thumb|upright=1.5|Lithographie d'un au milieu du .|alt=Lithographie en couleur, représentant un tigre dans un carré d'hommes armés de piques. Des spectateurs européens sont présents au premier plan. Le , également écrit , est une cérémonie sacrificielle javanaise ayant eu cours du au début du . À l'origine réalisé dans l' des cours royales javanaises, le était constitué de deux parties : le , un combat dans une cage entre un buffle domestique et un tigre, et le , où plusieurs tigres étaient positionnés au sein d'un cercle d'hommes armés de piques et mouraient en tentant de s'échapper.
Se déroulant en un emplacement à symbolique forte, l', et utilisant des animaux à symbolique très forte dans la culture d'Asie du Sud-Est (le tigre et le buffle), le est une cérémonie dont l'interprétation culturelle est riche. Vu comme l'élimination du mal par les observateurs européens, le symbolise plus probablement la lutte victorieuse du souverain contre le chaos que représente le tigre, et la purification du royaume tout entier.
Au cours du ou du , la symbolique rituelle du s'affaiblit et la cérémonie devient peu à peu un spectacle ou une festivité. Attribut de la royauté javanaise, il a été utilisé par la noblesse de robe, les priyayi, pour montrer sa richesse et son pouvoir vis-à-vis de la noblesse princière. Le a également été perçu comme la lutte politique symbolique entre la compagnie néerlandaise des Indes orientales et les autorités de Java.
Description Historique thumb|alt=Carte administrative de Java|upright=1.5|Les ont eu lieu sur l'île de Java. À Java, les souverains ont rarement participé à des chasses au tigre et n'ont jamais tué directement un félin. Les rituels tels que le remplacent ces activités de chasse. Il prend place uniquement sur l'île de Java, dans les cours royales et dans quelques régions centrales. Les preuves de son existence s'étalent de 1605 à 1906. Il est d'abord réalisé pour fêter la fin du jeûne du Ramadan, au moins dans les royaumes de Surakarta et de Yogyakarta, puis les observations plus tardives montrent une réalisation plus fréquente du rituel.
Des témoignages de combats de tigres contre des buffles ou des éléphants sont rapportés durant le et le dans toute l'Asie du Sud-Est, notamment au Viêt Nam, en Thaïlande ou au Laos. Le ne peut donc pas être vu comme une cérémonie d'inspiration strictement javanaise. Deux témoignages dans l'île de Java, un en 1650 et l'autre en 1686, font respectivement état de combats entre deux bovins et entre deux tigres. Cette période pourrait être un moment d'expérimentation, lorsque le rituel n'était pas encore fixé.
Le premier témoignage au venant d'une source indigène est la (« Chronique de la terre de Java »), datée des années 1700, lorsque le sunan Amangkurat II, souffrant d'une paralysie des jambes, organise une grande cérémonie. Les premières allusions au datent de 1620 et 1700, toutefois, la première vraie description revient à François Valentijn vers 1706. Il décrit également ce qu'il appelle une et qui ressemble au : à l'occasion d'une réunion de la noblesse, des structures sont construites sur un terrain ouvert. Environ débusquent un tigre afin de l'amener jusqu'au sunan, où le félin se tue, encerclé par les piques. Un ou deux Javanais trouvent généralement la mort lors de cette cérémonie. Les différences sont notables avec les témoignages du , notamment parce que cette capture n'a pas lieu dans l'.
La valeur rituelle du s'affaiblit et la cérémonie devient peu à peu une simple festivité, ou un spectacle pour amuser les foules ou les visiteurs de la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC)La Compagnie néerlandaise des Indes orientales s'installe à Batavia, aujourd'hui Jakarta, au tout début du .. La date exacte de cette perte de symbolique est débattue. Elle est parfois placée dès la fin du : en 1791, le de la cour de Yogyakarta fait déjà partie d'une série de divertissements à destination d'invités européens. Le déclin est parfois situé plus tardivement, autour des années 1860, lorsqu'il ne se déroule plus dans les cours royales, mais dans celles des régents.
