L'église du Saint- Esprit est un édifice catholique situé à Aix-en-Provence dans le département français des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Elle a été construite au à l'emplacement d'un hôpital, dénommé l'hôpital du Saint-Esprit« Église du Saint-Esprit », site officiel de la mairie d'Aix-en-Provence. géré au par les frères hospitaliers de l'Ordre du Saint-Esprit (ou Ordre du Saint-Esprit), fondé à Montpellier vers 1197. L'édifice est protégé par un classement au titre des monuments historiques par arrêté du ..

Historique 1229 : fondation de l'hôpital Au est fondé un hôpital rattaché à l'Ordre des hospitaliers du Saint-Esprit, le charisme de cet ordre étant de venir en aide à tous les « déshérités de la vie », les religieux accueillent les orphelins, les malades et les mourants, malgré un nombre limité de places (entre cinq et huit). L'édifice est alors aux limites ouest de la ville, à l'entrée de la cité, au bord de la campagne.

: édification de la chapelle du Saint-Esprit À cette époque, le quartier assiste à la construction du couvent des Augustins, en face de l'hôpital du Saint-Esprit. Simultanément est édifiée la chapelle de l'hôpital : chapelle richement ornée, elle possédera une certaine notoriété au sein de la population. Les ouvriers chargés de la construction du couvent des Augustins traversaient alors la rue Grand-Saint-Esprit (renommée rue Espariat en 1811) pour mener les deux chantiers de front.

: accroissement démographique des environs Dès le , la ville d'Aix voit s'élargir sa superficie vers l'ouest au-delà de la porte des Augustins. Le nouveau quartier est baptisé Villeverte car il se voulait aéré, agrémenté de nombreux espaces verts, la campagne n'étant pas très éloignée. Cependant, les tracés sont bâclés, et le quartier adoptera une conception médiévale archaïque. C'est un échec architectural quand on le compare au quartier Mazarin tracé au cordeau moins de quarante ans plus tard. Le nouveau quartier entraine logiquement une hausse du nombre de fidèles venant prier dans la chapelle de l'hôpital qui devient de plus en plus étroite.

Les paroissiens du Au nord de la rue Grand-Saint-Esprit (qui s'appellera plus tard rue Espariat en mémoire de Jean Espariat, le premier maire de la ville) on trouve des artisans, des tanneurs, des mendiants et des femmes pour la plupart vivant seules, mais dès qu'on passe la rue Espariat vers le sud, le niveau social augmente et l'on peut trouver des officiers de guerre, des gens de petites ou grandes noblesses de robe, etc. Ces personnes dépendent encore toutes à l'époque de la paroisse de la Madeleine, qui est située à l'autre bout de la ville. Un plébiscite populaire réclame la création d'une nouvelle église paroissiale afin d'accéder à un lieu de culte plus proche. Si les volontés sont unanimes, il va falloir un siècle pour que les différents protagonistes se mettent d'accord. Plusieurs projets sont établis : tout le monde veut la même chose mais personne ne veut rien perdre de ses prérogatives : religieux, municipalité, voirie, artisans, etc.

1670 En 1670, le Parlement de Provence ordonne la construction d'une succursale de la paroisse de l'église de la Madeleine qui sera nommée Saint-Jérôme (en hommage à son fondateur en 1716) en ces lieux. Le devis de l'époque avoisine les . L'obstination des habitants et des dirigeants notamment du chapitre de la cathédrale retarde encore de trente ans le projet. Au cours de ces trente ans la messe se tient dans la chapelle de l'hôpital qui deviendra la chapelle paroissiale.

