La Princesse de Montpensier est une nouvelle publiée anonymement par Madame de La Fayette en 1662.
L'action de cette nouvelle se situe durant la période historique du règne de Charles IX, soit un peu moins d'un siècle avant la création de l'œuvre littéraire.
Une adaptation cinématographique a été tournée, en 2010, sous le nom identique de La Princesse de Montpensier par le réalisateur français Bertrand Tavernier.
Genèse et publication Le volume, dont le privilège est pris le , est achevé d'imprimer le de la même année. Sa rédaction remonte probablement à l'année précédente, chaque page ayant été relue par Gilles Ménage, et sa publication est précipitée par la circulation de copies manuscritesAlain Niderst, pp. -..
La nouvelle fait l'objet de sept réimpressions du vivant de son autrice (en 1671, 1674, 1675, 1678, 1679, 1681 et 1684) qui reprennent le texte de l'édition de 1662 sans le modifier.
Le texte Personnages principaux La « princesse » de Montpensier : Renée d'Anjou, fille de Nicolas d'Anjou , est née le J. Durieux, « Sur la baronnie de Marueil », dans le Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Périgord, tome XXV, 1898, pp. 227-248. Marquise de Mézières , comtesse de Saint-Fargeau, dame de Mareuil et de Villebois. Elle devient duchesse de Montpensier après son mariage en 1566 avec François de Bourbon, duc de MontpensierPère Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, éd. Chatelain, 1713, p. 118 et dauphin d'Auvergne avec lequel elle a pour fils Henri de Montpensier, né en 1573. Duchesse-pair de Saint-Fargeau à partir de 1575, on donne parfois pour date de sa mort l'année 1597 mais il semble qu'elle soit morte « dans la fleur de l'âge »cf. P. Anselme, op. cit., avant 1586Mme de La Fayette, Histoire de la Princesse de Montpensier, édition critique établie par Micheline Cuénin, éd. Librairie Droz, 1979, pp. 15-16.
Le « prince » de Montpensier : François de Bourbon, né vers 1542, prince dauphin d'Auvergne, duc de Montpensier en 1582. Il est le beau-père de la princesse de Clèves. Il meurt en 1592.
Le duc de Guise : Henri de Lorraine, duc de Guise. Chef de file d'un puissant clan aristocratique, il s'imposera comme le principal défenseur de la foi et de la cause catholique, face aux protestants.
Le duc d'Anjou : Quatrième fils du roi et de la reine Catherine de Médicis, il est le frère cadet du roi et futur roi .
Le comte de Chabannes,
Fidèle ami du prince de Montpensier. Le personnage est fictif.
Structure temporelle
La Princesse de Montpensier compte dans l'édition originale de texte, sans division. Aucune date n'est donnée dans la nouvelle, mais les indications temporelles (telles que : « Après deux années d'absence, la paix étant faite… ») permettent d'établir une chronologie.
Pour Janine Anseaume Kreiter, il est possible de diviser le texte en cinq mouvements, le début et la fin constituant une sorte de prologue et d'épilogueJanine Anseaume Kreiter, Le Problème du paraître dans l'œuvre de de Lafayette, pp. 57-58..
Résumé Si l’Avertissement annonce des «aventures inventées» à partir de noms empruntés à l’Histoire, l’ancrage historique de la nouvelle en constitue bien un aspect novateur: l’intrigue, ponctuée de guerres successives, conduit, après l’exposition, du mariage de l’héroïne (1566) à la Saint-Barthélemy (1572); même si les dates sont rares, des événements historiques encore présents dans les mémoires servent de points de repère. Il s’agit, par-delà l’Histoire, d’éclairer les motivations secrètes des plus hauts personnages — leurs haines, qui se traduiront politiquement, sont l’effet de rivalités amoureuses — et d’inscrire l’intrigue dans un contexte de violence: celui des guerres de Religion. Dès la première phrase, le ton est donné: «L’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres et d’en causer beaucoup.» À la guerre civile répond la guerre intérieure, celle que la passion mène contre l’individu, et qui trouve inéluctablement, laisse entendre l’autrice, une issue fatale (Chabannes, Mme de Montpensier).
Car la nouvelle se veut clairement édifiante: Mme de Montpensier «aurait été sans doute la plus heureuse [des princesses] si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions», tels seront les derniers mots du texte, sa véritable morale. La conduite rigoureuse du récit connaît des variations de tempo pour s’attarder sur de grandes scènes: la rencontre sur la rivière, tissée d’éléments empruntés à l’imaginaire de la littérature médiévale, aventure extraordinaire qui «parut [aux deux ducs] une chose de roman»; le ballet à la cour; la scène finale au château de Champigny, décor Renaissance savamment utilisé. Tout se joue au château, mais tout s’est définitivement noué à la cour (épisode central durant lequel disparaît Chabannes, comme pour mieux signifier la vulnérabilité de la princesse), sous des regards qu’on tente d’éviter. On suit l’abandon progressif de la princesse à sa passion destructrice: dans les premiers temps de son mariage, en l’absence d’un mari parti à la guerre et qui ne lui portera quelque attention, sous la forme de la jalousie la plus violente, qu’au moment où il la verra désirée par d’autres, elle a cru pouvoir utiliser son inclination «presque éteinte» pour se garder de toute galanterie. Vanité de cette prétendue maîtrise de soi, souligne Mme de La Fayette: la princesse connaît la jalousie, avoue sans résister, éprouve quelque honte après coup — introspection rétrospective ici limitée mais qui deviendra essentielle dans la Princesse de Clèves —, se perd pour un amant inconstant. Expansive, elle se livre sans retenue: sa déchéance est inexorable.
