vignette|Publicités adjacentes pour deux concentrateurs de minerai concurrents de la fin du , le Frue Vanner et le Triumph Ore Concentrator.
vignette|200px|Deux enseignes de restauration rapide concurrentes côte à côte à Paris.
La concurrence est la rivalité entre plusieurs agents économiques pour acquérir des parts de marché sur un même marché, en vendant des biens identiques ou similaires. La concurrence est ainsi une compétition entre des producteurs, d'ordinaire des entreprises, pour capter la demande émanant des consommateurs.
Pour agir en concurrent, un agent doit disposer de la liberté d'entreprendre et de la possibilité d'offrir ou demander une ressource rare et excluable au sens économique, par exemple une ressource naturelle, un bien ou service, du capital, du travail, ou de la connaissance. La politique de la concurrence vise à assurer le maintien de conditions permettant la concurrence sur les marchés.
La concurrence est la mise en compétition d'agents économiques en vue de la fourniture de biens et de services sur un marché. La concurrence renvoie ainsi à une rivalité dans la conduite d'affaires commerciales. Un marché peut être plus ou moins concurrentiel selon que les agents économiques sont plus ou moins libres d'y entrer et de produire et vendre des biens.
La concurrence fait l'objet d'une politique dédiée, qui est la politique de la concurrence, et dont l'objectif est d'assurer que les marchés soient structurés et organisés de telle manière qu'ils n'empêchent pas de nouvelles entreprises de produire ou des entreprises déjà installées d'être injustement bloquées dans leurs activités.
Effets Le consensus économique est que la concurrence est favorable à la croissance, à l'innovation et à la productivité d'une économie. Une étude séminale de 1996 montre, sur un échantillon de 670 entreprises britanniques, que les entreprises présentes dans les secteurs les plus compétitifs ont eu un taux de croissance de leur productivité 3,8 à 4,6 fois plus élevé que celles des secteurs les moins concurrentiels. Le Fonds monétaire international montre en 2010 que les entreprises qui subissent peu la concurrence ont une moindre productivité globale des facteurs. Ainsi, les pays dotés d'une législation solide en matière de concurrence ont une croissance de 2 % à 3 % plus élevée que les pays qui n'en ont pas.
A contrario, les entreprises qui ont un monopole ou une domination quasiment sans partage ont moins d'incitation à innover (effet de laurier), à moins qu'elles craignent l'irruption d'un nouveau compétiteur (théorie des marchés contestables).
Toutefois, le rapport entre intensité concurrentielle et croissance n'est pas univoque. Dès 1967, Frederic M. Scherer soutient que la croissance devient négativement affectée par une hausse de la concurrence au-delà d'un certain niveau. Philippe Aghion et Peter Howitt créent en 1992 un modèle montrant qu'une intensité concurrentielle forte désincite les entreprises à investir, car elles savent alors que leurs innovations seront copiées rapidement, réduisant le gain espéré. Aghion et ses co-auteurs montrent sur des données empiriques, en 2005, qu'une concurrence modérée et la lutte contre les monopoles produisent une situation de marché propice à l'innovation et aux gains de productivité.
Histoire théorique
Économistes de l’école classique Adam Smith dans la Richesse des Nations insiste sur deux aspects de la concurrence : sa plus ou moins grande intensité a une influence sur le prixSmith, 1991, t1, , elle contribue à faire baisser les profits. En théorie, dans le cadre de la concurrence pure et parfaite (modèle théorisé par les classiques), les prix continuent à baisser jusqu'au moment où les profits seront nulsJean-Pierre Delas, Économie contemporaine, Faits, Concepts, Théories, Paris, Éditions Ellipses, 751 p.. « L’accroissement des capitaux en augmentant la concurrence, doit nécessairement réduire les profits »Smith, 1991, t1, . Il reproche aux politiques mercantilistes en vigueur de son temps : de restreindre la concurrence dans certains secteurs en empêchant l’entrée de concurrents (c’est ce que nous appelons de nos jours les barrières à l’entrée) ; de trop aider certains secteurs et d'y augmenter ainsi de façon non justifiée économiquement le nombre d'acteurs. Smith pense notamment aux aides données à certains enseignements qui conduisent selon lui à un trop grand nombre d’ecclésiastiques et de gens de lettresSmith, t1, .
Pour George StiglerStigler, 1987, , la position des économistes classiques peut être ainsi résumée :
Cela conduit John Stuart Mill à écrire en 1848 « qu’il ne peut y avoir deux prix sur le même marché »Cité in Stigler, 1987,.
Les économistes classiques ne se sont pas réellement préoccupés de donner une définition plus précise de la concurrence car, à l'époque, les cas de monopoles sont relativement rares. Harold Demsetz n’a trouvé chez Adam Smith que peu de pages dédiées aux monopoles et une seule dans les Principles of Political Economy de John Stuart Mill.
Montée des monopoles et concurrence pure et parfaite À partir du dernier tiers du , avec l’émergence des très grandes entreprises, notamment dans les chemins de fer, l’acier, les économistes vont être conduits à préciser ce qu’est la concurrenceStigler, 1987, . Augustin Cournot - dès 1838 - donne une définition précise non de la concurrence mais de ses effets : « il y a concurrence quand le prix approche le coût marginal de la firme »Il expose notamment ces points dans son ouvrage Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses.
En 1871, William Stanley Jevons introduit la notion de connaissance parfaite des conditions de l’offre et de la demande ou « transparence ».
Francis Ysidro Edgeworth est le premier économiste à définir de façon rigoureuse ce que peut être une concurrence parfaite.
