L’incendie de l'ambassade d'Autriche à Paris est un sinistre meurtrier survenu le alors que s'y déroulait une importante soirée au nombre des festivités organisées par le prince de Schwarzenberg, ambassadeur d'Autriche en France, pour célébrer l'union de avec la jeune archiduchesse Marie-Louise.
Cet évènement marqua les esprits. Certains contemporains, comme Madame Mère., qui se rappelaient le grand désastre qui avait si fatalement inauguré le mariage de et de Marie-AntoinetteLe soir du , où l'on fête place , à Paris, le mariage princier, une bousculade mortelle a lieu, conduisant à plusieurs centaines de morts (131 selon les chiffres officiels, mais en réalité davantage). Bouleversés, le Dauphin et la Dauphine financeront sur leur cassette personnelle une importante aide aux victimes et leurs familles. prédirent une issue funeste à la nouvelle union que la France contractait avec la maison d'Autriche.
Le récit de cette nuit, où étaient présents le couple impérial et de nombreux membres de la noblesse européenne, fut rapporté avec minutie dans les Mémoires du général Lejeune et ceux de Constant, valet de .
À la suite de cette tragédie, l'empereur licencie le commandant des gardes pompes de Paris, et lance un programme de réorganisation qui aboutit à la création du bataillon des sapeurs-pompiers de Paris par décret le .
Déroulement Préparatifs des festivités
Une série de bals avait marqué les festivités du mariage de Napoléon et de Marie-Louise. Pour clore ces réjouissances, après le retour du couple impérial de son voyage de noces, Karl Philipp, prince de Schwarzenberg offrit un bal, le dimanche , en leur honneur de l'auguste union à laquelle il avait puissamment contribué comme ambassadeur d'Autriche en France.
vignette|L'Hôtel de MontessonLa cité d'Antin sera construite à l'emplacement (qui correspond aujourd'hui aux numéros 5 et 7 de la rue Lafayette dans le de Paris) du palais en ., du côté de la cour : situé à l'angle des rues Lafayette et de la Chaussée d'Antin (à l'emplacement de l'actuelle cité d'Antin), il avait été construit par Alexandre-Théodore Brongniart, vers , pour Madame de Montesson, maîtresse du duc d'Orléans.
L'ambassade d'Autriche (anciennement hôtel de Montesson) était située rue du Mont-Blanc., aujourd'hui rue de la Chaussée-d'Antin, reliant le boulevard des Italiens à la rue Saint-Lazare (à l'angle de la rue Lafayette et de la Chaussée d'Antin).
La fête a été préparée avec soin : une salle provisoire est construite dans les jardins de l'ambassade d'Autriche, par l'architecte Bénard, et doit permettre la réception de plus de douze à quinze cents invités. La salle recouvrait le bassin, les parterres et les allées du jardin. Pour mieux protéger les convives d'une pluie éventuelle, les planches constituant le toit étaient recouvertes, en dessous de toile cirée et au-dessus de toile goudronnée pour les rendre imperméables à la pluie qui était annoncée. Et pour que tout soit prêt dans les délais, les peintures qui recouvrent les murs de la salle contiennent de l'alcool, ce qui leur permet de sécher plus rapidement. Tout est somptueux, mais… hautement inflammable.
La décoration était sophistiquée : les aigles des empires français et autrichiens se côtoient. Des rideaux de soie et de mousseline pendaient aux fenêtres. Sur les murs, on avait fixé des glaces de Saint-Gobain et des demi-lustres en appliques, des girandoles diffusant une clarté éblouissante. La lumière se répétait à l'infini. Des festons, des guirlandes de mousseline et de gaze, de fines étoffes couraient tout autour de la salle. Des fleurs artificielles étaient accrochées partout. L'éclairage est réalisé par un immense lustre dominant la salle de bal et soixante-treize autres lustres de bronze massif chargés chacun de quarante bougies étaient suspendus au plafond.
