vignette|Exemple de dessin inspiré du Yuri Le , aussi appelé , désigne dans la culture populaire japonaise un genre d’œuvres de fiction centré sur les relations intimes entre femmes, qu'elles soient émotionnelles, sentimentales ou encore sexuelles. Ce genre ne se limite donc pas seulement au lesbianisme puisqu'il concerne aussi d'autres types de relations intimes comme peuvent l'être des liens spirituels ou encore des relations fusionnelles entre femmes. Le terme est couramment employé dans le monde du manga et de l'anime, mais il est aussi parfois utilisé dans le cadre des jeux vidéo, de la littérature ou encore du cinéma. L'équivalent masculin du est le .

Le est perçu comme l'héritier du , un genre littéraire féminin du Japon du début du , avec lequel il partage de très nombreux points communs. Le en tant que tel apparait au tout début des années 1970 dans les mangas, avant de s'étendre au fil des décennies à toutes les démographies du manga puis à d'autres types de média que le manga.

Thématiques et généralités Le traite des relations intimes entre femmes ; il s'agit là d'une définition vague pour un genre aux frontières floues où se mélangent l'amour, l'amitié, l'adoration et la rivalité, et pour lequel le terme est bien trop limitatif par rapport à la variété des situations traitées par le . James Welker, de l'université de Kanagawa, résume la situation par cette phrase : La question de savoir si telle protagoniste de est lesbienne/bisexuelle ou non ne peut être tranchée que si elle se décrit elle-même par ces termes. Or, la plupart des préfèrent ne pas définir la sexualité de leurs personnages, laissant l'interprétation au lecteur/spectateur.vignette|alt=Dessin manga couleur, représentant une jeune fille en uniforme scolaire noir qui enlace par surprise une autre élève.|Les relations entre élèves d'établissement scolaire sont l'un des thèmes récurrents du yuri.Historiquement et thématiquement lié au , le s'est, depuis son apparition au début des années 1970, étendu à toutes les cibles démographiques du manga. Ces dernières exploitent tous les types de , cependant Erica Friedman, éditrice américaine et spécialiste du manga, note quelques tendances générales dans les thématiques abordées :

Les optent pour des mondes fantaisistes voire irréels avec des sentiments forts qui peuvent tourner à et une idéalisation de la figure de la tandis que les se veulent plus réalistes en traitant des problèmes que rencontrent les couples féminins de même sexe. Les et utilisent quant à eux le pour mettre en scène des romances légères entre les deux figures de la et de la . Toutefois, la plupart des magazines de prépublication dédiés exclusivement au ne suivent aucune démographie. Ainsi, on peut y trouver un manga qui traite d'une romance innocente entre deux adolescentes auquel succède un manga explicitement sexuel.

Contrairement à son alter ego où les représentations graphiques et explicites du rapport sexuel entre hommes sont courantes, elles sont bien plus rares dans le monde du . La majorité de ces œuvres ne vont pas plus loin que les baisers ou la caresse des seins, l'accent étant mis sur la .

Pour l'autrice Rica Takashima, les fans de occidentaux ne sont pas les mêmes et ne recherchent pas la même chose que les fans japonais, ceci pour des raisons culturelles. Selon elle, les Occidentaux s'attendent à trouver dans le des quand les Japonais préfèrent . Cela explique une certaine différence de traitement des œuvres ; par exemple en Occident est un avec quelques éléments , cependant qu'au Japon il est considéré comme un par les magazines . En effet, les relations entre les différentes sont suffisamment ambiguës pour laisser l'imagination faire son travail et créer de nombreux couples imaginaires. Verena Maser, spécialiste du Japon, dit que est ainsi même s'il n'a pas été créé en ce sens ; il est généralement considéré que ce sont les fans, plus que les éditeurs, qui font d'une œuvre un .

C'est sur ce point que Verena Maser voit la principale différence entre les fictions et les fictions lesbiennes : les fictions lesbiennes s'intéressent généralement au processus d'auto-identification et d'affirmation des protagonistes en tant que lesbiennes ou bisexuelles quand le s'appuie essentiellement sur les non-dits et la subjectivité.

Définitions Il existe trois termes pour décrire les œuvres de type : , et . Les définitions de ces trois termes sont plutôt floues et ils ne sont pas forcément utilisés de la même façon au Japon et en Occident. Yuri

Au Japon Le mot désigne le lys, et plus particulièrement le lys blanc, qui est de facto devenu le symbole du genre . Depuis le romantisme japonais, le lys est associé à l'image de la femme idéale, symbolisant les deux concepts de la beauté et de la pureté.

Les premiers usages du terme pour décrire des relations intimes entre femmes apparaissent pendant les années 1970 : en 1976, le magazine gay a intégré une colonne nommée et rassemblant des lettres du lectorat féminin, que ces dernières soient lesbiennes ou non... Une théorie alternative veut que ce soit plutôt le magazine gay qui, dans les années 1980, ait associé le terme au lesbianisme, avec sa colonne dédiée aux rencontres entre femmes.

À partir des années 1990, le terme s'est vu associé à la pornographie lesbienne, notamment à travers le magazine manga (1996-1999) qui était essentiellement constitué de contenu pornographique entre femmes, tout en employant une très forte symbolique construite autour du lys. Ce n'est qu'à partir des années 2000 que les éditeurs de mangas commencent à utiliser le terme , notamment à travers la création du magazine en 2003.

