L'économie de Lille trouve ses racines dans un très riche passé industriel et commercial, en particulier dans les domaines de l’agro-alimentaire avec ses moulins et ses brasseries, du textile autour de la filature du lin et de la transformation du coton, de la mécanique à destination notamment de l’automobile et du ferroviaire. Marques d'un riche passé commerçant, certaines grandes enseignes françaises sont nées à Lille, tels que les magasins d'électroménager Boulanger, originellement installés rue Léon-Gambetta, ou encore les boulangeries Paul, dont la première boutique est située place de Strasbourg. C’est aussi, de longue date en raison des fortunes qui s’y sont bâties, un centre financier de premier plan, dans la banque et l’assurance. Mais Lille est aujourd’hui largement recentrée sur sa vocation de capitale administrative et de fournisseur de services publics ou privés aux activités environnantes. C’est pourquoi l’appréhension de l’économie locale à l’échelle de la seule commune de Lille ne revêt qu’un sens limité.

Revenus de la population et fiscalité

Socialement, Lille a toujours été une ville de contrastes. En tant que cité marchande, lorsque l’opulence des bourgeois côtoie la précarité de la condition des artisans et la misère du petit peuple, mais surtout en tant que cité industrielle. C’est certainement la ville française qui a incarné le mieux les ravages sociaux de l’industrialisation et la paupérisation des classes laborieuses. Lille tient ainsi une place de choix dans le « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie » publié en 1840 par Louis René Villermé et c’est après un passage à Lille en 1851 que Victor Hugo écrit le poème des Châtiments « Joyeuse vie »Joyeuse vie sur wikisource et son célèbre vers « Caves de Lille ! on meurt sous vos plafonds de pierre ! » . Cette situation ne changera guère jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, de 1850 jusqu’à la Première Guerre mondiale, 8 à 9 % de la population lilloise, constituée d’industriels, négociants, propriétaires et professions libérales, détient entre 88 % et 91 % de la fortune de la cité tandis que les classes populaires, qui représentent près des deux tiers de la population, n’en contrôlent qu’une part très restreinte, toujours inférieure à 1 %Felix-Paul Codaccioni, cité par Pierre Pierrard dans Lille, dix siècles d’histoire, Stock, 1979, p. 139. Dans les années 1920, la misère se perpétue et en 1937-1938 encore, 52 % des décédés ne laissent aucun héritagePierre Pierrard, Lille, dix siècles d’histoire, Stock, 1979, p. 189.

Si la situation des Lillois n’est bien entendu plus la même aujourd’hui, toute trace du passé n’a pourtant pas disparu. Globalement, le revenu fiscal moyen des ménages par UC en 2007 est le plus faible des principales villes françaises et inférieur de plus de à la moyenne nationale. L’éventail des revenus y est par ailleurs très ouvert, le rapport entre le seuil des 10 % de revenus fiscaux les plus élevés ( par UC) et le seuil des 10 % de revenus fiscaux les plus faibles ( par UC) atteignant 13,3 (contre 5,4 pour l'ensemble de la France métropolitaine)Voir Revenu fiscal par ménage en France.

L'ampleur de cet écart tient plus au nombre des foyers à très faible revenu qu’à l’importance des plus hauts revenus : le seuil du se situe à par UC au niveau national, 2,5 fois au-dessus du seuil lillois, tandis que le seuil du neuvième, à par UC, est très proche du seuil lillois. Ainsi, en 2007, plus de 35 % des foyers fiscaux lillois présentent un revenu inférieur à , soit 8,5 points de plus qu’au niveau national, et seuls 48,6 % des foyers fiscaux sont imposables, soit cinq points de moins qu'au niveau national. Parmi les grandes villes, seules Montpellier et Marseille présentent des situations similaires. Pour autant, il existe également une classe très aisée à Lille, 1,2 % des foyers fiscaux étant redevables de l’impôt sur la fortune, pour un patrimoine moyen de près de 1,7 million d’euros.

Les disparités entre quartiers sont par ailleurs importantes : en 2002, le revenu médian s'établissait à moins de euros par UC dans les quartiers du sud (Fives, Lille-Sud, Faubourg de Béthune), tandis qu'il dépassait euros par UC dans les quartiers du nord-ouest (Vauban-Esquermes, Vieux-Lille et Centre).

