, chapitre «La Cité lointaine», La Chambre d'échos, 2017. se succèdent, avec comme matériau de base le schiste ardoisé. Le site offre des panoramas sur la Loire.
Historique Maximilien Siffait Il est né le à Abbeville (Somme) dans une famille de bourgeois marchands. Il est bercé par les récits sur l'épopée de Napoléon Bonaparte, ayant 17 ans lors de la campagne d'Italie et 18 ans au retour de la campagne d'Égypte. Il entre dans l'administration des douanes. Ses convictions bonapartistes et l'appui de son père et de son grand-père, tous deux devenus consuls, lui permettent en huit ans de passer du rang de commis à celui de receveur général à Calais.
En 1806, il épouse Marie-Louise Françoise JourdanL'état civil donne bien « Jourdan » et non « Jordan ». Elle est née à Calais, vers 1784., avec qui il a trois enfants, Gabrielle en 1809 (mais elle meurt âgée d'un an), Jeanne-Louise en 1811 et Oswald en 1813État civil : Albert Oswald, né à Calais.. La Restauration met un terme à sa carrière, trop dépendante de ses convictions politiques.
En 1815, il découvre Nantes et les bords de la Loire au cours d'un voyage d'affaires avec son frère Laurent Saint-Amand, négociantLaurent Saint-Amand Siffait, parfois simplement désigné comme « Saint-Amand Siffait », est par la suite installé à Nantes ; il est notamment actionnaire de la compagnie fluviale Siffait et Vince (cf. ; en 1832, il sera élu au conseil municipal de Nantes (maire : Ferdinand Favre).. Il décide de s'installer dans la région et achète au Cellier le manoir de la Gérardière et les terres attenantes, peut-être par désir de trouver un lieu romantique pour vivre sa passion amoureuse avec sa femme. Dès 1816, Maximilien Siffait s'engage en architecte autodidacte dans un chantier d'aménagement de sa propriété. Il poursuit les travaux malgré la mort de son épouse en 1819Elle meurt le 28 janvier 1819 à Nantes, . Source : acte de décès ; 5° et 6° cantons, vue 6. Un des déclarants est « Laurent Saint-Amand Siffait, négociant, demeurant quai de la Fosse »..
Il entre dans le conseil municipal du Cellier au début des années 1820Registre des mariages du Cellier, 1821, et 11 septembre 1820, lors du mariage de la fille du maire., alors que le maire est Jean-François Le Masne. Il est nommé à son tour maire du Cellier en 1822. Pendant son mandat, il se trouve en conflit avec le chef d'une grande famille du Cellier, le baron Juchault des Jamonières, alors propriétaire du château de Clermont, pour une question d'accaparement de terrains communaux. À noter que sa signature est : « Siffait Jourdan »Registre des mariages du Cellier, année 1830, vues 8, 10. L'adjonction du nom de l'épouse n'est pas exceptionnelle : c'est aussi le cas d'un maire de Nantes sous l'Empire, Jean-Baptiste Bertrand-Geslin.. Il poursuit les travaux jusqu'en 1830, année de la mort prématurée de sa fille âgée de 18 ansElle décède le 19 janvier 1830 à Ancenis, . Acte de décès : Ancenis, 1830, vue 3 (), AD 44 Registres paroissiaux et d'état civil. Plusieurs sites sur Internet donnent la date de 1836, qui est donc fausse..
Il cesse d'être maire du Cellier en 1830. Durant l'été, il proteste contre l'éviction du sous-préfet d'Ancenis et contre la perspective d'une nomination comme maire du Cellier du baron des JamonièresMariez. Cette période est celle de la Révolution de 1830, mais les implications politiques de son attitude ne sont pas précisées.. Son mandat se termine fin août ou début septembreRegistres de mariages du Cellier, année 1830 : vue 7 (24 août) et 8 (21 septembre). ; son successeur est Pierre Saupin, précédemment adjoint chargé de l'état civil. Cependant, le baron des Jamonières deviendra maire en 1832.