Une estrade avait été montée pour les souverains, au centre du côté droit de la salle et une petite sortie avait été aménagée tout près pour leur passage privé. Sur cette tribune, on avait placé des trônes en velours cramoisi. Pour les invités, des banquettes (de velours également) avaient été disposées le long des murs. Un parquet méticuleusement encaustiqué n'attendait plus que les pas glissants des danseurs.
L'ensemble était sis au milieu d'un fort beau jardin, dans lequel on avait imité plusieurs des sites où la jeune Impératrice avait passé son enfance. Tous les artistes-danseurs de l'Opéra, dans les costumes autrichiens de ces localités, représentaient des scènes de ses premières années. Cette attention délicate rendit la première partie de la fête délicieuse pour l'Impératrice, qui en fut touchée.
Quarante-huit heures avant l'événement, on eut l'idée d'en prévenir le chef du service des gardes-pompes, le colonel Ledoux. Ce dernier vint sur les lieux faire son inspection de sécurité. Après sa visite, il prit la décision de ne poster que deux sous-officiers, quatre garde-pompes et deux pompes à bras pour le soir du bal. Pour ne pas alerter, par une présence trop ostensible des moyens de « lutte incendie », d'un éventuel danger qui aurait pu inquiéter les personnalités présentes à ce bal, il les fit placer dans la cour de la résidence du comte Régnault de Saint-Jean d'Angély située presque en face. Pour prévenir tout accident extérieur, des sentinelles seraient placées aux alentours, et pour assurer la sécurité des invités, des commissaires de police et des officiers de paix se mêleraient à la foule des danseurs. Ses dispositions prises, le colonel Ledoux partit à la campagne pour le week-end, avec le sentiment du devoir accompli, sans toutefois en solliciter l'autorisation du préfet de la Seine comme il aurait dû le faire.
Avant l'arrivée des premiers convives, l'intendant du prince parcourut une dernière fois la salle du bal et par mesure de sécurité prit l'initiative de faire éteindre toutes les bougies qu'il jugeait trop proches des rideaux des fenêtres.
Le bal, puis le drame
L'élite politique, militaire et diplomatique de Paris et de la province est conviée. On a lancé ; ont répondu. Dès , les invités emplissent la salle et les jardins. L'hôtel de l'ambassadeur est magnifiquement illuminé, tout est profusion de lumière, tout est luxe et élégance.
Les souverains arrivent au son des fanfares, vers . Ils saluent tous les invités dans la salle de bal, puis tout le monde descend dans le jardin pour assister à la fête champêtre. Danseurs de l'Opéra, chanteurs font des prouesses et les feux d'artifice sont brillants.
Cependant une pièce du feu d'artifice met le feu dans un lambeau d'étoffe au coin extérieur de la galerie dans le jardin. Discrètement, l'architecte Pierre-Nicolas BénardIl était connu pour ses talents de décorateur. Il avait déjà décoré à l'occasion du mariage impérial le ministère de la Justice, le ministère des Relations extérieures, le ministère des Finances et celui du Trésor public. fait alors entrer les pompiers dans les jardins de l'ambassade. Les gardes-pompes interviennent promptement. Le début d'incendie est éteint sans que personne s'aperçoive de rien.
À , la fête bat son plein. Marie-Louise se tient debout sur l'estrade du trône, bavardant avec son entourage. L'Empereur est heureux et parcourt la salle de bal, parlant avec chacun. Le bal battait son plein, et l'on dansait une , quoique la chaleur fût étouffante. L'Impératrice Marie-Louise ainsi que Caroline Bonaparte, reine consort de Naples, Catherine de Wurtemberg, reine de Westphalie, la princesse Borghèse, la princesse de Schwartzenberg, belle-sœur de l'ambassadeur, ses filles et cent autres dames, étaient très occupées de figurer à cette danse animée, lorsqu'une bougie d'un des lustres près de la porte du jardin vint à couler et mit le feu à la draperie.
