L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Amblainville, dans l'Oise, en France. La fondation de la paroisse remonte probablement au moins au , époque supposée de la construction de la nef. Cette dernière a toutefois perdu son caractère roman au gré des remaniements successifs. La charpente lambrissée en carène renversée et peut-être aussi les bas-côtés datent de 1505 ; le portail gothique flamboyant date du second quart du ; et les arcatures plaquées avec les bas-reliefs du chemin de croix et les statues de personnages de l'Ancien Testament ne datent que des années 1876 / 1893. Ce décor néo-gothique comporte également une chaire à prêcher et un confessionnal sous la forme d'édicules flamboyants ; des fausses voûtes d'ogives sous la tribune et dans le bas-côté sud ; ainsi qu'une grande grotte de Notre-Dame de Lourdes ; et a été installé par la volonté de l'abbé Eugène Barret. Ce curé a lui-même manié le ciseau, et donné à l'église son visage actuel assez extravagant (hormis pour l'extérieur). Cependant, ce n'est qu'en 2005 que l'on fit disparaître les fenêtres hautes de la nef sous une large toiture commune au vaisseau central et aux bas-côtés, et le transept et le petit chœur rectangulaire du premier quart du demeurent assez authentiques. Dans le sanctuaire, le décor du dernier quart du a été enlevé. Il demeure présent dans les deux chapelles latérales Renaissance ajoutées en 1585, où l'on trouve même des créations de qualité, telles que le grand bas-relief de l'Adoration des bergers entre Ève et Adam, ou deux tableaux de faïence. Dans son ensemble, l'église Saint-Martin offre aujourd'hui une image très éclectique. Elle a été classée monuments historiques par arrêté du ., et le décor néo-gothique de la nef a été pérennisé par son inscription au titre objet en 1991.. Cependant, les travaux de restauration entrepris entre 2005 et 2010 se limitent aux toitures, à la façade de la nef, aux élévations extérieures des bas-côtés et à la grotte de Lourdes. L'église Saint-Martin est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Martin de Méru-lès-Sablons, et accueille des messes dominicales anticipées une fois par trimestre.
Localisation
L'église Saint-Martin se situe en France, dans la région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Vexin français, sur la commune d'Amblainville, au centre du bourg. Implantée sur le versant nord de la butte du Bois d'en haut, elle domine, depuis le sud, la place du village au pied de l'église. Depuis la place et la rue Nationale (RD 927), axe routier principal de la commune, un long escalier monte jusqu'au parvis exigu devant la façade occidentale. Alternativement, l'on peut emprunter un sentier de promenade qui serpente sur le coteau engazonné. En outre, près de la place du 8 mai 1945, plus à l'ouest, une impasse bifurque de la rue Nationale. C'est l'étroite rue de l'Église, qui longe toute l'élévation méridionale de l'édifice. Elle donne également accès au parvis devant la façade, où se situe l'unique portail de l'église. Le parvis étant délimité par une maison à l'ouest, et la rue de l'Église étant également construite au nord de la nef, sa façade et son élévation méridionale ne peuvent guère être appréciées dans leur ensemble par manque de recul. Cependant, l'élévation septentrionale et le chevet sont entièrement dégagés et bien mis en valeur. Il n'y a plus trace du cimetière, mal clos, signalé en 1837 par Louis Graves..
Historique L'histoire de la paroisse thumb|left|upright|Approche de l'église par la rue de l'Église. La nef et ses baies hautes sont cachées derrière le rampant du faux bas-côté.
En 1835, quatre-vingts sarcophages mérovingiens sont mis au jour près de l'ancienne chapelle Saint-Pierre, dont Louis Graves n'indique pas la localisation.. La découverte de cette nécropole du haut Moyen Âge justifie l'hypothèse d'une grande ancienneté du culte chrétien à Amblainville. La date de la fondation de la paroisse n'est pas connue. Sa première mention remonte seulement à 1104, quand le seigneur du lieu, Ade de Moussy, donne l'église d'Amblainville à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. La donation s'inscrit dans un vaste mouvement de restitution de biens ecclésiastiques spoliés encouragé par la réforme grégorienne. Plus que du don d'un lieu de culte, il s'agit du don de terres et de revenus. À l'instar des très nombreux autres villages dans le même cas, il n'est pas acquis qu'Amblainville possède déjà une église à proprement parler à ce moment : il peut tout aussi bien s'agir d'une simple chapelle. En même temps que l'abbaye devient le collateur de la cure, elle érige Amblainville en paroisse et lance les travaux d'agrandissement de la chapelle en église paroissiale digne de ce nom. Probablement, elle laisse aussi son vocable à l'église, qui est dédiée à saint Martin de Tours.. Avant 1136, l'abbaye Saint-Martin agrandit ses possessions à Amblainville, et reçoit le prieuré Saint-Pierre d'Amblainville et la chapelle Saint-Jean d'Hamécourt qui en dépend.. Sur le plan des hiérarchies ecclésiastiques, Amblainville relève du doyenné de Chaumont-en-Vexin, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et de l'archidiocèse de Rouen sous l'Ancien Régime.. Rattaché au diocèse de Beauvais depuis la Révolution française, Amblainville est aujourd'hui affilié à la paroisse Saint-Martin de Méru-lès-Sablons, qui s'étend sur neuf communes. Son église n'accueille plus des messes dominicales anticipées qu'une fois par trimestre..
