La cathédrale de Fidenza, dédiée à saint Domnin (San Donnino en italien), est la cathédrale de la ville italienne de Fidenza, une ville située entre Parme et Plaisance en Émilie-Romagne.
La ville de Fidenza n'apparaît pas sous ce nom dans les documents anciens car, au cours du Moyen Âge, elle fut rebaptisée Borgo San Donnino en l'honneur de son saint patron. Ce n'est qu'en 1927 que la ville a repris son nom d'origine..
La cathédrale a une position particulière dans l'histoire de l'art médiéval en cela que sa décoration sculptée reflète l'évolution de la sculpture romane dans l'Italie septentrionale entre la fin du et le début du .
La conception de l'édifice est attribuée à Benedetto Antelami, elle dut être une drastique transformation de l'existant. L'originalité de la façade prise entre deux tours, relie Antelami aux façades gothiques de France. La frise continue qui rattache les trois portails aux deux tours se réfère quant à elle à son expérience provençale.. Toutefois, faute de temps il ne put réaliser que quelques statues et la plus grande partie de l'œuvre sculptée de la cathédrale est attribuable à son atelier ou à son école.. Histoire Au , l'endroit était tenu par une colonie romaine qui contrôlait le pont franchissant un torrent, le Stirone. Ce pont était un passage stratégique de la via Aemilia, et la cité se créa sur cette base au
En 296, pour s'être converti au catholicisme, San Donnino fut décapité à proximité du pont. Pour honorer ce saint, la ville prit le nom de Castrum Burgi Sancti Donnini.
Un oratoire fut édifié au pour la conservation de sa dépouille..
Sur la base d'un manuscrit du : la Seconda inventio du saint., qui parle d'agrandissement et de construction, on suppose qu'à cette époque une basilique se substitua à l'oratoire.. Entre-temps la ville avait pris de l'importance en devenant une étape de la via Fracigena.
De la fin du et durant tout le , Fidenza est alternativement assujettie à Parme ou à Plaisance ; la querelle des investitures fait rage, plusieurs fois Fidenza est détruite, l'église n'est pas complètement épargnée.
Des travaux de reconstruction de l'édifice sont entrepris sans qu'il nous soit parvenu de texte précis, on sait seulement qu'en 1179 les reliques du saint sont transférées dans une autre égliseÉglise San Giovanni Battista., ce qui est probablement la preuve que les travaux sont en cours.
Dans les dernières années du l'église est active car il existe des actes de l'époque signés dans l'église.
Les reliques sont remises en place dans la crypte en 1207.
Les spécialistes s'accordent à dire que Benedetto n'a pu avoir travaillé à la cathédrale de Fidenza qu'entre 1178 (fin des travaux de la chaire de la cathédrale de Parme) et 1196 (début du chantier du baptistère de Parme)Quintavalle et Salvini..
Description Cet édifice, comme d'autres cathédrales romanes, présente en façade, qui est de beaucoup la partie la plus importante du monument, de nombreux bas-reliefs et quelques statues qui se donnent à voir aux pèlerins et aux fidèles dans une intention didactique, comme un livre d'enseignement religieux composé d'images.
Il s'agit d'œuvres exécutées pour quelques-unes par Benedetto Antelami, mais surtout par ses élèves car, appelé ailleurs à d'autres tâches, il ne put lui-même achever le travail.
La façade La partie haute de la façade est restée inachevée. Le parement n'ayant pas été posé, les briques de constructions sont encore visibles et les trous de boulins sont restés en attente. Seule la partie inférieure du centre et les deux tours qui l'encadrent ont leur aspect définitif. Cette zone centrale prise entre les tours est rythmée par trois portails agrémentés de porches, le portail principal du milieu prédomine nettement sur les autres.
Le message transmis à l'aide de nombreux reliefs est assez complexe et entremêle l'hommage à la gloire du Christ à travers des épisodes tirés de l'ancien et du nouveau testament, avec des thèmes propres à la dévotion locale (la vie de San Donnino) et des légendes et représentations fantastiques chères à l'homme médiéval..
