Françoise d'Eaubonne, née Françoise Marie-Thérèse Piston d'Eaubonne le à et morte le à , est une femme de lettres française, romancière, philosophe, essayiste et biographe, militante écoféministe et féministe libertaire.
Biographie Famille et enfance Françoise d'Eaubonne, née en 1920, est la troisième des cinq enfants d'Étienne Piston d'Eaubonne et de Rosita Martinez Franco. L'une de ses sœurs est l'écrivaine Jehanne Jean-Charles.
Sa mère, fille d'un chef carliste espagnol, est l'une des premières femmes à poursuivre des études scientifiques à la faculté des sciences de Paris, où elle a suivi les cours de Marie Curie. Ses parents se sont rencontrés au Sillon, mouvement progressiste chrétien porté par Marc Sangnier. Son père, originaire de Bretagne, est issu d'une famille de grands voyageurs, comptant parmi ses ancêtres un navigateur anti-esclavagiste des Antilles. Il est anarchiste chrétien. Étienne d’Eaubonne est secrétaire général de compagnie d’assurance alors que Rosita-Mariquita Martinez y Franco interrompt sa carrière scientifique une fois mariée. Françoise d'Eaubonne est très tôt sensibilisée par sa mère aux inégalités vécues par les femmes.
L'enfance toulousaine de Françoise d'Eaubonne est marquée par le déclin physique de son père dû aux effets des gaz dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Écrivaine précoce, elle a lorsque Colette publie deux de ses poèmes. A treize ans, elle remporte un concours littéraire avec un roman de , Mireille, fille des montagnes. Elle a seize ans quand éclate la guerre d'Espagne, dix-neuf ans quand elle voit arriver les républicains en exil.
Études et carrière d'écrivaine (1940-1960) Françoise d'Eaubonne entame en 1940 des études à la Faculté des lettres de Toulouse et à l'École supérieure des beaux-arts de Toulouse qu'elle doit interrompre au bout de quelques mois pour gagner sa vie. Tout en entrant en Résistance face au nazisme, elle publie ses premiers poèmes en 1942, et Le Cœur de Watteau, son premier roman en 1944. De 20 à 25 ans, elle subit les privations propres à l'époque et rencontre à la Libération, dans une grande gare parisienne, les rescapés juifs de retour des camps. Elle résumera plus tard son sentiment sur cette période de sa vie sous le titre évocateur de Chienne de jeunesse.
Elle reçoit en 1947 le Prix des lecteurs au cercle Interallié pour son roman Comme un vol de gerfautsCaroline Goldblum, « Françoise d’Eaubonne, à l’origine de la pensée écoféministe », revue L'Homme & la Société, 2017/1-2 (n° 203-204), pages 189 à 202. lire en ligne..
À partir de 1945 et jusqu'en 1957, Françoise d'Eaubonne est membre du Parti communiste français.. Proche de Laurent Schwartz, de Vladimir Jankélévitch, de Lucien Goldmann, elle se marie avec Jacques Aubenque.
Cette jeunesse plaquée sur une personnalité hypersensible la conduit à porter sur le monde un regard critique qui façonnera la militante radicale et féministe. En ce sens, la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, en 1949, est déterminante. À la suite du scandale que suscite sa publication au sein du milieu intellectuel et littéraire de l'époque, Françoise d'Eaubonne soutient la philosophe, notamment face aux attaques de François Mauriac, Henri Massis, Charles Du Bos et Paul Claudel. Deux ans plus tard, elle prend sa défense en publiant l'essai Le Complexe de Diane. En 1953, elle devient membre du Conseil national des écrivains. Lectrice chez Julliard dans les années 1950, chez Calmann-Lévy au début des années 1960, et à la fin des années 1960 chez Flammarion, elle élève ses enfants, Indiana et Vincent, avec l'aide de sa famille.
Engagements contre la guerre d'Algérie, pour le féminisme, pour l'écologie et contre la peine de mort (1960-1990) Elle milite activement contre la guerre d'Algérie et en , signe le Manifeste des 121, aussi appelé « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».
Cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF) tout à la fin des années 1960, signataire du Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement« La liste des 343 Françaises qui ont eu le courage de signer le manifeste : "Je me suis fait avorter" », Le Nouvel Observateur n° 334, 5 avril 1971, couverture., le , elle organise le pour boycotter la conférence anti-avortement du professeur Lejeune, de l'association Laissez-les vivre« 5 mars 1971. Le futur FHAR attaque Laissez-les-vivre », Entretien de Fiammetta avec Françoise d’Eaubonne et Marie-Jo Bonnet, Pro-Choix, n°5, avril-mai 1998.. Quelques jours après, elle lance le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) avec l'écrivain et journaliste Guy Hocquenghem et Anne-Marie Grélois, Marie-Jo Bonnet en 1971, alors qu'elle est secrétaire de rédaction au Fléau social.. Elle publie ses premiers textes écoféministes dans La Gueule ouverteGaspard d'Allens, « Le journal « La Gueule ouverte » : notre aîné révolutionnaire et subversif », Reporterre, 23 septembre 2026.. Au sein du MLF, elle anime également le groupe « Écologie et féminisme »Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Histoire du féminisme français du Moyen Âge à nos jours, éd. Des femmes, Paris, 1977, .. À l'origine du mot « phallocrate » et du terme « écoféminisme » en 1974.., elle fonde l'association Écologie-Féminisme en 1978. Cette vie littéraire et militante se croise avec celles de Violette Leduc, Nathalie Sarraute, Colette, Jean Cocteau, Simone de Beauvoir, avec qui elle fut amie, et de Jean-Paul Sartre.
Le , des militants du commando Ulrike-Meinhof-Puig-Antich dont l'autrice Françoise d'Eaubonne, ont commis un attentat à l'explosif (sans faire de victime) sur le chantier de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) et ont ainsi provoqué un retard de plusieurs mois sur le chantier.
Amie de Michel Foucault, Françoise d'Eaubonne s'engage également pour le droit des prisonniers et contre la peine de mort. Le , elle se marie avec « le détenu Pierre Sanna, matricule 645 513, à Fresnes, condamné à vingt ans de prison pour un meurtre », condamné à tort selon elle, et l'annonce dans les colonnes du journal Libération :
L'année suivante, elle figure aux côtés du comédien Guy Bedos et du chanteur Yvan Dautin, à la tribune de la Mutualité, pour demander l'abolition de la peine de mort.
En 1981, elle est co-solidaire de la publication Avis de recherche consacrée au soutien des appelés insoumis au service militaire.
À partir de 1988, Françoise d'Eaubonne devient secrétaire générale de SOS Sexisme. Elle intervient comme critique littéraire sur Radio Mouvance, Paris Pluriel, Paris FM, Radio-Paris et Radio-Beur (1989).
Fin de vie et postérité (1990-2005) Elle meurt à Paris le et est incinérée au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Ses cendres sont dispersées dans la Baie de Quiberon (Bretagne), le .
Ses archives sont conservées à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine.
L'autrice a publié une centaine d'ouvrages et écrit environ cent quarante, de Colonnes de l'âme (poèmes, 1942) à L'Évangile de Véronique (essai, 2003) dans de nombreux genres littéraires : essais philosophiques, politiques (dont Le féminisme ou la mort) et sur la littérature , romans de science-fiction (dont le cycle du Losange), biographies de femmes célèbres ou inconnues, livres pour la jeunesse, romans historiques, poésies. Elle fut traduite de son vivant en 12 langues
Elle est la grand-mère de l'écrivain-réalisateur David Dufresne.
En 2008, Caroline Goldblum entame une recherche en vue d'une thèse sur Françoise d'Eaubonne. Dans la deuxième partie des années 2010 émerge une volonté collective de faire vivre son œuvre et la prolonger, de nombreux livres de l'autrice sont réédités depuis, dont Le féminisme ou la mort (préface Myriam Bahaffou et Julie Gorecki), Écologie/féminisme, révolution ou mutation ? (préface Geneviève Pruvost), Le sexocide des Sorcières (préface Taous Merakchi), les trois livres du Cycle du Losange (préface Élise Thiébaut).
