Léon Marie Eugène de Beylié, né le à Strasbourg et mort le près du passage de Tha-Dua sur le fleuve Mékong (Laos), est un général de brigade, archéologue et mécène français.
Sa carrière militaire se déroule principalement en Indochine française où il meurt accidentellement lors d'un naufrage au cours de sa sixième campagne militaire. Il est aussi connu pour les dons et legs de peintures et d'objets d'art qu'il fit au musée de Grenoble.
Biographie Origines familiales et jeunesse Léon de Beylié est issu par son père d'une ancienne famille dauphinoise qui compta plusieurs médecins illustres, Jean (1671-1727), chirurgien des armées, et Jacques (1696-1764), médecin ordinaire du roi à Grenoble. Son anoblissement remontant à 1788 est dû à Philibert-Augustin de Beylié (1730-1797), arrière-grand-père de Léon, qui eut une carrière militaire dans les colonies avant d'être élu de Pondichéry et des Indes orientales à l'Assemblée constituante de 1789. Son frère Claude fut également général.
Le père de Léon, Joseph, entre à l'école de Saint-Cyr en 1832 puis à l’école de cavalerie de Saumur en 1835. Lieutenant de dragons, il démissionne en 1842 après son mariage avec Aimée du Moulin, fille du général Charles du Moulin, comte d'Empire et gouverneur de Strasbourg, et de la comtesse bavaroise Catherine-Eugénie von Eckart. Féru d'histoire de l'art, il est également sculpteur et peintre amateur"L’Empire d’un officier, le Général Léon de Beylié", intervention d'Henry de Seguins Pazzis lors de la journée d’études consacré a Léon de Beylié, Musée de Grenoble, 8 janvier 2011..
Léon passe les premières années de sa vie entre le château de sa grand-mère maternelle en Bavière et l'Alsace où ses parents se sont mariés, puis la famille part s'installer en 1856 à Paris où le jeune Léon achève ses études primaires dans les classes enfantines du collège des pères Jésuites de l'Immaculée Conception, avant de rejoindre le DauphinéSelon le catalogue Le Général de Beylié 1849-1910 - collectionneur et mécène, page 46.. Le jeune garçon poursuit ses études à Villefranche-sur-Saône au lycée jésuite de Notre-Dame de Mongré. Bachelier ès lettres en 1867, il passe l'année suivante le baccalauréat de mathématiques élémentaires au lycée impérial de Grenoble. Éduqué à Grenoble, dans un milieu aristocratique, il est initié tout jeune par son père à l'univers artistique du musée de Grenoble encore installé dans l'ancien collège des Jésuites, mais aussi initié à la musique et à la littérature par sa mère pianiste.
À l'âge de 19 ans, il intègre le l’école militaire de Saint-Cyr. Mais neuf mois plus tard, éclate la guerre franco-allemande de 1870 dans laquelle il combat à partir du avec le grade de sous-lieutenant au d'infanterie de ligne d'Évreux. Son père Joseph, ancien Saint-Cyrien, se porte volontaire pour combattre au cours de cette guerre et l'un de ses deux frères, Charles, va y trouver la mort. Gravement blessé lui-même en août au cours de la bataille de Montmédy dans la MeuseSelon le livre Une fête au musée de Grenoble, page 6., il est décoré et devient le chevalier de la Légion d'honneur avant de retourner à Saint Cyr afin d'achever sa formation. Il en sort diplômé et classé sur les 176 élèves de sa promotion.
Nommé lieutenant au le , Léon de Beylié est officier d'ordonnance du général Faron, et sa hiérarchie le mentionne comme petit et robuste, mais apte à faire campagneSon dossier militaire indique sous la toise.. En 1876, il est envoyé à Paris pour suivre les cours de l'école d'état-major et sort de cette école militaire supérieure sur 68 élèves avec le brevet d'état-major. De retour à son régiment de Belfort, il est détaché à l'état-major de la division de Besançon pour compléter sa formation. Promu capitaine le , il est affecté à Dreux au . De l'état-major du d'armée, il part le pour le d'armée basé à Clermont-Ferrand, un an avant la mort de son père âgé de 67 ans.
