La chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction est une ancienne chartreuse datant du Moyen Âge, située à Villeneuve-lès-Avignon, dans le département du Gard en région Occitanie.
La chartreuse fait l'objet de multiples protections au titre des Monuments historiques, notamment le classement sur la liste de 1862..
C'est, depuis 1973, un Centre culturel de rencontre qui met en œuvre un projet culturel ambitieux : faire de ce lieu une Villa Médicis à la française. Lieu de création et de résidence d’auteurs dramatiques et de compagnies de théâtre travaillant sur le répertoire contemporain, la Chartreuse est un laboratoire des textes du théâtre actuel sous toutes ses formes, un creuset pour toutes les écritures artistiques. Son projet se développe depuis quelques années à l’international. Cette ouverture est encouragée par le Ministère de la Culture qui a conféré en 2019 à la Chartreuse l’appellation de « Lieu de référence pour les écritures dramatiques issues de la Francophonie ». La Chartreuse accueille chaque année 40 000 visiteurs (monument, expositions…), 20 000 spectateurs, une centaine d’auteurs et de nombreux artistes du spectacle..
Historique Travaux préalables (1342-1353) Après une carrière de juriste et de conseiller du roi de France Philippe VI, Étienne Aubert est nommé évêque de Noyon puis de Clermont et enfin cardinal le .. Dès cette nomination il achète rive droite du Rhône à Villeneuve-lès-Avignon une aire à battre les céréales située sur une petite élévation rocheuse qui appartenait à l'abbaye Saint-André. Il s'y fait construire une résidence cardinalice.
À la mort de Clément VI, Étienne Aubert est élu pape sous le nom d'Innocent VI le . Mais cette élection ne s'est pas déroulée sans difficultés : en effet les cardinaux proposèrent d'abord d'élire Jean Birelle, général des chartreux. Selon certains auteurs, Jean Birelle, dans sa grande humilité, déclina cette offre, pour d'autres auteurs le cardinal de Talleyrand-Périgord aurait fait comprendre à ses collègues que cette nomination aurait renouvelé l'erreur commise au conclave de 1294 avec l'élection de Célestin V, personnage certes vénéré mais qui n'était pas l'homme qui convenait pour diriger l'Église..
Dès cette élection, Innocent VI achète plusieurs parcelles adjacentes à l'est de son palais. Il fait construire le grand tinel (salle de réception) et la chapelle Saint-Jean-Baptiste qui sont décorés par l'artiste Matteo Giovannetti. Dans les comptes de la chambre apostolique, de nombreuses mentions font état du palais de Villeneuve et de la chapelle d'outre-Rhône pour diverses dépenses d'ameublement.
Fondation de la chartreuse Innocent VI, né au village des Monts sur le territoire de la commune de Beyssac où se trouvait la chartreuse de Glandier, était très attaché à cet ordre religieux. De plus, l'abnégation de Jean Birelle ne pouvait qu'inciter le pape à créer une nouvelle chartreuse. Dès le , il fait venir à Avignon deux religieux de la Grande Chartreuse manifestement pour un projet de création d'une maison à Villeneuve-lès-Avignon. De à , le pape fait procéder par l'intermédiaire de son neveu le cardinal Ardouin (ou Ardoin) Aubert à l'acquisition de terres situées à l'est de sa résidence villeneuvoise, et à des travaux d'embellissements, comme la réalisation des peintures de son ancienne salle d'apparat vers 1354-55. Le , une bulle papale porte fondation d'une chartreuse jouxtant son palais.
