La guerre de la Plata, connue aussi sous le nom de guerre contre Oribe et Rosas, a opposé, entre le et le , la Confédération argentine à une coalition composée de l'empire du Brésil, de l'Uruguay et de deux provinces argentines : Entre Ríos et Corrientes. Cette guerre est liée à une rivalité de longue date opposant l'Argentine et le Brésil à propos de leur influence respective sur l'Uruguay et le Paraguay, et le contrôle des régions limitrophes du Río de la Plata. Le conflit a lieu en Uruguay, sur le Río de la Plata et dans le Nord de l'Argentine (la région de la Plata).
En 1850, la région de la Plata est politiquement instable. Le gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas, utilise son poste pour exercer un contrôle dictatorial sur les autres provinces argentines. Bien qu'il contrôle presque tout le pays, Rosas doit faire face à une série de rébellions régionales. L'Uruguay a sombré dans la guerre civile après sa sécession d'avec le Brésil, en 1828. Or, Juan Manuel de Rosas considère que ce pays fait partie de la sphère d'influence de l'Argentine et prend parti pour le parti Blanco uruguayen. Le dictateur souhaite également étendre les frontières de l'Argentine pour récupérer les territoires qui faisaient partie de l'ancienne vice-royauté du Río de la Plata, autrement dit l'Uruguay, le Paraguay et la Bolivie. Cet objectif menace les intérêts et la souveraineté du Brésil car l'ancienne vice-royauté comprenait aussi des territoires incorporés dans la province brésilienne du Rio Grande do Sul. L'empire du Brésil décide donc de se donner les moyens d'éliminer Rosas et la menace qu'il représente.
Le Brésil s'allie alors avec les provinces séparatistes argentines de Corrientes et d'Entre Ríos (dirigée par Justo José de Urquiza). Rejoints par la faction uruguayenne anti-Rosas, les coalisés sécurisent leur flanc nord en s'alliant avec le Paraguay et la Bolivie. Face à cette menace, Juan Manuel de Rosas déclare la guerre au Brésil mais les forces alliées pénètrent en territoire uruguayen, où elles battent les partisans de Rosas, dirigés par Manuel Oribe.
Une fois l'Uruguay sécurisé, l'armée alliée est divisée en deux : le gros des troupes progresse par voie terrestre sur le territoire argentin pour affronter les principales forces de Rosas, le reste se prépare à lancer une attaque navale contre la capitale argentine. La guerre se termine en 1852 par la victoire des alliés lors de la bataille de Caseros. L'empire du Brésil établit ainsi son hégémonie sur une grande partie de l'Amérique du Sud, ce qui marque le début d'une période de stabilité économique et politique pour le pays. Juan Manuel de Rosas disparu, l'Argentine va commencer un lent processus qui va aboutir à en faire un État plus soudé. Mais la fin de la guerre n'a pas résolu tous les problèmes dans la région. La crise se poursuit au cours des années suivantes : des conflits entre factions politiques secouent l'Uruguay tandis qu'une longue guerre civile divise l'Argentine et qu'un pouvoir fort émerge au Paraguay et fait valoir ses revendications. Durant les deux décennies suivantes, se produisent dans la région deux autres grandes guerres internationales, suscitées par des ambitions territoriales et des conflits d'influence divergents.
Circonstances Guerres civiles en Argentine
thumb|left|La vice-royauté du Río de la Plata, colonie espagnole, en bleu et le Brésil, colonie portugaise, en vert, à la fin du . Le territoire du Río de la Plata éclate entre Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay après l'indépendance.
