Arnaud Desjardins, né le à Paris et mort le à La TroncheRelevé des fichiers de l'Insee, est un ancien réalisateur de télévision français devenu enseignant spirituel. Il offrit pour la première fois aux Occidentaux, sur les chaînes de l’ORTF, des documentaires tournés auprès du Dalaï-lama en Inde et du maître zen Taisen Deshimaru au Japon mais également des films sur les ashrams hindous, le tantrisme et le soufisme qui l’aidèrent en outre à trouver sa propre voie.

Après avoir rencontré son maître spirituel, Swami Prajnanpad, et étudié auprès de lui, il fonde en 1974, sur la suggestion de ce dernier, un premier ashram en France qui, par la suite, s’implantera en Ardèche en 1995 sous le nom de Hauteville et qui accueille depuis lors des hommes et des femmes de toutes confessions en quête de recherche intérieure.

Particulièrement connu pour ses écrits sur les traditions spirituelles orientales, il a développé et enseigné une spiritualité laïque proposant une synthèse des doctrines traditionnelles et des découvertes de la psychologie moderne.

Spiritualité La spiritualité qu’Arnaud Desjardins a développée et transmise dans ses livres et enseignée dans ses lieux d’accueil se veut laïque. Elle est néanmoins constituée d’une synthèse de diverses spiritualités et religions qui intègre des éléments de psychanalyse tout en puisant principalement dans la philosophie indienne, notamment l'advaita vedanta. Mais c'est surtout l'Adhyatma yoga de Swami Prajnanpad qui a influencé sa pensée.

Axée sur la non-dualité, cette spiritualité vise à se libérer de l’ego pour atteindre la « libération » ou moksha.

Biographie Famille Fils de (originaire de Normandie) et d’Antoinette Nègre (originaire de Nîmes), protestants engagés, il est l’aîné de trois enfants (un frère et une sœur). Son père, lieutenant à Verdun, croix de guerre avec citations, Légion d’honneur pour faits de guerre durant la Première Guerre mondiale, capitaine en 1940 et à nouveau croix de guerre durant la Seconde Guerre mondiale (pendant laquelle il aide des juifs à échapper aux rafles) est très engagé dans le développement du mouvement scout. Il fut même en relation directe avec Robert Baden-PowellLes personnalités scoutesScoutisme et rééducation. Revenu de captivité, Jacques Guérin-Desjardins occupe un poste de directeur des ressources humaines chez PeugeotJacques Mousseau, Arnaud Desjardins - L'ami spirituel, Paris, Perrin, 2002Emmanuel Desjardins, Récit d'un itinéraire spirituel - Entretiens avec Arnaud Desjardins, DVD, Alizé Diffusion, 2008.

Son grand-père maternel, Albert Nègre, ingénieur de l’École centrale, lui raconte ses voyages en Orient à la fin du , illustrés par des albums de photos. Une tante, disciple de saint François d’Assise, reçoit le premier swami accueilli en France à l’initiative de Jean Herbert : Swami Siddheswarânanda, ainsi qu’un moine franciscain.

Marié à Denise Desjardins, il est le père de deux enfants, Muriel Massin (née en 1958Arnaud Desjardins ou l'aventure de la sagesse de Gilles Farcet), épouse de Christophe MassinCatherine Barry, Arnaud Desjardins: la révolution du cœur, 12 septembre 2011, et Emmanuel Desjardins (né en 1964)Qui est qui en France Auteurs Lafitte, Stephen Taylor Éditeur Jacques Lafitte, 2008, p. 733..

Études et débuts professionnels Arnaud Desjardins étudie à l’École alsacienne de Paris, puis la philosophie au lycée Henri-IV. Après le baccalauréat, il entre à l’université en droit, et pour un temps à l’École nationale de la France d’outre-mer. En 1941-1942, il veut devenir comédien. Ses parents lui offrent le Cours Simon à la rentrée 1945, à condition qu’il finisse Sciences-Po où il est inscrit depuis deux ans. Il suit les cours mais, ses parents n’approuvant pas, il abandonne cette orientation. Diplômé de Sciences-Po, il travaille dans une banque mais arrête après un an. Le réalisateur Jean de Marguenat lui offre alors de tenter une expérience auprès de lui. En 1947, il occupe son deuxième emploi au Centre national d’information économique. En , il est embauché comme assistant-réalisateur de Jean Géhret et Jean-Loup Lévy-Alvarez lui apprend le montage.