Un peu plus tard, il quitte le Cellier et s'installe à Ancenis. En 1836, il laisse à Oswald la responsabilité du domaine de la GérardièreOswald Siffait réside à la Gérardière en 1836. Recensement de population Le Cellier, 1836, vue 9 http://archives.loire-atlantique.fr/, qui ne se réduit du reste pas aux Folies Siffait. Il meurt à Nantes le , âgé de 81 ans, dans la demeure d'un ami, Édouard-Edmond GouinActe de décès de Maximilien Siffait : Nantes, 1° canton, vue 64, AMN État civil. Édouard-Edmond Gouin est domicilié . Maximilien est désigné comme , mais son domicile n'est pas indiqué., sans s'être remarié.
L'aménagement du domaine de la Gérardière par Maximilien Relief Le domaine est formé par un plateau schisteux situé à quarante mètres au-dessus du niveau de la Loire, encadré par les vallées de deux ruisseaux qui découpent un promontoire triangulaire. Le château de la Gérardière se trouve à la base du triangle. Le promontoire se termine à sa pointe par une falaise très abrupte surplombant le fleuve.
La rive de la Loire est occupée par un chemin de halage destiné à la batellerie, très active jusqu'à l'arrivée du chemin de fer dans les années 1840.
Historique du domaine Ces lieux ont antérieurement été l'emplacement d'un château féodal. Vers l'an 800, le comte Guy, qui donne son nom au « Château-Guy », bénéficie d'un péage fluvial installé sur la Loire. Le château est délaissé en 1389, au profit du château de Champtoceaux. Au début du , des ruines sont visibles sur le site, sans qu'on sache s'il s'agit d'un simple bâtiment de péage ou des restes d'un donjon médiéval.
Les travaux de Maximilien Siffait thumb|Plan du site des Folies Siffait.
Jean-Gabriel Bouchaud envisage ces travaux de la façon suivante : la première étape est la construction du belvédère en haut de la pointe du promontoire, donc un lieu facile d'accès, offrant une belle vue sur le fleuve ; ce type d'aménagement est d'ailleurs courant dans les propriétés de bord de Loire de ce pays de falaises ; la seconde étape est la construction d'une liaison entre le belvédère et la rive du fleuve, en fait une succession de terrasses et d'escaliers. L'ensemble comporte vingt-trois terrasses en cul-de-sac. Le promeneur est toujours conduit vers le chemin principal. Le tout est articulé autour de deux axes qui se croisent au niveau d'un salon en forme de cercle dans la partie basse du site ; la troisième étape (postérieure au décès de Marie-Louise) est l'aménagement du flanc amont du promontoire ; il s'agit d'une zone moins abrupte, mais beaucoup plus vaste qui doit relier le manoir à la Loire ; selon Jean-Gabriel Bouchaud, il s'agit de créer un palais en plein air en vue de fêtes futures, notamment celle du de Jeanne-Louise (à l'été 1829). Malheureusement, en 1829, Jeanne-Louise n'est pas bien portante et aucune fête n'a lieuL'auteur indique que la perspective de cette fête des , le « premier bal » de la jeune fille, était connu tant au Cellier, par les travailleurs locaux, que dans la bonne société nantaise. Mais il ne fournit aucune documentation tangible., puis elle meurt au début de 1830, rendant tout ce travail vain aux yeux de son père.
En ce qui concerne le processus de construction, Jean-Gabriel Bouchaud pense que le site peut fournir en abondance les matériaux de construction, principalement du schiste ardoisé et du gravier pour le mortier. Pour la main d'œuvre, Maximilien Siffait aurait pu bénéficier d'une main d'œuvre bon marché, composée de demi-soldes et de paysans désœuvrés.
