Pierre, comte Daru, né à Montpellier le et mort aux Mureaux au château de Bescheville le , est un homme d'État et homme de lettres français. Comte d'Empire, il est l'homme dont Napoléon à Sainte-Hélène résumait l'éloge en ces termes : « Il joint le travail du bœuf au courage du lionCharles Mullié, . »

Biographie

Jeunesse Pierre-Antoine-Noël-Mathieu Bruno Daru est né sous l'Ancien Régime, dans une famille anoblie en 1769 grâce à la charge de capitoul de Toulouse exercée par son père Noël Daru, également avocat, premier secrétaire de l'intendance du Languedoc et époux de Suzanne Périés. Après Pierre, le couple a quatre autres enfants qui atteindront l'âge adulte, dont trois filles. À l'âge de 10 ans, Pierre Daru est envoyé au collège oratorien de Tournon avant de revenir en à Montpellier où il restera jusqu'en 1791. Il appartient très tôt à une des sociétés littéraires de la ville et intègre, grâce à son père, le bureau militaire de l'intendance en tant que commis. Tout en assurant cette mission, il intègre la faculté de droit.

Le , grâce aux démarches de Noël Daru auprès du secrétaire d'État de la Guerre, au soutien de Monsieur de Saint-Priest et à l'achat — possiblement avec l'aide de Louis XVI — de la charge pour , Pierre Daru devient commissaire provincial des guerres et sous-lieutenant dans une compagnie de canonniers-gardes-côtes, compte-tenu alors de l'obligation d'être officier pour être commissaire. Rapidement, il obtient de travailler auprès de Monsieur de Causan, le commissaire ordonnateur du Languedoc. En 1785, tout en continuant ses études juridiques, il assure l'intérim du commissariat des guerres à Tournon. Dans le même temps, il s'est affilié à une nouvelle société littéraire et écrit beaucoup — une comédie, un opéra, un vaudeville, des poèmes, des traductions —, mais pas forcément bien d'après la critique.

En 1787, il rédige un mémoire intitulé Travail général sur les étapes dans la province du Languedoc dont les propositions sont approuvées par le Conseil de la Guerre après rapport du comte de Guibert. À la suite d'une réforme par ordonnance du corps de l'intendance, Pierre Daru devient, le , premier-élève.

Service sous la Révolution française L'année suivante, il fonde une « société populaire » et intègre la Garde nationale. À la mi-1791, il profite d'une cure de sa mère à Sylvanès pour quitter Montpellier, se rendre ensuite à Narbonne où il obtient un passeport pour Paris.

Rapidement, il est affecté, par passe-droit, à un poste de commissaire ordinaire des guerres pour la région militaire dont le siège est à Rennes où il sera sous les ordres de Claude-Louis Petiet, commissaire ordonnateur et grand juge militaire. Dès le mois de juin, il remplace Petiet, muté, et ce jusqu'au début de l'année 1793 qui voit le retour de celui-ci. Pendant cette période, il doit faire face à de grandes difficultés du fait des perturbations de la logistique par les chouans. Du fait de l'inflation des effectifs et de la valeur limitée de nombreux commissaires, il propose la rédaction d'un manuel.

Le , il est arrêté et incarcéré quelques jours pour avoir commis une imprudence dans un échange épistolaire. Son père est également arrêté et incarcéré jusqu'en octobre. Pierre Daru est finalement réintégré dans ses fonctions, toujours au côté de Petiet, au début de l'année 1795, puis remplace celui-ci en avril en tant que commissaire ordonnateur en chef pour les armées du général Lazare Hoche.

Fin , avec l'avènement du Directoire, le général Aubert du Bayet est nommé ministre de la Guerre. Il nomme le Pierre Daru à la tête de la division du ministère dont les missions recouvrent celle d'un cabinet ministériel et d'un secrétariat général. Sous l'autorité d'Aubert du Bayet puis, très rapidement, de Petiet, il fait réaliser une revue générale des troupes pour ne payer que ce qui est dû, collationne l'ensemble des textes réglementaires pris les années précédentes. Son service au ministère prend fin en même temps que celui de Petiet, remplacé par le général Schérer. Il consacre alors son temps libre à rédiger un mémoire faisant le bilan de l'action du ministre Petiet et à des œuvres littéraires, la traduction d'Horace en particulier.

De retour au service actif à partir du mois de , il occupe successivement les postes de : commissaire ordonnateur près de l'armée de Mayence commandée par le général Joubert ; chef des services de subsistances, transports et hôpitaux de l'armée d'Helvétie ; ordonnateur en chef de l'armée d'Helvétie (). Durant l'été 1799, il est finalement nommé à la tête d'une commission chargée d'apurer les comptes avec l'Helvétie.

Service sous le Consulat et l'Empire Consulat À la suite du coup d'État du 18 Brumaire, Louis-Alexandre Berthier est nommé ministre de la Guerre et confie à Daru la direction de la du ministère, division chargée de la gestion de l'ensemble du personnel. Il participe à la création de l'inspection aux revues, corps chargé de . Tandis que Petiet était nommé inspecteur général aux revues, Daru recevait quant à lui le grade d'inspecteur. Les dispositions de l'ordonnance de 1776 relative aux revues des troupes sont réactivées, permettant ainsi un meilleur contrôle des effectifs. Dans le même temps, l'artillerie est réorganisée, un conseil de santé et un directoire central des hôpitaux créés.

La relance de la guerre contre l'Autriche en amène l'affectation de Daru à l'intendance de l'armée de réserve chargée de la campagne d'Italie. Son nom figure dans la convention d'Alexandrie comme commissaire chargé de son exécution, au même titre que Dejean ou Mossel. Il s'occupe ensuite depuis la ville de Milan de l'approvisionnement des places jusqu'à son rappel à Paris le .

