Jean-René Asseline, né à Paris le et mort à Hartwell en Angleterre, le , est un évêque et théologien français, . Il est le dernier évêque de Boulogne. La brièveté officielle de sa prélature (moins d'un an) contraste avec l'empreinte qu'il a pu avoir du fait de ses opinions autant précoces que constantes d'opposition aux décisions des révolutionnaires de vis-à-vis de l'Église. Pour ceux-ci, l'Église, trop liée à l'Ancien Régime doit être encadrée voire contrôlée. Pour Asseline, cette intrusion de l'État dans les affaires spirituelles est intolérable, et il va symboliser l'opposition aux mesures telles que la Constitution civile du clergé ou les évêques constitutionnels, puis à la Révolution elle-même.

Biographie Famille Il est né dans un rang très modeste; son père est palefrenier de la maison d'Orléans et sa sœur Marianne Berthe Asseline est encore en femme de chambre de la marquise de Crussol d'Amboise (-). Il s'élève socialement par son seul mérite. Un de ses frères sera cependant abbéRevue du Vivarais, 1923, p. 59, lire en ligne. Selon les Annales catholiques, un membre de sa famille s'établit en Normandie et un descendant fut Auguste Asseline, camérier de , chanoine de Versailles, vicaire de Pontoise, curé de Perray et de Bougival, mort curé-doyen de Meulan le Annales catholiques, 1892, cité dans la bibliographie, p. 189.

Carrière Jean-René Asseline est élevé par les soins de la famille d'Orléans. Il fait de brillantes études au collège de Navarre et obtient le prix d'honneur au concours de l'université. Il entre dans les ordres au séminaire des 33, (collège des Trente-Trois). Il suit les cours de théologie, est admis en Sorbonne où il obtient sa licence, en étant premier. Il devient docteur en SorbonneArmand Jean, Les évêques et les archevêques de France depuis 1682 jusqu'à 1801, Paris et Mamers, 1891 316 le Annales catholiques, , p. 190, s'applique à l'étude des langues orientales, et succède fort jeune encore, à l'âge de , en , à l'abbé Ladvocat dans la chaire d'hébreu fondée en Sorbonne par le duc d'Orléans. Il s'acquitte avec honneur de sa fonction, où il reste , tout en se livrant à ses activités ecclésiastiques et à la prédication, malgré des capacités d'orateur limitées, ce qui le dessertM. Prevost, cité dans la bibliographie. Lors des réunions des docteurs de Sorbonne et au sein du conseil de Conscience institué pour résoudre les cas difficiles, il se fait remarquer par son savoir et sa sagesse, ses avis motivés. Il enseigne également l'Écriture sainte et la théologie en Sorbonne.

Il est nommé chanoine de la collégiale de Cléry, (basilique Notre-Dame de Cléry), dispensé de résidence comme docteur en Sorbonne.

Il est protégé par l'archevêque de Vienne, Jean-Georges Lefranc de Pompignan, qui le propose comme vicaire général de Christophe de Beaumont, l'archevêque de Paris qui s'empresse d'attacher à l'administration du diocèse un homme si pieux, si sage et si éclairéAnnales catholiques, , p. 191. Il conserve ce poste sous Juigné (Antoine-Éléonor-Léon Leclerc de Juigné).

Sous l'autorité de Juigné, il est chargé des opérations d'exhumations du cimetière des Saints-Innocents de 1785 à 1787 et du transfert des ossements vers ce qui deviendra les Catacombes de ParisDécret d'Antoine Eléonore Leclerc de Juigné, archevêque de Paris, rendu le 16 novembre 1786, cité par . Voir aussi Archives nationales, Z1O/222..

Il prononce un discours remarqué en dans l'église Saint-Étienne-du-Mont de Paris et ne recule pas devant les tâches pénibles telles qu'assister les condamnés à mort dans leurs derniers instants, tâche alors assumée notamment par les plus pieux docteurs en Sorbonne.