Mais cette approche localisée, pour être véritablement pertinente au regard de celle des principales villes françaises, ne doit pas s’effectuer au niveau de la seule commune de Lille, mais de la métropole dans son ensemble, la polarisation sociale étant également très marquée à cette échelle en dépit d'un rapport inter-déciles de moindre ampleur.

+ Revenu fiscal des ménages par Unité de Consommation en 2007 Ménages de Nombre d’UC Revenu fiscal moyen Seuil du premier décile (€) Seuil du neuvième décile (€) Rapport inter-déciles (9/1) Lille 138 294 18 127 2 609 34 676 13,3 CU de Lille Métropole 703 124 19 248 4 628 34 221 7,4 France métropolitaine 40 895 697 20 752 6 573 35 572 5,4

En effet, si Lille, comme beaucoup de villes-centre, présente une importante mixité sociale et une forte proportion de personnes isolées et de familles monoparentales, cette situation se retrouve dans d'autres communes de la métropole (en particulier à Roubaix, Tourcoing, Villeneuve-d'Ascq, Loos, etc.) tandis que les communes rurbaines accueillent pour l'essentiel des familles aisées, pour la plupart propriétaires de leur logement (en particulier au Nord de Lille, à Verlinghem, Wambrechies, Marcq-en-Barœul, Bondues, Mouvaux, Roncq, Linselles, etc.)Voir notamment , pour ne pas citer Croix qui détenait, jusqu'en 2008, le record de France du patrimoine moyen des personnes assujetties à l'ISF.

Emploi

Si, en l'espace de 40 ans, le niveau de l'emploi n'a guère évolué, sa structure s'est par contre profondément modifiée. À la fin des années 1960, l'industrie lilloise emploie encore quelque personnes. En 2006, elles sont moins de . En leur sein, les activités industrielles traditionnelles ont par ailleurs pratiquement disparu. Trois industries emploient environ personnes chacune : l'Eau, gaz & électricité ; l'Édition, imprimerie, reproduction et les Industries agricoles et alimentaires. Aucune autre n'atteint le seuil de et l'industrie textile ne représente plus que 350 emplois. Les qualifications employées se sont aussi fortement modifiées : l'emploi industriel est en 2006 constitué pour près de moitié de cadres et professions intermédiaires, en premier lieu administratives ; l'emploi ouvrier n'en représente plus que 38 %. L'essentiel de l'emploi ouvrier est à présent de type artisanal, dans la construction et les services.

+ Emploi au lieu de travail Lille-Hellemmes-Lomme de 1968 à 2006 Secteur d’emploi 1968 1975 1982 1990 1999 2006 Agriculture 340 240 144 116 175 216 Industrie & BTP 51 900 43 500 34 588 22 406 15 351 13 958 Tertiaire 91 992 103 790 107 916 114 992 122 736 136 881 Total 144 232 147 530 142 648 137 514 138 262 151 055

Le secteur tertiaire, qui représentait 64 % des emplois en 1968, en représente 91 % en 2006. Les deux premiers employeurs sont l'administration publique et la santé et action sociale avec environ emplois chacun. Viennent ensuite l'éducation avec emplois et les activités de conseil et d'assistance aux entreprises avec plus de emplois. Le commerce de détail et les activités financières représentent également près de emplois pour le premier et de pour les secondes, tandis que les services opérationnels aux entreprises et les transports en représentent près de chacun.

Dans cet ensemble, les cadres et employés de la fonction publique représentent plus de salariés, soit environ 40 % des cadres et professions intellectuelles supérieures, professions intermédiaires et employés. La ville de Lille bénéficie en effet de nombreux emplois publics, que ce soit : de la fonction publique d’État (principalement dans les services déconcentrés de l'État regroupés au sein de la cité administrative, dans les établissements d'enseignement et l'une des trois facultés publiques de l'agglomération encore située à Lille, à l'Insee) ; de la fonction publique hospitalière (le centre hospitalier régional situé à Lille-Sud est le premier employeur de la région) ; de la fonction publique décentralisée (territoriale, tels les conseils général et régional, ou particulière, telle la Banque de France) ; ou des établissements publics industriels et commerciaux (siège régional de la SNCF, d'EDF) ou administratifs (INPI, etc.)

