Isabelle de France, ou Isabelle de Valois, née le à Paris et morte le à Blois, est une des filles du roi et d'Isabeau de Bavière. Elle est successivement reine d'Angleterre, puis duchesse d'Orléans. Dès son enfance, Isabelle suscite l'intérêt de , veuf depuis 1394 et qui désire établir une alliance avec . Les négociations, entamées en 1395, aboutissent l'année suivante à un contrat de mariage accordant une énorme dot à Isabelle et instituant une paix durable entre la France et l'Angleterre. Isabelle se rend ensuite à Calais pour ses noces, puis dans son nouveau royaume.
En dépit de l'important écart d'âge avec son époux, Isabelle entretient de très bonnes relations avec jusqu'à sa déposition en 1399. Séparée de son mari et privée de son titre royal par le nouveau roi , elle est retenue en Angleterre par ce dernier, qui espère la marier à son fils aîné. Pressé par , accepte qu'Isabelle retourne en France en 1401, sans pour autant restituer sa dot. Informée de la mort de en captivité, Isabelle réside auprès de sa mère avant de se remarier en secondes noces en 1406 avec son cousin Charles d'Orléans. Elle meurt en 1409, après trois ans de mariage, en donnant naissance à leur unique enfant.
Biographie Enfance et projets de mariage Isabelle de France est la deuxième fille et le troisième enfant de et de son épouse Isabeau de Bavière, mais n'est que le premier enfant du couple royal à survivre à l'enfance : en effet, son frère le dauphin Charles est mort à l'âge de trois mois en 1386, tandis que sa sœur aînée Jeanne trépasse avant d'atteindre deux ans en 1390. Isabelle voit le jour le au Palais du Louvre à Paris, et non le , comme il a été longtemps suggéré : la documentation précise des naissances des enfants de et d'Isabeau de Bavière souligne que sa sœur Jeanne voit le jour le et qu'une naissance d'Isabelle au mois de novembre précédent aurait été impossible. Contrairement à des rumeurs récurrentes accusant Isabeau de Bavière d'avoir négligé ses enfants, les historiens modernes démontrent en réalité qu'elle est restée proche de ces derniers pendant leur enfance : elle les fait voyager avec elle, leur achète des présents et des textes de dévotion et fait en sorte que ses filles soient éduquées. Enfin, elle maintient une correspondance étroite avec Isabelle après ses mariages.
L'intérêt que peut apporter la main d'Isabelle se manifeste très tôt. Ainsi, dès le , alors qu'elle a tout juste deux ans, elle est fiancée à Jean, le fils aîné et héritier de . Mais ce projet de mariage n'aboutit pas et est définitivement abandonné après la mort le d'Anne de Bohême, l'épouse de . Privé d'héritier, Richard recherche immédiatement une nouvelle épouse et envoie dès le mois d' des émissaires à la cour de , bien qu'ils ne sollicitent pas encore explicitement une épouse pour leur souverain. En , cependant, une délégation anglaise se rend auprès du roi avec pour mission de rechercher une épouse pour . , dont le pays est officiellement en trêve avec l'Angleterre depuis le , s'inquiète de la possibilité d'une alliance anglo-aragonaise dirigée contre la France pouvant réinitialiser la guerre de Cent Ans et envoie immédiatement des ambassadeurs en Irlande afin d'y rencontrer , alors en campagne militaire afin de réduire l'agitation de ses vassaux turbulents.
Lors des négociations de mariage qui sont entreprises au milieu de l'année 1395, , qui a alors 28 ans, exprime son souhait d'épouser Isabelle de France, qui n'en a que cinq. L'écart d'âge entre Richard et Isabelle est discuté pendant les négociations, mais le roi d'Angleterre déclare que chaque jour qui passe rectifie le problème de la jeunesse d'Isabelle, que le jeune âge de celle-ci lui permet de modeler sa future épouse selon son idéal, ce que lui recommande le diplomate français Philippe de Mézières, et qu'il est lui-même encore assez jeune pour attendre des héritiers. En raison des crises de folie récurrentes de depuis 1392, les négociations de mariage sont réalisées par son oncle , très attaché à une alliance franco-anglaise par souci de sécuriser le commerce de ses domaines avec l'Angleterre. Quant à , cette alliance lui permet d'afficher ses velléités de conclure une paix définitive avec la France. Toutefois, le projet de mariage rencontre de nombreux opposants, en particulier , le frère de , et Thomas, duc de Gloucester, l'oncle de .
Mariage avec d'Angleterre En , une délégation anglaise conduite par Thomas de Mowbray, comte de Nottingham, se rend à Paris afin d'approfondir les négociations du mariage. Selon le chroniqueur Jean Froissart, la jeune Isabelle de France aurait exprimé aux envoyés anglais de manière indépendante et spontanée sa joie de devenir l'épouse de , car elle serait alors une grande dame. L'année suivante, une seconde délégation anglaise arrive à la cour de France, où le contrat de mariage définitif est signé le , dont les clauses prévoient la renonciation d'Isabelle à ses éventuels droits au trône de France et fixent le montant de sa dot à la somme colossale de , ce qui équivaut alors au montant annuel des recettes de l'État. Une première tranche de doit être immédiatement payée, tandis que le reste doit être réglé par tranches annuelles de . Seules les immédiatement remises sont versées dans le Trésor anglais, tandis que le reste de la somme doit être restitué si vient à mourir avant qu'Isabelle ait atteint ses douze ans. Le cas échéant, Isabelle pourra retourner en France avec toutes ses possessions. Étant donné qu'aucun accord de paix durable ne peut être négocié entre la France et l'Angleterre en raison de la question insoluble du statut de Calais, alors sous contrôle anglais, une trêve de 28 ans est convenue, afin de démontrer le désir sincère de paix des deux parties.
