vignette|Jerry Yang (à droite) rend visite le à Nancy Pelosi (au milieu) pour solliciter un soutien dans la libération de dissidents chinois emprisonnés. Il est accompagné de Harry Wu (à gauche) qui administre le « Yahoo! Human Rights Fund ».

vignette|Harry Wu se joint aux Tibétains le , pour la journée internationale des droits de l'homme. Harry Wu (de son nom chinois Wu Hongda) est un dissident et détenu chinois catholique, né le à Shanghai et mort le au Honduras.

Étiqueté comme « droitier contre-révolutionnaire », il a passé dix-neuf ans, de 1960 à 1979, dans le laogaï, ensemble de colonies pénitentiaires instauré sous Mao Zedong. Libéré et réhabilité politiquement, il obtient un poste d'enseignant à l'université de géoscience à Wuhan puis est invité comme chercheur-enseignant par l'université de Californie à Berkeley (San Francisco), de 1985 à 1987. Recruté ensuite comme chercheur par l'Institut Hoover, une boîte à idées conservatrice de l'université Stanford, il fonde en 1992 la Laogai Research Foundation, dont il est le directeur. Il est naturalisé américain en 1994. Auteur de plusieurs livres dont Vents amers, il crée aussi le musée du laogaï à Washington en 2008 et dénonce les violations des droits de l'homme en Chine comme le prélèvement forcé d'organes.

Biographie

Enfance Honda Wu est né à Shanghaï au sein d'une famille de huit enfants de la haute bourgeoisie catholique vivant dans la concession française. Son père est banquier et sa mère est issue d'une famille aisée. Il est élève chez les jésuites, à l'école catholique Saint-François. Petit garçon choyé, il joue au baseball, parle l'anglais à l'école et le chinois à la maison. À l'issue du secondaire, il entreprend, en 1955, des études de géologie à Pékin Remembering Harry Wu, 'Troublemaker' For The Chinese Communist Party, npr, 29 avril 2016 : . Sam Roberts, Harry Wu, Who Told World of Abuses in China, Dies at 79, The New York Times, 27 avril 2016 : Entretien avec Harry Wu, directeur de la Laogai Research Foundation, Le laogai est pire que le goulag, affirme un Chinois qui a survécu à 19 ans de détention, ZENIT.org, 8 octobre 2006..

Harry Wu se remémore ainsi ses jeunes années : Morgan Zo-Callahan, Intimate Meanderings: Conversations Close to Our Hearts,

Arrestation et détention (1960-1979) En 1957, Harry Wu participe à la campagne des Cent Fleurs, mouvement lancé par Mao Zedong. Il critique à cette occasion, lors de la réunion d'une organisation étudiante, la politique du Parti communiste chinois et l'invasion de la Hongrie lors de l'insurrection de Budapest par l’Union soviétique. Il sera alors considéré comme un et surveillé en permanenceHarry Wu Martin Ennals Award. En dernière année de licence à l'université des géosciences de Chine Beyond the wire The Economist, 7 mai 2016., il est incarcéré le dans un camp du laogaï, à cause, selon ses dires, de ses « origines bourgeoises » et pour avoir critiqué l’invasion de la Hongrie, alors alliée de la ChineHarry Wu, 59 ans, le plus célèbre des dissidents chinois, consacre sa vie à dénoncer les camps où il a passé dix-neuf ans. Le Chinois qui aimait Jean Valjean, Libération, 28 janvier 1997 : . Harry Wu est étiqueté comme « droitier contre-révolutionnaire »Bio express : Harry Wu Territoires de la mémoire, septembre 2000. Les membres de sa famille et ses amis sont contraints à le dénoncer comme « contre-révolutionnaire ». Sa mère, qui a refusé de le faire, se suicide.