Il faudra quelques années pour construire le grand cloître dit du cimetière entouré de treize cellules de moines, le petit cloître dit du colloque, la salle capitulaire et l'église. La chartreuse paraît terminée quant au gros œuvre lorsque le pape officialise la fondation de la chartreuse et porte création d'une communauté comprenant douze prêtres, un prieur, quatorze convers et neuf domestiques. Au cours d'une grandiose cérémonie, l'église et le cloître sont consacrés le par le cardinal Guy de Boulogne en présence du souverain pontife, de douze cardinaux, de nombreux prélats et chapelains qu'accompagnait une foule de barons et de nobles. Le pape voulut être inhumé dans le monastère qu'il venait de fonder. Le , Innocent VI charge le prieur Pierre de la Porte de construire une chapelle pour abriter son tombeau. Celle-ci dédiée à la Sainte Trinité est élevée au sud de l'église ; elle forme une abside pentagonale prolongée d'une travée de nef. La fondation s'accompagne de nombreux cadeaux ; livres, peintures, orfèvrerie. La présence de ces objets précieux en chartreuse contrevenait à l'austérité de l'ordre, mais il n'était pas possible de refuser la volonté pontificale. Ce geste du pape ouvrit la voie à d'autres patronages prestigieux, parfois jugés intrusifs, dans le décor des chartreuses, comme à Champmol..
La poursuite de l'œuvre Le palais personnel du pape Innocent VI brûle en 1365. Le cardinal Étienne Aubert fils de Gautier Aubert, frère du pape, fait transformer en cellules les bâtiments qui avaient été construits par son oncle et qui n'avaient pas encore été intégrés à la chartreuse. Ce neveu mourra en 1369 et un autre neveu du défunt pape, également cardinal, Pierre de Selve dit de Monteruc (ou de Montirac), fils d'une sœur de celui-ci, terminera les travaux en réalisant le cloître Saint-Jean bâti à l'ouest du grand cloître et comportant douze nouvelles cellules. L'église est également agrandie. Pierre de Selve dit de Monteruc sera inhumé en 1385 dans une des chapelles qu'il avait fait construire.
La chartreuse la plus riche du royaume thumb|Le portail monumental. La générosité de la famille des Aubert permet à la communauté cartusienne d'accéder à la richesse. D'autres grandes familles locales font également don à la chartreuse de terres et de bâtiments.
Dès les premières décennies de sa fondation, la chartreuse reçoit des domaines étendus et rémunérateurs situés à proximité sur la rive droite du Rhône (Les Angles, Aramon), dans les îles du fleuve, sur la rive gauche (Carpentras, Bédarrides) mais aussi dans des régions plus éloignées relevant par exemple du diocèse d'Uzès. Ce patrimoine foncier s'agrandit au par l'acquisition des étangs asséchés de Pujaut. Cette dernière opération ne sera réalisée qu'après de grandes difficultés techniques et financières. De 1611 à 1712, les chartreux consolidèrent les travaux d'assèchement et cultivèrent la moitié de l'étang asséché ; ils produisirent du blé, de l'orge, de l'avoine, du raisin et des feuilles de mûrier pour l'élevage du ver à soie. Ces revenus confortables permirent aux chartreux d'embellir leur monastère et de distribuer régulièrement de la nourriture aux pauvres. En 1633, la chartreuse de Villeneuve fonde la chartreuse de Marseille.
En 1649, un projet de portail monumental, envisagé quatre ans plus tôt pour la chartreuse, est finalement réalisé par l’architecte François de Royers de la Valfenière. En 1660, Louis XIV, le franchit en grand cérémonial lorsqu'il se rend en visite à la chartreuse accompagné d'une nombreuse suite, dont le cardinal Mazarin. Le , les chartreux commandent trente-huit stalles pour le chœur de leur église au menuisier-sculpteur avignonnais Charles Boisselin.