Les tours Les deux tours de la façade ne sont pas des campaniles mais des escaliers d'accès aux tribunes intérieures.
Celle du côté septentrional (celle de gauche en regardant la façade), que l'on appelle la tour de l'elfe ou des cigognes, est décorée de deux plaques, chacune entourée d'une frise de grecques et décalées l'une par rapport à l'autre, ce qui fait penser que leur emplacement n'est pas celui d'origine et comparé à la tour opposée le nombre de plaques paraît incomplet. Elles représentent respectivement : Hérode sur son trône, sceptre en main, ordonnant le massacre des innocents, et pour l'autre, les Rois mages sur des chevaux au galop ; il est amusant de noter la représentation de l'herbe foulée par les sabots afin de renforcer la dynamique de l'image..
Sur la face avant de la tour méridionale, que l'on nomme tour du Trabucco.Elle est appelée ainsi car à sa base se trouve gravée horizontalement l'ancienne unité de longueur locale : le trabucco, qui mesurait et d'après les chroniques, aurait servi à la construction de toute la façade, dont la longueur mesurait dit-on 6 trabucchi sans les tours ; soit , distance qui correspond approximativement à la dimension réelle., se trouve, isolé, un bas-relief que la tradition populaire a baptisé " Berta che filavaTraduction littérale : Berthe qui filait." du fait de deux objets allongés ressemblants à des fuseaux"" est une expression de la langue italienne qui désigne un temps passé et révolu (par exemple, on pourrait l'utiliser pour évoquer avec nostalgie l'heureux temps de l'été passé, alors que l'on se trouve en décembre et qu'il gèle à pierre fendre). Elle se rapporte à une anecdote de l'histoire de Bertrade de Laon, épouse de Pépin le Bref et mère de Charlemagne, mais il existe d'autres hypothèses d'identifications, comme pour Fidenza, où il s'agit de Berthe de Turin, épouse de l'empereur Henri IV, que l'on voulait par là honorer pour les privilèges qu'il avait accordés à Borgo San Donnino.. Ce relief d'environ , très usé par l'érosion, montre entre deux animaux indéterminables, un personnage tenant ces deux objets oblongs, l'ensemble est d'identification difficile mais les érudits pensent qu'il se rapporte en réalité, à un épisode fantastique du Roman d'Alexandre du Pseudo-Callisthène, traitant de l'ascension au ciel d'Alexandre le Grand. Ce dernier, pour prendre son envol attacha deux griffons à son char, puis ayant placé deux gros morceaux de viande sur deux lances, il les tint verticalement de sorte que les griffons soient obligés, dans le désir de se saisir de la chaire, de voler vers elle, entraînant ainsi le char vers le haut. Cette iconographie n'est pas propre à Fidenza ; elle remonte au et perdura en Europe latine et en Orient byzantin durant tout le Moyen ÂgeVoir .. vignette|centré|Alexandre le Grand s'élevant au ciel
Au-dessus de celui-ci se trouve une suite d'autres reliefs qui semblent ici, contrairement à ceux de la tour du septentrion, être complets et à leur place d'origine sur les deux côtés de la tour. On y retrouve une bordure de grecques en partie haute et d'oves en bordure inférieure des reliefs.
L'interprétation des thèmes évoqués est malaisée, d'autant que contrairement aux autres représentations placées sur la façade, ceux-ci se trouvent dépourvus de légende gravée.
