Alí Primera est un auteur-compositeur et chanteur vénézuélien né à Coro (État de Falcón), Venezuela, le , et mort à Caracas dans un accident de la route, le .

Biographie

Alí Rafael Primera Rosell a eu pour parents Antonio Primera et Carmen Adela Rossell. Son père fut tué lorsqu'il avait trois ans, au cours d'une fusillade provoquée par une tentative d'évasion de prisonniers de la prison de Coro.

Alí Primera accompagne alors sa mère et ses deux frères dans diverses villes de la péninsule de Paraguaná jusqu'à la ville de Caja de Agua, où il termine ses études primaires, puis Las Piedras et enfin, le quartier de La Vela, près de Punto Fijo. Tout en continuant ses études, Alí Primera exerce de nombreux métiers, de cireur de chaussures à boxeur.

En 1960 il déménage avec sa famille à Caracas où il est inscrit au Liceo Caracas. En 1964, après avoir obtenu son baccalauréat, il intègre l'Université Centrale du Venezuela, où il étudie la chimie. Il démarre simultanément une carrière d'auteur-compositeur, d'abord comme passe-temps, puis à temps complet. Ses deux premières chansons, Humanidad et No basta rezar (cette dernière est présentée au Festival de la Canción de Protesta organisé en 1967 par l'Université des Andes en Colombie) lui apportent rapidement une certaine notoriété.

El Cantor del Pueblo

Entre 1969 et 1973 il séjourne en Europe grâce à une bourse que lui propose en 1968 le Parti Communiste Vénézuelien afin de poursuivre ses études en Roumanie. Il se produit alors en public. Dans un studio allemand, il enregistre son premier disque, Gente de mi tierra. Les compositions d'Alí Primera reflètent la souffrance et la misère des peuples, et les conséquences des inégalités sociales, ainsi qu'une très nette prise de position politique socialiste, voire communiste. C'est pour cette raison qu'on le connaît rapidement comme « El Cantor del Pueblo » (« Le Chanteur du Peuple »).

Alí Primera fut victime de censure de la part des médias et du gouvernement vénézuélien, en raison de son engagement et des thèmes sociaux présents dans ses chansons. Il décide donc de créer sa propre maison de production, « Cigarron », afin de pouvoir diffuser ses compositions. La distribution commerciale de ses disques était assurée par la société Promus.

Après avoir milité au sein de la Jeunesse Communiste Vénézuélienne, et du Parti Communiste Vénézuélien, Alí Primera participe à la création d'un nouveau parti politique, le « Movimiento Al Socialismo » (Mouvement vers le Socialisme, ou MAS) en contribuant à la campagne électorale (pour la présidence du Venezuela) de José Vicente Rangel en 1973 (ce dernier deviendrait de nombreuses années plus tard le vice-Président du Venezuela, aux côtés du président Hugo Chávez, entre 2002 et 2007). Alí Primera est déjà à cette époque l'un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus reconnus du pays.

De 1973 à sa mort, il a enregistré 13 disques et a participé à de nombreux festivals dans toute l'Amérique latine. Parmi ses chansons les plus connues, on trouve Paraguaná, Sangueo Para el Regreso, Cancion en Dolor Mayor, Sombrero Azul, Comandante Amigo (en hommage au Che Guevara) ou Techos de cartón. Cette dernière, qui évoque la vie difficile dans les bidonvilles, fut reprise par de nombreux autres artistes d'Amérique latine, comme Soledad Bravo, Guanaguá, et le chanteur mexicain Marco Antonio Solís.

Alí Primera a joué dans des usines, des lycées, des syndicats, et fréquentait l'Aula Magna de l'université centrale du Venezuela.

Il a composé de nombreuses chansons très engagées, appelant au combat pour le respect des droits des plus pauvres. Bien que ses compositions sont classées dans le registre de la Cancion Protesta vénézuelienne, Alí Primera les a toujours présentées comme la Cancion Necesaria, la « Chanson nécessaire ». Comme il le disait lui-même : « Je ne chante pas parce que la misère existe, mais parce que la possibilité de l'éradiquer existe aussi. »

À Barquisimeto, il fait la connaissance de sa future femme (Sol Musset), qui vient de gagner le concours de La Voz Liceista (« La Voix Lycéenne ») et se présente au festival los Venezolanos primero en 1977. En plus des deux filles qu'il avait eu lors de son voyage en Suède (María Fernanda et María Angela, qui vivent aujourd'hui au Canada), il a cinq fils : Sandino, Jorge, Servando, Florentino et Juan Simón. Deux d'entre eux (Servando et Florentino) se lancèrent plus tard dans une carrière d'interprètes, bien que dans un registre très différent de celui de leur père, celui du merengue et de la salsa, sous le nom de « Servando y Florentino » ou « Los Hermanos Primera ».