1704 L'architecte Laurent Vallon parvient à abaisser le devis à . Le Parlement et les mécènes signent immédiatement le projet, sans trop se questionner sur les économisées. La première pierre est posée en 1706, après la démolition de l'hôpital du Saint-Esprit ainsi que de certaines maisons avoisinantes. Les travaux dureront près de vingt ans. 1716 L'église est bénie par le chanoine de Forbin-La-Barben et reçoit officiellement le nom de paroisse Saint-Jérôme en hommage à son fondateur le cardinal Jérôme Grimaldi, archevêque d'Aix (de 1648 à 1685). Mais les habitants continueront à l'appeler "paroisse du Saint-Esprit"

1726 L'église est enfin terminée, mais des faiblesses commencent déjà à apparaître dans la construction, résultat des économies drastiques réalisées par l'architecte étant donné que le chapitre de la cathédrale ne voulut pas allouer à Laurent Vallon la somme qui aurait été nécessaire pour la réalisation de son projet initial. La construction laisse un gout amer de par les réductions de ses dépenses et au vu de la piètre solidité de l'édifice. Heureusement, la décoration apportée à l'église par deux sculpteurs est fastueuse et ravira les paroissiens.

Période révolutionnaire Pendant la période révolutionnaire, les églises paroissiales d'Aix ne sont jamais restées longtemps fermées : elles étaient ouvertes ou refermées au gré des décisions du gouvernement et de l'Assemblée. L'église du Saint-Esprit fut fermée en après la démission des prêtres desservant et mise en vente en . Elle était proposée aux enchères en deux lots, le bas de l'église et le haut de l'église : elle ne trouva aucun acquéreur et elle fut définitivement ouverte au culte en 1802..

1806 Consécration de l'église du Saint-Esprit en par Mgr Jérôme Champion de Cicé, archevêque d'Aix de 1802 à 1810, soit un siècle après la pose de la première pierre.

2009 La paroisse du Saint-Esprit est affectée à la Communauté catholique étudiante d'Aix et rattachée à la paroisse de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence

Évènements importants En 1750 le grand prédicateur Jacques Bridaine prêche une mission pour la paroisse. À cette occasion une grande croix commémorative est dressée à l'extérieur de la ville. Elle se trouve aujourd'hui dans cette église..

Le a lieu le mariage du comte de Mirabeau, âgé de , avec Marie-Marguerite-Emilie de Covet de Marignane, âgée de .

1799 : séjour de Napoléon Bonaparte au retour de la campagne d'Égypte

1809 : Le pape Pie VII, prisonnier de Napoléon, s'arrête à Aix le au soir et le lendemain matin célèbre la messe en l'église du Saint-Esprit..

1840 : La reine Marie-Christine de Bourbon-Sicile après sa renonciation à la régence du royaume d'Espagne et en exil, s'arrête à Aix et assiste à une messe dans cette église..

1845 : Le prince Charles de Bourbon, évincé du trône d'Espagne, fait un séjour à Aix durant son exil. Il assiste à une messe en l'église du Saint-Esprit.

Personnalités liées à l'histoire de la paroisse du Saint-Esprit Personnalités liées à l'histoire de la paroisse du Saint-Esprit. : Esprit Rotier (149?-1563?), dominicain, linguiste réputé à son époque et auteur de nombreux ouvrages Mitre Gastinel (+ en 1440) et évêque de Sisteron Jean-Baptiste de Vaccon (1689-1751), évêque d'Apt de 1723 à 1751 Claude Cabannes (1695-1741), évêque de Gap de 1738 à 1741 Jean-Balthazar de Cabanes de Viens (1695-1741), évêque de Gap de 1738 à 1741 Pierre-François-Xavier de Reboul de Lambert (1704-1791) qui fut le dernier évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux Louis Nicolas Vicor de Félix d'Ollières dit comte du Muy (1711-1775), secrétaire d'État à la guerre sous Louis XV, gouverneur du Dauphin et maréchal de France en 1775 Joseph Pisani de La Gaude (1743-1826), évêque de Vence en Provence, puis évêque de Namur (Belgique) (1804-1826) Cardinal Joachim-Jean-Xavier d'Isoard (1766-1829), archevêque d'Auch (1829-1839) et créé cardinal par le pape Léon XII en 1826. Bienvenu de Mioliis (1753-1843), évêque de Digne. Il inspira le personnage de l'évêque Myriel dans le roman Les Misérables de Victor Hugo Sextus-Alexandre-François de Miollis, général d'Empire sous Napoléon Ier. Il procéda à l'arrestation du pape Pie VII en 1809. Une rue porte son nom à Aix-en-Provence Trois membres de la famille de Pazery-Thorame (originaire de la Paroisse) furent pris dans la tourmente révolutionnaire et furent exécutés lors des massacres de dans é des Carmes à Paris avec Jean Marie du Lau d'Allemans. Ils furent béatifiés en 1926 par le pape Pie XI Chanoine Jean-Antoine Emery (1810-1883), d'abord vicaire de la paroisse du Saint-Esprit (1836-1846), puis curé de la même paroisse contribua à l'embellissement de l'église ; il fit construire une sacristie fonctionnelle et surtout fit restaurer l'orgue. Il fut apprécié pour sa bonté, ses prédications en provençal. Célébré comme félibre par Frédéric Mistral (une plaque à l'extérieur de l'édifice en fait mention).

