thumb|André Warnod, Les Berceaux de la jeune peinture, Paris, 1925.Illustration d'Amedeo Modigliani. L'École de ParisCet article traite à la fois de l'« École de Paris » et de la « Nouvelle École de Paris » (dite aussi « Seconde École de Paris »). désigne l'ensemble des artistes, dont un grand nombre d'étrangers, qui ont travaillé à Paris de 1900 à 1960, faisant de cette ville un centre d'art de premier plan dans le monde.

Signification de l'expression « École de Paris » Cette expression pose un problème lorsqu’on l'utilise pour désigner un groupe d’artistes en particulier. En réalité, elle ne fait référence à aucune « école » ayant véritablement existé ; l’expression, qui a fait l’objet d’emplois impropres, reste donc ambiguë et doit être explicitée.

Dans son Dictionnaire des peintres de l’École de Paris (1993), Lydia Harambourg justifie l’emploi de l'expression par la continuité qu’elle permet d’établir entre les différentes phases de développement de l’art moderne de la part d’artistes ayant eu Paris pour résidence. Son livre ne présente pas une école ou un courant particulier, mais vingt années de peinture à Paris

Dans cette acception, « École de Paris » désigne les artistes ayant contribué à faire de Paris le foyer de la création artistique jusque dans les années 1960.

On distingue en général trois grandes périodes de mutation dans le paysage artistique parisien au . La première va de 1900 aux années 1920, la seconde couvre l’Entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale et la dernière correspond à l’après-guerre.

Chronologie Les précurseurs Lazar Meyer, né le à Fegersheim (Alsace) et venu s'établir à Paris pour raisons politiques et religieuses en 1870, est un artiste-peintre français, considéré comme l'un des premiers précurseurs de l'École de Paris. Il fut l'un des tout premiers peintres venus s'établir à Montmartre. Il a été tout d'abord l'élève d'Alexandre Laemlein, puis d'Alexandre Cabanel et d'Émile Lévy.

1900-1920 thumb|Marc Chagall, Autoportrait (1914), localisation inconnue. Apparition de la notion d'« École de Paris » L'historien et critique d'art Adrian M. Darmon., note que l'expression « École de Paris » est employée avant la Première Guerre mondiale par certains journaux d'outre-Rhin lorsqu'ils soulignèrent les tendances d'avant-garde opposées à l'expressionnisme allemand.

C'est le qu'André Warnod utilise l'expression « École de Paris » pour la première fois en France, dans un article de la revue littéraire Comœdia (fondée par Gaston de Pawlowski en 1907).. Il désigne ainsi l'ensemble des artistes étrangers arrivés au début du dans la capitale à la recherche de conditions favorables à leur art. De 1900 à la Première Guerre mondiale, Paris voit en effet l'afflux d'artistes, souvent d'Europe centrale, qui se fixent essentiellement à Montparnasse. Parmi eux, Marc Chagall, Pablo Picasso, František Kupka, Alfons Mucha, Pinchus Kremegne, Abraham Mintchine, Chaïm Soutine, Pascin, Amadeo Modigliani, Kees van Dongen, Moïse Kisling, Alexandre Archipenko, Joseph Csaky, Ossip Zadkine et Tsugouharu Foujita, pour ne citer que les plus célèbres. L'expression « École de Paris » acquiert ainsi un sens propre et communément admis.

Les artistes juifs de l'École de Paris

Nombreux sont les peintres juifs de l’École de Paris. Ces artistes viennent de l’Est : Russie, Pologne, Allemagne, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Hongrie, pays en proie à une montée de l'antisémitisme inquiétante. Ils ont été familiarisés avec les grands maîtres français du et connaissent les impressionnistes par l’intermédiaire de leurs professeurs, tels Józef Pankiewicz à Cracovie, Ilia Répine à Saint-Pétersbourg, Adolf Fényes, à Budapest et Lovis Corinth à Berlin. Âgés d’une vingtaine d’années pour la plupart, ils sont des acteurs de l’émancipation juive et participent au mouvement de réveil social et intellectuel en Europe, qui se caractérise par la perte du religieux et l’engagement politique, et se trouvent en coïncidence avec le contexte cosmopolite des grandes capitales de l’époque, Vienne, Berlin et surtout Paris. Ils seront plus de cinq cents peintres dans le Paris de l'Entre-deux-guerres, formant un réseau d'amitié et, de proche en proche, se connaissant tous.

