Histoires de médecins est le dix-neuvième tome, et le septième volume de la deuxième série, de La Grande Anthologie de la science-fiction, publié en 1983.
Préfacé par Jacques Goimard, l'ouvrage réunit dix-sept nouvelles parues entre 1944 et 1972.
La page de couverture, réalisée par Manchu, montre un homme à la peau bistre, logé dans une cabine de verre qui l'englobe entièrement. Autour de cette cabine se trouvent divers appareils électriques ou électroniques avec des fils et des câbles.
Sept des dix-sept nouvelles furent publiées chez Orbit.
Publication Jacques Goimard (dir.), Histoires de médecins, Le Livre de poche n°3781, 1983, 446 p., 11 × .
Extrait de la préface Les progrès scientifiques, surtout à partir du , déplacent le problème sans vraiment le renouveler : les Anciens croyaient que les guérisseurs avaient réellement des pouvoirs extraordinaires, les modernes pensent que les savants sont réellement à la veille de découvertes qui changeront la condition humaine. On voit se dessiner le rôle de la médecine en science-fiction : c'est le thème de l'invention appliquée à l'homme lui-même. La problématique médicale en est bouleversée : le guérisseur était réputé faire un miracle au profit d'un malade ; quand le chercheur découvre, il le fait au bénéfice de tous et pour toujours ; il modifie durablement - et peut-être irréversiblement - le système de la nature. La médecine prend un quatrième visage et devient prométhéenne. (…)
La plupart des médecins de ce recueil sont vus de l’extérieur, quand ils ne sont pas absents ou remplacés par le personnel paramédical. Les patients ne sont jamais tout à fait des « créatures » et leur souffrance est vécue de l’intérieur. L’idée force est que la médecine doit être faite pour le malade ; quand la maladie n’est plus là que pour intéresser le médecin, la société s’est pervertie et a oublié sa raison d’être. La S.-F. d’aujourd’hui parle des hommes et non des Titans. Corollaire obligé : les médecins sont délogés de leur piédestal. (…)
Humanisation et démocratisation : tel est, semble-t-il, le message de la S.-F. moderne (…).
Liste et résumés des nouvelles Les Amours d’Ismaël
Titre original : . Auteur : Robert Silverberg. Nouvelle traduite de l’anglais par Denise Hersant, initialement parue dans en . Rééditée dans l'anthologie Le Chemin de la nuit. Remarque : On peut s'étonner de la présence de la nouvelle, au demeurant tragique, dans cette anthologie, dans la mesure où elle ne traite ni de médecine, ni de médecins. Elle évoque en fait un « malade » qui ne peut, hélas, pas être guéri par le moindre médecin, atteint d'une maladie incurable.
Ne sous-estimez jamais… Titre original : Auteur : Theodore Sturgeon Nouvelle traduite de l’anglais par George W. Barlow, initialement parue dans le magazine n°1 en . Résumé : Le professeur Lefferts se désole de ce que les femmes soient « sexuellement disponibles » pour les hommes n'importe quand. Cela crée des problèmes dans la société : les sens des hommes sont constamment en éveil, prêts à séduire à tout moment n'importe quelle femelle humaine ou avoir envie de relations sexuelles avec leur épouse ou compagne. Et quelque part, les hommes dépendent des femmes, qui les manipulent à volonté. Il faut que cela change ! Il parle de sa théorie à son épouse Lucinda. Il se débrouille pour faire placer dans le fuselage d'une bombe à hydrogène un certain métal, qui va avoir comme conséquence un changement radical de la biologie humaine et des cycles menstruels féminin : désormais, sur toute la Terre, les femmes ne seront plus sexuellement disponibles que quelques jours par mois, au lieu de l'être tout le temps. La bombe explose, et il annonce ensuite son initiative à la Terre. Désormais, beaucoup d'hommes vont agir comme lui et ne plus désirer leurs épouses ou compagnes que quelques jours par mois. Mais il ignore qu'il s'est trompé dans ses calculs et dans les conséquences de son acte. Rien ne s'est passé, tout va rester comme avant. Mais lui ne le sait pas… Et Lucinda de dire à son amie Jenny que les hommes n'ont pas fini d'être manipulés par les femmes… Ne sous-estimez jamais les femmes…
La Petite Sacoche noire
Titre original : Auteur : Cyril M. Kornbluth Nouvelle traduite de l’anglais par Dominique Haas, initialement parue dans n°236 en 1950.