Oswald Siffait, botaniste des « Folies Siffait » En 1838, Oswald épouse Rosalie Anne Marie LoretteRosalie Lorette, née le 4 novembre 1819 à Monnières (vue 6), fille du maire de ClissonBenjamin René François Lorette.. En 1846, ils ont une fille, AnnaAnna Siffait naît le 17 avril 1846 à Clisson (vue 8). En 1870, elle épousera à Nantes Arthur Antonin Juchault des JamonièresActe du mariage d'Anna Siffait (sous le prénom "Anne") du 5 septembre 1870 (Nantes, 5° canton, vue 59)., et un de leurs quatre enfants naîtra à la Gérardière en 1876Enfants d'Anna Siffait et Arthur Juchault des Jamonières : Léon Fernand Christophe, né le 17 juin 1872 à Nantes (rue Paré) (5° canton, vue 6) Marguerite Marie Agathe, née le 11 novembre 1876 au Cellier (vue 10), à la Gérardière. Benjamin, né le 27 octobre 1878 au Cellier (vue 14) à la Vionette ; décédé en 1963. Suzanne Lucile, née le 2 juillet 1880 à Nantes (rue Félix) (2° canton, vue 38), décédée le 30 mars 1960 au Cellier..
De 1841 à 1847, Oswald est à son tour maire du CellierActe de naissance d'Anna ; registres d'état civil, ouverts et fermés chaque année par le maire en poste.. Il est concerné, en tant que maire et en tant que propriétaire de la Gérardière, par l'arrivée de la ligne de chemin de fer reliant Angers à Nantes, qui doit être établie sur le chemin de halage le long de la Loire.
En ce qui concerne le domaine, il est décidé d'appliquer des revêtements colorés sur les murs des constructions, et de peupler le site de pagodes chinoises, de kiosques orientaux et de mannequins de cire. C'est sans doute à cette époque que le site reçoit le nom de Folies Siffait, qui rend compte de l'apparence hétéroclite du parc.
Selon Jean-Gabriel Bouchaud, ces transformations décoratives sont spécifiquement dues à Rosalie, cherchant à atténuer la tristesse contenue dans la construction initiale.
Oswald Siffait, féru d'arboriculture, est attiré par la botanique. Il devient d'ailleurs président de la Société nantaise d'horticulture en 1848. Il dessine le cadre végétal des ruines artificielles en plantant de nombreuses essences : araucaria, catalpa, cèdres, paulownia, etc. Cet apport arboricole contribue à la beauté du site.
Les Siffait quittent par la suite le Cellier pour NantesSans doute entre 1861 et 1866, puisque Maximilien Siffait meurt à Nantes en 1861, mais chez quelqu'un d'étranger à la famille., tout en conservant la propriété de la Gérardière, au moins jusqu'en 1876. Rosalie Lorette meurt à Nantes en 1866, dans leur domicile situé rue ParéActe de décès de Rosalie Lorette : 5 juin 1866 (5° canton, vue 31)..
Oswald meurt le à Nantes dans sa demeure située au numéro 6, place Saint-PierreActe de décès d'Albert Oswald Siffait : Nantes, 2° canton, vue 27. Un des déclarants est son gendre Arthur Juchault des Jamonières..
Le déclin du site thumb|left|Les terrasses de la Folie Siffait avec la ligne de chemin de fer Tours-Saint-Nazaire en contrebas. Dans les années 1840, la voie ferrée de la ligne Angers - Nantes est implantée sur le chemin de halage. Un tunnel est percé pour la traversée de la pointe du promontoire, mais les parties les plus basses des Folies sont détruites. .
Le site est laissé à l'abandon un siècle durant, ce qui permet à la végétation de proliférer et d'endommager partiellement les constructions ; la croissance végétale est favorisée par la situation sud-est, ensoleillée et à l'abri des vents du nord et de l'ouest.
En 1944, trois bombes atteignent les Folies Siffait lors du bombardement du pont d'OudonSelon Mariez. par les Alliés.
La notoriété des Folies Siffait du Les Folies Siffait apparaissent, sous cette dénomination, dès les années 1830 et 1840 dans des guides de voyage sur la LoireCités par Mariez, pages 54 et 80., qui expriment une réception très négative :