La bataille d'Eckmühl se déroula les 21 et à Eckmühl en Bavière, dans le cadre de la guerre de la Cinquième Coalition. Elle opposa les troupes françaises et alliées dirigées par l'empereur Napoléon à l'armée autrichienne commandée par l'archiduc Charles-Louis d'Autriche-Teschen. L'affrontement se solda par une victoire française.

Cette bataille fut le point culminant de la première phase de la campagne d'Allemagne, qui avait débuté le avec l'attaque anticipée des Autrichiens en Bavière. Napoléon, d'abord surpris par cette offensive, reprit rapidement le contrôle de la situation et parvint, par une série de manœuvres, à vaincre l'armée de l'archiduc Charles. Ce dernier, après avoir été battu en plusieurs rencontres, courut le risque d'être encerclé à Eckmühl et dut se replier au nord du Danube en passant par Ratisbonne pour échapper à la destruction.

À la fin de sa vie, Napoléon déclara être fier de la manière dont il avait conduit la campagne qui devait aboutir à la bataille d'Eckmühl ; cette phase de marches et de batailles continues est actuellement considérée par les historiens comme l'un des meilleurs exemples de sa capacité à planifier et mettre en œuvre des mouvements stratégiques combinés, ainsi que comme l'une des opérations les mieux réussies de sa carrière militaire. Surpris à plusieurs reprises par les manœuvres de Napoléon, l'archiduc Charles fut continuellement soumis aux initiatives stratégiques de son adversaire, ce qui démontra la nette supériorité de ce dernier dans ce domaine. Après avoir subi de lourdes pertes, l'armée autrichienne se replia finalement en deux groupes séparés, abandonnant Vienne qui fut occupée par les troupes françaises le .

La suite d'affrontements qui opposa la Grande Armée de Napoléon à l'armée autrichienne en Bavière du 19 au est aussi connue sous le nom de « campagne des Quatre-Jours ».

Contexte

L'Autriche prépare sa revanche

Le , à l'issue d'une réunion de ses principaux dignitaires, l'empire d'Autriche prit la décision d'entrer en guerre contre la France napoléonienne, résolution qui fut entérinée par le Conseil privé le . Depuis son entrée au gouvernement, le ministre Johann Philipp von Stadion avait minutieusement préparé cette confrontation qui devait permettre à l'Autriche de prendre sa revanche sur la France afin d'effacer l'humiliation du traité de Presbourg, signé en 1805, qui avait consacré la défaite du Saint-Empire pendant la guerre de la Troisième Coalition. Le nouveau chancelier, ambitieux et énergique, aurait souhaité entrer en guerre dès 1807 mais Napoléon, qui venait de vaincre la Quatrième Coalition formée par les Prussiens et les Russes, semblait alors au faîte de sa puissance et l'ambassadeur d'Autriche à Paris, Metternich, incita son gouvernement à la prudence.

vignette|gauche|L'entrevue d'Erfurt en septembre 1808, lors de laquelle Napoléon tenta de convaincre le tsar Alexandre de faire pression sur l'Autriche afin d'éviter une nouvelle guerre.

L'invasion de la péninsule Ibérique par les troupes françaises bouleversa la situation et poussa le chancelier Stadion à prendre l'initiative d'une nouvelle guerre contre la France. Le soulèvement de la population espagnole contre l'envahisseur et les premières défaites françaises exaltèrent les sentiments patriotiques au sein de l'Empire et poussèrent les notables hongrois à soutenir la politique du chancelier. Vienne devint le point de ralliement de l'aristocratie européenne anti-française. Les archiducs étaient partisans de la guerre et l'empereur François, d'ordinaire très prudent, finit par donner raison à son entourage. L'entrevue d'Erfurt en sembla confirmer que le tsar Alexandre n'était pas disposé à soutenir Napoléon face à l'Autriche et l'empereur français, contraint de rétablir la situation en Espagne, dut transférer à partir du la majeure partie de la Grande Armée vers les Pyrénées, ne laissant qu'un contingent très réduit en Allemagne. À Paris, l'ambassadeur Metternich était lui aussi devenu un fervent partisan de la guerre et il affirma qu'avec Napoléon engagé avec la plus grande partie de ses troupes en Espagne, l'Empire français ne serait pas en état de soutenir une nouvelle guerre avec l'Autriche. En outre, l'ambassadeur fit également valoir que la société parisienne était préoccupée par la situation et que la position de l'Empereur semblait plus fragile qu'il n'y paraissait.

Au milieu de cet enthousiasme général, l'archiduc Charles-Louis d'Autriche, commandant en chef de l'armée autrichienne, était le seul à se montrer sceptique à l'idée d'une nouvelle confrontation avec Napoléon. Sous son initiative, le commandement autrichien avait entrepris de vastes réformes pour moderniser l'armée, mais en dépit de résultats encourageants, ces dernières n'avaient pas encore produit tous leurs effets. De nombreuses innovations tactiques avaient été introduites : augmentation des réserves avec la création de la Landwehr populaire, renforcement de l'artillerie, formation de neuf bataillons de chasseurs à pied calqués sur le modèle français, etc. En outre, la structure de l'appareil militaire autrichien avait été profondément modifiée pour faire place en campagne à un système de corps d'armée autonomes copié sur le modèle napoléonien. Malgré ces progrès, l'armée autrichienne restait toutefois bien inférieure à son homologue française : le système de la division par corps n'avait été que partiellement adopté et la présence des bagages ralentissait considérablement l'exécution des manœuvres. Les schémas tactiques n'avaient pas sensiblement évolué à l'échelon supérieur de commandement ; l'état-major était inefficace et les généraux étaient souvent des individus âgés, peu énergiques et rivaux les uns des autres ; l'archiduc Charles, en particulier, était loin de valoir Napoléon en tant que commandant en chef. Officier prudent et réfléchi, mais formaté par les schémas opérationnels du qui s'adaptaient surtout à des mouvements lents et méthodiques, Charles était un général particulièrement habile en défense, mais qui manquait de l'énergie et du dynamisme nécessaire pour affronter Napoléon. Sujet à des crises d'épilepsie, il était d'un caractère pessimiste et était particulièrement réticent à jouer le sort de la monarchie dans une bataille décisive contre la Grande Armée.