Le entretient des relations ambiguës avec la pornographie et le lesbianisme. Ainsi, l'héritage du lui renvoie une image de pureté et d'innocence bien éloignée du désir sexuel, tandis que son usage pendant les années 1980 et 1990 renvoie à un contenu lesbien et pornographique, donnant une vision bien plus sexualisée au genre. De fait, les avis des éditeurs et des journalistes divergent pour savoir s'il intègre ou non les œuvres pornographiques, et sur la frontière exacte entre le et le contenu purement lesbien.

En Occident vignette|Section "Yuri" à la librairie Lesbienne et Féministe "Violette&Co" à Paris Le terme apparaît en Occident au cours des années 1990. L'Occident n'ayant pas connu l'influence du , le terme est très vite associé au lesbianisme de façon quasi-exclusive. L'usage du terme est parfois limité au contenu le plus sexuellement explicite quand le terme désigne le contenu non-sexuel.

Le terme wasei-eigo apparaît au Japon au cours des années 2000, principalement chez les éditeurs. Il est généralement considéré comme un synonyme au mot . Toutefois, une nuance est apparue en 2011 avec l'anthologie de mangas qui contient du contenu purement érotique, s'opposant à la vision d'innocence et de pureté associée au . Mais si cette distinction entre les deux termes possède une certaine réalité au Japon, elle ne s'est pas systématisée, et les deux mots restent employés de façon interchangeable.

En Occident Le terme apparaît en Occident dans les années 1990 en parallèle du terme . Il est employé afin de faire la symétrie avec la distinction qui a cours dans les mangas gays, entre le et le . Ainsi est interprété comme voulant dire , et désigne le ne possédant peu ou pas du tout de contenu sexuel.

Au Japon Au Japon, l'expression a une tout autre signification et ne possède aucun lien avec le manga ou la littérature. Le terme est interprété comme voulant dire , renvoyant à l'image de l'homme adulte qui aime les petites filles.. Ainsi le terme désigne pour les Japonais une forme de pédophilie et est très négativement connoté. Un synonyme de est .

Histoire Avant 1970 : le

Le discours japonais considère que le plonge ses racines dans la littérature du début du . Le traite de relations intimes entre adolescentes, ces relations sont intenses mais platoniques, de plus elles sont limitées à l'adolescence ; il est supposé que lorsque les filles arriveront à l'âge adulte elles se marieront avec un homme.

Le se développe très rapidement dans la littérature d'avant-guerre. Comme les mangas des années 2000, le était publié dans des magazines qui, dans les années 1930 faisaient entre 300 et , essentiellement constitués de . Après la guerre, le commence à apparaitre dans les mangas, ce qui n'empêche pas un déclin important du genre, irrémédiablement remplacé par les romances filles-garçons.

Traditionnellement, le se déroule dans des écoles de jeunes filles privées, souvent chrétiennes, un monde homosocial réservé aux femmes. Il traite d'une relation entre deux filles ou femmes d'âge différent, la plus âgée est qualifiée de quand la plus jeune est qualifiée de , et elle concerne deux élèves de l'école, ou plus rarement une élève et sa professeure.

Pour Erica Friedman, le est à l'origine de nombreux lieux communs que l'on retrouve dans le moderne, elle cite l'utilisation du terme , la , les écoles privées chrétiennes ou encore ... Verena Maser note que les principales notions qui ressortent des sont la et , qui se retrouvent régulièrement dans le .

Les principales œuvres reconnues influentes pour le moderne sont les romans (1919) et (1916-24) par Nobuko Yoshiya, le roman (1938) par Kawabata Yasunari et Tsuneko Nakazato ou encore le manga . (1957) par Macoto Takahashi.

Selon la façon dont est perçu le genre , il peut être considéré que le et le sont deux genres distincts, que le forme un « proto- » ou encore que le fait partie intégrante du .

1970-92 : En 1970 est publié par Masako Yashiro un manga nommé . Ce manga raconte l'histoire d'un triangle amoureux parfait entre deux filles et un garçon et est considéré comme le premier manga non- qui traite d'une relation intime entre femmes, faisant de celui-ci le premier . Mais le manga et son autrice sont aujourd'hui peu connus. La plupart des chroniques.. considèrent que le est le manga par Ryōko Yamagishi, daté de 1971.

Sur les 20 années qui suivent, une petite dizaine de mangas sont publiés, la plupart concentrés dans les années 70..

La majorité des de cette époque sont des tragédies, se terminant par une séparation ou la mort, des relations vouées à l'échec. Yukari Fujimoto, de l'université Meiji, considère que est devenu le prototype de la romance pendant les années 1970 et 1980. Elle le nomme le prototype où Candy incarne une fem qui admire Rose, un personnage de type butch. La relation entre Candy et Rose fait l'objet de rumeurs et même de chantages. Malgré cela les deux femmes finissent par accepter leur relation. L'histoire se termine par la mort de Rose qui se sacrifie afin de protéger Candy du scandale.

Par leur faible nombre et la fin tragique de ces , le magazine a qualifié cette époque d' du quand Verena Maser considère que c'est une époque de . Plusieurs théories ont vu le jour pour expliquer la tendance tragique des de cette époque : Frederik Schodt, traducteur américain de manga, considère que les de cette époque étaient pour leur majorité des tragédies, qu'ils soient ou non des . James Welker préfère voir dans ces histoires des éléments de la (où le personnage refuse ses propres sentiments et désirs lesbiens.). Verena Maser suggère que la disparition du a supprimé le seul contexte où des relations intimes entre femmes étaient possibles. Pour Yukari Fujimoto, c'est le poids des qui écrase les désirs de ces femmes.

1992-2003 : la reconnaissance