Jean Ferrat (nom de scène de Jean Tenenbaum), né le à Vaucresson (Seine-et-Oise) et mort le à Aubenas (Ardèche), est un auteur-compositeur-interprète français. Auteur de chansons à texte, il alterne durant sa carrière chansons sentimentales, chansons poétiques et chansons engagées et est souvent confronté à la censureJean Ferrat, la liberté pour muse, La Croix, 14 mars 2010.. Reconnu pour son talent de mélodiste, il met en musique et popularise de nombreux poèmes de Louis Aragon dont il avait obtenu l'approbation.
Compagnon de route du Parti communiste français, il s'en démarque toutefois sur différents sujets..
Bien qu'il soit peu présent dans les médias et qu'il se soit retiré de la scène à l'âge de , cet ardent défenseur de la chanson française connaît un grand succès critique et populaire.. Apprécié d'un large public, Jean Ferrat est considéré, à l'instar de Léo Ferré, Georges Brassens ou Jacques Brel, comme l'un des grands noms de la chanson française.
Biographie Jeunesse Origines familiales et enfance Né à la fin de l'année 1930 à VaucressonActe de naissance de Jean Tenenbaum, reproduit dans Colette Ferrat, Jean Ferrat, Michel Lafon, 2011, ., Jean Ferrat est le fils de Mnacha Tenenbaum (1886-1942), un Juif russe, immigré en France en 1905 et naturalisé français en 1928, et d'Antoinette Malon (1888-1964), une Parisienne issue d'une famille auvergnate.
Pendant la Première Guerre mondiale, Mnacha Tenenbaum, ouvrier joaillier de métier, est engagé volontaire et affecté comme ajusteur dans un atelier d'aviationDoan Bui et Isabelle Monnin, Ils sont devenus français, Points, 2010, .. C'est à cette époque qu'il rencontre Antoinette Malon, ouvrière dans une entreprise de fleurs artificielles, et qu'il épousera le Mariage de Mnacha Tenenbaum et Antoinette Malon le 8 décembre 1917 dans le de Paris (acte , disponible à la mairie du , non disponible en ligne).. Après son mariage, elle quitte son emploi pour élever ses enfants : Raymonde (née en 1916 à ParisRaymonde Tenenbaum est née le 17 juillet 1916 (acte de naissance , disponible à la mairie du , non disponible en ligne). Cf. aussi Archives départementales des Hauts-de-Seine, recensements de 1921, 1926, 1931, Vaucresson, cote 9M941/2.), André (né en 1918 à Draveil), Pierre (né en 1925 à VaucressonPierre Tenenbaum est né le 20 mars 1925 ; cf. acte de naissance, AD 92, cote 4E/VAU_9 (naissances 1913-1927), non disponible en ligne.) et Jean (né en 1930 à Vaucresson)Cf. Ghislain Debailleul, Biographie de Jean Ferrat, utilisant les données de deux revues : (a) Je chante !, (hiver 1994-1995) ; (b) Paroles et Musique, (février 1981), texte Putain de chanson (par Fred Hidalgo), page consultée le 21 mars 2010..
Peu après la fin de la guerreVoir le recensement de 1921, à Vaucresson : les Tenenbaum ont dû venir entre 1918 et 1921 de Draveil, lieu de naissance d'André en 1918, à Vaucresson., la famille s'installe à Vaucresson dans une maison particulièreAvenue de Vaucresson, « Villa Raymonde » ; photographie dans Colette Ferrat, Jean Ferrat, .. Mnacha est artisan joaillier et compose pièces et parures pour des commanditaires parisiensArtisan joaillier : son atelier se trouvait au 132, rue de Turenne, dans le . Voir Ils sont devenus français.. À l'époque de sa naturalisation (), il est assez aisé pour régler la totalité des droits afférentsIbidem, ., assez élevés.
En 1935, la famille quitte Vaucresson et s'installe à VersaillesAu 3, avenue de Saint-Cloud.Voir Klarsfeld, 2012.. Chez les Tenenbaum, on apprécie la musique et le chant. Jean Ferrat confiera :
Seconde Guerre mondiale Jean est fortement marqué par l'Occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondialeSur ces années, Jean Ferrat s'exprime peu. Il déclare pourtant lors d'une émission de télévision à Bernard Pivot : Source : Raoul Bellaïche, livret du coffret « Jean Ferrat intégrale Decca Barclay », 2010, Universal Music France, et 2..