Plans et préparatifs

Napoléon rentra à Paris le . Ayant dû renoncer à poursuivre son intervention en Espagne, il avait quitté Valladolid le après avoir pris connaissance de l'imminence d'une nouvelle guerre contre l'Autriche, dont les préparatifs de guerre étaient très avancés. Il était également préoccupé par les intrigues de Talleyrand et de Fouché qui menaçaient de porter atteinte à la solidité du régime. Ayant dû laisser plus de soldats en Espagne, l'Empereur se trouvait dans la nécessité d'improviser une nouvelle armée pour affronter l'Autriche en Europe centrale. Par une série de mesures énergiques, Napoléon réussit à mettre sur pied à la fin du mois de la « Grande Armée d'Allemagne » qui associait les vétérans du corps du maréchal Davout, déjà présent en Bavière, et de nombreux contingents fournis par les États allemands alliés de la France ainsi que les recrues des classes 1809 et 1810, mal préparées à la guerre et totalement inexpérimentées. Quant à la Garde impériale, elle faisait route à marche forcée depuis l'Espagne.

Au printemps 1809, Napoléon disposait de soldats stationnés en Bavière pour faire face à l'attaque autrichienne. En dehors des vétérans français du corps de Davout, cette nouvelle armée était qualitativement très inférieure à la Grande Armée de 1805 ; composée pour l'essentiel d'unités étrangères et de jeunes soldats, elle était mal organisée et souffrait d'une pénurie de matériel. Au moment de l'offensive autrichienne, les troupes françaises n'étaient pas encore regroupées et étaient commandées en l'absence de l'Empereur par son chef d'état-major, le maréchal Berthier. Début avril, l'armée était encore dispersée dans une zone de et allait prendre du temps pour achever sa concentration : le maréchal Davout se trouvait au nord du Danube entre Nuremberg et Erfurt avec soldats ; le corps du général Oudinot ( hommes) et le corps du maréchal Masséna ( hommes), composés essentiellement de jeunes recrues, étaient très éloignés à Augsbourg et Ulm, au sud du Danube ; le corps du général Vandamme, fort de soldats wurtembergeois, se situait près de Donauworth ; enfin, la Garde impériale était encore en France. Pour couvrir la concentration de ces différents corps, les soldats bavarois du corps commandé par le maréchal Lefebvre furent déployés en première ligne de manière à barrer le passage de l'Isar.

vignette|gauche|upright|Napoléon .

À la fin du mois de mars, Napoléon rédigea une première directive au sujet du regroupement de l'armée. En fonction du temps qui lui était imparti et les distances à parcourir par les différents corps, il y présentait un certain nombre de possibilités opérationnelles ainsi que les intentions probables de ses adversaires. L'Empereur, sur la base des informations disponibles, fixait le début de l'offensive autrichienne aux alentours du et estimait que l'attaque principale aurait lieu sur la rive nord du Danube, en Bohême. Dans le cas où l'attaque autrichienne devait se produire après cette date, Napoléon jugeait possible de regrouper son armée à temps autour de Ratisbonne, à trois jours de marche de Nuremberg et à quatre jours d'Augsbourg. À l'inverse, si les Autrichiens décidaient d'anticiper leur offensive, l'Empereur concentrerait ses forces plus en arrière, entre Donauwörth, Augsbourg et Ingolstadt, sous la protection des troupes bavaroises du maréchal Lefebvre..

vignette|upright|L'archiduc Charles-Louis d'Autriche, commandant en chef l'armée autrichienne.

Déterminé à passer rapidement à l'offensive, Napoléon avait prévu que dans le cas où l'archiduc Charles attaquerait au nord du Danube sur Bamberg ou Nuremberg, il passerait avec son armée au nord du fleuve via le pont de Ratisbonne et s'avancerait à travers la Bohême, afin de tomber sur les arrières de l'ennemi. En revanche, si les Autrichiens attaquaient des deux côtés du Danube, l'Empereur, qui disposait de l'important nœud de communication de Ratisbonne, se croyait en mesure de battre séparément les forces autrichiennes. En vertu des directives adressées au maréchal Berthier le , l'Empereur fixa le regroupement de l'armée autour de Ratisbonne au , mais il avait établi qu'en cas de difficultés soudaines les troupes françaises se replieraient derrière le Lech.

L'armée autrichienne massée sur le front allemand était commandée par l'archiduc Charles et comprenait soldats divisés en six corps d'armée régulière et deux corps de réserve. Bien préparé et ayant l'avantage de l'initiative, l'archiduc avait encore la possibilité d'exploiter la situation et de prendre l'offensive avant que ses adversaires aient achevé leur concentration. Le commandant autrichien avait d'abord prévu de passer à l'attaque sur la rive nord du Danube depuis la Bohême et de mettre en déroute le corps de Davout, isolé du reste des forces françaises. À cet effet, six corps d'armée furent concentrés entre Prague et la Forêt de Bohême pour une offensive qui, menée avec rapidité et énergie, pouvait s'avérer décisive. Néanmoins, l'archiduc Charles hésitait car des difficultés pouvaient surgir en raison du relief accidenté du terrain et du manque de connexions d'une rive à l'autre du Danube ; en outre, Vienne restait exposée à une éventuelle offensive ennemie au sud du fleuve.