Le comte Dumanoir.., chambellan de l'Empereur, se précipite et monte sur une banquette pour arracher la draperie, mais le feu a déjà gagné la gaze ornant le plafond et, désormais, il court le long de la galerie. Trobriand et Boniface de Castellane l'aident de leur mieux. colonel de Tropbriant s'élança d'un bond pour l'arracher. Ce mouvement brusque de la draperie étendit la flamme, et en moins de trois secondes, dans cette salle peinte à l'alcool pour la faire sécher plus promptement, et fort échauffée par le soleil de juillet, mais bien plus encore par la quantité considérable de bougies, la flamme s'étendit d'un bout à l'autre du plafond avec la rapidité de l'éclair et le bruit d'un roulement de tonnerre. Tous les assistants furent à l'instant même sous une voûte de feu.
Au plus fort du tumulte et de l'épouvante, Marie Louise, conservant un calme remarquable, vint s'asseoir sur son trône, et Napoléon, s'étant élancé, la saisit dans ses bras (lui dit : ) et l'emporta à travers les flammes. L'Empereur revint ensuite travailler à éteindre l'incendie : mais tous les secours furent inutiles. Dès qu'il eut jugé l'impossibilité de l'éteindre, il prit avec calme la main de l'Impératrice et la conduisit hors du jardin. Constant nous apprend que Chacun imita son sang-froid, et personne ne jeta un cri ; plusieurs danseurs même ne savaient encore à quoi attribuer l'augmentation de lumière et de chaleur, et chacun d'abord se dirigeait, sans courir, vers l'issue du jardin, croyant avoir le temps d'éviter le danger. L'ambassadeur et tous les officiers de la légation d'Autriche quittent également l'ambassade.
Cependant, en quelques secondes, la chaleur devint insupportable ; on pressa le pas et l'on marcha sur les robes, ce qui occasionna un encombrement de personnes renversées sur les marches du jardin. Des lambeaux enflammés, tombés en même temps du plafond, brûlaient les épaules et la coiffure des dames ; les hommes, même les plus forts, étaient entraînés dans la chute, et leurs vêtements prenaient feu. Le mouvement de foule provoque de nombreuses chutes et chacun tente de s'extraire de la fournaise, sans galanterie aucune. Les femmes s'effondrent, les hommes trébuchent ou accrochent leurs épées dans les robes. Deux des trois issues sont la proie des flammes et la seule voie de secours vers le jardin, se transforme en goulot d'étranglement.
La foule, qui se pressait et s'étouffait elle-même par ses propres efforts, contribuait à l'horreur de cette scène ; le parquet de la salle ne put résister aux secousses, il s'entrouvrit, et de nombreuses victimes furent écrasées ou dévorées par le feu. Les femmes aux épaules et aux nuques dénudées sont plus vulnérables que les hommes. Chevelures et toilettes prennent feu. Dans la bousculade, des hommes et des femmes sont piétinés. L'Empereur, en chef de guerre, dirige les secours, son habit est sali et ses chaussures brûlées par les braises qui jonchent le sol.
Lejeune se souvient que
Le sinistre est maîtrisé vers quatre heures du matin.
Les secours
Postés à l'extérieur, les gardes pompiers tentent d'accéder à la salle mais ne peuvent remonter le flot des convives paniqués qui descendent. Les sauveteurs se montrèrent peu efficaces. Napoléon, qui faillit être victime de ce sinistre, constate l'absence d'organisation des gardes pompes et surtout l'absence totale de commandement et de coordination.. Rassembler ces pompiers, peu assidus et sans entraînement, nécessite deux à trois heures avant qu'ils soient opérationnels sur les incendies.
Un arrêté consulaire de 1801 avait déjà remanié le corps des pompiers de Paris. dont la création datait donc de . Ces devaient être choisis, non plus parmi des volontaires, mais parmi ceux qui exerçaient un métier pouvant les rendre aptes à ce service, comme des menuisiers. Répartis en trois compagnies, ils étaient casernés. Ce remaniement n'avait pas été suivi d'effet, et le Premier Consul n'avait pas veillé à la bonne exécution de ses ordres. Le préfet Dubois l'exprime en disant que . Est-ce cette remise en cause de la réorganisation impériale qui lui a coûté sa place ou le fait qu'il n'ait rien fait pour remédier à cet état de choses ?