En 2021, l'autrice Élise Thiébaut publie L'amazone verte, le roman de Françoise d'Eaubonne. En 2024, l'autrice Manon Aubel lui consacre un film, primé, co-produit par France Télévisions et Sancho and Co, Françoise d'Eaubonne, une épopée écoféministe. De nombreuses artistes se saisissent de Françoise, dont Virginie Despentes, Béatrice Dalle et Casey dans Troubles en 2024, où elle fait partie des autrices sélectionnées dont elles disent les textes accompagnées par la musique de Zerö.
Engagements Françoise d'Eaubonne a milité pour de nombreuses causes, notamment l'indépendance de l'Algérie et l'abolition de la peine de mort. Mais aussi, les droits des homosexuelles., la décroissance et la sortie du système capitaliste, contre le mariage, le nucléaire et la psychiatrisation..
Féminisme et écologie Françoise d'Eaubonne est très tôt membre du Mouvement de libération des femmes (MLF) en 1968. En son sein, elle anime le groupe « Écologie et féminisme », à une époque où peu de féministes s'intéressent alors à ce thème., puis fonde l'association Écologie-Féminisme en 1978.
S'appuyant sur les théories de Serge Moscovici qui avait déjà théorisé une articulation historique et politique entre écologie et féminisme, elle est l'une des premières penseuses à postuler . Elle crée alors le mot « écoféminisme », qu'elle définit comme un nouvel humanisme dont l'objectif n'est pas la prise de pouvoir par les femmes, mais ..
En 1975, elle participe aux activités du commando Ulrike-Meinhof-Puig-Antich en endommageant par deux charges explosives, avec son compagnon Gérard Hof, le réacteur en construction de la centrale nucléaire de Fessenheim provoquant le retard de plusieurs mois du chantier.
Prix et distinctions Prix littéraire Prix des lecteurs 1947 au cercle Interallié, pour son roman Comme un vol de gerfauts
Décoration (2002)
Hommages En , inauguration du Jardin des Belvédères - Françoise d'Eaubonne à Lyon. En , création de l'Allée Françoise d'Eaubonne à Paris.
Bibliographie sélective Parmi ses publications se trouvent des poèmes, des romans, des essais, des biographies. On y trouve notamment des « romans de science-fiction post-patriarcale », radicaux pour l'époque, et des romans érotiques.
Romans
Science fiction Les Sept Fils de l'étoile, Hachette, coll. Le Rayon fantastique n°88, 1962 L'Échiquier du temps, Hachette, coll. Le Rayon fantastique n°99, 1962 Rêve de feu, Hachette, coll. Le Rayon fantastique n°124, 1964 La Trilogie du Losange, tome 1 : Le Satellite de l'Amande, 1975 La Trilogie du Losange, tome 2 : Les Bergères de l'Apocalypse, 1978 La Trilogie du Losange, tome 3 : Un bonheur viril, 2022
Pour la jeunesse
Biographies
Essais
Poèmes 1942 : Colonnes de l'âme 1951 : Démons et merveilles 1981 : Ni lieu, ni mètre
Autres écrits Pamphlets (20 ans de mensonges, contre Longo Maï, ce qui déclencha une plainte en diffamation, une procédure de 14 années), traductions (poèmes d'Emily Brontë), édition critique des lettres de Flaubert, nombreuses préfaces, etc.
Elle laisse avant de mourir un impressionnant volume de souvenirs, sous le titre Mémoires irréductibles, qui regroupe Putain de jeunesse (antérieurement publié par son éditeur sous le titre Chienne de jeunesse), Les Monstres de l'été, L'Indicateur du réseau et Les Feux du crépuscule, ce dernier inédit jusque-là.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Françoise d'Eaubonne & l'écoféminisme, essai de 53 pages de l'historienne Caroline Goldblum et recueil de textes de Françoise d'Eaubonne, 128 p., Le Passager clandestin , Paris, 2019 . Marie-Jo Bonnet, Mon MLF, Albin Michel, 2018, chapitres sur le FHAR, Le commando saucisson, San Remo. Marie-Jo Bonnet, La Maternité symbolique, Albin Michel 2020, chap. 12 « Françoise d’Eaubonne – de la grève de la maternité à la naissance de l’éco féminisme ». L'Amazone verte (Le roman de Françoise d'Eaubonne), Élise Thiébaut, éditions Charleston, 2021 . « L'écoféminisme de Françoise d'Eaubonne », La Vie des idées. .
Filmographie