Au printemps 1882, il fait un séjour de deux mois à travers plusieurs villes d'Italie et sa frénésie de découvertes artistiques et culturelles s'accompagne d'achats d'objets orientaux et divers, des bibelots parfois sans valeur. En 1883, il sollicite son transfert dans un régiment d'infanterie de marine, un corps d'armée de plus en plus convoité par les officiers vers 1880, et qui devrait le faire évoluer. Il n'obtient son poste que le . Avec l'accord de sa hiérarchie, il effectue à partir du , son premier grand voyage hors d'Europe, pour un périple en Inde de cinq semaines à travers plusieurs villes. Ce séjour lui permet de publier sa première brochure dédiée à un pays et de rapporter une collection d'armes de poing. Après un bref séjour à Brest, il est envoyé en Extrême-Orient, en Indochine françaisePlacés auparavant sous protectorat français à des dates diverses, différents territoires se regroupent en octobre 1887 sous l'appellation d'Union indochinoise, constituée d'une colonie (la Cochinchine), de trois protectorats (Annam, Laos, Cambodge) et d'un semi-protectorat (le Tonkin)., au sein du , et va alors y trouver sa voie.
Première campagne au Tonkin (1884) vignette|redresse|La prise de Lang Son par les Français en 1885. Préparant son premier grand déplacement, il expédie à sa mère à Grenoble tous les meubles de son appartement de Brest, mais aussi un tableau acquis en France représentant une bataille de squelettes du Japon. Le , il embarque pour l'Indochine française, à destination du Tonkin et participe à la campagne militaire commandée par le général Brière de l’Isle dans le cadre de la guerre franco-chinoise.
Placé sous les ordres du colonel Giovanninelli au sein de la , il fait partie de la colonne expéditionnaire qui va prendre le la ville de Lạng Sơn aux troupes chinoises commandées par Liu YongfuLiu Yongfu (1837-1917), Luu Vinh Phúc ou Luu Vinh Phuoc en vietnamien.. Quelques jours plus tad, le , il participe à la bataille de Hoa-Moc dans le cadre de la prise de la ville de Tuyen Quang. Ce jour-là, le capitaine de Beylié est cité à l'ordre du corps expéditionnaire pour son courage. Fin mars, bien qu'il ne participe pas à la terrible retraite des troupes françaises de Lang Son28 mars 1885, la défaite des Français à Lang Son Son provoque la chute du second gouvernement de Jules Ferry deux jours plus tard., il en donne les détails dans de fréquents courriers à sa mère.
vignette|redresse|Le commandant de Beylié en 1889. L'année suivante, le , Léon de Beylié expédie à sa mère depuis Hải Phòng son premier envoi conséquent d'objets sous la forme de cinq tonnes de caisses remplies de meubles qu'il a fait faire à Hanoï. Le , il embarque pour le Japon dans un périple culturel, passant par Tokyo, Shanghai, Yokohama et découvre ainsi l'univers du théâtre Nô. De son cours passage, il rapporte des objets artistiques comme des étoffes, deux paravents de cinq mètres de long couverts de personnages guerriers peints à la main et surtout des vases en porcelaine et divers objets en métal recouvert d'émail. Visiteur infatigable, il choisit au retour de passer par Pékin et visite les tombeaux de la dynastie des Ming puis la Grande Muraille et a la satisfaction de faire quelques pas en Mongolie.
Le , promu commandant, il est affecté au d'infanterie de marine et revient en métropole comme aide de camp du préfet maritime à Toulon puis à Lorient. Voyageur insatiable, sa passion pour l'archéologie le fait désigner par sa hiérarchie pour effectuer durant l'été 1888 un voyage politico-archéologique dans le Caucase et au Turkestan russe. L'expédition part de Vladikavkaz, puis se dirige vers la vallée du fleuve Terek et passe par Bakou. Après la mer Caspienne, l'équipe prend le chemin de fer du Transcaspien et arrive à la mi-juillet à son point extrême de Samarcande. Le retour se fait par la mer Noire, Yalta, Odessa, Vienne en Autriche et Paris en août.