Il rédige un mémoire faisant le bilan de l'intérim exercé par Lazare Carnot puis un projet de réorganisation des armées pour le temps de paix avant d'être finalement nommé, en juillet, par un arrêté consulaire, à la tête de la division du ministère de la guerre faisant office de secrétariat général. Il n'occupe ce poste que sept mois jusqu'à la division du ministère entre les ministères de la guerre et de l'administration de la guerre. Sans poste, il est nommé le sept au Tribunat.

Au sein de cette assemblée, il défend vainement l'instruction religieuse lors du débat sur un projet de loi portant sur l'organisation de l'instruction publique puis prononce un discours le faisant l'éloge de la conscription par rapport au volontariat. À la fin de ce même mois de mai, il occupa les fonctions de secrétaire du Tribunat. Après avoir épousé le Alexandrine Nardot, jeune femme de 18 ans (il en a 35 pour sa part), il consacre le deuxième semestre de l'année 1802 à une étude sur le service de place. Au Tribunat, il prononce le un discours relatif au projet de loi sur la monnaie dans lequel il reprend les idées de Richard Cantillon. Le Tribunat approuve ce discours qui est même imprimé. Il est ensuite le rapporteur du projet de loi portant sur la levée des conscrits des ans XI et XII. Le , il présente un rapport sur les négociations entre la France et le Royaume-Uni, conclu par cette phrase : .

Le , Daru reçoit l'ordre d'organiser un camp de à Saint-Omer. En juin et août, il est nommé adjoint de Petiet, lui-même nommé successivement nommé ordonnateur en chef et commissaire général. Peu de temps après son élévation au grade de commandeur de la Légion d'honneur, il devient chef de sa famille à la suite du décès de son père le . Il est également invité à participer au sacre de Napoléon.

vignette|Portrait du comte Daru par Antoine-Jean Gros, 1813, château de Versailles.

Empire Napoléon souhaitant réformer l'organisation des forces terrestres, un nouveau code militaire devait être élaboré et présenté devant le Conseil d'État au début de l'année 1806 afin de . La responsabilité de cet imposant travail, quoique facilité par la mise à jour de nombreux textes les années précédentes, est confiée à Daru le qui est ensuite nommé conseiller d'État en service ordinaire le . Il est parallèlement nommé — le — intendant général de la liste civile de la maison de l'Empereur, succédant ainsi au comte de Fleurieu.

Le , tandis que Petiet est nommé intendant général de la Grande Armée, Daru en devient le commissaire général, Napoléon pensant le premier malade. Dans les faits, Daru n'eut pas véritablement à appliquer cette fonction tout comme il ne rédigea pas la légendaire dictée de Boulogne. Il prépare la venue de Napoléon au palais Rohan à Strasbourg, rédige un rapport sur la mise à disposition de la classe de 1806 et en fait lecture devant le Sénat le avant de recevoir un courrier de Berthier le lui ordonnant de rejoindre l'armée avec . Ayant rejoint l'armée début octobre, son activité sera consacrée à des tâches comptables, de consultations juridiques, de rédaction de règlements. Le , tandis que le général Clarke est nommé gouverneur général de l'Autriche, Daru en est nommé grand intendant avec notamment pour mission principale de lever les contributions de guerre puis d'exécuter le traité de Presbourg. Le , Daru arrive à Strasbourg où il assure les fonctions de Petiet, malade et qui mourra le .

Le , la classe de langue et littérature françaises de l'Institut de France, actuelle Académie française, élit Daru au fauteuil , décision approuvée par Napoléon le suivant. La réception de Daru a lieu le . Le , la Prusse étant entrée en guerre en août, Daru reçoit l'ordre de Napoléon de se rendre à Mayence afin de s'occuper de la mise en place des approvisionnements avant de rejoindre le quartier-général à Bamberg. Par décret du , il est nommé intendant général de la Grande armée ainsi que de la Prusse. Dans les faits, l'approvisionnement de la première se fait au détriment de la seconde et donc de sa population qui reporte sa haine sur DaruFrançoise Knopper/Jean Mondot (éd.), L'Allemagne face au modèle français de 1789 à 1815, Toulouse, 2008, 92.. Lors de la progression de l'armée en Pologne (Daru passera successivement de Berlin à Thorn en passant par Varsovie), il doit faire face à de grandes difficultés pour approvisionner les troupes, non seulement du fait de la rapidité de leur avancée, de la relative pauvreté des provinces traversée, mais également par l'application par les forces russes de la tactique de la terre brûlée et d'une guérilla visant les convois. Ces difficultés vont notamment aboutir à la création de l'arme du train des équipages. À la suite de la capitulation de Dantzig, Daru est chargé d'organiser la Poméranie.

Le , Daru est de nouveau envoyé en Prusse afin de lever les contributions imposées par le traité de Tilsit, mais il fait face à de grandes difficultés pour les récupérer. Cette mission ne prendra fin qu'à la toute fin de l'année 1808. En , il est chargé d'organiser l'entrevue d'Erfurt et est nommé comte de l'Empire par un décret en date du .

Dès son retour de Prusse, il remet en ordre la maison civile de l'Empereur avant d'être nommé, dès le , intendant général des armées d'Allemagne par un courrier de l'empereur qui lui demande pour le lendemain un rapport sur . Tout en dirigeant l'intendance des armées durant la campagne, il est également chargé à compter du et ce jusqu'au d'administrer les provinces autrichiennes. Il sera assisté dans ses fonctions par son frère cadet, Martial Daru, nommé intendant de Vienne, ainsi que par son cousin, Henri Beyle (Stendhal).