Les autres emplois sont principalement occupés par des cadres administratifs, commerciaux ou techniques d'entreprise (), des professions intermédiaires administratives d'entreprise () et des employés administratifs d'entreprise (). Les employés de commerce et les personnels de services aux particuliers représentent aussi environ emplois chacun.

+ Répartition de l'emploi au lieu de travail par catégorie socio-professionnelle en 1968 et 2006 et Secteur Agriculteurs Artisans, commerçants, chefs d'entreprise Cadres, professions intellectuelles Professions intermédiaires Employés Ouvriers Année 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 Lille 0,1 % 0,0 % 7,8 % 3,2 % 7,5 % 20,2 % 16,7 % 30,0 % 33,1 % 32,8 % 34,9 % 13,8 % LMCU 1,3 % 0,3 % 9,0 % 3,8 % 5,3 % 17,5 % 14,6 % 27,7 % 24,4 % 29,6 % 45,4 % 21,1 % France entière 12,5 % 2,2 % 9,9 % 6,0 % 5,2 % 15,4 % 12,4 % 24,6 % 22,5 % 28,7 % 37,6 % 23,2 %

Ainsi, à la fin des années 1960, Lille était déjà une capitale régionale dotée de nombreuses institutions, publiques et privées. Cette vocation s'est renforcée et, en 2006, plus de la moitié de l'emploi lillois est occupé par des cadres, professions intellectuelles et intermédiaires. Mais c'était aussi une grande ville manufacturière présentant un taux d'emplois ouvriers proche de la moyenne nationale. Ce n'est plus le cas en 2006 : la part de l'emploi ouvrier a diminué de plus de 20 points et se situe près de 10 points au-dessous de la moyenne nationale.

Parallèlement, la population active lilloise s'établissait en 2006 à personnes, parmi lesquelles ayant un emploi.

+ Répartition de la population active par catégorie socio-professionnelle en 1968 et 2006 et Secteur Agriculteurs Artisans, commerçants, chefs d'entreprise Cadres, professions intellectuelles Professions intermédiaires Employés Ouvriers Année 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 1968 2006 Lille 0,1 % 0,0 % 10,2 % 3,0 % 7,1 % 22,7 % 15,7 % 27,2 % 29,8 % 28,7 % 37,1 % 18,5 % LMCU 1,3 % 0,3 % 9,5 % 3,8 % 5,5 % 16,7 % 15,0 % 25,5 % 24,7 % 29,1 % 44,1 % 24,7 % France entière 12,2 % 1,9 % 9,6 % 5,7 % 5,1 % 14,4 % 12,3 % 23,9 % 22,7 % 29,6 % 38,1 % 24,6 %

La sociologie des actifs lillois a logiquement suivi celle des emplois. Toutefois, les cadres et professions intellectuelles supérieures et les ouvriers sont sur-représentés dans la population par rapport à la structure de l'emploi local. Mais leur situation au regard de l'emploi est radicalement différente. Si, comme partout en France, le taux de chômage a augmenté pour toutes les catégories socio-professionnelles depuis une trentaine d'années, seuls 4,3 % des cadres et professions intellectuelles supérieures sont sans emploi en 2006, taux conforme à la moyenne nationale (4,1 %), quand c'est le cas de 28 % des ouvriers, soit 13 points de plus qu'au niveau national (15,1 %).

Le décalage introduit par la rapidité de la restructuration du tissu industriel avec la qualification de la population active se traduit ainsi par un taux de sans emploi régulièrement supérieur de plusieurs points à la moyenne nationale depuis la fin des années 1970.

+ Part des sans emploi dans la population active de 1968 à 2006 Année 1968 1975 1982 1990 1999 2006 Lille 2,9 % 4,6 % 10,3 % 14,6 % 16,9 % 15,2 % LMCU 2,4 % 3,8 % 8,8 % 12,4 % 14,3 % 13,2 % France entière 2,1 % 3,8 % 7,4 % 10,1 % 11,7 % 10,6 %

Entreprises et secteurs d'activité

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