La mosquée-cathédrale de Cordoue, également connue sous son ancien nom de « mosquée de Cordoue » () et sous son nom canonique et officiel de cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption (), est un ancien temple romain qui devint basilique chrétienne, du , du temps de la monarchie wisigothique, puis une mosquée, du jusqu'au , date à laquelle elle a été consacrée comme cathédrale, dans laquelle fut érigée plus tard, au début du , une chapelle dite majeure (en espagnol, ) pour la distinguer des nombreuses autres chapelles plus anciennes, situées le long des quatre murs intérieurs de l'édifice, à l'exception de la (Chapelle Royale), de la (Chapelle Saint-Paul) et de la (ancienne Chapelle majeure de la cathédrale du ), lesquelles ne s'adossent pas au quadrilatère formé par les murs nord, ouest, sud et est.

C'est un monument majeur de l'art des Omeyyades de Cordoue dans son expression la plus accomplie, et le témoin de la présence musulmane en Espagne du ; il a été précédé par une première et monumentale basilique chrétienne wisigothique, puis suivi depuis le par l'actuelle cathédrale catholique. Une première « parenthèse » catholique (depuis l'antique basilique wisigothique, qui était sur le site jusqu'au début du ) eut lieu du 18 au lors de la brève reconquête de la ville par le roi Alphonse VII. Le monument redevint église au avec la Reconquista menée par le roi Ferdinand III de Castille qui aboutit le ; depuis cette date, il est la cathédrale du diocèse espagnol de Cordoue.

Souvent appelé « mosquée-cathédrale » dans le langage courant, le monument a été classé au patrimoine mondial par l'Unesco en 1984.

Histoire Le temple de Janus Cordoue étant capitale d'une province romaine — la Bétique —, un temple de Janus y fut érigé..

L'antique église Sainte-Marie puis la basilique Saint-Vincent (du s. à 786) vignette|gauche|Mosaïque de sol de l'antique basilique Saint-Vincent Martyr ( s.) préexistante sur le site (mosaïque visible dans la Ouest).

Avant 572, s'élevait déjà en ce lieu, sur le temple de Janus, un premier sanctuaire dédié à la Vierge, Cordoue étant un diocèse au moins depuis le puisque le célèbre Ossius en était l'évêque en 295, qui participa au Premier Concile œcuménique de Nicée en 325. En 572, la ville fut prise par les Wisigoths. Abandonnant rapidement l'arianisme pour le catholicisme, ils reconstruisirent le sanctuaire en 584 et le dédièrent principalement à saint Vincent de Saragosse sous le titre de Saint Vincent Martyr..

Par sa situation dans la ville, l'édifice finit par acquérir le titre basilical et devint la principale église de la cité, jouxtant la résidence épiscopale (jusqu'à aujourd'hui). Un monastère y fut également adjoint..

Les restes de cette antique basilique wisigothique de Saint-Vincent Martyr furent systématiquement mis au jour, sous l'actuel édifice, lors de fouilles archéologiques dans les années 1930 (page disponible sur archive.is)., qui se poursuivent toujours, dont les riches vestiges sont aujourd'hui exposés dans le Musée San Vicente, dans la partie sud-ouest, et le Musée San Clemente, dans la partie sud-est, de la cathédrale.

La mosquée (de 786 à juin 1236) thumbnail|right|300px|Les extensions successives. vignette|Le « Mihrab », point focal de l'ancienne mosquée de Cordoue.

