L’offensive Siniavino (en , ) est une opération militaire planifiée par l'Union soviétique au cours de l'été 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, destinée à briser le blocus allemand de Leningrad, assiégée depuis près d'un an, en établissant une voie de ravitaillement sécurisée. Elle porte le nom du village de Siniavino sur la rive sud du lac Ladoga. À la même époque, les forces allemandes planifient l'opération « Aurore boréale » (en ) pour s'emparer de la ville et faire la liaison avec les forces finlandaises. Pour cela, d'importants renforts ont été envoyés par les Allemands depuis Sébastopol, qui venait d'être capturée en . Dans les deux camps, on ignore les préparatifs de l'ennemi, et, lorsque la lutte s'engage, la surprise est totale pour les deux adversaires.

La première offensive est déclenchée le par les troupes soviétiques du front de Leningrad suivie, le , par l'offensive principale du front de Volkhov. À partir du , les Allemands déplacent leurs forces prévues pour leur propre offensive afin de s'opposer à l'avancée soviétique. Les contre-attaques allemandes échouent mais les forces soviétiques ne peuvent plus progresser. Le , après dix jours de , l'armée allemande renforcée de manière significative, lance une contre-offensive. Après cinq jours de combats acharnés, les forces de la réussissent à faire leur jonction et reprendre la percée opérée par l'Armée rouge.

De violents combats continuent jusqu'au , alors que les forces soviétiques se replient pour échapper à l'encerclement allemand. À partir du , la ligne de front est revenue à sa position d'avant la bataille. En fin de compte, l'offensive soviétique est un échec mais elle a infligé de lourdes pertes aux Allemands. En novembre, les renforts allemands et d'autres unités du groupe d'armées Nord sont retirés pour faire face à la situation à Stalingrad et l'opération Nordlicht est abandonnée.

Contexte

Le siège de Leningrad commence au début de l'automne 1941. Le les forces allemandes et finlandaises encerclent la ville, coupant toutes les voies d'approvisionnement de Leningrad et de ses banlieues. Toutefois, l'offensive sur la ville échoue et Leningrad est assiégée. Pendant l'hiver 1941-1942, la ville est partiellement ravitaillée par la « route de la vie » empruntant le lac Ladoga alors gelé, ce qui permet aux défenseurs de continuer à résister. Toutefois, le siège de Sébastopol se termine le par la prise de la ville par l'armée allemande. La allemande est maintenant libre d'affectation et Hitler décide qu'elle sera utilisée pour l'assaut contre Leningrad.

Les forces soviétiques essaient de lever le siège pour minimiser les dommages infligés à la ville et à la population civile. Les acheminements vers la région sont souvent gênés par des frappes aériennes régulières, allemandes et finlandaises. Plusieurs petites offensives soviétiques sont lancées dans la région en 1942 mais elles échouent. La dernière offensive, près de Liouban, est un désastre et conduit à l'encerclement et à la destruction de la plus grande partie de la de choc soviétique. Néanmoins, l'ouverture d'une voie de ravitaillement vers Leningrad est absolument vitale et les préparatifs pour une nouvelle offensive commencent presque immédiatement après la défaite de Liouban.

Les préparatifs

La région au sud du lac Ladoga est une zone très boisée avec de nombreuses zones humides (notamment des tourbières), en particulier près du lac. Ces deux facteurs gênent beaucoup la mobilité de l'artillerie et des véhicules dans la région. En outre, la forêt empêche les observations visuelles. Un point stratégique est constitué des hauteurs de Siniavino qui surplombent d'environ les terrains plats environnants, qui sont l'un des rares endroits secs et déboisés permettant une bonne observation. La ligne de front a très peu changé depuis que le blocus a été établi ; les forces allemandes ont construit un réseau dense de sites défensifs reliés entre eux par des tranchées et protégés par de vastes zones d'obstacles positionnées sous le feu de l'artillerie et des mortiers.

Les plans allemands

Le plan pour s'emparer de Leningrad au cours de l'été ou de l'automne 1942 figure dans la directive Oberkommando der Wehrmacht (ou « OKW 41 ») du . Cette dernière souligne que les principaux objectifs de la campagne estivale sur le front de l'Est sont de prendre Leningrad et d'atteindre le Caucase.

Au cours des discussions avec Hitler le , le commandant du groupe d'armées Nord, le feld-maréchal Georg von Küchler, lui présente plusieurs tactiques pour mener à bien cette directive. À la suite de ces discussions l'OKW commence le redéploiement de l'artillerie lourde venant de Sébastopol, y compris les batteries d'artillerie Dora et Karl, qui doivent aider à détruire les défenses soviétiques de la forteresse de Kronstadt. Le redéploiement est achevé le . Le même jour, la directive du Führer 45 inclut des ordres pour l'opération visant à ce que le groupe d'armées Nord s'empare de Leningrad au début du mois de septembre, opération nommée Feuerzauber (« Magie du feu »).

L'attaque doit être menée par les forces de la , qui sont disponibles à la suite de la prise de Sébastopol. En outre, l'OKH envoie le puissant d'armée aérien pour fournir un appui aérien aux forces terrestres. Le , l'opération est rebaptisée opération Nordlicht.

L'opération prévoit trois corps d'armée pour percer les défenses soviétiques au sud de Leningrad ; un corps doit ensuite isoler Leningrad des troupes soviétiques par le sud et l'ouest, tandis que les deux autres se dirigeront vers l'est et détruiront les forces soviétiques, entre la rivière Neva et le lac Ladoga. Ensuite, les trois corps pourront s'emparer de Leningrad sans combats de rue lourds.