La guerre de 1914-1918 aura tôt fait de les disperser, renvoyant en Allemagne Rudolf Levy, Walter Bondy et Otto Freundlich. Léopold Gottlieb part rejoindre en Pologne l'armée du maréchal Pilsudski. Marc Chagall, Emmanuel Mané-Katz, Abram Brazer, Savely Schleifer retournent en Russie. Eugène Zak s'installe à Nice et à Vence, avant de rejoindre en compagnie de son épouse sa ville natale dans l'Empire russe. vignette|Volontaires juifs se rendant aux Invalides (1914) Nombreux sont ceux qui se portent volontaires dans l'armée française : Moïse Kisling est réformé en 1915, après une blessure ; Louis Marcoussis, ami d'Apollinaire, sera décoré ; quant à Simon Mondzain, il gardera l'uniforme jusqu'en . Certains, réformés pour raisons de santé, comme Modigliani et Soutine, se portent alors volontaires pour des corvées. Pascin part pour Londres afin d'échapper au service dans l'armée bulgare.

Pendant les années de guerre, les artistes restés à Paris sans pension ni aide se solidarisent. À partir de 1915, Marie Vassilieff tient une cantine artistique dans son atelier situé dans l'impasse du 21 de l'avenue du Maine, qui ne désemplit pas durant toute la guerre. On y parle toutes les langues.

La Première Guerre mondiale marque l'entrée des peintres juifs de Montparnasse sur la scène parisienne. En , Germaine Bongard, sœur du couturier Paul Poiret, parraine une série d'expositions dans sa boutique de la rue de Penthièvre. La première présente des tableaux de Modigliani, des tableaux de Kisling, qui voisinent avec des tableaux de Picasso, des tableaux de Fernand Léger, d'Henri Matisse et d'André Derain.

Ces peintres se défont peu à peu de la position de marginaux qui était la leur. Le retour du front leur procure un « certificat de bonne conduite », des perspectives s'ouvrent alors.

Léopold Zborowski organise le la première exposition personnelle de Modigliani, à la galerie B. Weill, et pour la préface du catalogue, Blaise Cendrars écrit un poème.

François Mitterrand, président de la République, inaugure l’exposition « De la Bible à nos jours, d’art » le . Cette exposition présente parmi l’ensemble des œuvres une rétrospective des artistes juifs de l’École de Paris de Paris. L’École de Paris de Paris est un terme employé par André Warnod sous la demande de Paul Signac (président de la Société des artistes indépendants) pour accueillir les nouveaux artistes d’ascendance israélite qui ont fui les conditions sociales et politiques de l'Europe centrale ou de l'Europe de l’Est en proie aux pogroms. L’exposition rend hommage plus particulièrement aux artistes juifs qui ont inauguré de nouvelles conceptions artistiques grâce au Salon des indépendants. Le Salon des indépendants fut un espace, à l’origine, pour accueillir de nouveaux esprits, de nouvelles cultures dont les artistes ont pu manifester à travers les formes plastiques et le choix des couleurs un imaginaire lyrique, poétique, humoristique, tragique proche de la culture juive.

Cet hommage au Salon par François Mitterrand aux peintres juifs de l'École de Paris s’est imposé pour mesurer l’importance de ces peintres comme Marc Chagall, Amedeo Modigliani, Eugène Zak ou Abraham MintchineVoir source bibliographie : catalogue d'exposition De la Bible à nos jours :  d’art : [ exposition], Grand Palais-Paris, Salon des indépendants, 6 juin-..

En 2021, le musée d'Art et d'Histoire du judaïsme à Paris rend hommage aux artistes juifs de l'École de Paris et à Hersh Fenster en présentant deux expositions temporaires liées : « Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour école. 1905-1940 » et « Hersh Fenster et le shtetl perdu de Montparnasse ». Hersh Fenster (Baranow, 1892 – Paris, 1964) était un journaliste et écrivain yiddish. Après un long travail de recherche, son ouvrage Undzere farpaynikte kinstler (Nos artistes martyrs) est publié à Paris en 1951 en yiddish. Accompagné d'un poème en préface écrit par Marc Chagall, ce livre d'art et mémorial retrace les trajectoires de 84 artistes juifs de l'École de Paris plus ou moins célèbres qui périrent durant la Seconde Guerre mondiale. À l'occasion de l'exposition « Hersh Fenster et le shtetl perdu de Montparnasse », une nouvelle édition de cet ouvrage, pour la première fois en français, paraît. Cette publication permet à un plus large public de connaître et de se souvenir de la vie et de l'œuvre de ces nombreux artistes juifs au destin tragique avec la Shoah..

