L’abbaye de Chorin est une ancienne abbaye cistercienne située en Allemagne près de la ville éponyme de Chorin, sur les rives de l'Amtssee, à environ six kilomètres au nord d'Eberswalde, dans l'arrondissement (Landkreis) de Barnim, dans le land de Brandebourg, à de la frontière polonaise sur l'Oder. Le monastère a été fondé en 1258 par le Margrave d'Ascanie et sécularisé en 1542. Pendant sa période d'existence, le monastère a eu une profonde influence sur les Slaves, au-delà des frontières septentrionales des territoires contrôlés par la maison d'Ascanie. L'abbaye de Chorin est souvent citée comme un exemple typique du style gothique en brique. Elle est désormais classée monument historique et des concerts en tout genre y sont souvent organisés.
Étymologie vignette|gauche|On reconnaît encore les vestiges du « fossé d'eau croupie ».
Le nom Chorin est vraisemblablement d'origine slaveManfred Krause: Ein Dorf im Schatten des Klosters - Das Dorf Chorin im Mittelalter 1258-1575. Choriner Kapitel Heft 200, , p. 4. Il est cité diversement dans l'acte fondateur de l'abbaye de Mariensee : villa Chorin - Village de Chorin campus Chorin - Champ ou campagne de Chorin stagnis Corin majus et minus - petit et grand étang de Chorin paludus Chorin - marais de Chorin
Chorin est constitué de l'adjectif slave « chory », qui signifie « malade » ce qui, en rapport avec le lac de Chorin indique des « eaux peu poissonneuses ». Actuellement, l'ancien marais de Chorin s'appelle le « fauler Bruch » (fossé d'eau croupie). Il est apparu lors de la construction de l'abbaye, lorsque les moines firent baisser le niveau du lac de Chorin d'environ . On estime que l'ancienne implantation slave se trouvait sur la butte à l'est du marais. Cette implantation a donné son nom à Chorin. Lors de fouilles, des débris de céramique y ont été retrouvés, jusqu'à présent, aucun élément n'a permis de corroborer l'existence présumée d'un lieu de sépultures. Le village ascanien de Chorin fut cependant établi au nord du lac, sans qu'on ne dispose d'aucune information quant aux motifs de déplacement du village en ce lieu.
Au Moyen Âge, l'orthographe du lieu changea à plusieurs reprises. Les sources citent ainsi « Koryn », « Corin » et « Coryn ».
Contexte historique Les origines slaves vignette|left|Vue sur Oderberg ; au fond se trouve l'ancien établissement slave de Barsdin.
Vers 1200, les Slaves de la tribu des Ukrani s'installent dans l'actuelle Chorin. Ils ont donné leur nom à la région s'étendant immédiatement au nord, l'Uckermark, et ce, depuis le Moyen Âge. C'est encore avant Mariensee qu'en 1231, l'abbaye de Civitas Dei (ville de Dieu / Gottesstadt) fut fondée dans la localité slave de Barsdin (aujourd'hui Oderberg). Cette abbaye était une fondation de l'ordre des Prémontrés dont l'abbaye-mère se trouvait à Brandebourg-sur-la-Havel. Barsdin formait la partie orientale et slave de ce qui deviendra la ville d'Oderberg. Le peuplement de la ville commença entre 1208 et 1215 avec les Slaves, qui érigèrent un château princier sur le mont Albert (Albrechtsberg). Avec la constitution de l'abbaye, les prétentions du Brandebourg sur la région devait être renforcées. L'acte de fondation stipule clairement que l'abbaye avait pour mission d'accueillir les pèlerins, les malades et les réfugiés. À cet effet, l'abbaye était flanquée d'un hospice, qui avait été fondé quelques années auparavant. L'endroit lui fut attribué pendant longtemps, selon les connaissances actuelles. À l'ouest du ruisseau Behnitz se trouvait l'abbaye, à l'est, le village de Barsdin, qui fut offert en 1231 à l'abbaye par les margraves Jean de Brandebourg (Johan I.) et Othon III de BrandebourgWolf Russow, Nadine Jentzsch: Chronik des Klosters Mariensee 1258-1273-2007. , p. 5ff. „L'hospice resta cependant jusqu'en 1372 à Barsdyn“Paul Eichholz: Die Kunstdenkmäler des Kreises Angermünde. Heft III Kloster Chorin, Vossische Buchhandlung, Berlin 1927, p. 165, ce qui confirme l'existence d'un village slave au moins 150 ans après qu'il fut entré en possession ascanienne via l'abbaye de Chlorin. Encore en 1786, l'historien Friderich Ludewig Joseph Fischbach indique dans sa Description statistico-topographique des villes de la Marche de Brandebourg Statistisch-topographischen Städte-Beschreibungen der Mark Brandenburg l'existence de ruines d'un hospice, dont il ne reste aucun vestige archéologique à l'heure actuelle.