Juan Manuel de Rosas devient gouverneur de Buenos Aires après une brève période d'anarchie qui suit la fin de la guerre de 1828 entre l'Argentine et le Brésil. En théorie, Rosas n'a pas plus de pouvoir que les gouverneurs des autres provinces mais, dans la réalité, il dirige l'ensemble de la Confédération argentine, nom sous lequel est alors connu le pays. Bien qu'il appartienne au groupe fédéraliste, une faction qui exige une plus grande autonomie provinciale, Rosas a, en pratique, sous son contrôle les autres provinces et est le dirigeant virtuel de l'Argentine. Au cours de ses 20 ans de gouvernement, le pays assiste à la résurgence des conflits armés entre les unitaristes et les fédéralistes..
Juan Manuel de Rosas souhaite recréer l'ancienne vice-royauté du Río de la Plata et cherche à construire un puissant État républicain autour de l'ArgentineMaia (1975), .. La vice-royauté défunte a éclaté en plusieurs nations après l'obtention de l'indépendance au début du . Pour parvenir à la reconstruire, le gouvernement argentin a besoin d'annexer les trois pays voisins, la Bolivie, l'Uruguay et le Paraguay, ainsi que de récupérer une partie du sud du BrésilLyra (vol. 1, 1977), .. Mais, pour mettre en œuvre ses projets, Juan Manuel de Rosas doit d'abord trouver dans la région des personnalités qui partagent son point de vue. Dans un certain nombre de cas, il s'implique dans la politique intérieure des pays voisins, aidant les partisans de l'union avec l'Argentine, et finançant même parfois des rébellions et des guerres.
Le Paraguay est, depuis 1811, une nation souveraine mais n'est reconnu par aucun pays. En Argentine, il est considéré comme une province rebelle. Le dictateur paraguayen José Gaspar Rodriguez de Francia a décidé que la meilleure façon de maintenir son propre pouvoir et l'indépendance du Paraguay vis-à-vis de l'Argentine est d'isoler son pays du monde extérieur. C'est pour cette raison que, jusqu'en 1840, il évite d'établir des relations diplomatiques avec d'autres étatsDoratioto (2002), .. À la mort de Francia, cette politique commence à changer et son successeur, Don Carlos Antonio López, signe deux traités internationaux en juillet 1841. Ce sont les accords « d'amitié, de commerce et de navigation » et de « frontières » conclus avec la province argentine de Corrientes qui a rompu avec l'Argentine de RosasDoratioto (2002), .. Pendant ce temps, Juan Manuel de Rosas fait pression sur le Paraguay, continue à refuser de reconnaître son indépendance et met en place un blocus empêchant le trafic international à destination et en provenance du Paraguay par le fleuve Paraná.
La Guerra Grande Les troubles internes en Uruguay, dont la longue guerre civile qui s'y déroule, « la Guerra Grande » (la Grande Guerre), sont un des principaux facteurs qui mènent à la guerre de la Plata. L'ancienne province brésilienne cisplatine est devenue la République Orientale d'Uruguay après la guerre de Cisplatine mais le pays n'a pas tardé lui aussi à être la proie d'une longue guerre civile entre ses deux partis politiques : les Blancos, dirigés par Don Juan Antonio Lavalleja, et les Colorados, dirigés par Don Fructuoso Rivera.
Juan Manuel de Rosas, le dictateur argentin, aide financièrement et militairement Juan Antonio Lavalleja et ses partisansHolanda (1976), .. En 1832, Lavalleja commence également à recevoir de l'aideHolanda (1976), . de Bento Gonçalves, un soldat et un fermier de la province brésilienne de Rio Grande do Sul. En 1835, Rosas encourage donc Gonçalves à se rebeller contre le gouvernement brésilien, cherchant à permettre à l'Argentine d'annexer le Rio Grande do SulHolanda (1976), ... Ensemble, Lavalleja et Gonçalves lancent une campagne militaire en Uruguay, qui s'accompagne de violences et de pillagesHolanda (1976), .. Gonçalves trahit alors Rosas et Lavalleja et s'allie au chef colorado Fructuoso RiveraHolanda (1976), .. Tous deux envahissent l'Uruguay et occupent la plus grande partie du pays en dehors des environs de la capitale, Montevideo. Vaincu, le président uruguayen Manuel Oribe démissionne de son poste de présidentFurtado (2000), . et s'enfuit en ArgentineHolanda (1976), ..