Pour survivre dans le laogai, Harry Wu rapporte qu'il . , dit-il, Emily Langer, Obituary: Harry Wu, Chinese dissident and labour camp activist, The Independent, 29 avril 2016 : . Il ne peut plus pratiquer sa religion Alan Dowd, Harry Wu, a Friend of Freedom, Heads Home, Providence. A Journal of Christianity and American Foreign Policy, 6 mai 2016 : . Il conserve le livre Les Misérables de Victor Hugo qu'il réussit à cacher et qui le ramène à l'humanité. Un gardien le surprend et lui casse le bras pour cette lecture interdite d'un « livre bourgeois ». Il se retrouve dans le camp de la ferme de Qinghe pendant deux ans (1961-1962), il y décrit la famine qui touche les détenus, l'absence de réelle rébellion de ces derniers mais aussi le comportement « convenable » des gardiens. Il est interné dans la « section 585 », un « mouroir » dont il réussit à sortir en vie. À certaines périodes de sa détention, Harry Wu ne pèse pas plus de 36 kilogrammes. En 1965, il parvient, avec deux autres prisonniers, à sortir du camp une lettre adressée à Mao Zedong, pour lui demander quand les « droitiers » seront libérés. Il est alors condamné au cachot « qui le laisse à l'article de la mort »..

À partir de 1969, il est classé comme « prisonnier libre » dans un camp du Shanxi Jean-Luc Domenach Harry Wu et Carolyn Wakeman. Bitter Winds. "A Memoir of my Years in China's Gulag" (compte rendu) Persée, 1994, il y est mineur de fond pendant 9 ans. Les conditions de détention du « travailleur libre » sont similaires à celles des condamnés à la réforme par le travail. Ils sont mal nourris, toujours séparés de leur famille, sans lien avec l'extérieur si ce n'est à travers les flots de propagande déversés continuellement par les haut-parleurs du camp et les lectures obligatoires Jean Pasqualini, introduction de Vents amers, Édition Bleu de Chine, 13 décembre 1995, ..

Libération et réhabilitation (1979) puis émigration aux États-Unis (1985) À la suite des bouleversements politiques consécutifs à la mort de Mao Zedong et la chute de la bande des Quatre en 1976, il est libéré en 1979 après avoir purgé sa peine de dix-neuf ans et être passé par douze camps différents. Réhabilité politiquement Chinese human rights campaigner Harry Wu dies, ucanews.com, 27 avril 2016 : , il obtient en 1980 un poste d'enseignant à l'université de géoscience à Wuhan, poste qu'il occupe jusqu'en 1985. La même année, ayant reçu de l'université de Berkeley en Californie une proposition à y travailler comme chercheur invité jusqu'en 1987, il quitte son pays pour les États-Unis. Le poste n'étant pas rémunéré, pour gagner sa vie, il travaille la nuit dans un magasin de beignets à San Francisco. Il est ensuite recruté comme chercheur par l'Institut Hoover, boîte à idées conservatrice sise à l'université Stanford Britannica Book of the Year: 1996, Glenn M. Edwards ed., Encyclopaedia Britannica, 1996, 928 p., p. 72 : .

Campagne contre le laogai (1991-2016) Cependant, les camps le hantent, et en 1991 il décide de retourner en Chine afin de filmer clandestinement la réalité des camps de travaux forcés du régime communiste chinois pour le magazine d'information américain 60 Minutes Remembering Harry Wu, 'Troublemaker' For The Chinese Communist Party, npr.org, 29 avril 2016 avec Ed Bradley. Diffusé sur le réseau de télévision CBS le Troublemaker: One Man's Crusade Against China's Cruelty, , il remporta les Emmy Awards Robert L. Suettinger, Beyond Tiananmen: The Politics of U.S.-China Relations 1989-2000, .

Le , la Chine publie son premier livre blanc, intitulé The Human Rights Situation in China. Elle y répond aux détracteurs de la pratique des travaux forcés, au rang desquels figure Harry Wu Lawrence R. Sullivan, Historical Dictionary of the People's Republic of China, Scarecrow Press, 2007, 720 pages, . : .

En 1992, Harry Wu fonde, avec le Français Jean Pasqualini, la Laogai Research Foundation à Washington DC China's 'Re-Éducation Through Labor' System: The View From Within, avec le soutien de la NED1992 NED Annual Report2009 NED Annual Report.. Wu a rencontré à Paris celui qui fut Prisonnier de Mao entre 1957 et 1964 : . Dotée d'un budget annuel de 1 million de francs de l'époque, la Fondation fait travailler plus d'une dizaine d'enquêteurs.

En 1992, Harry Wu rencontre pour la première fois le dalaï-lama aux États-UnisSofia Stril-Rever, Dalaï-lama, Appel au monde, ..