Sur la face avant l'ensemble constitue une frise de cinq tableaux placés entre deux têtes de lion. Elle se rapporte à une légende selon laquelle Roland aurait été le fils incestueux de Charlemagne et de sa sœur BertheL'origine de cette légende est inconnue mais elle remonte aux plus anciennes chansons de geste tel le Roland qui date de la fin du . Sa diffusion hors de France est difficile à suivre mais l'une des terres d'élection du cycle légendaire carolingien fut l'Italie. En marge d'œuvres littéraires comme les Reali di Francia, de l'Orlando furioso, il y eut plusieurs récits épiques de forme plus populaire que véhiculèrent les chansons de geste et cela particulièrement le long des grands axes de pèlerinage vers Rome et les ports d'embarquement pour la Terre sainte. Pour plus de détails voir :
http://www.cosmovisions.com/textCarolingiens.htm. Toujours selon la légende, afin de préserver l'honneur de l'empereur une autre version sera donnée : Roland est le fils de Berthe et de Milon qui est le fils d'un chevalier de l'empereur Milon ; non connu des sources françaises.; c'est cette version de la légende que résument les cinq tableaux qui se lisent de droite à gauche ..:
Le roi Pépin le Bref, père de Charles et de Berthe, affronte un lion pour sauver deux hommes, Scène de séduction de Milon et Berthe, alors que Charlemagne va à la chasse avec son arc et ses flèches, Lutte de Milon avec un bandit qui voulait enlever Berthe qui est enceinte, Milon et son fils Roland, partent à la chasse, Un lionceau prend un cheval à la gorge ; il s'agit d'une allégorie de Roland qui encore petit était déjà très fort.
Le lion de gauche illustre la croyance du Moyen Âge selon laquelle les lionceaux naissaient morts et recevaient la vie par le souffle du père ou de la mèreLa présence de cette légende sur la façade de la cathédrale s'explique par la reconnaissance que vouait la cité à Charlemagne, comme nous le verrons encore sur le portail de gauche, et aussi par le rôle de ville-étape de Fidenza sur la via Francigena. Voir à ce sujet le travail de Joseph Bédier, Les chansons de geste et les routes d'Italie :
https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1907_num_36_142_4955
https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1907_num_36_143_4968
https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1908_num_37_145_4997.
L'autre frise parcourant tout la face latérale de cette tour méridionale est composée de six carreaux, elle s'achève par la tête d'un lion, se lit de gauche à droite et représente le défilé d'une série de divers personnages.
Dans le passé elle fut interprétée comme figurant la suite des pèlerins sur la route de Rome, à tel point qu'elle devint un symbole de la Via Francigena.
Aujourd'hui, l'hypothèse paraissant la plus vraisemblablement est celle de la représentation du cortège de Charlemagne sur le chemin de retour en France, après avoir libéré Rome des Sarrasins. Cette interprétation est surtout justifiée par le cavalier au centre de la frise qui tient par la bride un cheval avec le guépard dont l'empereur se servait pour chasser. Le cavalier le plus à gauche serait l'empereur avec son sceptre à la main, celui qui ouvre la marche pourrait être Roland son neveu selon la légende..
Le portail central vignette|droite|Le portail central Le portail central, légèrement surélevé et au porche nettement saillant, prédomine par rapport aux deux autres. Son iconographie déborde très largement du portail lui-même, incluant les niches qui se trouvent de part et d'autre, il s'étend jusqu'aux demi-colonnes de la façade ; il convient donc de considérer toute cette zone comme étant un ensemble.
Comme de nombreuses basiliques romanes de Lombardie, le porche est supporté par deux lions stylophores reposants sur des socles. On considère qu'ils sont de la main d'Antelami. Celui de gauche tient entre ses pattes un dragon ailé, et des petits dragons courent sur l'échine de chacun des deux lions. Celui de droite tient un bovin. À l'emplacement des yeux des lions se trouvent des cavités : au cours des fêtes solennelles on venait y placer des yeux de verre.. Les colonnes soutenues par les lions sont en marbre rouge de Vérone, elles sont coiffées de chapiteaux historiés. Celui de gauche représente des scènes de la vie de la Vierge, celui de droite montre les quatre évangélistes, ils sont représentés mi homme mi le symbole qui les identifie habituellement.