L'abbaye Civitas Dei cessa d'exister le ; elle fut abandonnée pour mauvaise gestion. Son emplacement exact ne nous est pas parvenu. L'ancienne abbaye et son hospice passèrent dans le domaine de Mariensee.
La région autour de l'ancien et du nouveau village de Chorin n'offrait pas de bonnes conditions pour l'agriculture, car le long des moraines frontales, on ne trouve en majorité qu'un sol sablonneux et la campagne est fort vallonnée. Pour les Slaves, c'est la pêche qui jouait un rôle important, c'est ainsi qu'ils s'établirent directement au bord du lac. Les céramiques retrouvées indiquent que l'implantation slave existait encore lorsque le village ascanien fut créé. C'est plus tard que les Slaves furent déportés et que leur ancienne implantation fut supprimée.
Emplacement de Pehlitzwerder - « Abbaye du lac Marie (Mariensee) » vignette|Il ne reste que quelques vestiges de murs qui témoignent des bâtiments de l'abbaye du lac Marie (Mariensee). vignette|Vestige des fondations de l'église abbatiale projetée.
L'abbaye qui jouissait d'une grande influence pendant le Moyen Âge tardif fut fondée en 1258 sur l'ancienne île, aujourd'hui presqu'île, de Pehlitzwerder, sur le lac de Parstein (). Elle porta à ses débuts le nom de sa sainte patronne Marie. L'abbaye du lac Marie, du Mariensee, était une fille de l'abbaye de Lehnin fondée en 1180 par Othon de Brandebourg dans la Zauche. Les fondateurs de l'abbaye furent les neveux d'Othon , qui régnaient ensemble sur le Margraviat, Jean et Othon III de Brandebourg. La raison de cette fondation était liée aux règles de succession, qui menèrent à un partage de la marche de Brandebourg entre la lignée johannique et la lignée ottonienne. Comme le caveau traditionnel des Ascaniens à l'abbaye de Lehnin était conservé par la lignée ottonienne, il était nécessaire de fonder une nouvelle abbaye au sein de la Nouvelle MarcheStefan Warnatsch: Geschichte des Klosters Lehnin …., p. 64f.
On ne peut que supputer des raisons ayant conduit à l'érection d'une abbaye sur une île, emplacement malheureux qui contrevenait aux usages de l'époque en termes de fondation d'abbayes. Le remplacement d'un château fort slave à Pehlitzwerder par une abbaye ascanienne est présumé être une « décision politique », mais aucune source fiable ne corrobore ces dires.
Comme l'emplacement sur l'île se révéla rapidement être un handicap aux ambitions économiques et agricoles des cisterciens et qu'ils craignaient de plus les inondations fréquentes, les moines, selon un acte de 1273, déplacèrent l'abbaye avant son achèvement, à environ huit kilomètres au sud-ouest sur le lac de Chorin, l'actuel lac d'Amt. La décision de ce déplacement fut encore prise sous l'égide de Jean , l'année de sa mort en 1266. L'église du lac Marie était si avancée que son fondateur put y être enterré. Après 1273, la dépouille de Jean fut transférée à Chorin. Aux côtés d'autres descendants de Jean, son successeur Othon IV dit à la Flèche (mit dem Pfeil) ainsi que le dernier ascanien d'importance dans la marche du Brandebourg, Valdemar le Grand y furent enterrésHarald Schwillus, Stefan Beier: Zisterzienser zwischen …, p. 11, 16. Les murs du rez-de-chaussée de l'abbaye du lac Marie étaient restés conservés jusque dans les années 1960. Ils furent alors démantelés par les habitants de Brodowin en quête de matériaux. Les vestiges actuellement visibles ont été plus tard maçonnés sur le noyau préservé des fondations.