Les premières traces de l'histoire de la mosquée de Cordoue apparaissent dans les écrits transmis par Rhazès qui rapporte qu'à l'origine les musulmans passèrent en 714 un accord avec les Wisigoths de Cordoue pour exproprier la moitié de leur plus grande église située à l'intérieur de la ville.. C'est l'église Saint-Vincent qui est choisie, non loin du Guadalquivir, qui avait été construite en 584 (page disponible sur archive.is). par les Wisigoths sur le site d'un temple romain dédié à Janus. Par la suite, toutes les églises hormis celle attenant à la mosquée seront détruites. La construction de la mosquée de Cordoue débute près de trente ans après l'arrivée d'Abd al-Rahman sur la péninsule, qui, fuyant Damas et la vengeance meurtrière des Abbassides parviendra à exproprier cette superficie en 786, après avoir, selon Ibn Idhari, ordonné progressivement la destruction de la partie chrétienne afin de faire du bâtiment uniquement une mosquée, mais permit, temporairement, aux chrétiens de se construire quelques églises. Le bâtiment est entièrement transformé en mosquée un an plus tard, en 787. Les ruines des églises environnantes, et surtout de l'antique basilique St-Vincent sur le site même, furent réutilisées comme matériau de construction., comme en témoigne la fameuse « forêt » de colonnes intérieures à l'édifice, pour la plupart appartenant déjà à la basilique wisigothique. Des aspects architecturaux importants passèrent ainsi à l'architecture omeyyade tels l'arc outrepassé et l'alternance de brique et pierre, qui proviennent de l'architecture romaine tardive et paléochrétienne (mérovingienne et wisigothe) et étaient probablement des éléments qui caractérisaient déjà l'ancienne église mais avec un plan et un agencement différent (plan basilical)La mosquée de Cordoue.

La mosquée fut agrandie trois fois de suite par les successeurs d'Abd-Al-Rahman , pour finir par couvrir (soit ), et devenir ainsi la plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque. Cette mosquée n'est pas orientée par rapport à la Mecque. Elle se présente aujourd'hui sous la forme d'un vaste quadrilatère d'environ de long sur de large, comptant dix-neuf nefs et plus de 850 colonnes de réemploi (spolia) surmontées par des chapiteaux antiques et paléochrétiens de styles différents qui forment un ensemble hétéroclite.

L'édifice initial, commencé en 786 par Abd-Al-Rahman comprenait une cour carrée, le ou cour des orangers entourée d'un mur d'enceinte et sur laquelle s'ouvrait complètement la salle de prières, de forme rectangulaire, composée de onze nefs, chacune ayant douze travées, disposées face à la cour. Ces nefs étaient séparées par de fines colonnes de marbre provenant d'édifices romains ou wisigoths. Accolé au mur d'enceinte à l'opposé de la salle de prière, se trouve le minaret. Hicham fit réaliser plusieurs aménagements intérieurs, comme des galeries destinées aux femmes qui venaient prier et un bassin d'ablutions. vignette|Une vue de l'intérieur de la mosquée-cathédrale. vignette|Modèle de reproduction du minaret d'Abd al-Rahman III au musée archéologique de Cordoue. La longueur des travées fut à peu près doublée par Abd al-Rahman II en 833 et allongée une dernière fois par Al-Hakam II en 961. À chaque fois, le « mihrab », placé au fond de l'allée principale dut être reconstruit. L'actuel « mihrab » a été créé avec l'aide d'artistes byzantins envoyés à Cordoue par l'empereur de Byzance Nicéphore II à la demande du calife ; ils ont aussi réalisé la coupole formée d'arcs entrecroisés, coiffée d'une coupole monolithique côtelée en marbre blanc et superbement décorée de mosaïques inspirées de l'art byzantin.

En 987, Al Mansour voulut augmenter encore la surface de la salle, mais la proximité du fleuve empêcha de poursuivre l'allongement des onze travées initiales dans la même direction : on ajouta donc vers l'est, sur toute la longueur de l'édifice, huit travées supplémentaires qui en doublèrent presque la surface et mirent le « mihrab » dans une position excentrée.

La mosquée possédait alors environ en marbre, provenant pour la plupart de l'antique basilique Saint-Vincent Martyr préexistante sur le site (), avec leurs chapiteaux wisigothiques, ensemble sur lequel reposent des arcades doubles en brique et pierre blanche (superposées l'une à l'autre avec un espacement intermédiaire) qui permettent d'avoir un plafond haut, et donnent à l'édifice une impression plus légère.