Les derniers prennent place dans les villes de Kediri et Blitar au tout début du .
Déroulement À l'origine, le est composé de deux parties : le , un combat entre un tigre et un bovin, puis le , la confrontation du tigre avec un cercle d'homme armés de piques. Toutefois, la composition du rituel varie au cours des siècles. Au cours du , les témoignages des observateurs européens semblent décrire des cérémonies dont le déroulement n'est pas encore fixé. La première partie est signalée pour la première fois à la cour d'Amangkurat (r. 1646-1677) par Rijcklof van Goens, mais elle est dans l'ensemble moins souvent décrite que le . Lorsque le perd sa valeur rituelle au cours du ou au milieu du et quitte les cours royales, la première partie est abandonnée.
Le thumb|alt=Illustration montrant un tigre enfourché par un buffle domestique dans une arène avec des spectateurs au-dessus.|Combat entre un tigre et un buffle à Java. Illustration de 1868. La première partie, appelée , consiste en un combat entre le tigre et un buffle domestique (Bubalus bubalis) ou, plus rarement, un Banteng (Bos javanicus). Le déroulement de ce combat est décrit de manière similaire par les observateurs européens. Le souverain, qui peut être le sunan du royaume de Surakarta ou le sultan du sultanat de Yogyakarta, arrive entouré de sa garde de femmes âgées et des insignes royaux. Il s'assoit dans un pavillon ouvert appelé . Avant que le combat ne commence, le souverain adresse des questions rituelles à son premier ministre, le Raden Adipati, notamment au sujet du contentement du peuple et des récoltes du riz. Le combat peut ensuite commencer sous l'ordre du souverain. Le bovin est parqué dans une cage circulaire de bois et de bambou d'environ 3 à s de diamètre ; il a les cornes blanchies et des guirlandes de fleurs parent son cou et ses cornes. Un tigre est introduit dans la cage. Si dans un premier temps les deux animaux sont surpris, le bovin est généralement le premier à attaquer le tigre. Les témoignages concordent pour dire que dans la plupart des cas, le tigre est perdant. Il peut arriver qu'un tigre trop peu combattif soit remplacé par un autre.
On prépare, dans une vaste arène, une cage circulaire de gros bambous, qui a environ de diamètre et de hauteur ; elle est ouverte en dessus et fortement attachée à la terre. On introduit d'abord le buffle, et ensuite le tigre. Leur première rencontre dans ce lieu resserré est terrible. Le buffle est l'assaillant : il pousse avec violence son antagoniste contre les barreaux, et cherche à l'écraser. Le tigre, redoutant la force du buffle, veut l'éviter ; celui-ci saute adroitement à la gorge ou sur la tête de son adversaire, ce qui prouve dans le tigre des habitudes semblables à celles du chat. On laisse reposer les deux combattants après cette première attaque. M. Crawfurd a vu un buffle écraser un tigre au premier effort. […]
Si le tigre refuse de combattre après ce premier assaut, on l’excite en le piquant avec des bâtons pointus, en l'incommodant par la fumée de la paille, ou en lui jetant de l'eau bouillante.
On excite le buffle en lui versant sur la peau une dissolution de piment (), ou en le provoquant avec des orties, dont les aiguillons sont tellement brûlants qu'ils feraient naître une fièvre de rage dans l'homme qui en serait piqué. Cette scène cruelle dure environ une demi-heure. Si l'un des deux athlètes est hors de combat, on introduit d'autres combattants.
