Entretiens, Roger Vailland est un essai biographique sur la personnalité et le parcours de l'écrivain Roger Vailland, dirigé par le journaliste et éditeur Max Chaleil, publié en 1970.

Présentation À travers cet ouvrage, Max Chaleil et ceux qui y ont participé, ont voulu donner un portrait multiforme de Roger Vailland, en évoquant à la fois l'œuvre et l'écrivain, en apportant chacun avec sa connaissance ou son expérience, sa pièce pour reconstituer la mosaïque, le puzzle de cet homme complexe et contradictoireMax Chaleil, entre Montpellier et Paris, par Serge Safran, Le Magazine Littéraire, 25 décembre 2002.

« Roger Vailland meurt inachevé » écrit Max Chaleil, un , par un 'printemps blanc'Voir Visages de l'Ain, Vailland repose à Meillonnas, monographie de Meillonnas, éditions Jacquier, 1965. On aurait pu dire de lui ce qu'il disait deux ans auparavant de son ami Pierre Courtade : « Un des hommes qui incarnaient le plus vivement les contradictions de notre temps est mort en riant de lui-même. » <ref>Pierre Courtade de Roger Vailland, article paru dans Les Lettres françaises du 16 mai 1963</ref> Œuvre et vie contradictoires ajoute-t-il, dans une recherche de poésie et un rejet de son milieu d'origine. Ce déchirement par la poésie, qui s'est d'abord traduit par sa participation au surréalisme du Grand Jeu, il l'a élevé aux dimensions du drame, au cœur de sa vie. Il est de ces écrivains dont l'œuvre est inséparable de sa vie. et « sa mort est à l'image de sa vie, rapide, mystérieuse, parcourue en tous sens. »

Les thèmes marquants de Vailland sont présentés dans ce livre, le plus souvent par des personnes qui l'ont bien connus, des proches, des écrivains. Sont successivement présentés, Vailland et sa soif d'évasionVoir aussi la fiche consacrée à ce thème : Voyages (Vailland), sa vie de reporter que le succès littéraire n'entamera nullement, ses engagements dont les plus importants, sa participation à Résistance puis son adhésion au communisme, son travail d'écrivain et l'évolution de son écritureVoir aussi le témoignage de Vailland : Roger Vailland et le héros de roman, introduction de Pierre Courtade, Legs Roger VaillandLes écrivains en personne, interview de Roger Vailland, Éditions Julliard, 1960, cette recherche constante de ce qu'il appelait la souveraineté de l'individu, lui qui a vécu cette ambiguïté de se vouloir en même temps élément d'un projet collectif.

Contenu de l'ouvrage Témoignages : Geneviève Vailland (l'enfance), Maurice Henry, Pierre Minet (Le Grand Jeu), Marianne Lams (l'homme pétrifié), Françoise Giroud (l'aventurier du journalisme), Robert Lupezza (La Résistance), Élisabeth Vailland (Meillonnas), militants de l'Ain et paysans des Allymes, Costa Coulentianos (mots et sculpture)Voir Roger Vailland, Les sculptures de Coulentianos, Présentation d'une exposition, galerie de France, 1962; Monographies : Arthur Adamov (l'expérience du gouffre), Donato Pelayo (le voyageur exemplaire), Jean Recanati (la saison 'communiste'), Victor Leduc (l'homme et la politique), Michel Picard (le bonheur), René Ballet (l'écrivain)Voir la présentation de la biographie de Roger Vailland dans Roger Vailland (livre), Pierre Kast et Jean Prat (Vailland et le cinéma); L'écrivain : Alain Sicard, (Du métier d'écrire), Henri Lefebvre (Romancier de la vie quotidienne), Jacques Charmatz (L'économie romanesque), Annie Vendenabelle-Aubry (L'homme de proie), Pierre Dosse, (Un architecte de l'écriture), Jean-Pierre Védrines (l'extrême éveil), Nicole Gdalia (du masque au visage), Claude Morgan (un homme de qualité), François Bott (Un aficionado de la vie), Hubert Juin (Tel qu'en lui-même), Yves Brun (écrivain du )Voir aussi Créer au XXIe siècle ?, Rencontres Roger Vailland de novembre 1996; Correspondance et textes inédits : Lettres à sa familleVoir Roger Vailland, Lettres à sa famille, Éditions Gallimard, Paris, 315 p, 1972; Poèmes d'enfance et de jeunesse : Tristesse (), Les fils télégraphiques (), Les cloches (), Poèmes en prose (), Dans la rue voisine… (), À Colomba ()Le héros de roman (conférence), Le soleil fou (nouvelle)Parue en 1998 aux Éditions Le temps des cerises dans la collection 'Cahiers Roger Vailland' :, La bataille de Denain (pièce inachevée)