Juan Manuel de Rosas est déterminé à rétablir la suzeraineté de l'Argentine sur l'Uruguay et à se venger de Gonçalves. Il décide de mener une série d'interventions dans le pays. En 1839, une armée dirigée par Lavalleja, Oribe et Justo José de Urquiza (le gouverneur de la province d'Entre Rios), est rapidement repoussée par Rivera. À ce moment-là, Lavalleja ne veut plus participer au conflit et ne joue plus aucun rôle dans la guerre civileHolanda (1976), .. Rosas envoie une nouvelle armée d'Argentins et d'Uruguayens en 1845, dirigés par Oribe et Urquiza qui, cette fois, bat les forces de Rivera, tuant les survivants. Rivera, qui est l'un des rares à pouvoir s'enfuirHolanda (1976), ., s'exile à Rio de Janeiro. Les Colorados n'ont plus le pouvoir que dans Montevideo, que les forces d'Oribe commencent à assiéger. La violence en Uruguay dégénère et les hommes d'Oribe tuent plus de et pendant ce conflitCosta (2003), ..
Oribe, assuré du contrôle de presque tout l'Uruguay, peut se lancer dans l'invasion du sud du Brésil, où ses forces volent du bétail, pillent des ranchs et tuent leurs ennemis politiques. Plus de brésiliennes sont attaquées, et volésCosta (2003), .. Les Brésiliens décident de se venger et mènent des raids en Uruguay, qui est alors connu localement sous le nom de « Californie ».Pedrosa (2004), . en référence à la violence dans l'Ouest de l'Amérique du Nord lors de la révolte de la Californie contre le Mexique, sa brève indépendance puis son annexion par les États-UnisCalmon (1975), .Bueno (2003), .. D'autres conflits éclatent avec le soutien persistant de Rosas et des Blancos et l'anarchie règne sur de vastes zones de la région, y menaçant de plus en plus le commerce. Les deux grandes puissances de l'époque, la France et la Grande-Bretagne, sont amenées à déclarer la guerre à l'Argentine. Buenos Aires subit des attaques répétées des flottes anglo-françaises et doit soutenir plusieurs blocus. Le gouvernement argentin réussit à organiser une résistance efficace, sans toutefois arriver à la paix en 1849.
L'empire du Brésil réagit thumb|left|L'Empereur Pierre II du Brésil vers l'époque de la guerre de la Plata.
Au milieu du , l'empire du Brésil est la plus richePedrosa (2004), . et puissante nation d'Amérique latinePedrosa (2004), .. Il s'est développé sous le régime libéral d'une monarchie constitutionnelle et peut se vanter de l'absence de caudillos, de dictateurs et de coups d'État si communs à travers le reste du continent. Toutefois, pendant la minorité de l'empereur Pierre II, dans les années 1830, le pays a connu des rébellions internes et des conflits locaux pour le pouvoir dans quelques provincesDolhnikoff (2005), .. L'un d'eux, la guerre des Farrapos, était dirigé par Gonçalves.
Pour l'empire du Brésil, les projets expansionnistes de l'Argentine représentent une menace grave pour ses états méridionaux. L'annexion du Paraguay et de l'Uruguay par l'Argentine et le contrôle du Rio de la Plata et de ses affluents par des forces hostiles couperait les communications maritimes et fluviales entre la province brésilienne du Mato Grosso et Rio de JaneiroFurtado (2000), .. Sans transport fluvial, la liaison entre la capitale et la province aurait exigé des mois de voyage par terre au lieu de quelques jours par mer. Le Brésil ne tient pas non plus à partager une frontière directe avec l'Argentine car il craint d'être plus vulnérable à une invasion par RosasDoratioto (2002), .Furtado (2000), ..