thumb|Image du signe monétaire européen devant la Banque centrale européenne de Francfort, en Allemagne.
La crise de la dette dans la zone euro, également appelée crise des dettes souveraines ou encore crise de la dette européenne, est une suite d'événements financiers qui affecte, sur la période de 2010 à 2018, les économies de 19 États membres de l'Union européenne, dont la monnaie de référence est l'euro, dans le sillage de la crise financière de 2007-2010.
Le premier évènement est relevé en 2010, avec la crise de la dette grecque, provoquée par la mise en lumière de celle-ci, ainsi que de son important et constant déficit public. Elle s'étend à l'automne 2010 avec la crise de la dette publique de l'Irlande, provoquée par le sauvetage des banques nationales rendu nécessaire par les excès antérieurs de la dette privée. Durant l'été 2011, une tempête boursière survient, en partie à cause de la crise de la dette publique grecque.
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Le retour à une croissance économique et une meilleure structure de déficit permet en 2014 à Irlande et au Portugal d'arrêter leur programme de 'bailout'. L'Espagne ne recevra jamais officiellement de programme de rachat. En juin 2026, la commission européenne retire la Grèce de la liste des pays sans balance commerciale.
Causes de la crise Causes structurelles Raisons liées à la théorie des zones monétaires optimales
Depuis les travaux de Robert Mundell dans les années 1950, pour la théorie économique, des pays n'ont intérêt à avoir une monnaie commune que si : ils sont intégrés économiquement ; leurs économies ne réagissent pas trop différemment aux chocs économiques ; il existe des mécanismes aptes à remédier aux divergences existantes ou pouvant apparaître.
Parmi ces mécanismes, Jean Pisani-Ferry cite . Lorsque la monnaie unique sera créée, les décideurs savent que, si les asymétries entre pays européens ne sont pas plus grandes qu'entre États américains, les pays du cœur de l'Europe (Allemagne, France, et quelques autres) présentent des divergences malgré tout moins marquées que celles qu'on peut trouver avec les pays de la périphérie. Ils savent aussi que les mécanismes d'ajustement sont faibles.
Par ailleurs, Paul Krugman souligne alors que l'intégration par le regroupement des industries dans les mêmes régions économiques va avoir tendance à creuser les divergences plus qu'à les combler.
Pour Jean Pisani-Ferry, les responsables politiques des pays décident de passer outre pour trois raisons : ils n'aiment pas les changes flottants, la libéralisation des capitaux les oblige soit à adopter des politiques monétaires similaires, soit à laisser flotter leur monnaie, ce qu'ils ne veulent pas faire, pour des raisons politiques.
En effet, la France, à partir du tournant de la rigueur de 1983, a dû suivre la politique monétaire allemande et aimerait participer au pilotage d'une monnaie européenne. D'autant que, selon Jean Pisani-Ferry, . Par ailleurs, le chancelier allemand Helmut Kohl, un européen fervent, comprend que l'adoption de l'euro permettra de lever les craintes des autres européens à propos de la réunification de l'Allemagne.
Déséquilibres dus à un endettement extérieur excessif Une étude du Center for Economic Policy Research (CEPR) affirme le caractère classique de cette crise : elle aurait été causée, comme la plupart des crises économiques, par des déséquilibres entre pays de l'Eurozone dus à un endettement excessif (tant public que privé) des pays périphériques vis-à-vis de l'extérieur - endettement qui a fini par susciter un arrêt brutal (sudden stop) des financements. Ces dettes s'étaient accumulées depuis la création de l'euro, qui avait déclenché des flux de capitaux très importants des pays les plus prospères (Allemagne, France, Pays-Bas) vers les pays de la périphérie (une part très importante de ces capitaux s'investissant dans des secteurs non-commerciaux : logement et secteur public, qui n'étaient pas structurellement aptes à rembourser l'investissement ; ces investissements avaient suscité des hausses des salaires et des coûts qui avaient abaissé la compétitivité des pays concernés, dégradant leurs comptes courants) The Eurozone Crisis : A Consensus View of the Causes and a Few Possible Solutions, Richard Baldwin et Francesco Giavazzi, CEPR, 2015..
