Saint-Guénolé est le quartier nord-ouest — formant une agglomération distincte — de la commune de Penmarc'h, en pays Bigouden, dans le Finistère. Important port de pêche, il est en 2012, dans le classement des ventes en criée des bateaux français, le cinquième port de pêche de France en tonnage, et le septième en valeur. Il est le quatrième port sardinier de France.

Géographie

Une pointe exposée Le port de Saint-Guénolé est situé au nord de la pointe de Penmarc'h, dont il est séparé par l'anse de La Joie. Il est protégé par l'île Conq au nord-ouest et par la presqu'île Kragen au sud. Le port originel comporte une grande passe, au nord de l'île Conq, et une petite passe au sud. En 1949, la grande passe est barrée d'une digue. La petite passe, ouverte aux vents d'ouest, est réputée dangereuse par gros temps.

En raison de sa situation péninsulaire face aux vents de sud-ouest, la localité est particulièrement exposée aux risques de tempête et de submersion marine lors des marées à fort coefficient, comme l'illustrent par exemple les tempêtes du et et les submersions marines, improprement appelés de la nuit du au et du 8 au , mais la liste complète en serait fort longue.

Marcel Proust a décrit la violence de la tempête à Penmarch en 1895 dans son roman Jean Santeuil :

Auguste Dupouy décrit ainsi la pointe de Penmarc'h : « En vérité je vous le dis, il semble impossible de trouver ailleurs une mer aussi prodigieusement remuant et irascible. Le moindre air de vent la hérisse (...). Quand elle fait ses tours de force, qu'elle donne ses séances à grand spectacle, c'est bien : on prend sa place à terre et on regarde, si l'on veut, aussi longtemps que ça dure, puisque c'est gratuit. Mais quand on est dessus, il y a des sautes d'humeur qu'on ne lui passe pas volontiers. On peut l'aimer : mais on n'est jamais tout à fait tranquille avec elle »Auguste Dupouy, "Souvenirs d'un pêcheur en eau salée", 1953..

Géologie Sur le plan géologique, la pointe fait partie du domaine sud armoricain du Massif armoricain marqué par le cisaillement sud-armoricain. Cette immense faille se manifeste essentiellement par des roches magmatiques de type granite armant les reliefs qui constituent les contreforts du haut pays bigouden.

Les rochers de Saint-Guénolé sont constitués de leucogranite dit de Pont-l'Abbé. Ce leucogranite est un granite de teinte claire à deux micas (biotite et muscovite) ; il est le plus souvent à gros grain, mais peut aussi présenter un aspect plus feuilleté ou être fissuré par des diaclases, donnant alors à cause de l'érosion des chaos granitique (comme aussi ceux de la Pointe de la Torche en Plomeur ou encore ceux du Goudoul et de Men ar Groaz à Lesconil) dont la forme a fécondé l'imaginaire populaireLouis Chauris, "Pays bigouden : des pierres et des hommes", éditions Skol Vreizh, 2011, [].

Certains oronymes (Oreilles de lapin, Tête de cheval ou Tête de veau, Tortue, Flûte ou baguette de pain) sont peut-être nés de l’imagination des premiers touristes dans la région au . Ces noms furent assimilés par les gamins et gamines du « Ménez » (vaste « placître » dominant légèrement la mer) qui se transformaient volontiers en guides en échange de quelques pièces. Les premiers éditeurs de cartes postales contribuèrent à les populariser et à fixer ces noms..

Toponymie Le nom breton est Sant-Wennole en breton, anciennement Enez Raden (île Fougère).

Histoire Moyen Âge thumb|right|upright=1|Tal an Tour Gwenole (la Tour carrée de Saint Guénolé), vestige de l'église du .

Saint-Guénolé est une trève de la paroisse de Beuzec-Cap-Caval. En 1301, Raoul, recteur de Beuzec, y construit une chapelle qui s'avéra vite être trop petite pour la population de Saint-Guénolé alors en pleine expansionPaul Peyron, « Beuzec-Cap-Caval », Bulletin de la Commission diocésaine d’histoire et d’archéologie, Quimper, Peyron et Abgrall, 1903, 104-107.. Cinq bateaux de Saint-Guénolé sont mentionnés comme fréquentant le port de Bordeaux en 1308-1309Jean-Christophe Cassard, Les Bretons et la Mer au Moyen Âge, coll. « Histoire », Presses universitaires de Rennes, 1998, 168..