Son père, qui est de nouveau engagé volontaire en 1939Ils sont devenus français, . Les auteurs ne précisent pas son affectation., est cependant touché par les mesures antijuives du statut des Juifs imposé par le gouvernement de Pétain (1940 et 1941). En 1942, il est astreint au port de l'étoile jaune, mais se croit protégé par son statut de Français (et d'époux d'une non-juive)La rafle du concernait les Juifs étrangers, à l'exclusion de ceux conjoints de non-Juifs. : il refuse de partir pour la zone libreIls sont devenus français, , citant Brierre, Jean Ferrat.. Peu après, durant l'été 1942, il est arrêté et interné au camp de Drancy, puis déporté par le du à Auschwitz, où il est assassiné.Voir Serge Klarsfeld, Mémorial de la Déportation des Juifs de France : listes alphabétiques par convois des Juifs déportés de France, historique des convois de déportation, statistiques de la déportation des Juifs de France…, Association , Paris, 2006-2008. dans le cadre de la Solution finaleLe , Mnacha Tenenbaum est reconnu officiellement (cf. « Arrêté du 19 avril 1996 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès (NOR: ACVM9640007A) », dans le Journal officiel de la République française (JO), , , page consultée le . (plus tard, Ferrat évoquera la disparition de son père, bien après sa chanson Nuit et brouillard, dans la chanson Nul ne guérit de son enfance - album Dans la jungle ou dans le zoo). La dernière adresse de Mnacha Tenenbaum est au 3 avenue de Saint-Cloud dans le 16e arrondissement de Paris.
L'enfant est caché un moment par des militants communistes, puis sa famille (Jean, sa mère, sa sœur et ses frères) se réfugie en zone libre, à Font-RomeuLaure Moysset, Jean Ferrat, l'enfant de Font-Romeu », dans L'indépendant, , page consultée le .. Il y reste deux ans, et y fait sa sixième et sa cinquième, puis retourne vivre à Versailles avec sa tante. Il entre le en cinquième moderne au collège Jules-Ferry (aujourd’hui lycée Jules-Ferry)D'après la date sur sa fiche d'entrée dans l'établissement (l'adresse indiquée pour son domicile est le 3, avenue de Saint-Cloud) et les indications de sa fiche « Résultats obtenus », documents consultables sur le site de l'Amicale Jules-Ferry Versailles (JEAN FERRAT, élève à Jules Ferry (1943-1947). Son adolescence). En 1992, il devait dédier un poème à son ancien bahut : Au lycée Jules-Ferry..
En , la famille décide de les faire revenir en Cerdagne afin d'éviter les affrontements qui s'annoncent, liés à la Libération. Mais, arrivés à Perpignan, ils reçoivent l'instruction de ne pas terminer le trajet : sa sœur est retenue par la Gestapo à la citadelle de Perpignan, tandis que l'un de ses frères se cache dans la montagne et que sa mère est interrogée par la Gestapo. Jean et sa tante logent alors à l'hôtel pendant un peu plus d'un mois, jusqu'à ce que sa sœur soit libérée. La famille gagne alors Toulouse, où elle est hébergée un temps par les parents de la belle-sœur de Jean, puis par une famille de paysans dans l'Ariège, grâce aux réseaux de résistants dont fait partie le beau-père de Pierre Tenenbaum, Marcel BureauLe beau-père de Pierre Tenenbaum (frère aîné de Jean) est Marcel Bureau, qui est notamment président du Comité juif d’action sociale et de reconstruction (COJASOR) — voir : ..