Deuxième campagne au Tonkin (1890) vignette|redresse|Déesse Quan Thé Am à 12 bras (don de 1890), musée de Grenoble. Homme de terrain, le commandant de Beylié repart au Tonkin en et prend la tête d’une colonne chargée de refouler les bandes de pirates qui contrôlent le fleuve Rouge dans laquelle il se fait remarquer par sa bravoure au combat contre les soldats récupérés par la Chine appelés les Pavillons noirs. Du 4 au , il tente en vain de capturer un résistant Vietnamien, hostile à la colonisation, Hoàng Hoa Thám, perdant plusieurs hommes dans les combats. Mais en , dans la province de Yên Bái, il parvient enfin à s'emparer des positions tenues par les pirates concédant 25 blessés et 6 morts lors de combats acharnésSelon le catalogue Le Général de Beylié 1849-1910 - collectionneur et mécène, page 54.. Cité à l'ordre des troupes de l'Indochine, il est promu lieutenant-colonel le et prend le commandement de l'un des quatre territoires militaires du Tonkin sur les frontières de la Chine.
Prévoyant ces dangereux combats, Léon de Beylié envoie dès au musée de Grenoble cinq caisses remplies de statues en bois doré de différents bouddhas Vietnamiens. En , il retourne en métropole, devient officier de la Légion d'honneur le et reste affecté à l'état-major du ministère de la Marine jusqu'en 1895. Durant cette période, il va profiter de sa présence en Europe pour enchaîner en 1894 les voyages dans les pays nordiques, en Norvège jusqu'au cap Nord, en Suède, et au Danemark avant de partir pour une campagne en Afrique.
Troisième campagne à Madagascar (1895) Remarqué par sa hiérarchie, il est envoyé de septembre à dans le cadre d'une mission secrète à Madagascar afin d'effectuer une levée topographique de la route reliant Majunga à Tananarive, route que doit suivre un corps expéditionnaire l'année suivante afin de restaurer un climat de sécurité dans l'île. Il effectue cette mission déguisé en naturaliste mais n'hésite pas à étaler en public ses connaissances militaires.
vignette|redresse|Musée-bibliothèque de Grenoble avant 1900. De retour en métropole et après avoir participé à une commission pour la conquête de Madagascar en , il est nommé chef des services de renseignements du corps expéditionnaire français à Madagascar en décembre. Malgré cette mission concernant Madagascar, il lui reste du temps pour acquérir de nouvelles œuvres et de revenir à Grenoble en pour faire ses premiers dons de tableaux au musée de la villePremiers dons de tableaux : Tête de chien de Jacques Raymond Brascassat et Paysage de Prosper Marilhat. avant de repartir pour Madagascar en mars.
En , il fait partie des de troupe du corps expéditionnaire de Madagascar au sein de l’état-major du général Jacques Duchesne. Après avoir emprunté la route sur l'ouest de l'île, reconnue par Léon de Beylié, le corps expéditionnaire s'empare sans difficulté militaire de la capitale Antananarivo le . Cependant, malgré le professionnalisme du lieutenant-colonel de Beylié qui tient compte de l'armée malgache retranchée dans la capitale, à la perte de 25 soldats dans les combats, viennent s'ajouter par suite de maladies tropicales (malaria, typhus). De plus, certaines routes repérées n'offrent pas toujours la possibilité d'installer comme prévu une ligne de chemin de fer. Pourtant, cette expédition qui ne se déroule pas comme il l'aurait souhaité, ne le pénalise pas car il est promu colonel le , et se fait rapatrier le au d'infanterie de marine de Cherbourg. Ce séjour en métropole lui procure l'occasion d'aller visiter des ruines en Algérie et en Tunisie, mais aussi de passer par Grenoble pour faire quelques dons de tableaux, des dons qu'il va poursuivre au fur et à mesure qu'il découvre et achète ses tableaux.
Quatrième campagne au Tonkin (1898) vignette|redresse|Ernest Hébert, Portait du colonel Léon de Beylié (1898), musée de Grenoble.