Périodes modernes et contemporaines Les ordres monastiques ayant été supprimés par la loi de , le monastère est confisqué puis mis en vente et adjugé le pour francs à André Dufour de Pujaut qui n'arrive pas à en acquitter le prix. Le monastère est alors divisé en dix-sept lots et vendu au cours d'une deuxième adjudication qui a lieu le . Les bâtiments sont alors transformés en maison d'habitation ou utilisés à des fins agricoles ou d'élevage. Il se forma ainsi une sorte de cité à l'intérieur de Villeneuve-lès-Avignon. Dès lors, les lots ne vont cesser de se morceler en de nombreuses parcelles. Ainsi à la fin du , on compte sur l'ensemble des quinze hectares 286 parcelles dont plus de la moitié à l'intérieur de l'ancienne clôture.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le , un avion américain est abattu par l'armée allemande au-dessus de la Chartreuse. L'aviateur, du nom de Louis Capawana, tombe dans une cour de la Chartreuse ; son parachute reste accroché à une cheminée et il ne peut s'en dégager seul. Le gardien de la Chartreuse, Georges Puel, aidé de plusieurs personnes, réussit à le dégager et le cacher dans une des maisons du cloître du cimetière. Le soldat est exfiltré par l'Organisation de résistance de l'Armée qui possède alors un maquis dans la région et regagne la Corse huit jours plus tardPlaque informative placée dans une cour de la Chartreuse..
La réhabilitation En 1909, l'architecte Jules Formigé est chargé par les monuments historiques d'effectuer un relevé des bâtiments et entreprend les premiers travaux. L'État mettra plus de quatre-vingt ans pour acquérir les différentes parcelles les unes après les autres.
En 1973, la chartreuse devient un centre culturel de rencontre avec la création du Centre international de recherche de création et d'animation (CIRCA). Chaque été à partir de 1974, les « Rencontres internationales d'été » sont organisées afin de donner des spectacles d'artistes de différents pays, comme la danseuse-chorégraphe Carolyn Carlson, le comédien Michael Lonsdale, le duo comique Philippe Avron et Claude Evrard, ou le clown Jango Edwards, etc. En 1990, le Centre national des écritures du spectacle (CNES) est créé avec la double mission de la présentation du monument et de l'accueil d'artistes. La Chartreuse intensifie depuis 2015 des programmes internationaux en lien avec de multiples partenaires et est depuis , lieu de référence pour les écritures issues de la francophonie..
Les bâtiments de la chartreuse Plan de la chartreuse thumb|upright=1.8|Plan de la chartreuse. Légende :
La cour des femmes et la porte de la clôture thumb|upright=0.6|L'entrée de la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. L'entrée est un pavillon remanié au avec réemploi des blasons d'Étienne Aubert, Pierre de Selve dit de Monteruc et de l'ordre cartusien martelés à la Révolution.
La cour des femmes ou la cour des communs constituait une séparation entre le monastère et le monde extérieur. Au fond à gauche se trouve la rue de l'Amelier qui donnait accès aux livraisons de bois et denrées diverses. Au fond à droite une autre ruelle desservait les greniers.
La cour des femmes débouche sur la porte de la clôture, œuvre de François de Royers de La Valfenière (1575-1667) et du sculpteur Barthélemy Grangier. Cette porte monumentale a été commandée par le prieur dom Chryssante Paulin et réalisée de 1648 à 1649 sous le prieurat de son successeur dom Louis de Lauzeray. Le pot de fleurs et de fruits placé au sommet de la porte représente des feuilles d'acanthe et des grenades ; il a été déposé lors des restaurations de ce portail d'entrée effectuées en 1990-1991. Une copie exécutée par l'Atelier Jean-Loup Bouvier a remplacé l'original, déposé dans le petit cloître.
L'allée des mûriers thumb|left|upright=0.8|L'allée des mûriers. Cette allée conduit à l'ancien logis du prieur où se trouve actuellement l'accueil des visiteurs. L'allée des mûriers longe le quartier des convers constitué de divers locaux bâtis de la fin du au début du . La construction de ces bâtiments nécessita l'édification d'une cave colossale dite « cave des vingt-cinq toises » sur la voûte de laquelle furent construites les habitations des convers afin qu'elles soient au même niveau que les autres bâtiments.
L'église conventuelle thumb|upright=0.8|L'église Saint-Jean-Baptiste, puis Sainte-Marie