Westrich (parfois Westerreich., ou Westerrych.), en ancien français Wastriche., Waistriche ou Vestric., est le nom d'une ancienne province du Saint-Empire. Le terme est attesté à partir du ; son territoire était structuré autour de la vallée de la Sarre et de ses affluents, la Blies, l'Albe la Nied et la Prims. vignette|Le blason du Westrich (Le Saint-Empire avec l'ensemble de ses territoires de Jost de Negker, d'après une gravure sur bois de Hans Burgkmair l'ancien, 1510)
Définition et limites Les limites du Westrich est le point le plus difficile à établir, étant donné qu'il s'agit davantage d'un territoire géo-culturel ancien, structuré autour de la vallée de la Sarre et de ses affuents, et jamais unifié sur le plan féodal. Ces limités, qui fluctuent selon les sources et les époques, étaient situées à l'est, le long des Vosges du nord et du Pfälzerwald, à l'Ouest le long de la Moselle entre Sierck et Saarburg, au sud autour de la vallée de la Seille304., au nord, aux abords de Saint-Wendel, Kusel et Kaiserslautern. Dans le Saint-Empire du Moyen-Âge, le Westrich renvoyait politiquement à une véritable mosaïque de fiefs et de seigneuries, dont les plus importants sont les duchés de Lorraine, de Palatinat-Deux-Ponts, de Luxembourg, ainsi que l'évêché de Metz, l'archevêché de Trèves, les comtes palatins du Rhin, les comtés de Nassau-Sarrebruck, de Veldenz, de La Petite-Pierre et de Deux-Ponts-Bitche. La dénomination « Westrich » est progressivement tombée en désuétude, surtout après les ravages causés dans la région par la Guerre de Trente ans. C'est aujourd'hui une « province fantôme »A. Eiselé, A la recherche d'un pays fantôme - Le Westrich, Éditions Au Pays de Sarrebourg de la Société d'histoire et d'archéologie de Lorraine, Sarrebourg, 1988. que recouvrent les territoires actuels du Land allemand de Sarre, le Nord et l'Est de la Moselle en incluant Dieuze, l'Alsace bossue, et le sud-ouest du Palatinat (Südwestpfalz).
Le Westrich et son contexte au La carte la plus ancienne est semble-t-il celle que Martin Waldseemüller élabore à une date non connue mais antérieure à 1508298. dans l'atelier du Gymnase de Saint-Dié et publiée par Jean Schott à Strasbourg en 1513 ; le cartographe, au service du duc de Lorraine René II, y représente de manière indicative les provinces respectives du Westrich (VASTI REGNI DOMINI) et du duché de Lorraine (LOTHARINGIE DUCATUS), ainsi nommés dans leurs blasons situés en haut de la carte. Les deux provinces étant figurées dans une perspective allant du Nord vers le sud, les Vosges se trouvent à gauche ; à droite et en bas de la carte figurent des blasons de divers comtés du duché de Lorraine et du Westrich307.:Pour le Westrich : au sud Blâmont Rechicourt Salm au nord Sarrewerden Sarrebruck Deux-Ponts desquels est omis, peut-être pour des raisons politiques, le fief des comtes de Dabo, autour de Dagsbourg.
Y sont jointes sept baronnies33.: Parroy Sirck (Sierck) Benschdorf (Bénestroff) Lützelstein (La Petite-Pierre) Bolchen (Boulay) Vinstingen (Fénétrange) Bitsch (Bitche) parmi lesquelles manque également une huitième, Kriechingen (Créhange).
La représentation de ce territoire semble avoir été plus culturelle et géographique, que politique et/ou seigneuriale ; il correspond aujourd'hui grosso modo aux territoires du Saulnois, de la Lorraine allemande, de l'Alsace Bossue, du Land de Sarre, et du sud-ouest du Land de Palatinat. vignette|268x268px|Carte de la vallée du Rhin incluant le Palatinat, le Westrich, l'Eifel (Sébastien Munster, vers 1550). Une autre carte, réalisée par Sébastien Munster vers 1550, est intitulée Un autre tableau du fleuve Rhin, incluant le Palatinat, le Westrich et l'Eiffel, etc.