En 1993, la lettre à l'ONU d'un détenu, Chen Pokong, dénonçant le travail forcé dans le laogaï, abonde dans le sens des accusations de Harry Wu. Celui-ci alerte le gouvernement américain, qui interdit d'importer les produits confectionnés dans ces conditions. L'Europe n'a aucune législation en la matièreSofia Stril-Rever, , .Les universitaires James D. Seymour et Michael R. Anderson, dans leur livre New Ghosts, Old Ghosts: Prison and Labor Reform Camps in China (Routledge, 2015, 336 p., p. 292, Note 380), font remarquer qu'aux États-Unis il n'est pas interdit d'exporter des produits fabriqués par des détenus obligés de travailler : .

En , Human Rights Watch/Asia et Human Rights in China présentent un document secret du bureau de la sécurité publique élaboré en , donnant le nom de 49 personnes qui ne sont pas autorisées à pénétrer en Chine, Harry Wu en fait partieDissidence politique -mise à jour Commission de l'immigration et du statut de réfugiés du Canada : .

Harry Wu est naturalisé américain en 1994. Il prend à nouveau le risque de retourner en Chine en 1995, mais cette fois-ci il est arrêté à la frontière chinoise, gardé en détention pendant soixante-six jours, condamné pour espionnage à quinze ans de camp, pour être finalement expulsé à la suite des pressions américainesMort du militant chinois Harry Wu, AFP, 27/04/2016., les autorités américaines menaçant la Chine du boycott par Hillary Clinton d'une conférence de l'ONU à Pékin Sam Roberts Harry Wu, Who Told World of Abuses in China, Dies at 79, New York Times, 27 avril 2016. Régine Torrent, First ladies: d'Eleanor Roosevelt à Hillary Clinton, .. Malgré cet emprisonnement, Harry Wu envisageait de retourner dans son pays : Chris Kutschera Chine: Harry Wu, dissident et fauteur de trouble, VSD, 6 juin 1996.. Quand on lui demande pourquoi il est revenu si souvent en Chine alors que le danger était si grand, il répond : Harry Wu, dissident and activist who endured 19 years in Chinese labor camps, dies at 79 Washington Post, 27 avril 2016 : . En 2002, Hong Kong lui refuse l'entrée sur son territoire alléguant un problème de sécurité The Wall Street Journal, 28 avril 2016 .

Il fait campagne, avec succès, pour présenter le terme « laogaï » dans l'Oxford English Dictionary où il est entré en 2003, suivi en 2005 dans le Duden ., un dictionnaire de la langue allemande, et en 2006 dans des dictionnaires de la langue italienne et française English summary: "".

En , il dirige le Yahoo! Human Rights Fund. Ce fonds visant à soutenir les familles des cyber-dissidents chinois emprisonnés est lancé par Yahoo!, alors accusé de collaborer avec le gouvernement chinois pour arrêter des opposants, dont le journaliste Shi TaoBérénice Dubuc, Dissidents chinois: Yahoo! se rachète une réputation, L'Express, 4 avril 2008.

En , il inaugure, à Washington, le musée du laogaï, Dorian Malovic Décès de Harry Wu, lanceur d’alerte des camps chinois La Croix, 27 avril 2016. Le musée présente l'histoire et la structure du système pénitentiaire chinois au moyen de photographies, de documents officiels et d'uniformes de détenus provenant des archives personnelles de Harry Wu ou de dons d'anciens détenusAFP, US museum displays China’s ‘laogai’, Taipei Times, 10 novembre 2008 : .

À partir de 2002, Harry Wu s'investit, aux côtés de Chen Kuide, dans le site web Guancha (littéralement « l'observateur ») de tendance progressiste (liberal en américain), épigone du journal progressiste du même nom paraissant à Shanghaï dans les années 1940. En 2012, l'ordre du jour de ce site devient nettement politique, directement lié aux clauses la charte 08. Son comité de lecture comprend, outre Harry Wu, Yu Jie, Zhang Dajun et Yang Lili, ce qui fait dire que le journal est désormais entre les mains de ChrétiensGerda Wielander, Christian Values in Communist China, Routledge, 2013, 216 p. : .

En 2012, avec la Fondation pour la recherche sur le laogaï, il organise une conférence sur les laogaï au Tibet, à laquelle Ghang Lhamo et d'autres anciens prisonniers tibétains participent Tibetan Former Political Prisoners Recall Horrors of the Laogai at LRF Conference..