Pour George StiglerStigler, 1987, , la longue liste de conditions énoncées peut se réduire à deux : un nombre important de concurrents ou « atomicité »Jean-Pierre Delas,… p. 29 (déjà énoncée par Augustin Cournot), et l’information parfaite déjà aperçue par William Stanley Jevons. La particularité d’Edgeworth réside peut-être dans l’importance qu’il donne aux contrats. John Bates Clark introduisit en 1899 la notion de mobilité des ressources (libre déplacement des facteurs de production vers les occasions les plus rémunératrices) et finalement c’est Frank Knight qui en 1921 dans son ouvrage Risk Uncertainty and Profit énonça les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite que nous connaissons aujourd’hui (atomicité (aucun acteur n'est assez puissant pour contrôler les prix), transparence (connaissance totale par tous les intervenants dans le marché des quantités offertes et des prix correspondants), homogénéité (tous les produits offerts ne sont pas différenciés), libre entrée dans le marché (les barrières à l'entrée comme les baisses de prix ou la pratique des impôts destinées à décourager un nouveau concurrent sont inexistantes) et libre circulation des facteurs). La concurrence pure et parfaite est un élément central pour que, dans la théorie néoclassique telle qu’elle a été développée par Léon Walras, Alfred Marshall, Vilfredo Pareto, l’économie puisse permettre à chacun d’obtenir une satisfaction maximale.
Toutefois, ces auteurs raisonnent dans le cadre d’une économie stationnaire. Les choses changent avec l'introduction par Joseph Schumpeter de la notion d’innovation qui devient l’essence de la concurrence en régime capitaliste et se trouve être porteuse du redoutable double effet qu'il qualifie de « Destruction créatriceJoseph Schumpeter, Capitalisme, Socialisme et Démocratie, 1942 (Traduction française, Paris, Payot, 1950) ».
Cependant, le concept de concurrence pure et parfaite demeure central en économie théorique : malgré les tentatives d’Israel Kirzner, d’Harold Demsetz et de John Maurice Bates Clark ; même les théoriciens des courants néokeynésiens et néoclassique analysent les écarts entre la réalité de la concurrence et le modèle de la concurrence pure et parfaite. D'où les recherches en termes de situations d’asymétrie d'informationGeorge A. Akerlof, A market of Lemons (en français, le marché des vieux clous), Quarterly Journal of Economics, november 1970, de monopoles naturels, d’organisation de l’économie publique
Les seuls à s’être le plus éloignés de la théorie de la concurrence pure et parfaite sont l’école autrichienne et la théorie des marchés contestables (pour qui la concurrence se rétablit par la réalisation d'une seule condition à savoir la levée du protectionnisme ou la libre entrée) qui gagne actuellement du terrain et se fonde sur l'analyse du phénomène de barrière pouvant faire obstacle à l’entrée et/ou à la sortie d'une activité.
Positions politiques Position libérale Pour les libéraux, une situation de « concurrence économique » est souhaitable, car : les clients potentiels peuvent choisir entre les différents produits proposés et accessibles et avoir un plus grand choix de produit à meilleurs prix ; la concurrence permet de déterminer un « prix d'équilibre »Jean-Pierre Delas, Économie contemporaine, Faits, Concepts, Théories, Paris, Ellipses, 751 p., p. 25. Ce dernier présente au consommateur l'avantage de trouver le bien ou (et) le service recherché qui possède le rapport qualité/prix jamais réalisé ailleurs que dans le marché de la concurrence ; la concurrence favorise l’adaptation permanente entre offre et demande : les agents économiques peuvent utiliser leur raison. ; elle est la source du juste prix : « c’est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises, et qui établit les vrais rapports entre elles » (MontesquieuMontesquieu, De l’esprit des lois XX, 9.) ; d'autres écoles insistent sur la concurrence comme processus d'innovation (Friedrich HayekHayek (2007, ).) ou de destruction créatrice (Joseph Schumpeter). Dans l'optique schumpétérienne, l'expression destruction créatrice désigne le renouvellement volontaire (non imposé de l'extérieur) et constant réalisé par l'entrepreneur aussi bien au niveau des produits, des moyens de production qu'au niveau des marchés, des entreprises elles-mêmes et de tous les autres moyens dont peut disposer l'entrepreneurJoseph A. Schumpeter, Capitalisme, Socialisme et Démocratie, 1942, p. 163-1964, 1942 (Traduction française, Paris, Payot, 1950), cité par Jacques Wolff dans Capitalisme et Croissance, textes et bibliographie, Paris, éditions Cujas, p. 16-17, 246 p.. Toute organisation qui n'obéit pas à ces exigencesest dépassée par ses concurrentes qui innovent. À partir de la fin du , des économistes — pourtant acquis à l'économie de marché — ne vont plus voir la concurrence comme dépendante d’un état de nature :
Il s'agit d'une vue totalement différente de l’évolution des sociétés humaines que Jacques Rueff appelle un « marché institutionnel », fait de normes juridiques dépendantes de théories économiques (lois et économie) que des organismes quasi-judiciaires de contrôle sont chargés de faire respecter dans le cadre de politiques de la concurrence. Ils veillent en particulier à éviter les ententes entre entreprises (notamment en cas d'oligopoles), de sorte à maintenir les prix les plus bas possibles et à éviter des prix de monopole.
Catholicisme libéral Plutôt que de rechercher la confrontation avec un autre individu dans le but d'être le plus fort, l'entraide, l'association, la coopération peuvent constituer des méthodes plus souhaitables, sinon plus efficaces. Comme le dit Henri Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la Loi qui libère. »
D'un point de vue plus large et universel, la notion de concurrent à battre peut engendrer un processus d'« exclusion », alors que l'entraide — et si possible l'entraide de tous — tend vers un effort d'« inclusion ».
Courants opposés à la concurrence