Problèmes liés à des visions politiques différentes
Pour Jacques Delors, la monnaie est une étape vers une Europe fédérale que, d'après Jean Pisani-Ferry, . Si pour Jacques Delors la finalité est institutionnelle, au contraire pour les Allemands l'essentiel n'est pas dans les institutions mais dans les ou, selon l'expression du président de la Bundesbank d'alors, Hans Tietmeyer, reprenant une formule de Nicolas Oresme : .
Cette divergence se traduit dans la demande française d'un gouvernement économique. Pour Jean Pisani-Ferry, les Français exprimeraient surtout, en fait, à travers ce vocable qu'ils ont du mal à expliciter, le fait qu'ils ne conçoivent pas une monnaie sans État. Les Allemands voient le gouvernement économique comme une tentative de prise de contrôle de la Banque centrale européenne et donc s'en méfient. Les Français, eux, sont pris entre des sentiments contradictoires : d'un côté, ils veulent d'un gouvernement économique, mais d'un autre, ils ne veulent pas de transfert de pouvoir vers la Commission européenne et prennent des libertés avec les lois communes. En fait, les Allemands seraient davantage pour une union politique que les Français. Pour Jean Pisani-Ferry, .
Tout cela aboutit à une monnaie commune assortie de solidarités minimales et à la clause de no bail-out qui veut .
Causes conjoncturelles La crise de la dette publique n'est que le symptôme qui doit conduire à rechercher les causes premières qui sont multiples et variables d'un pays à l'autre : une très forte dette publique liée à des problèmes structurels importants (difficulté à lever l'impôt et à maîtriser les dépenses), une flambée de l'immobilier en Espagne qui a conduit les agents privés à contracter des montants risqués de dettes privées, l'absence d'appréciation par les banques des risques encourus tant dans l'octroi des prêts que dans leur refinancement, les trop modestes efforts (depuis la crise des subprimes) de régulation du secteur bancaire et financier, la faiblesse de la croissance qui touche l'ensemble des anciens pays industrialisés depuis la crise économique dite de la Grande Récession (2008 et après), l'effet cumulatif provoqué par les anticipations d'une décélération continue des perspectives de croissance ; ainsi que la faible prise en compte du creusement d'écart de compétitivité entre pays disposant d'une même monnaie..
Pour Jean-Claude Trichet, les grands pays (Allemagne et France) ont pris des libertés avec le pacte de stabilité et de croissance, ce qui a sapé sa crédibilité et amené les autres pays à prendre eux aussi des libertés. Le débat économique s'inscrit aussi dans le cadre de celui de la soutenabilité de la dette.
Évolutions de la crise Chronologie
Chronologie des événements marquants de la crise de la dette souveraine en zone euro..
2009
Octobre Après des élections, un nouveau gouvernement grec est élu. Il est dirigé par le PASOK qui a obtenu 43,9 % des suffrages et 160 des 300 sièges du parlement. Novembre le 5 : les premières estimations du budget font apparaître un déficit de 12,7 % du PIB, le double de ce qui était initialement annoncé le 8 : le projet de budget 2010 vise à ramener à 8,7 % du PIB. Il prévoit aussi que la dette grecque atteigne 121 % du PIB en 2010 contre 113,4 % en 2009. Décembre le 8 : Fitch Ratings dégrade sa note financière pour la Grèce de A- à BBB+. le 16 : Standard & Poor's abaisse sa note de A- à BBB+. le 22 : Moody's abaisse sa note de A1 à A2.