Textes repris dans d'autres articles Pour le témoignage de Geneviève Vailland : voir L'enfant couvert de femmes Pour l'article de Jean Recanati :    voir Le 'libertin bolchevik'Sur les notions de bolchevik et d'homme d'acier, voir : L'Homme nouveau; Pour l'article d'Élisabeth Vailland : voir Roger Vailland au jour le jourVoir aussi son autobiographie Drôle de jeu Pour le chapitre sur L'écriture : Pour l'article de Jean-Pierre Védrines, voir : L'extrême éveil ainsi que L'écriture de Vailland de Jean Sénégas Pour l'article de René Ballet (processus d'écriture chez Vailland), voir : Ce cher métier d'écrivainVoir aussi sa biographie de Vailland dans l'ouvrage Roger Vailland (livre) Pour l'article d'Hubert Juin :           voir Tel qu'en lui-même Pour l'article de Claude Morgan :  voir Un homme de qualité Pour l'article de François Bott :     voir Un aficionado de la vie Pour l'article de Donato Pelayo :   voir Le voyageur exemplaire Pour l'article d'Alain Sicard :          voir Le regard de l'écrivain

La lutte avec les mots Ils se sont connus à Paris où Roger Vailland tombe amoureux des sculptures de Costa CoulentianosRoger Vailland a écrit une plaquette importante Les sculptures de Coulentianos pour la présentation de son exposition à la Galerie de France en 1962. Il lui en achète immédiatement une et lui propose bientôt de venir s'installer dans sa maison de Meillonnas dans l'Ain pour être plus au large. Vailland aimait voir façonner cette matière 'dure', difficile (Costa travaillait surtout l'aluminium) et s'y essayait parfois. Ce qui l'intéressait surtout, c'était de regarder Costa travailler la matière, la façon dont il s'y prenait, suivre le déroulement du processus de création. Il fit la même démarche avec son ami le peintre Pierre Soulages dont il avait accroché une toile dans son bureauVoir l'article de Roger Vailland Procès à Soulages, magazine Clarté n°43, mai 1962voir l'article de Alain Georges Leduc : Roger Vailland et la fabrique de la peinture, la Revue des Ressources, 5 mars 2009.

Son travail sur le langage, tel qu'il le concevait, n'était finalement pas très différent : « J'ai compris plus tard, explique Coulentianos, que Roger faisait de même avec le langage. Il le travaillait à fond et finissait par dire beaucoup de choses d'une manière très simple, en très peu de mots. Il aimait l'exactitude. » C'est ainsi qu'il exprimait sa façon de travailler : écrire un 'premier jet' de son roman, qu'il appelait la 'version molle', le travailler, le retravailler, 'durcir' les versions successives pour parvenir à la version vraiment 'dure', définitive« Il fallait aussi obtenir une forme exacte, précise Coulentianos, sinon ce n'est pas une matière dure mais quelque chose de mou… ». Il traversait ainsi des périodes difficiles, des temps d'incertitude quand il doutait d'atteindre le 'niveau de dureté' qu'il avait en tête.