La Réunion Titre original : . Auteurs : Frederik Pohl et Cyril M. Kornbluth. Nouvelle traduite de l’anglais par Arlette Rosenblum, initialement parue dans n°258 en 1972. La nouvelle a été sélectionnée pour le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 1973. Résumé : Harry Vladek se rend à une réunion, organisée par un Institut chargé de la rééducation d'enfants « à problème » : enfants trisomiques, autistes, violents, etc., etc. L'enfant de Harry et de son épouse (Margaret) est un enfant retardé mentalement, qui vit dans son monde. Harry va à cette réunion car il a besoin d'une réponse : après avoir observé l'enfant pendant un mois, les éducateurs et psychologues de cet institut sont-ils capables de dire si l'enfant est curable ? si son état peut s'améliorer ? D'autant plus que les frais de scolarité sont extrêmement élevés. On lui répond qu'il est impossible de répondre de manière certaine à ces questions, mais que le travail éducatif sera long, difficile et aléatoire. Il rentre chez lui, pensif. Il relate les résultats de la réunion à Margaret, qui lui annonce que le Nicholson attend la réponse à la question posée le plus tôt possible. S'ensuit une scène où Harry vitupère contre le médecin, mais il finit par appeler ce dernier. Une conversation a lieu, et le médecin explique à Harry qu'il a besoin d'une réponse « oui » ou « non » dans la demi-heure. Le lecteur apprend alors qu'une étrange proposition a été faite aux époux Vladek : un autre enfant, cardiaque, est dans le coma ; leur enfant a des problèmes mentaux ; acceptent-ils que le cerveau de l'enfant cardiaque soit inséré dans le crâne du corps de leur enfant, moyennant quoi ils garderaient l'enfant ainsi « recréé » tout en « partageant » sa garde de temps en temps avec les parents de l'autre enfant ? Ils auraient ainsi un enfant sain mentalement (avec le cerveau d'un autre), et les autres parents auraient la joie de savoir que l'esprit de leur enfant a survécu. Cruel dilemme. La nouvelle se termine en point d'interrogation : après réflexion et conversation avec son épouse, Harry prend le combiné et rappelle le Nicholson Le ton des deux derniers paragraphes laisse à penser que les Vladek vont accepter la proposition. …
Greffe de vie Titre original : . Auteur : Sonya Dorman. Nouvelle traduite de l’anglais par Dorothée Tiocca, initialement parue dans n°1 en 1966. Résumé : Une femme subit une intervention chirurgicale avec anesthésie locale : on lui plante une seringue dans l'œil puis on l'opère. Puis ça recommence plus tard, puis encore une autre fois plus tard, puis encore une fois… Chaque fois, on l'endort et on lui donne des médicaments qui lui font perdre la mémoire. Guérira-t-elle au moins ? Son œil sera-t-il sauvé ? Le médecin affirme que oui, et l'infirmière passe son temps à lui demander de garder le silence. On apprend dans la dernière page de la nouvelle que la patiente est en fait une vieille femme, au corps ridé, qui est sur le point de mourir. Toutes les interventions sur l'œil ne sont pas faites pour la soigner, et encore moins pour la guérir, mais… pour montrer aux jeunes étudiants en médecine comment on pratique les opérations de l'œil… En tout cas, le médecin lui promet que prochainement, elle aura droit à « des vacances magnifiques » !