L'Entre-deux-guerres : une période de forte immigration vignette|Peintre rue Norvins à Montmartre. Eugene Zak quitte Varsovie pour Paris dès 1900, Mela Muter en 1901, Jacques Gotko arrive d'Odessa en 1905 et Adolphe Feder d'Ukraine en 1908, la même année que l'Allemand Otto Freundlich et que le Russe Alexandre Zinoview. Samuel Granowsky arrive en 1909, tout comme Maurice Mendjizki, qui vient de Łódź. Quittant la Russie, Marc Chagall passe d'abord, à partir de 1910, quatre années à Paris. Istvan Farkas arrive de Budapest en 1912, Emmanuel Mané-Katz d'Ukraine en 1913 …

Ceux qui se sont installés entre 1900 et 1912 ont eu le temps de mettre en place le réseau d'amitiés et de relations nécessaires à leur essor. D'autres peintres leur succèdent, fascinés par Montparnasse.

Les rejoignent bientôt : Vladimir Naïditch de Moscou en 1920, Kostia Terechkovitch venant également de Moscou, après un long périple de 3 ans, en 1920, Zygmunt Landau de Pologne la même année, Alexandre Frenel en 1920, le Hongrois Jean Toth en 1921 qui s'installe à la Grande-Chaumière à Montparnasse, Alexandre Fasini d'Ukraine en 1922, le Biélorusse Ossip Lubitch arrive en 1923, le Biélorusse Isaac Antcher en 1924, en 1924, la Polonaise Esther Carp en 1925. Issachar Ryback et Abraham Mintchine arrivent d'Ukraine en 1926, Abraham Iris (dit Antoine Irisse) arrive de Bessarabie en 1926, Jacob Macznik de Pologne en 1928. Quant au prince russe, le peintre Alexis Arapoff, né à Saint-Pétersbourg, il a fui l'URSS, en 1924, avec une troupe de théâtre.

L'entre-deux-guerres connaît donc l'arrivée d'autres artistes (russes notamment, comme André Lanskoy, Serge Poliakoff, Alexandre Garbell, etc.) et voit l'émergence de nouvelles tendances stylistiques, telle l'abstraction, ainsi que l'importance de la couleur en peinture.

Dès l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933, les peintres fuient l'Allemagne nazie : le Lituanien Moses Bagel, et Jacob Markiel arrivent à Paris. En Pologne, Sam Ringer, après avoir été forcé de travailler à la construction du camp d'Auschwitz, fut déporté successivement dans neuf camps différents et finit par venir à Paris en 1947 pour entrer aux Beaux-Arts.

Montparnasse remplace Montmartre. À Montparnasse, pendant vingt ans, sous le manteau ou sous les tables des terrasses de La Rotonde, du Dôme, de La Coupole, des trafiquants achètent et vendent des tableaux de Derain, des tableaux d'Utrillo, des tableaux de Modigliani ou de Picasso échappés par miracle du carton des peintres. En effet, les trois principaux cafés de l'École de Paris sont le Dôme, la Rotonde et la Coupole. On se retrouve également au Parnasse, au Sélect, à La Closerie des Lilas, chez Rosalie rue Campagne-Première ou au bal BullierChagall, Modigliani, Soutine... Paris pour école 1905-1940, MAHJ, avril 2020, p. 248.. Plus excentré à Puteaux, on trouve le restaurant de Camille Renault, dit « Big Boy ».

Le Dôme a été créé en 1898 et c'est vers 1903 que les peintres juifs de langue germanique, Walter Bondy, Rudolf Levy, Béla Czobel, Jules Pascin, Reszo Balint… en font leur lieu de prédilection selon la tradition des cafés munichois. Ils y retrouvent les marchands de tableaux Alfred Flechtheim, Henir Bing… D'autres groupes se composent de peintres hollandais et scandinaves.