Au , le port est florissant et peuplé, grâce à l'activité de la pêche (merlu, congre, julienne). Les habitants remplacent alors leur petite chapelle par une église de vastes dimensions (la nef mesure .). Elle est terminée en 1488 — à l'exception de la tour (Tal an Tour, ou « la Tour carrée »), qui ne le sera jamais. L'année suivante, les tréviens obtiennent du pape Innocent VIII l'érection de cet édifice en église succursale de la paroisse de Beuzec. Ce qui veut dire que l'église a un prêtre desservant, pour qui les tréviens doivent construire une résidence. Mais ils ont toujours l'église de Beuzec pour église mère, et leur recteur reste celui de BeuzecFrançois Quiniou, , 181 et 182.. Plusieurs familles nobles contribuèrent aussi à la construction de nouvel édifice, les Penmorvan (qui y ont leur pierre tombale), les Kernizan, les Du Chastel, les barons du Pont et même le duc de Bretagne.

Époque moderne

En 1716, l'église est à moitié en ruine, sans que l'on en connaisse la cause : destruction par La Fontenelle en 1596 ? manque d'entretien de la part d'une population dont le port périclite ? En 1722, une ordonnance épiscopale interdit tout culte dans l'édifice, par mesure de sécurité (le Saint-Sacrement est alors transporté dans la chapelle Saint-Fiacre)François Quiniou, , 183..

Jean Le Herrou, recteur de Beuzec, décrit ainsi l'église Saint-Guénolé en 1744 :

Cette réédification n'eut jamais lieu.

Révolution française et Empire

Le la frégate française Volontaire et les corvettes l' Espion et l' Alerte furent attaquées par une escadre de six bateaux anglais. La Volontaire parvint à s'échouer volontairement près de la Pointe de la Torche ; l' Alerte et l' Espion s'échouèrent sur le récif de la Gamelle au sud du port d'Audierne ; l' Espion parvint à se déséchouerPar la suite l' Espion fut capturée le par la frégate anglaise à environ 13 lieues au large d'Ouessant. HMS Lively était sous le commandement du capitaine George Burlton. Elle redevint une corvette anglaise sous le nom HMS Spy ; voir https://threedecks.org/index.php?display_type=show_ship&id=19607. ; par contre l' Alerte n'y parvint pas et son épave gît près du récif de la Gamelle. L'épave du Volontaire a été retrouvée en 2020 et identifiée officiellement en 2021 dans la baie de Pors Carn au sud de la Pointe de la Torche..

Au moment du Concordat, en 1802, la paroisse de Beuzec-Cap-Caval disparaît : la trève de Saint-Guénolé est rattachée à Penmarc'h..

Le

La réparation de la Tour carrée

En 1845, l'architecte Joseph Bigot fit poser un toit en tuiles creuses sur la Tour carrée et construisit une chapelle attenante dans laquelle des messes purent être célébrées et utilisée aussi les jours de pardons. Le porche sud de l'ancienne église existait encore en 1863, mais il fut acheté par Armand du Châtellier qui l'utilisa pour la chapelle de sa propriété de Kernuz en Pont-l'Abbé.

En 1899, la Tour carrée est dans un triste état : « Un petit édicule (...) renferme une chapelle qui n'est plus employée au culte. L'intérieur du donjon est du reste transformé en grange et il faut s'adresser dans une masure voisine pour s'en faire ouvrir la porte » dit une description de l'époque. La Tour carrée fut classée monument historique le et utilisée alors épisodiquement entre les deux guerres mondiales pour y célébrer des messes. Un projet de reconstruction échoua en 1944, et la Tour carrée fut à nouveau abandonnée, servant de terrain de jeu aux enfants du quartier et d'abri pour les clochards.. Une association de sauvegarde.., créée en 1993, s'occupe désormais de sa réhabilitation et y organise des expositions.