Cette approche du non figuratif que ce soit dans les sculptures de Coulentianos ou les toiles de Soulages« Ce qui plaisait à Roger Vailland dans la peinture de Soulages, c'était le côté physique » précise Coulentianos, permettait à Vailland de percevoir l'œuvre 'en toute liberté'« Quand vous êtes devant une toile qui ne représente ni une femme ni un arbre, dit Coulentianos, vous êtes absolument libre… c'est peut-être devant votre imagination que vous vous trouvez. ». Vailland se sentait libre de regarder : « liberté absolue de l'œil, plénitude de la contemplation qui va plus loin même que l'intention de l'auteur. » C'était sa façon de rester libre et d'exercer dans l'écriture sa souveraineté.

Un architecte de l'écriture « Roger Vailland se posait des problèmes d'architecture » écrit Pierre Dosse dans cet article, lui-même architecte qui a côtoyé l'écrivain vers la fin de sa vie dans les années 1963-64. Lors d'une visite à la piscine de Bourg-en-BresseCette piscine a été totalement réaménagée en 2008-2009, alors en construction, Roger Vailland remarque qu'on enrobe les poutrelles dans du béton, « c'est idiot, dit-il, on va couler du béton et on ne verra plus les aciers… »Il aurait sans doute aimé le bâtiment moderne de la nouvelle médiathèque qui s'appelle Médiathèque Élisabeth et Roger Vailland : Médiathèque Élisabeth et Roger Vailland sur www.bourgenbresse.fr Il rêvait aussi de construire au fond de son jardin un Palais des Plaisirs avec sols en cuivre pour le chauffage. S'il aimait la ville, son architecture stratifiée par les siècles, il en contestait certaines évolutions, le tissu urbain déstructuré et l'absence de communication entre les habitants.

« Roger parlait aussi de l'architecture de son œuvre. » Après La Truite, il prévoyait d'écrire un roman, une vaste fresque commençant dans les feux de la Libération, au moment du passage du Rhin par les AméricainsÉpisode que Vailland connaît bien et a évoqué dans plusieurs articles réunis dans un livre-document intitulé La bataille d'Alsace. Il en avait déjà la construction, l'architecture à l'esprit : le premier tableau serait basé sur le passage du Rhin sous les feux de l'artillerie, un second tableau centré sur les rapports entre un officier américain d'origine juive interrogeant un officier allemand. Son idée était de bâtir « un roman politique qui poserait le problème de la responsabilité », ajoute Pierre Dosse.

Roger Vailland, homme de proie

Dans cet article, Annie Vandenabelle-Aubry s'intéresse à l'onomastique chez Vailland. Elle s'interroge sur ce regard et ce grand nez pointu qui lui donne comme un aspect d'oiseau de proie et son goût pour les volatiles, ce genre d'oiseaux en particulier. Elle note ces constats qui ne tiennent sûrement pas du hasard. Le héros de Les Mauvais coups s'appelle Milan, bête cruelle et sanguinaire dit le dictionnaire, celui de 325.000 francs s'appelle Busard et celui de La Fête se nomme Duc, personnage plus ambivalent, à la fois oiseau 'au-dessus des autres' et aristocrateDans La Fête, Duc est marié avec Léone (de léonin, la lionne), sans compter un Letourneau dans Beau Masque.La Fête est aussi l'histoire entre un Duc souverain et une Lionne, animal d'un grand noblesse, une quête d'harmonie dans le couple. Il croit à cette identification, disant : « Je crois volontiers que chaque être humain a un totem, un animal (ou une plante) qui lui est apparenté… »Référence dans Les Écrits intimes page 604 Dans sa réponse au Questionnaire de Proust sur son animal préféré, Vailland répondra : « la chouette de Harfang » ce qui n'est pas pour étonner puisque l'une de ses variétés ressemble beaucoup à un duc. » Et Duc a trouvé en Léone « un souverain égal avec qui converser de souverain à souverain. »Ibidem page 710

L'économie du roman