Les campagnes de construction de l'église thumb|upright|Vue depuis le nord, avec les fenêtres hautes de la nef et la balustrade du bas-côté nord, au début du . thumb|upright|Porche Renaissance, avant 1896. thumb|upright|Fausses voûtes néo-gothiques sous la tribune. thumb|upright|Fausses voûtes néo-gothiques du bas-côté sud, vue vers l'ouest. thumb|upright|Grotte de Lourdes.
La partie la plus ancienne de l'église est certainement la nef, qui n'a jamais été voûtée. Elle était éclairée par six petites fenêtres en plein cintre poussées haut sur les murs. D'après le dossier de classement, des pastoureaux, petits moellons cubiques, seraient bien visibles de part et d'autre du portail. S'agissant souvent de matériaux de réemploi provenant d'édifices gallo-romains démantelés, on en conclut généralement une date assez haute au . Depuis la restauration en 2005, les pastoureaux sont noyés dans le mortier. Sur les murs latéraux, Bernard Duhamel a observé des portions appareillés en opus spicatum, ce qui indique également le selon l'opinion générale.
Depuis la restauration, les murs gouttereaux sont compris dans les combles, et les fenêtres, qui ont gardé leurs vitrages, n'éclairent plus rien. À l'origine, la nef était dépourvue de bas-côtés, mais l'époque de leur construction n'est pas claire. Louis Graves écrit en 1837 que les bas-côtés n'auraient été ajoutés qu'à une époque récente., ce qui sous-entend sans doute le ou : s'il s'agissait du , l'auteur n'aurait pas manqué de préciser la date exacte. Mais peut-être ne faut-il pas prendre cette formule à la lettre, et on pourra ainsi faire remonter les bas-côtés au début du . Les arcs-doubleaux intermédiaires des bas-côtés aux arêtes agrémentées de moulures concaves (dans les parties aujourd'hui séparées de la nef), et les balustrades à jour qui couronnent les murs à l'extérieur, composées de soufflets disposés obliquement, sont en effet compatibles avec l'architecture gothique flamboyante. Cela dit, il reste à vérifier s'il ne s'agit pas d'ajouts du dernier quart du (voir ci-dessous).
Peut-être en connaissance de cause, mais restant évasive, Catherine Rigollet mentionne un agrandissement de la nef en 1505. C'est en tout cas la date de sa charpente lambrissée en carène renversée, avec des entraits sculptés d'engoulants et des pannes sablières pourvues de moulures complexes. Elle figure dans une inscription gravée sur la dernière poutre : .. Ce que l'on peut rattacher à cette même campagne est certainement la grande baie de la façade, dont le pourtour est agrémenté d'une fine moulure concave et d'une large gorge, comme à l'accoutumée à l'époque flamboyante. Plus récent est en tout cas le portail occidental, dont l'arc en plein cintre, de même que les deux niches à statues à gauche et à droite, sont de style Renaissance, tandis que la frise de pampres dans la voussure du portail et les moulures prismatiques des piédroits sont encore gothiques flamboyantes, ce qui indique la période de transition entre 1530 et 1550 environ. Catherine Rigollet ne voit que les éléments Renaissance et rétrodate le portail à 1585 (date des chapelles latérales).. Lors de son passage au début des années 1890, Félix Martin-Sabon a encore vu en place un porche du même style que le portail.. En contraste avec la nef, le transept et le chœur carré au chevet plat n'ont pas été retouchés depuis leur construction au cours des années 1220 / 1230, et se présentent dans un style gothique pur.
En 1586, date inscrite sur l'un des pignons, deux chapelles latérales de style Renaissance viennent compléter cet ensemble. La cloche « Marie Anne » porte la date de 1679, qui peut coïncider avec la date d'achèvement de la flèche élancée en charpente.
Les travaux entrepris depuis 1876
À l'instar de nombreuses autres églises rurales à la seconde moitié du , l'église Saint-Martin est alors en fort mauvais état. En témoigne une lettre que le curé et le maire adressent conjointement au ministère du Culte en 1877, demandant que des travaux soient entrepris en urgence parce que l'église menace ruine.. Le curé est alors l'abbé Eugène Barret, nommé un an auparavant. Sans attendre l'issue de cette requête, il fait appel à la générosité des fidèles pour recueillir les fonds nécessaires à la réparation. La principale donatrice est la veuve Joséphine Henriette Rousselle (1812-1892), à laquelle la paroisse exprime sa gratitude dès 1887 par une plaque commémorative apposée dans la chapelle de la Vierge.. Il devient ainsi possible de réhabiliter le lambris de plafond de la nef, de reprendre en sous-œuvre les piliers de la croisée du transept, et de refaire les voûtes du transept et du sanctuaire.. Mais la priorité pour l'abbé Barret n'est pas une restauration visant à préserver et mettre en valeur l'architecture de l'édifice. Il privilégie l'aspect de la décoration intérieure, qu'il revoit entièrement dans la nef et les bas-côtés, et partiellement dans les deux chapelles Renaissance. Sa motivation est de créer une grande œuvre théologique et missionnaire pour l'élévation spirituelle des paroissiens. Bien que passionné d'histoire et d'art, et membre de la Société française d'archéologie, décoré d'une médaille d'argent en 1887, il n'hésite pas à effacer le caractère médiéval de la nef et des bas-côtés à la faveur d'un décor néo-gothique en stuc et terre cuite. Selon l'abbé, il est conçu dans le style de la Renaissance, mais il est en réalité d'inspiration gothique flamboyante, confusion récurrente puisque que les dernières décennies de l'époque gothique coïncident avec l'éclosion de l'art Renaissance.