Comme pour toutes les fondations ascaniennes d'abbayes, des considérations économiques et politiques dépassant les aspects spirituels jouèrent un rôle important pour Chorin. En effet, à l'ouest de l'abbaye se trouvait sur une île du lac de Parstein un rempart circulaire slave, que Jean et son frère souhaitaient certainement utiliser comme donjon isolé pour contrer la concurrence poméranienne. L'abbaye devait jouer un rôle de centre et de pouvoir. „ Aussi bien la fondation par elle-même que son emplacement dans un centre régional ancien, à la croisée des routes d'acheminement dans une région peuplée résultent d'un calcul politique pour dominer la régionWolfgang Erdmann: Zisterzienser-Abtei Chorin. …., p. 7
Pour la fondation du prédécesseur de l'abbaye du lac Marie sur la Pehlitzwerder au lac de Parstein voir (en allemand) :
Emplacement de Chorin vignette|Ruines du moulin de l'abbaye.
Sur la zone actuellement occupée par les ruines de l'abbaye, se trouvait auparavant un village fortifié slave. Les dernières fouilles ont montré que le village avait été incendié. Il s'agit vraisemblablement du village de Ragösen, dont le souvenir est perpétué par le ruisseau Ragöse et quelques dénominations locales. Il n'est pas encore établi si le moulin de l'abbaye est le grand moulin situé à proximité immédiate de l'abbaye, moulin érigé avant les cisterciens, ou bien un moulin situé quelques kilomètres au sud-ouest. Le moulin existant, à proximité du lac d'Amt, anciennement lac de Chorin, ainsi que la proximité des villes importantes à l'époque de Niederfinow, Angermünde et Eberswalde sont considérés aujourd'hui comme motifs quant au choix de l'emplacement. Les abbayes cisterciennes étaient à l'époque préférablement établies à la campagne sur d'anciens établissements slaves. À proximité des villes, des comptoirs étaient fondés, l'un d'entre eux a traversé les temps et peut être admiré à Angermünde.
Histoire Histoire de la fondation
Le , l'évêque Othon de Brandebourg permit la création de l'abbaye du lac Marie (Mariensee) ; le de la même année, Jean et Othon III confirment la fondation de l'abbaye. Le a lieu le transfert officiel vers Chorin, les travaux y ayant vraisemblablement débuté dès 1266. L'église inachevée du Pehlitzwerder d'une largeur de ainsi que les vestiges de ses fondations ont été déclarés patrimoine naturel et archéologique en 1935. Comme le Ragöse, affluent du lac de Chorin, ne possède pas suffisamment d'eau pour faire fonctionner le moulin de l'abbaye et pour approvisionner l'abbaye en eau, les moines, au , creusèrent le "fossé aux orties" () du lac de Chorin jusqu'au lac Blanc (Weißen See), situé à une altitude plus élevée et aujourd'hui isolé. À l'époque des travaux au , celui-ci constituait une baie du lac de Parstein. Le fossé, toujours existant, compte parmi les premiers fossés artificiels de l'Allemagne actuelle.
Dans le Chapitre général de l'abbaye de Cîteaux, l'abbaye-mère de l'ordre cistercien, l'économie propre aux cisterciens était réglée comme suit :
„Les moines de notre ordre doivent vivre du travail de leurs mains, de l'agriculture et de l'élevage. Ils doivent donc posséder pour leurs besoins, des rivières et des lacs, des bois, des vignobles, des prairies, des champs (éloignés des habitations des gens du monde) ainsi que des animaux … Ils peuvent exploiter des fermes à proximité ou non de l'abbaye…“Gisela Gooß, Adina Günther: Zwischen vier Städten - Der einstige Kernbesitz des Zisterzienserklosters Chorin. , S. 14
Par donation, les margraves ascaniens transmirent à l'abbaye des îles du lac de Parstein, les villages de Pehlitz, Plawe, Brodowin, Chorin et de Hufen, les localités de Parstein, Liepe, Serwest, Buchholz, Finow (aujourd'hui Niederfinow), Golzow et Britz ainsi que tous les lacs, cours d'eau, champs, collines, prairies et landes y attenant.
Sphère d'influence de l'abbaye de Chorin vignette|Reconstitution de la tour de Stolpe (Photomontage).