Le drame du thumb|Rochers près de la Roche des victimes (drame du 10 octobre 1870) Ce jour-là, le Préfet du Finistère, Gustave Levainville, vient pique-niquer en famille sur le plus haut rocher de Saint-Guénolé : une vague déferlante emporte sa femme, sa fille et fait trois autres victimes de sa famille. Une croix fut scellée dans la roche pour commémorer cette tragédie ; les complaintes de l'époque s'emparèrent de ce fait divers et le rocher concerné prit le nom de Roche des victimes ou Rocher du Préfet..

Dans les années 1880, des travaux sont entrepris pour rallonger la vieille jetée, dont on ignore la date de construction..

L'aménagement du port

Une cale de de long sur 4 à de large est construite à la fin du . En 1932, un brise-lames de de long est construit pour protéger le port des vents dominantsClaude Vauclare, "Les pêches maritimes en Pays bigouden", IFREMER, 1985, consultable http://archimer.ifremer.fr/doc/1985/rapport-4137.pdf.

L'usine Béziers, construite en 1873, fut la première conserverie (on disait alors "friture") créée à Saint-Guénolé (elle fut reprise en 1941 par la société Lebeaupin, de Nantes).

Saint-Guénolé décrit en 1894 vignette|gauche|Saint Guénolé, 1899Maxime MaufraGalerie nationale de Finlande Gabriel Puig de Ritalongi décrit ainsi Saint-Guénolé en 1894 : « La bourgade, dont la création ne remonte guère qu'à 1880, est déjà pourvue de deux hôtels confortables. (...) Six fritures en pleine exploitation mouvementent cette bourgade appelée à devenir, d'ici peu, un gros bourg, peut-être même une ville, le poisson ayant une tendance marquée à abandonner Guilvinec pour ces parages et les bateaux accostant plus facilement par gros temps à ce port qu'à Guilvinec »Gabriel Puig de Ritalongi, "Les Bigoudens" éditions La Découvrance, 1994 (réédition),

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Saint-Guénolé au début du vignette|Le Brûlage du goémon à Saint-Guénolé-Penmarch en 1913Musée de Bretagne Selon Charles Géniaux qui écrit son article en 1911, « le petit port de Saint-Guénolé, jadis un hameau de quelques feux, a pris depuis une trentaine d'années beaucoup d'extension à cause de la pêche à la sardine et des huit friteries [conserveries de sardines] qui s'y sont installées »Charles Géniaux, Les marins sauveteurs, "Le Journal de la Jeunesse", juillet-décembre 1911, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4239018/f314.image.r=brignogan.langFR.

La station de sauvetage de Saint-Guénolé

La station de sauvetage est créée en 1889 : la maison-abri est située à l'est du port. ; son canot de sauvetage, dénommé Maman Poydenot est financé par le mari de celle-ci, Jean Bernard Paul Poydenot, qui décéda en 1890. C'est un canot en bois, à voile et à dix avirons qui resta en fonctions (il fallait le tirer sur la grève sablonneuse) jusqu'en 1952, date où il est alors remplacé par un canot à moteur, le Capitaine de vaisseau Richard, canot long de , installé dans un nouvel abri situé cette fois à l'ouest du port et équipé d'une rampe de lancement.. Le Prince d'Eckmühl, long de , lui succède en 1995 et est amarré au fond du port.

Charles Géniaux, après avoir évoqué les nombreux sauvetages effectués par le Maman Poydenot, a décrit l'incommodité de la station de sauvetage de Saint-Guénolé au début du :

À la fin de une goélette de Paimpol, le Silène, ex-pêcheur de morues mué en navire charbonnier, fut coulé par un sous-marin allemand au large de Saint-GuénoléAuguste Dupouy, "Pêcheurs bretons", 1920, réédition Le Signor et Puget, Le Guilvinec, 1978..

Le raz-de-marée de la nuit du 8 au 9 janvier 1924 Dans la première moitié du , les intempéries n’épargnent pas la presqu'île de Penmarc'h. L'une des calamités les plus spectaculaires, un raz de marée, a lieu dans la nuit du 8 au . De Camaret à Trégunc, l'ensemble du littoral sud-finistérien est touché. L'eau submerge la côte, envahit le Ster de Kérity et les autres marais, inonde la base du phare d'Eckmühl, se répand sur un bon mètre sur les rues de Saint Guénolé. Quatorze bateaux sont perdus ou brisés.

L'essor des conserveries et usines d'iode