Cela aurait pour effet de libérer des troupes engagées dans le siège pour les utiliser ailleurs et rendre la victoire sur le front de l'Est plus probable. Pendant ce temps, les Allemands se préparent aussi à la bataille de Stalingrad. La avait un total de 12 divisions sous ses ordres dans la région de Leningrad.

Les plans soviétiques

L'Union soviétique a tenté tout au long de 1942 de lever le siège. Même si les offensives de l'hiver et celle de Liouban n'ont pas réussi à briser le siège de la ville, seulement séparent le front de Léningrad du front de Volkhov. L'offensive aura pour but de relier les forces des deux fronts et d'établir une voie de ravitaillement de la ville. Parce que le front de Léningrad est le plus faible à cette époque, c'est au front de Volkhov de mener l'offensive, le premier se contentant de mener des attaques locales et de prendre des têtes de pont sur la Neva. La 8e armée (Union soviétique) du front de Volkhov est le fer de lance de l'attaque et le des fusiliers de la Garde est en deuxième ligne et la de choc reformée, en troisième ligne.

Contrairement aux opérations précédentes, les troupes soviétiques sont très bien équipées lors de cette offensive pour prendre en compte le terrain difficile et les importantes défenses qu'elles doivent affronter. La 8e armée (Union soviétique) est renforcée avec de l'artillerie et des chars. En moyenne, chaque division en première ligne est renforcée par un bataillon de chars, un régiment d'artillerie et une ou deux batteries Katioucha. Cela permet une densité de 60 à 100 canons et de 5 à 9 chars par kilomètre de ligne de front dans le secteur de pénétration. Les troupes disposent d'unités du génie pour améliorer leurs moyens de transport, ainsi que d'un grand nombre de pistolets mitrailleurs PPD-40 et PPSh-41.

Les armées en présence

Armée allemande Armée (Forces initiales présentes le ) Corps d'armée division d'infanterie division d'infanterie Corps d'armée division d'infanterie Corps d'armée division d'infanterie division de montagne division d'infanterie légère Armée (Forces supplémentaires arrivées après le ) Corps d'armée division d'infanterie division d'infanterie division d'infanterie division blindée division de montagne

Armée de l'air allemande Luftwaffenkommando Ost Luftflotte 1 Jagdgeschwader 54 Jagdgeschwader 77

Armée soviétique armée corps de fusiliers de la Garde division de fusiliers division de fusiliers de la Garde division de fusiliers de la Garde division de fusiliers de la Garde division de fusiliers brigade de chars corps de fusiliers de la Garde division de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de fusiliers brigade de chars de choc division de fusiliers brigade de fusiliers brigade de chars

Armée de l'air soviétique

La bataille

Aucun des deux camps n'est au courant de l'intention de l'adversaire de lancer une offensive et ne sait que l'ennemi amasse des forces dans la région. Les Allemands ne réalisent l'intensité de l'offensive soviétique que dans les jours qui suivent le début de l'attaque menée par la armée, le . Cela les oblige à réaffecter la et le Corps d'armée aérien à la défense de leurs positions et à abandonner les préparatifs de l'offensive sur Leningrad. De même, les forces soviétiques ne sont pas au courant du redéploiement de la à Leningrad et croient ne devoir affronter que les dix divisions de la . Ignorant le redéploiement des forces de Crimée, les forces soviétiques lancent une offensive alors qu'elles sont en infériorité numérique avant même que la bataille ne débute.

Offensive soviétique du front de Léningrad (19 au 26 août)

thumb|alt=Carte de la ligne de front avant l'attaque du Front de Volkhov.|La ligne de front avant l'attaque du front de Volkhov.

L'opération soviétique commence le , bien que des sources allemandes avancent des dates ultérieures. La raison est que l'offensive du front de Volkhov ne débute pas avant le . L'opération allemande devait, elle, commencer le . Le front de Léningrad lance son offensive le , toutefois en raison de ses moyens limités en hommes et en matériel, elle n'a pour seul but que de s'emparer et de développer des têtes de pont sur la rivière Neva, qui aideront à faire la jonction avec le front de Volkhov. Les Allemands ne la considèrent pas comme une offensive majeure parce que le front de Léningrad a déjà monté plusieurs offensives locales en juillet et début août. Le , le général allemand Franz Halder note dans son journal « des attaques locales, comme d'habitude » dans la région. Par conséquent, aucune mesure supplémentaire de défense n'est prise par les Allemands.

Offensive soviétique du front de Volkhov (27 août au 9 septembre)

L'offensive du front de Volkhov commence le au matin. L'importance des forces soviétiques surprend l'ennemi et permet à l'armée soviétique de profiter d'une supériorité significative aussi bien en hommes, qu'en chars et pièces d'artillerie dès le premier jour des combats. La Armée remporte un premier succès en pénétrant et en dispersant la première ligne de défense allemande de la division d'infanterie, avançant de 3 km le premier jour, au niveau de l'attaque principale. Cependant les tentatives initiales d'avancer sur les flancs échouent en raison de la forte résistance allemande. Le commandement allemand réagit en redéployant la de montagne et la d'infanterie légère de leurs zones de rassemblement pour l'opération vers la zone de l'offensive soviétique. Les premiers éléments de la division d'infanterie allemande qui viennent tout juste d'arriver à Mga, rejoignent également le front. En outre, Hitler détourne la de montagne, acheminée par voie maritime vers la Finlande, au lieu de l'Estonie.

thumb|alt=Carte de l'avancée maximale du front soviétique.|L'avancée maximale du front soviétique.