Le centre de l'ancienne province (où est inséré le terme Westrich), serait situé entre les localités de Sarrebourg (Sarburg), Bérus (Beris) et Vaudrevange (Walderfingen). Ses limites sud passeraient aux alentours de Saint Quirin (S. Quirin), Réchicourt-le-Château (Ruxingen), Dieuze (Dusa), Vic-sur-Seille (Wich), Château-Salins (Salzpurg, Salun) ; les limites occidentales avec le pays messin se feraient aux environs de Faulquemont (Falcoperg), de Boulay (Bolchñ) ; un peu plus au nord, près de Thionville (Dietñhofen) Sierck-les-Bains (Sirch) ; au nord, les repères sont davantage imprécis ; de la zone de confluence entre Sarre et Moselle les limites iraient schématiquement vers Saint-Wendel (S. Wendel) puis Kaiserslautern (Keiserslutern) ; A l'est, elle est plus évidente, située le long des collines du Pfälzerwald et des Vosges du Nord, aux abords de Zweibrücken (Zweibrug), Bitche (Bitsch), La-Petite-Pierre (Lutzelstein) et Lixheim. vignette|298x298px|Porte-drapeau présentant la bannière du « Westerreich » Les provinces environnantes indiquées sont respectivement : au sud, le duché de Lorraine (Lotringñ), à l'Ouest, la cité de Metz (ville livre d'Empire), le comté de Luxembourg (Lutzelburg) ; au nord, on trouve l'archiépiscopat de Trèves (Trier), l'Eifel au nord de la Moselle, et le comté de Veldenz (Veldentz), près de la Nahe ; à l'est, le Palatinat est indiqué entre la Lauter et la ville de Bingen, son centre est Worms.
Le Westrich dans l'histoire contemporaine Du côté aujourd'hui français, le Westrich a connu une relative survivance dans la « Lorraine allemande » (ou Moselle germanophone), dans la partie correspondant aux pays de Sarrebourg, de Sarreguemines, de la Nied Allemande, de la Warndt, du pays de Sierck, de l'ancien Comté de Deux-Ponts-Bitche. L' emploi contemporain du terme Westrich, à part l'exception allemande, très restrictive par rapport à son sens ancien, est restée utilisée par les historiens du Moyen Âge et de la Renaissance, comme Henri Hiegel en France. Des colloques franco-allemands ayant pour thème le Westrich et son histoire ont fait se rencontrer des historiens de Moselle, de Sarre, d'Alsace bossue et du Palatinat-Ouest.
Du côté devenu allemand, le nom de Westrich reste parfois employé de nos jours par les habitants du sud de la Nahe et de l'ouest des crêtes de la Forêt Palatine pour désigner leur terroir, c'est-à-dire l'Est de la Sarre, le Bliesgau et le territoire autour de Saint-Wendel ainsi que l'intérieur de l'ancien département du Mont-Tonnerre au sud du Nahegau
Dans une carte récente, on retrouve le terme dans un sens restreint, sous l'appellation de Zweibrücker Westrich, cette expression désignant un territoire qui s'étend entre Deux-Ponts et la crête du Pfälzerwald et des Vosges du Nord, l'est du Pays de Bitche, jusqu'à La-Petite-Pierre.
D'un point de vue linguistique, le terme subsiste également dans l'appellation "Westrichisch" (westrichien), qui désigne un sous-ensemble des dialectes franciques rhénans, plus précisément les parlers locaux entre Zweibrücken, Pirmasens et Kaiserslautern. vignette|gauche|Paysage du Westrich.Vue du mont Tonnerre depuis le .
Étymologie Westrich est une forme de l'allemand contemporain Westerreich qui signifie « royaume de l'Ouest » ; sa structure est comparable à celle du terme Österreich, pour « royaume de l'Est » (« Austriche » en moyen français, puis Autriche). Emergé au , ce concept surgit alors comme un pendantL. Benoît, Notes sur la Lorraine allemande - Le Westrich in Mémoires de la Société d'archéologie lorraine XI, série II, v. 3, , A. Lepage impr., Nancy, 1861. à l'Autriche35., à une époque où les Wittelsbach affirment leur puissance d'une part vers l'est sur la Bavière et d'autre part vers l'ouest sur le Palatinat en acquérant en 1394 le Palatinat-Deux-Ponts. Westrich et Autriche apparaissent ainsi comme les domaines voisins occidentaux et orientaux des Wittelsbach, sinon comme un affichage de leurs ambitions territoriales.