Le thumb|left|Un tigre devant les cages ouvertes, lors du . Photographie réalisée entre 1870 et 1892 à Blitar.|alt=Photographie en noir et blanc. Un tigre prostré devant des cages en bois. À l'arrière-plan, le public et des hommes armés de piques.thumb|Félin courant dans le cercle formé par le public armé d'épieux. Photographie réalisée entre 1890 et 1925 à Kediri.|alt=Au premier plan, le public tenant des piques, au milieu un félin noir courant, à l'arrière plan, le public armé d'épieu. La seconde partie confronte des tigres ou des léopards à des milliers d'hommes armés de lances, de piques et d'épieux, dont l'extrémité est parfois empoisonnée. Plusieurs noms sont utilisés dans les sources européennes pour désigner cette partie : le , le ou encore le . Deux à trois mille personnes forment un cercle atteignant presque cent mètres de diamètre. Des Chinois et des Néerlandais ont peut-être participé à certaines cérémonies. Trois à quatre rangées de participants entourent les cages des félins, placées en face du souverain, qui monte sur une plateforme à environ de haut. Les cages des félins sont entourées de matériaux inflammables. La première rangée de piques est horizontale, la seconde forme un angle tandis que les dernières rangées sont verticales. Sur l'ordre du souverain, trois hommes s'avancent vers les cages en habit de cour et entament des danses et des rituels mettant en exergue le pouvoir du souverain. Lorsque le souverain le demande, un feu est déclenché afin d'ouvrir les cages une à une et de forcer les tigres à en sortir. Ceux-ci sont contraints d'affronter le cercle de piquiers et se tuent contre les lances en tentant de s'échapper.
Lorsque le tigre a survécu, on le destine à périr par le rampok. […] Alors on place des cages remplies de tigres au milieu d'une vaste arène ; des piqueurs forment un carré fort étendu de d'épaisseur. Deux ou trois hommes prennent les ordres du prince, placent des feuilles sèches et tressées devant la porte de chaque cage, qu'ils lèvent, y mettent le feu et se retirent à pas lents, au son de la musique. Aussitôt que le tigre sent le feu, il s'élance et cherche à se faire un passage à travers la fumée qui le repousse. Le féroce animal, attaqué de nouveau, veut s'élancer, et périt sous les piques. Quelquefois il se retire au centre du carré : ce qui arrive presque toujours lorsqu'il a déjà combattu un buffle ; alors le prince désigne six à huit lanciers qui s'avancent de sang-froid, et ne manquent presque jamais de percer le tigre au premier coup.
Si un tigre n'essaie pas de s'échapper du cercle de piques, un petit groupe de six à huit hommes se détachent du cercle pour l'empaler. Il peut arriver qu'un tigre arrive à s'échapper en sautant par-dessus les lances ou en louvoyant entre les participants. Dans ce cas-là, les témoignages diffèrent : les félins sont soit poursuivis et tués, soit laissés en vie car considérés comme sacrés.
Les félins utilisés thumb|Sept léopards et un tigre tués lors d'un vers 1900 à Kediri.|alt=Photographie en noir et blanc représentant huit félins tués allongés sur le flanc.
Le est souvent réalisé sur des tigres, toutefois, le léopard a également été sacrifié lors de ces rituels. À la fin du , les observateurs utilisent de plus en plus souvent les termes et pour désigner le félin sacrifié et désignent le même animal, le terme est utilisé pour le léopard à robe tacheté, tandis que est dévolue à la forme mélanique, la fameuse .. Au tout début du , le palais de Yogyakarta contient encore des cages où sont essentiellement enfermés des léopards, du fait de la rareté du tigre de Java. Un unique combat entre une lionne et un buffle est organisé en 1739 par le sunan Paku Buwana II.
Le palais du sunan Amangkurat à Plered est le premier édifice pour lequel il existe des preuves de présence permanente de cages pour les tigres. Les capitales de Kartasura, Yogyakarta et Surakarta possèdent également des infrastructures permanentes pour détenir des tigres au moins à partir de 1686. Elles sont toujours placées dans un coin de la cour extérieure nord. Les cages sont suffisamment vastes pour emprisonner plusieurs félins. Au début du , les cages de la cour de Kartasura sont assez grandes pour permettre au sunan Amangkurat III d'y faire enfermer son oncle Puger et une partie de sa famille. Vers 1850, les cages du palais de Surakarta contiennent entre sept et neuf tigres.