En 1948, le frère de son ami Olivier Cambessédès l’introduit dans les groupes Gurdjieff, patronnés par Jeanne de Salzmann. Arnaud Desjardins participe aux réunions, sous la houlette de Bernard Lemaître, à partir de . Il est alors fiancé à une jeune fille de Mazamet. Mais en , il contracte la tuberculose et les fiançailles sont rompues à l’initiative du père de la jeune fille. Les pasteurs des deux familles ne sont pas intervenus pour empêcher cela : Desjardins y voit de et se détache de ce courant.

Au sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire du Touvet dans l’Isère, il lit René Guénon, Râmakrishna, Vivekananda, Romain Rolland, Jean Herbert. La lecture de Guénon est particulièrement décisive dans sa décision de trouver une lignée spirituelle et un maîtreXavier Accart, René Guénon ou le renversement des clartés : Influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Archè EDIDIT, 2005, 1085.Arnaud Desjardin, L'Ami Spirituel (avec Véronique Loiseleur), Paris, La Table ronde, 1996.. Il fait part à Jean Tourniac dans une lettre vers 1972 de « son unité de pensée dans la respectueuse gratitude à René GuénonJean Tourniac, Propos sur René Guénon, Paris, Dervy, « Mystiques et religions », 1973, 17. ».

Fin 1949, Bernard Lemaître lui offre Fragments d’un enseignement inconnu de Piotr Ouspenski, portant sur l’enseignement de Georges Gurdjieff. Au sein des groupes Gurdjieff, Arnaud Desjardins est en relation avec Denise Marchina (future Denise Desjardins), juive d’origine algérienne, peintre et décoratrice, qu’il épousera le . Ils fréquenteront les groupes Gurdjieff jusqu’en 1965, année de leur rencontre avec Swami Prajnanpad.

En 1951, Arnaud Desjardins entre dans une société d’import-export des Champs-Élysées. Il devient ensuite monteur-stagiaire chez Pathé-Cinéma puis entre à la Radio diffusion française en 1952. Il est l’assistant de Stellio Lorenzi puis de Marcel Bluwal et de Claude Loursais. Homologué réalisateur en 1956, Desjardins travaille avec Pierre Corval au service documentaire, rémunéré au cachet.

En , il séjourne durant trois semaines à l’abbaye de Bellefontaine placée sous l’autorité de l’abbé dom Emmanuel Courtant. De retour à la vie mondaine, on lui propose de réaliser les émissions chrétiennes du dimanche, dirigées par les dominicains, , cela ne se fera pas.

Départ pour l’Inde Pratiquant le Hatha yoga depuis plusieurs années, il souhaite se perfectionner aux meilleures sources indiennes pour devenir professeur ; il désire également réaliser un film sur la spiritualité en Inde. Lui et Bertrand, son frère cadet, partent pour l’Inde en en break Peugeot. Ils visitent Ella Maillart en Suisse, dans son chalet de Chandolin, qui leur conseille de rendre visite en priorité à Mâ Ananda Moyî. Ils traversent ensuite l’Italie, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l’Arménie, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan avant d’arriver en Inde.

Arnaud Desjardins poursuit seul, les vacances de son frère étant terminées. Il rencontre pour la première fois un autre Français, Daniel Roumanoff, qui lui donnera l’adresse de Swami Prajnanpad une fois de retour en France (ainsi qu’Olivier Cambessédès, Roland de Quatrebarbes, Frédérick Leboyer, Colette Roumanoff, etc.) à Vrindavan. Il se rend ensuite à l’ashram de Shivananda à Rishikesh puis à l’institut de yoga Lonavla de Bombay où son épouse Denise le rejoint.

Mâ Ananda Moyî Arnaud et Denise Desjardins rencontrent Mâ Ananda Moyî à Bénarès (Varanasi). Des fidèles de son ashram lui permettent de rencontrer un yogi en 1953, qui lui dit une phrase qui le marque : « Ce qu’il vous faut, c’est une structure intérieure. »Arnaud Desjardins, Hommage à Gurdjieff, p. 192 Dans le film Ashrams, Desjardins déclare que « c’est l’être le plus étonnant qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer ».