La traduction latine est Westrichia ou WestratiaI. Kupcick, trad. S. Bartosek, Cartes géographiques anciennes, p . 84-85 & 100, Gründ, Paris , 1981.. Martin Waldseemuller, cartographe du Duc de Lorraine René II de Vaudemont et d'Anjou, le désigne par un jeu de mots Vastum Regnum, c'est-à-dire « Vaste Royaume » que connotent les sous-entendus de dévastation, vide et donc disponibilité, pour des raisons idéologiques, à savoir le présenter comme un domaine naturel d'annexion au duché de Lorraine301 et 303. et non comme part occidentale de l'Empire et de la province du Palatinat. Sa signification originelle d'« ouest du Palatinat » (= du Saint-Empire) est ainsi gommée.
Blason Le Westrich n'étant pas un fief bien délimité mais une mosaïque de fiefs devenue un enjeu de rivalités entre princes et seigneurs régionaux et locaux, les images varient. Des armoiries imaginaires lui ont été attribuées par une manière de revendication généalogique, à savoir coticé d'or et d'azur de huit piècesCf. supra carte.. Ce blason, revendiqué par René II de Lorraine comme antérieur à celui de la Maison de LorraineL. Benoît, Notes sur la Lorraine allemande . Le Westrich in Mémoires de la Société d'archéologie lorraine II, v 3, , Nancy, 1861., traduit un imaginaire32. reliant la Lotharingie à l'AustrasieJ. Mussey, Epitre in La Lorraine ancienne et moderne, ou L'ancien duché de Mosellane, véritable origine de la maison royale et du duché moderne de Lorraine, -, Nancy, 1712.dont les armoiries, tout aussi imaginaires mais reprises avec pour brisure une bordure de gueules par une BourgogneCh. Segoing, Trésor héraldique ou Mercure armorial, , Clouzier Clouzier & Clément, Paris, 1657. prétendant reconstituer l'antique Lotharingie, étaient « bandé d'or et d'azur de six pièces ».De même, on retrouve dans un armorial plus tardifWappenbuch, II, , Bibliothèque de Nancy, Nuremberg, 1657. les armes du Westrich presque identiques à celles-ci de l'Austrasie, bandé d'argent et d'azur de six piècesL. Benoît, Notes sur la Lorraine allemande - Le Westrich in Mémoires de la Société d'archéologie lorraine XI, série II, v. 3, , A. Lepage impr., Nancy, 1861..
Par ailleurs, le nom Westrich subsiste comme patronyme ; il est rare, et présent essentiellement dans l'aire recouvrant et environnant le territoire historique, soit en Allemagne, l'est de la Sarre et l'Ouest du Palatinat, et en France, en Lorraine et en Alsace.
Histoire Dans l'Antiquité, la partie ouest de la Belgique première est parcourue par la « via regalis » reliant Divodurum (Metz) à Mongotiacum (Mayence) et à Borbetomagus (Worms) en passant par la future Villa Luthra (Kaiserslautern). Elle croisait en l'actuel lieu-dit , entre les actuels Sarrebruck et Hombourg, la route reliant Augusta Trevorum (Trèves), capitale des Gaules romaines ou sécessionnistes, et Argentoratum (Strasbourg) le long de la vallée du Saravus (Sarre) en passant par Martiaticum (Merzig) et Pons Saravi (Sarrebourg).
Le far-west du Palatinat (880-1525) vignette|gauche|170px|Le aux couleurs des Hohenstauffen apparaît en 1190 sur des monnaies de Conrad et gagne une couronne avec la Bulle d'Or. Il a depuis été adopté par de nombreux cantons du Westrich allemand. Une zone intermédiaire entre les centres de pouvoir Ressort aux confins de la Germanie supérieure des cités des Trévires, qui occupent la basse Moselle, pour sa partie nord et des Médiomatriques, qui sont en amont, pour sa partie sud, puis respectivement des diocèses de l'archevêque de Trèves et de l'évêque de Metz, ce territoire sort du Haut Moyen Âge par ses marges :
en 903, le franconien Gebhard, comte de Rheingau, attache à son domaine propre, cœur du futur Palatinat, le titre de Duc de Lotharingie, avec laquelle le futur Westrich fait la liaison ; en 982, Sarrebourg, étape commerciale vers l'Alsace, obtient de l'évêque de Metz la franchise de battre monnaie ; entre 1047 et 1048, l'Alsacien Adalbert, premier Duc de Lorraine, fait construire le château de Langenstein, base du comté de Salm ; en 1074, Conrad II le Salique, comte de Spire, fait de Lautern une cour impériale ; en 1152, Frédéric de Hohenstauffen en fait la résidence du Roi des Romains tout en installant son cadet, Conrad, à Heidelberg à la tête du Palatinat ;