Pressions politiques et héritage

Alí Primera avait pour d'habitude de se consacrer à la lutte pour le peuple, de chanter pour les masses populaires, et à entretenir une impressionnante solidarité avec celle qu'il appelait « La Patria Buena ».

Il affronte de nombreuses pressions, ainsi que plusieurs attentats contre sa personne (dont le jet d'une grenade lacrymogène dans son appartement).

Il meurt le , dans un accident de la route sur l'Autopista Valle-Coche de Caracas, alors qu'il rentrait d'une séance d'enregistrement de son prochain disque. voient dans cet accident une ultime tentative pour le faire taire.

Avant sa mort, Alí Primera avait démarré fin 1984 la réalisation d'un nouveau disque où il souhaitait combiner ses compositions habituelles avec de nouveaux rythmes, dont la Gaita Zuliana (rythme musical original spécifique à l'État de Zulia au Venezuela). Les pistes musicales avaient été enregistrées, et Alí Primera avait enregistré les voix de quatre des chansons. Quelques semaines après l'accident, son frère Esmil Padilla (connu par son nom de scène José Montecano), également auteur-compositeur interprète, se chargea de terminer ce projet avec ses neveux. L'album fut nommé Por Si No Lo Sabía et fut le seul album d'Alí Primera à faire l'objet de publicité télévisuelle, la télévision vénézuélienne ayant toujours interdit d'antenne l'artiste de son vivant.

L'année suivante, Cigarron décida de sortir l'album Alí, en vivo (Alí, en concert), enregistré à l'auditorium Magdalena Seijas de l'Institut Universitaire Pédagogique de Barquisimeto. Au cours de ce concert, organisé à l'occasion de l'anniversaire d'un programme radiophonique de « », Alí Primera avait interprété l'hymne national vénézuélien.

L'œuvre d'Alí Primera

Les chansons d'Alí Primera comportent souvent un texte plutôt long, mais souvent très inspiré et plein des valeurs humaines et sociales qu'il défendait. Ainsi, la chanson Techos de Carton. (« Toits de Carton ») est une évocation du sort de ceux qui sont condamnés à vivre dans des bidonvilles, abrités par des cartons, et dont la condition et les préoccupations contrastent avec celles des plus aisés :

« Qué triste se oye la lluvia

en las casas de cartón

qué lejos pasa la esperanza

en los techos de cartón »

Alí Primera évoque aussi l'héritage laissé par le Libérateur Simón Bolívar, dans la chanson Sangueo para el regreso, où il imagine la fureur et le désespoir qui seraient ceux du Libérateur s'il revenait aujourd'hui et découvrait les conditions de vie des pauvres d'Amérique latine, et l'oubli des idéaux de justice pour lesquels il s'était battu :

« Dicen que Bolívar trae

furia y coraje por dentro

al ver que nos han quitado

lo que él dejó siendo nuestro

Dicen que viene caliente

por nuestro comportamiento

al dejar caer su espada

y también su pensamiento »

Si aujourd'hui certaines chansons d'Alí Primera semblent refléter une certaine naïveté et une vision idyllique et quelque peu dépassée du communisme (Cuba es un Paraiso par exemple), d'autres compositions sont par contre toujours d'actualité (comme Ahora que El Petroleo es Nuestro), alors que le Venezuela, par l'action de son président Hugo Chávez, cherche à reprendre le contrôle de ses ressources pétrolifères :

« Nosotros lo trabajamos

nosotros lo refinamos

señores a esa comedia

la gracia yo no le veo

que nosotros trabajemos

y ellos con el mercadeo »

Enfin, Alí Primera sait aussi quelquefois se faire tendre, comme dans la chanson Amor en Tres Tiempos, qui est une superbe et émouvante déclaration d'amour.

Discographie