En 1959, il publie son premier ouvrage : Ashrams ; grands maîtres de l’Inde.

Le film Au cœur secret de l’Inde, monté avec Jacques Delrieu, est prêt en . Engagé par le directeur de Connaissance du Monde, Arnaud Desjardins l’utilise dans un premier temps comme support pour ses conférences. assistent à la première. Le film est diffusé à la télévision à l’automne 1960. François Mauriac le salue par une critique élogieuse - Article : Le miracle de la télévision de François Mauriac.

Voyage en Afghanistan En 1960, il se rend en Afghanistan pour y tourner un premier film, Afghanistan, qui séduit le public lors de sa diffusion en 1961. Cette même année, il retourne en Inde avec son épouse bien que les trajets soient difficiles, ainsi que les conditions de séjour. Ils rencontrent Mâ Ananda Moyî, Swami Ramdas – appelé affectueusement « papa » – et passent à Tiruvannamalai, lieu de vie de Ramana Maharshi.

Le film de 1959 est remonté avec les nouvelles prises sous le titre Ashrams, les yogis et les Sages.

En 1962, Desjardins, son épouse et leur fille Muriel partent pour un voyage de onze mois en minibus Volkswagen. Ils séjournent en Afghanistan puis en Inde auprès de Swami Ramdas, Shivananda, Mâ Ananda Moyî. Les films Quand bat le cœur de l’Inde et La route de Kaboul, une fiction documentaire, sont diffusés fin 1963 avec le même succès que les précédents.

En 1964, il publie son deuxième livre, intitulé L’Hindouisme et nous : yoga et spiritualité.

Le dalaï-lama et le bouddhisme tibétain Arnaud Desjardins rencontre Tenzin Gyatso, le dalaï-lama, en 1963 à Mussoorie. Le dalaï-lama est venu y inaugurer une école pour les réfugiés tibétains. Il lui exprime son souhait de faire un film sur le bouddhisme tibétain auprès de maîtres réfugiés dans le Nord de l’Inde après l’invasion du Tibet par les Chinois en 1950 et l’exil du dalaï-lama en 1959. Sonam Togpyal Kazi fait office d’interprète. Après deux minutes de réflexion, le dalaï-lama lui donne l’autorisationLe message des Rinpochés Tibétains, Entretien avec Arnaud Desjardins par Claude Arpi, La Revue de l'Inde , p. 71-78.

En 1964, Desjardins obtient un contrat au sein de la nouvelle ORTF. Outre la sécurité financière, ceci lui permet de partir avec des équipements adaptés.

En 1964-1965 est montée une expédition pour deux films consacrés au bouddhisme tibétain dans le Nord de l’Inde et de l’Afghanistan. Arnaud Desjardins rencontre pendant sept mois de grands Rinpochés tibétains nés et formés au Tibet : Kalou Rinpoché, Abo Rinpoché, Sonam Zangpo Rinpoché, le karmapa (Rangjung Rigpe Dorje), Chatral Rinpoché, Kyabjé Dudjom Rinpoché et Kangyour Rinpoché, auprès de qui il dit avoir vécu une expérience spirituelle intense.

À l’issue de ses tournages, il se rend à Dharamsala pour demander au dalaï-lama s’il n’a rien à ajouter. Ce dernier lui déclare : « Quel que soit le respect que vous avez pour les Rinpochés que vous avez rencontrés, ne dites jamais du mal des Chinois. Le feu de la haine ne s’éteint que par l’amour et si le feu de la haine ne s’éteint pas, c’est que l’amour n’est pas assez fort. »

De retour à Paris, Desjardins monte Le message des Tibétains 1 – Le Bouddhisme, et 2 – Le Tantrisme. Ces films sont diffusés en 1966, de même qu’une seconde fiction se déroulant en Afghanistan : Djomma du Nouristan. Le livre Le Message des Tibétains paraît la même année.

Rencontre de Swami Prajnanpad En 1965, il éprouve la nécessité d’une voie spirituelle « dans le monde » et d’un maître anglophone avec lequel il puisse s’entretenir sans le truchement d’un traducteur. Il se rend à Channa, près de Ranchi, au Bengale, avec la bénédiction de Mâ Ananda Moyî pour rencontrer Swami Prajnanpad dont il a l’adresse depuis six ans.