Débuts professionnels divers Après avoir effectué une seconde (filière moderne), il doit quitter le collège Jules-Ferry pour aider financièrement sa familleSource : poème intitulé « Au Lycée Jules Ferry », in JEAN FERRAT, élève à Jules Ferry (1943-1947). Son adolescence : .. Sans diplôme ni expérience, il est embauché comme aide-chimiste dans un laboratoire spécialisé dans le Bâtiment et les Travaux Publics à Paris, Paris, Antenne 2, interview du 2 novembre 1985 (3 min 35 s) — Vidéo Ina — Jean Ferrat, la jeunesse et la famille — Archives vidéos : Ina.fr. Document intégral, consulté le 27 mars 2010.. De manière à progresser, il prend des cours du soir puis poursuit pendant plusieurs années un cursus au Conservatoire national des arts et métiers en vue de devenir ingénieur chimiste, ceci tout en prenant des cours de théâtre et en expérimentant l'interprétation et l'écriture musicale. En 1954, il quitte le métier de chimiste pour pouvoir se consacrer pleinement à la vie artistique et la chanson, menant la vie de bohème et fréquentant les cabarets parisiensMartin Pénet, FERRAT Jean [TENENBAUM Jean, dit, maitron.org : ..
Carrière musicale Débuts (Vogue, RCA & Decca) Attiré par la musique, le théâtre et le classique, il entre dans une troupe de comédiens au début des années 1950, compose quelques chansons et joue de la guitare dans un orchestre de jazz. Il passe alors sans grand succès quelques auditions, fait des apparitions au cabaret sous le nom de Jean Laroche, et, ne se décourageant pas, décide de se consacrer exclusivement à la musique.
En 1956, il met en musique Les Yeux d'Elsa, poème de Louis Aragon dont il sera toute sa vie l'admirateur... C'est André Claveau, alors fort en vogue, qui interprète la chanson et apporte ainsi un début de notoriété à Jean, qui se produit très régulièrement au cabaret parisien La Colombe de Michel Valette, en première partie de Guy Béart. La même année, une jeune chanteuse, Christine Sèvres, dont il a fait la connaissance, reprend quelques-unes de ses chansons. À partir de fin 1957, il vit avec elle, tout d'abord chez les Tenenbaum, rue des Pyrénées, puis à IvryChristine Sèvres, biographie, sur le site Muroles et Pazique..
En 1957, il chante, en s'accompagnant à la guitare, dans quelques cabarets de la Rive gauche : Milord l'Arsouille, La Colombe, L'Échelle de Jacob, La Rôtisserie de l'AbbayeBiographie de l'auteur, sur le site jean-ferrat.com..
thumb|Jean Ferrat (à droite) et son ami Guy Thomas. En 1958, il sort chez Vogue son premier 45 tours EP, qui ne rencontre cependant guère de succès.
Sa rencontre en 1959 avec Gérard Meys, qui deviendra son éditeur et son ami, lance sa carrière. Il signe alors un contrat chez Decca avec Daniel Filipacchi et, l'année suivante, sort son second 45 tours EP avec la chanson Ma Môme, qui devient son premier succès en passant sur toutes les ondes. Quasiment en même temps, RCA publie un 45 tours EP des quatre chansons qu'il a enregistrées sous le pseudonyme de Noël Frank. Le disque n'a aucun succèsFrank Noël et sa discographie, échange sur le forum spécialisé encyclopedisque.fr..
Après avoir vu sur une carte de France la ville de Saint-Jean-Cap-Ferrat, il décide de prendre le nom de Jean Ferrat., après le nom de Jean Laroche déjà utilisé sur scène par un autre artiste.
Une autre rencontre décisive aura lieu avec le musicien Alain Goraguer, qui signe ses premiers arrangements (sous le pseudonyme de Milton Lewis, pour des raisons contractuelles), lequel deviendra l'arrangeur des chansons de tous ses albums.
Le photographe Alain Marouani, rencontré chez Eddie Barclay, suivra Ferrat durant toute sa carrière en signant la très grande majorité de ses photos.
En 1961, il rencontre Zizi Jeanmaire, pour laquelle il écrit Eh l'amour, Mon bonhomme. Elle l'engage comme vedette américaine (première partie) de son spectacle à l'Alhambra, le premier music-hall où il chantera. Il y reste six mois et abandonne alors sa guitare pour l'orchestre.
Son premier , Deux enfants au soleil, sort en 1961 et reçoit le prix de la SACEM.
Commence alors sa longue carrière, émaillée de difficultés avec la censure exercée par les dirigeants de la radio et de la télévision. En effet, Ferrat a toujours été un chanteur engagé à l'esprit libre. Il met en musique ses propres textes, ceux de ses paroliers ou ceux d'amis poètes, dont notamment Henri Gougaud, Georges Coulonges ou Guy Thomas.