2010 Février le 2 : le gouvernement étend le gel des salaires publics à ceux qui gagnent moins de par mois. le 24 : une grève générale d'un jour contre les mesures d'austérité touche le secteur public et les transports le 25 : mission conjointe de l'Union européenne et du FMI en Grèce. Mars le 5 : nouvelles mesures d'austérité destinées à économiser 4,8 milliards d'euros avec notamment une augmentation de la TVA qui passe à 21 %, une réduction de 30 % des primes du secteur public, le gel des pensions, et une augmentation des taxes sur l'essence, le tabac et l'alcool. le 11 : grève dans les secteurs public et privé. le 15 : les ministres des Finances se mettent d'accord sur un mécanisme d'aide à la Grèce mais restent muets sur les détails. le 18 : Papandréou déclare que la Grèce ne pourra pas diminuer ses déficits si les taux restent aussi élevés et menace de s'adresser au FMI. le 19 : José Manuel Barroso presse les pays de la zone euro de mettre au point un train de mesures d'aide à la Grèce. le 25 : Jean-Claude Trichet déclare que la Banque centrale européenne acceptera comme collatéral des obligations grecques notées BBB- (auparavant, la limite inférieure était A-) jusqu'en 2011. Avril le 11 : les responsables politiques des pays de la zone euro se mettent d'accord sur un plan d'aide à la Grèce qui repose sur des prêts bilatéraux (durée trois ans, taux d'intérêt environ 5 %) d'un montant de 30 milliards d'euros. Les prêts seront accordés par les pays au pro rata de leur participation au capital de la BCE. le 13 : la BCE apporte son soutien au plan d'aide à la Grèce. le 23 : la Grèce demande officiellement l'activation du plan d'aide. le 27 : Standard & Poor's rétrograde la note des obligations portugaises. le 28 : Standard & Poor's dégrade les obligations espagnoles de AAA à AA- Mai le : manifestation de protestation contre les mesures d'austérité à Athènes. le 2 : la Grèce annonce son quatrième plan d'austérité. le 3 : la Banque centrale européenne annonce qu'elle acceptera les obligations de la dette publique grecque comme collatéral quelle que soit sa note.. le 5 : troisième grève générale depuis février.. À cette occasion, une manifestation dégénère et cause la mort de 3 employés d'une banque incendiée par des cocktails Molotov. le 7 : après plusieurs semaines de débats, le Conseil européen valide le plan d'aide à la Grèce de 110 milliards de prêts sur trois ans la nuit du 9 au 10 : pour faire face à la peur des marchés et éviter que la crise grecque s'étende à l'Espagne, au Portugal voire à l'Italie, l'Union européenne en coopération avec le FMI se dote d'un fonds de stabilisation de 750 milliards d'euros (la Commission européenne est autorisée à emprunter 60 milliards d'euros, 440 milliards apportés par les États et 250 milliards apportés par le FMI). le 10 : la BCE décide de permettre aux banques centrales de la zone d'acheter de la dette publique et de la dette privée sur les marchés secondaires Juin le 14 : Moody's dégrade la note de la dette grecque à Ba1. Elle est BB+ pour Standard & Poor's et BBB- pour Fitch. Juillet le 8 : sixième grève générale de l'année pour protester contre le plan d'austérité..
2011 Janvier le 15 : la banque centrale d'Irlande fait savoir qu'elle a opéré, depuis septembre, diverses opérations de refinancement des banques commerciales sans contrepartie, pour environ 50 milliards d'euros. Ces opérations se caractérisent par de la création de monnaie scripturale, avec le consentement officiel de la BCE et en conformité avec les traités européens.. Ces mesures exceptionnelles sont liées à une fuite importante des dépôts bancaires irlandais vers l'étranger depuis plusieurs mois. le 25 : le Fonds européen de stabilité financière (FESF) effectue ses premières émissions de dette avec succès. L'opération a permis de lever près de 5 milliards d'euros, pour plus de 45 milliards proposés par les marchésLe fonds d'aide européen lance avec succès sa première émission, sur le site lemonde.fr. Février le 23 : grève générale en Grèce pour protester contre l'austérité..