Architecture Façade Elle est sobre, comme souvent les églises paroissiales : budget modeste, espace limité, mais il existe aussi une volonté d'épuration de la part de l'architecte. Le style contre-réforme est rare pour une église aixoise : deux niveaux, ailerons débutés, fronton triangulaire, pilastres. Se rajoutent de légers renfoncements créant des lignes d'ombre et des jeux de lumière au long de la journée ; la façade étant orientée plein sud, elle est tout le temps exposée à la lumière.

Six pilastres lisses à chapiteaux corinthiens scandent le rez-de-chaussée et supportent l'entablement. L'étage supérieur est percé d'une fenêtre et surmonté d'un fronton, triangle dans lequel s'inscrit un oculus ovale. C'est un jeu tout en surface et géométrique de fines lignes d'ombre. Le manque de recul devant l'église ne permettait pas les grands effets et tout débordement sur le sol public aurait demandé des autorisations spéciales et des dépenses supplémentaires.

Sur le fronton de la façade on peut y remarquer un oratoire avec la statue de saint Roch.

Le clocher

Le clocher se profile dans la perspective des rues de Villeverte sa silhouette cubiste coiffée de quatre "chapeaux de gendarmes" se découpant dans le ciel. Ce motif se rencontre dans le paysage provençal dans le style d'une architecture vernaculaire (fermes et bastides). C'est l'œuvre probablement d'un maître-maçon local qui rappelle la proximité de la ville d'Aix avec la Corse, le Piémont et l'Espagne.

Le tambour La tribune du fond de l'église repose sur un tambour à trois pans percé d'arcades en plein cintre. Celle du centre est surmontée d'une console décorée d'un triomphe d'anges. Elle est fermée par une boiserie à doubles vantaux moulurés, dont le tympan porte un bas-relief représentant la Pentecôte. Les arcades latérales, en leur partie supérieure, sont ornées de consoles à cannelures et chutes de feuillage. Les Consuls participèrent aux frais de la tribune et du tambour pour la somme de 600 livres. Le dessin de cette construction est de Georges Vallon ()..

Intérieur vignette|Intérieur de l'église du Saint-Esprit. Il est résolument moderne, les lignes sont épurées, les arcs sont en plein cintre. Laurent Vallon joue énormément avec l'espace, créant de nombreuses illusions : les nefs latérales sont écrasées par la nef principale afin de donner une impression d'espace, et une corniche fait le tour de tout l'intérieur, constituant un liant unifiant les différents éléments de l'église en assurant une continuité.

Très riche, mais hétéroclite, la décoration de l'intérieur de l'église du Saint-Esprit s'est étoffée au cours des troubles révolutionnaires, ainsi qu'au fil de son histoire paroissiale, faite de nombreux dons de riches commerçants. Il faut cependant noter que certains tableaux qui dataient des débuts de la construction de l'église ont disparu :

trois beaux tableaux de Jean Daret représentant trois descentes du Saint-Esprit : sur la Vierge Marie lors de l'Annonciation, sur Jésus au moment de son baptême dans le Jourdain, sur les Apôtres à la Pentecôte. Ce retable fut peint en 1653 pour la chapelle et conservé jusqu'en 1716 date de la bénédiction de la nouvelle église. une fresque commandée par le chapitre de la cathédrale au peintre André Boisson en 1716 pour décorer la nouvelle église dédiée à saint Jérôme et sans doute terminée en 1717 ; on en ignore les détails et si elle fut conservée au-delà de 1787…

Le maître-autel