Pour que la toute-puissance de l’amour s’impose au lecteur, il fallait à Mme de Montpensier un double héroïque: ce sera Chabannes, le seul personnage inventé de toutes pièces (hormis son nom). Plus âgé qu’elle, mentor victime de l’attention qu’il a portée à la princesse, confident qui essaie de resserrer les liens conjugaux, puis entremetteur par faiblesse, il ne cesse de lutter inutilement, avec une lucidité inentamée. C’est à lui que s’applique la phrase emblématique du texte, celle qui permet d’y voir l’illustration romanesque d’une loi morale: «L’on est bien faible quand on est amoureux.» La sentence frappe d’autant plus qu’elles sont ici relativement rares et que celle-ci est utilisée pour accélérer le récit, non pour le commenter. C’est à son propos également que le narrateur emploie les hyperboles les plus extrêmes: effet «extraordinaire» de la «passion la plus extraordinaire du monde» lorsqu’il devient entremetteur pour une femme qui rejette son amour; «générosité sans exemple» lorsqu’il permet la fuite de Guise pour sauvegarder celui qu’elle aime. Bien que la passion le conduise à trahir M. de Montpensier, son ami, il est seul admirable et digne de pitié: les autres ne sont que faiblesse sans grandeur, sombre jalousie ou amour éphémère. Lui seul atteint au sublime, non dans l’impossible renoncement à l’amour, mais dans le sacrifice de soi. Avec lui culmine le pessimisme de l’œuvre: quand la passion triomphe, l’héroïsme ne peut plus se conquérir que dans la défaite.
Le roman et la nouvelle vers 1660 Peu avant 1660, le goût du public français penche en faveur de la nouvelle, au détriment des romans-fleuves, à l'image de ceux de Madeleine de Scudéry.
Jean Segrais lance le mouvement en 1656 avec son recueil de Nouvelles françaises, louant l'Heptaméron de Marguerite de Navarre et s'étonnant que « le but de cet art étant de divertir par des imaginations vraisemblables et naturelles, [...] tant de gens d'esprit qui nous ont imaginé de si honnêtes Scythes, et des Parthes si généreux, n'ont pas pris le même plaisir d'imaginer des chevaliers, ou des princes français aussi accomplis, dont les aventures n'eussent pas été moins plaisantesJean Regnault de Segrais, Les Nouvelles françoises, ou Les Divertissemens de la princesse Aurélie, Paris, 1656, p. 29, sur Gallica.. » Plutôt que d'écrire de longs romans situés dans l'Antiquité, mais dont les mœurs sont contemporaines, comme ceux de Madeleine de Scudéry, il suggère d'écrire de courtes nouvelles au sujet tiré de l'histoire de la France.
En 1658, signe des temps, paraît la première nouvelle publiée seule, l'Amant ressuscité, nouvelle, d'Hubert AncelinHubert Ancelin, L'Amant ressuscité, 1658, sur books.google.fr. Madeleine de Scudéry elle-même s'adonne au genre avec CélinteMadeleine de Scudéry, Célinte, nouvelle première, 1661, sur Gallica. en 1661 : si les noms des personnages sont encore antiques, l'autrice ne cache pas, à propos de son histoire, que « cette aventure est arrivée en notre siècle, et dans une des plus belles cours de l'EuropeCélinte, p. 80. ».
Une œuvre novatrice thumb|upright|alt=Frontiscipe de l'Histoire des guerres civiles de Davila|Frontispice de l'Histoire des guerres civiles de Davila, dans la traduction de Baudoin. Estampe de Grégoire Huret. Madame de La Fayette suit l'exemple donné par les Nouvelles françaises. Mais si Jean Segrais utilise des noms français réels, les lieux et les événements de ses nouvelles restent imprécis. La Princesse de Montpensier est la première œuvre de la littérature française à utiliser l'Histoire de France comme trame romanesqueMicheline Cuénin, p. 11. : elle s'étend sur les six années séparant le mariage de l'héroïne, en 1566, et la Saint-Barthélemy en 1572. Les événements marquants de cette période rythment le déroulement de l'intrigue. Les sources historiques de madame de Lafayette, qu'elle suit fidèlement, sont l'Histoire de France de Mézeray et l'Histoire des guerres civiles de Davila, traduite par Baudoin en 1657Alain Niderst, p. ..
L'autrice n'hésite pas cependant à prendre des libertés avec l'Histoire, en attribuant par exemple à la passion le mariage final du duc de Guise, en réalité motivé par des raisons politiques. C'est que le noyau de l'œuvre, l'histoire d'amour, n'est pas historique, mais a sans doute été inspiré à madame de Lafayette par les amours de la duchesse de Roquelaure, décédée en 1657 ou 1658 : « l'analogie est parfois trop éclatante, presque gênanteAlain Niderst, pp. -. ». Madame de Lafayette, en accord avec son époque, est en effet convaincue que la passion amoureuse est la véritable source des actions des princes. La vérité morale, et la vraisemblance, est privilégiée par rapport à l'exactitude historique et au vraiMicheline Cuénin, pp. 14-23.. Pour cette raison, du point de vue historique, la Princesse de Montpensier reste ambiguëAlain Niderst, p. .. Néanmoins les anachronismes ne sont pas aussi flagrants que dans les romans contemporains, comme Clélie, histoire romaine ou Artamène ou le Grand CyrusAlain Niderst, p. .. Par ailleurs, ces romans présentaient, sous des noms fictifs, des personnages contemporains appartenant à la grande noblesse comme des modèles de vertu ou d'héroïsme. Au contraire, les personnages, réels de La Princesse de Montpensier sont présentés comme des contre-exemples : par son « réalisme sans complaisance » madame de Lafayette fait preuve d'une « audace inouïe »Micheline Cuénin, introduction à Madame de Villedieu, Les Désordres de l'amour, Droz, Genève, 1970, pp. 11-12..