Le , à la Sainte-Chapelle, le comte de Nottingham épouse Isabelle par procuration au nom de . Six mois plus tard, la petite fille, magnifiquement vêtue et suivie par un imposant cortège, se rend à Calais afin d'y épouser solennellement le roi d'Angleterre. Elle est alors accompagnée par son père et une centaine de personnes de haut rang, dont le duc de Bourgogne. Avant la cérémonie, et se rencontrent à Ardres une première fois le , puis une seconde fois le lendemain en présence d'Isabelle, qui est confiée aux soins de Katherine Swynford, duchesse de Lancastre, et d'Éléonore de Bohun, duchesse de Gloucester. Elle est cependant accompagnée par une importante suite française dirigée par Philippa de Coucy. Le , le mariage de et d'Isabelle de France est célébré par Thomas Arundel, archevêque de Canterbury, en l'église Notre-Dame de Calais. Après avoir reçu les convenues, le roi d'Angleterre retraverse la Manche, accompagné par son épouse, et s'établit quelque temps avec elle à Douvres. Le , le couple royal fait son entrée solennelle à Londres et, un mois et demi plus tard, le , Isabelle est couronnée reine d'Angleterre en l'abbaye de Westminster par l'archevêque Thomas Arundel au cours d'une cérémonie fastueuse, lors de laquelle plusieurs badauds meurent dans des bousculades.
Bien que le mariage soit purement politique, et Isabelle de France développent progressivement une relation de respect mutuel. La jeune reine vit séparée de son époux et a pour résidence principale le château de Windsor. Décrite comme jolie et préparée à assumer son rôle de reine par son entourage, Isabelle reçoit régulièrement à Windsor, où il la divertit elle et ses dames d'honneur par des conversations humoristiques, et attend souvent avec impatience ses visites. À l'occasion de son départ pour l'Irlande à la fin du mois de afin d'y apaiser les troubles locaux, organise auparavant de magnifiques tournois à Windsor en l'honneur de sa jeune épouse et lui fait ensuite ses adieux. Avant son départ, il fait démettre de ses fonctions Philippa de Coucy au profit d'Aliénor Holland, épouse de Roger Mortimer, renvoie une bonne partie de la suite française de son épouse, qui n'a désormais pour compatriotes qu'une seule dame de compagnie et son confesseur, et fait déplacer pour sa protection Isabelle du château de Windsor vers celui de Portchester, situé dans le Hampshire. Ce remaniement brusque au sein de la suite de sa fille suscite l'indignation de et de la cour de France, qui se dissipe pourtant rapidement. Ayant nommé son oncle Edmond, duc d'York, régent en son absence, embarque ensuite pour l'Irlande le , tandis qu'Isabelle demeure à Portchester : les deux époux ne se reverront jamais.
Chute de et retour en France En l'absence de , son cousin Henri Bolingbroke, banni depuis et privé de son héritage à la mort de son père Jean, duc de Lancastre, le , revient de son exil en France avec quelques partisans et débarque le sur la côte du Yorkshire. Proclamant son intention de se faire restaurer dans son héritage, il reçoit un soutien inattendu au sein de la noblesse locale et conduit son armée vers Bristol, où s'est établi le duc d'York. Ce dernier fait parallèlement déplacer par sécurité Isabelle vers le château de Wallingford, plus fortifié que celui de Portchester, avant de rencontrer Henri le et de se rallier à sa cause. Abandonné par ses soutiens, revient en Angleterre seulement le et se réfugie au château de Conwy, avant de négocier avec son cousin et de le rencontrer au château de Flint le . Devenu effectivement le prisonnier d'Henri, il est ramené sous haute escorte à Londres et est enfermé à la Tour de Londres, avant d'être forcé d'abdiquer en faveur de son cousin le . Après sa déposition, le roi déchu est secrètement conduit en captivité au château de Pontefract, souffrant selon le chroniqueur Jean Creton de sa séparation avec son épouse. Isabelle de France est quant à elle brièvement installée au château de Leeds, avant de recevoir l'ordre du nouveau roi de s'établir dans la résidence de Richard Mitford, évêque de Salisbury, à Sonning.
Peu après son avènement, envoie plusieurs ambassadeurs auprès de afin de requérir son accord pour le mariage d'Isabelle avec son fils aîné et héritier Henri, prince de Galles, mais le roi de France refuse de le reconnaître comme roi d'Angleterre et renvoie ses émissaires. Au début du mois de , des partisans de tentent d'assassiner et de restaurer l'ancien souverain : ils rendent visite à Isabelle de France à Sonning et lui promettent la libération imminente de son époux. Toutefois, la révolte est étouffée promptement par et les conjurés sont exécutés. Aux alentours du , l'ancien roi meurt en captivité à Pontefract, peut-être assassiné sur ordre de son successeur, mais son trépas est pour l'instant caché à Isabelle. Cette dernière est transférée au village de Havering-atte-Bower, situé dans l'Essex, et est tenue sous haute surveillance sur ordre d'. exige à présent le retour de sa fille et le remboursement d'une partie de sa dot, à l'exception des versées à en 1396, mais refuse cette seconde demande et rappelle le paiement dû pour la colossale rançon du roi de France , capturé à la bataille de Poitiers en 1356. Bien qu'il retarde au fil des mois suivants les négociations avec , n'ose pas ignorer complètement les demandes formulées par la France et hésite à répudier la trêve conclue par en 1396.