Une première « parenthèse » catholique : mai 1146 Le , Alphonse VII de Castille entre dans Cordoue. et consacre de nouveau la mosquée en cathédrale catholique par les mains de Raymond de Sauvetat, archevêque de Tolède. Mais le pouvoir musulman reprend la ville à la fin du même mois et reconvertit le monument en mosquée, jusqu'à la prise définitive de Cordoue moins d'un siècle plus tard, le , par le roi de Castille Ferdinand III, qui fait aussitôt consacrer de nouveau la mosquée en la cathédrale qui demeure jusqu'à nos jours... vignette|Vue sur le maître-autel et le grand retable de la Capilla Mayor (par Hernán Ruiz I et II, architectes, s.). La cathédrale Notre-Dame de l'Assomption (depuis juin 1236)

Quand Cordoue fut reprise aux Musulmans par le roi Ferdinand III de Castille le , le roi, dès le lendemain, , fête de Saint Pierre, fit solennellement procéder au rite de purification du monument avant de le consacrer de nouveau comme église catholique dédiée à la Vierge Marie, comme à l'origine, et comme cathédrale du diocèse de Cordoue. Le rite de purification et l'acte de consécration se firent en présence de Ferdinand III, par les mains de l'évêque d'Osma, Juan de Soria. On mura l'ouverture entre la cour et l'ancienne salle de prière, ne conservant d'abord qu'une seule porte d'entrée (), qui devint, depuis lors, la grande porte liturgique solennelle (plus tard, d'autres anciennes portes furent ouvertes à nouveau). On aménagea aussitôt, à la place de quelques rangées de colonnes, l'espace pour ce qui allait devenir la première chapelle majeure (Capilla Mayor) du monument et celui pour la future Chapelle Royale, décorée ultérieurement de splendides stucs mudéjars, où seront inhumés les rois Alphonse XI et Ferdinand IV, en 1371. On y divisa enfin la dernière travée d'Almanzor, à l'est, pour y délimiter toutes les chapelles longeant ce mur, toujours existantes de nos jours. Dans les années qui suivirent, jusqu'au , furent fondées toutes les chapelles latérales longeant les murs ouest, sud et nord du monument.

Élévation de la Capilla Mayor, chapelle centrale () vignette|gauche|200px|Le campanile de la cathédrale (v. 1860), photo Luis Léon Masson. Beaucoup, à première vue, confondent cette immense chapelle centrale avec la cathédrale même, alors qu'elle n'en est, en réalité, que la plus grande des chapelles, la chapelle dite « majeure » (en espagnol, la Capilla Mayor). De fait, tout le périmètre de la mosquée-cathédrale, dans sa totalité, est consacré au culte catholique depuis huit siècles (1236). Tout le pourtour de l'édifice comporte donc une suite continue de chapelles particulières qui se succèdent le long de ses quatre murs intérieurs nord, sud, est et ouest. L'actuelle et très ancienne chapelle de Villaviciosa (située au sud-ouest de l'édifice) y a très longtemps fait office de chapelle majeure (Capilla Mayor), notamment de 1236 jusqu'à la fin du ; c'est seulement au début de ce siècle, précisément en 1523, que se fit ressentir le besoin général d'une Capilla Mayor plus grande et plus prestigieuse.

Ainsi donc, en 1523, les chanoines du chapitre cathédral, avec l'accord de l'évêque d'alors, le futur cardinal Don Juan Álvarez de Toledo et l'accord de l'autorité impériale, décidèrent de doter la cathédrale d'une chapelle majeure beaucoup plus grandiose et somptueuse, de style Renaissance. Fut requis pour cet immense projet les services de grands architectes successifs, dont ceux de la dynastie des Ruiz, Hernán Ruiz I le Vieux, son fils Hernán Ruiz II le Jeune, puis son petit-fils Hernán Ruiz III, et enfin Juan de Ochoa qui paracheva l'ensemble, ainsi qu'une armée de prestigieux artisans de tous les corps de métier, dont le grand ébéniste Pedro Duque y Cornejo, qui fit toute la précieuse boiserie et les sculptures sur bois des stalles du chœur canonial.