Aucune femme au monde…
Titre original : . Auteur : Catherine Lucille Moore. Nouvelle traduite de l’anglais par Arlette Rosenblum, initialement parue dans n°169 en 1944. Résumé : Deirdre était une chanteuse et une danseuse admirable, adulée de son public. Tout lui réussissait : talent, amour, gloire, argent, etc. jusqu'au jour où la scène de spectacle a pris feu, détruisant les lieux et brûlant l'artiste sur la plus grande partie de son corps. Elle aurait dû mourir, mais n'est pas morte grâce au médecin Maltzer, qui a réussi -chose incroyable- à implanter son cerveau dans un corps de robot. La belle Deidre est devenue le robot-Deirdre. Normalement, on aurait dû en rester là. Mais il y a un hic : Deirdre veut revenir au chant, à la danse, au spectacle, avec son corps robotique, à la plus grande joie de son imprésario, Harris, et à la stupéfaction, l'incompréhension et à la répugnance du Dr Maltzer. Un androïde humain peut-il continuer ses activités artistiques antérieures ? Le public va-t-il avoir envie de regarder l'artiste qu'il connaissait sous forme humaine, désormais sous forme métallique ? Deirdre est-elle devenue comme la créature de Frankenstein ? L'expérience scientifique a, en quelque sorte, « trop bien réussi » : la perte d'un corps de chair ne fait pas disparaître l'envie de gloire et le goût du triomphe, surtout quand le syncrétisme entre le cerveau-humain et le corps-robot donne un résultat différent, mais pas inférieur, à l'artiste dans son état biologique antérieur…
Les Boîtes chinoises Titre original : Auteur : Graham Charnock Nouvelle traduite de l’anglais par Bernard Raison, initialement parue dans n°8 en 1970 . Résumé : Carpenter est embauché par la société Chemitect pour, étrange travail, surveiller une énorme Boîte noire. Il ignore ce qu'elle contient ; sa seule mission est de la surveiller de l'extérieur sans toucher au mécanisme d'ouverture. Changement de point de vue. Un homme est prisonnier. Où ? Pourquoi ? Qu'a-t-il fait ? Quand sortira-t-il ? Il ignore les réponses à ces questions. Un jour, Carpenter apprend qu'un homme dénommé Keller a accepté de se livrer à une expérience au profit de Chemitect : rester 18 mois tout seul dans un caisson, totalement isolé du reste du monde, le but étant de déterminer les modifications psychologiques survenant lorsqu'un être humain est laissé seul, sans contact extérieur, pendant une longue période. Carpenter se dit donc que la Boîte qu'il surveille est l'endroit où se trouve Keller. Comment est-ce possible ? Lui, Carpenter, devenu geôlier ? Comment peut-il continuer ce travail alors que ce Keller est seul dans son caisson depuis des semaines, des mois ? Changement de point de vue. L'homme dans la boîte subit une sévère dépression et sombre peu à peu dans la folie : à quoi bon vivre ? Un jour, Carpenter tente d'ouvrir la Boîte pour vérifier si elle contient ou non Keller et de contrôler son état médical, puis se ravise au dernier moment, car il risque de perdre son travail. Mais il est renvoyé sur le champ par son supérieur, qui lui annonce qu'il a découvert la vérité : effectivement c'est bien Keller qui est enfermé dans la Boîte, et qu'il n'y a aucun moyen d'ouvrir celle-ci. Sauf un : si le cobaye volontaire se suicide ou tente de se suicider. Alors que Carpenter, licencié, quitte les lieux, il constate une certaine agitation près de la Boîte : Keller a-t-il tenté de mettre fin à ses jours ? Et lui-même, n'était-il pas aussi en quelque sorte un sujet d'expérience ?
En épargnant la douleur Titre original : . Auteur : James Tiptree, Jr.. Nouvelle traduite de l’anglais par Bruno Martin, initialement parue dans n°249 en 1972. Résumé : Le nom ou le prénom du héros n'est pas connu ; en a-t-il au moins un ? En tout cas, c'est un être qui dépend du Vaisseau spatial. Un être sans identité et sans but, mais aussi « sans-douleur » : rien ne parvient à le faire souffrir, que ce soit les explosions, les irradiations, la perte d’yeux, de bras, de jambes, de viscères… Chaque fois, après chaque planète visitée, après chaque torture par des extraterrestres autochtones, il est totalement remis en état par le Vaisseau. Et tout cela recommence, recommence…