Évêque En , la Révolution et les idées d'égalité qui se répandent lui permettent d'être le premier évêque non noble. Il est nommé évêque de Boulogne, sur la recommandation de Pompignan, sacré le dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, par le nonce apostolique Antonio Dugnani, en même temps que d'autres prélats, avec comme co-consécrateurs Jean Baptiste de Beauvais et Charles de La Font de Savine, et devient abbé commendataire de l'abbaye Notre-Dame de Ham jusqu'à la suppression de l'abbaye et du diocèse de Boulogne. Sa nomination à ce poste d'évêque avait fait un petit scandale parmi les gens de cour et l'on raconte que quelqu'un ayant objecté au roi la petitesse de sa naissance, posa cette question : et, après une réponse affirmative : .

Jean-René Asseline succède ainsi à François-Joseph-Gaston de Partz de Pressy.

Il rejoint immédiatement son diocèse et prend possession de son siège le Mémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1885, p. 683-684, lire en ligne, avec simplicité, voire humilité. Il se montre prudent, ne refuse rien de ce qu'il peut accorder, mais en revanche montre la plus grande fermeté dès qu'il est question de la religion. Dès son arrivée, en , il donne au diocèse un nouveau catéchisme : Catéchisme du diocèse de Boulogne avec des prières pour le matin et le soir, dans lequel il insiste sur la nécessité pour les prêtres d'enseigner le catéchisme, parfois négligé selon lui, avec la périodicité d'enseignement à appliquer.

La Constitution civile du clergé adoptée par l'Assemblée nationale constituante le  et sanctionnée contre son gré par  le , supprime l'évêché de Boulogne. Asseline publie en date du une instruction pastorale sur l'autorité spirituelle, dans laquelle, après avoir rappelé les droits de la puissance temporelle, il maintient l'autorité et l'autonomie de l'Église pour tout ce qui concerne le pouvoir spirituel et affirme que .

Le texte fait grand bruit, donne lieu à de nombreux écrits où adversaires et partisans de l'évêque se répondent sur un mode plus ou moins plaisantMémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1885, , p. 685 à 689 et reçoit l'approbation de plus de , dont l'archevêque de Paris. Dénoncé le par le procureur syndic du district de Boulogne, et saisi le même jourMémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1885, p. 682, lire en ligne, l'écrit épiscopal saisi provoque une réponse de Pierre Daunou, imprimée par la société des amis de la constitution de Boulogne : Accord de la foi catholique avec les décrets de l'Assemblée nationale sur la constitution civile du clergé.

Asseline prend position contre les lois nouvelles, interdit à l'abbé Grégoire, (sans doute Henri Grégoire) favorable aux idées nouvelles de prêcher alors que lui-même s'était associé à la fête de la Fédération le , révoque les prêtres qui prêtent le serment et/ou leur interdit de prêcher.

Lorsqu'arrive l'élection pour la désignation de l'évêque constitutionnel du Pas-de-Calais, quelques voix se portent sur lui, mais Pierre-Joseph Porion est élu. Aussitôt il proteste avec les autres prélats dont la juridiction s'étendait en partie sur le département. De plus, il fait imprimer un mandement en latin, affirmant qu'il reste le seul évêque légitime et il y donne des pouvoirs spéciaux aux prêtres dépendant de son diocèse. Ce second mandement est dénoncé comme le premier.

Émigré Ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé le , résistant aux nouvelles orientations, entrainant avec lui la presque totalité du clergé de Boulogne, la cathédrale de Boulogne a été fermée le , il se retrouve sous le coup d'une arrestation, et il doit émigrer le à Ypres en Belgique puis à Bruxelles, puis encore en Allemagne où il réside à Münster de à .

De l'étranger, il tente de continuer à diriger son diocèse, envoie en des instructions à ses fidèles, sur l'obligation de s'attacher aux véritables pasteurs, ou encore en et depuis Bruxelles. Il procède en même temps à des ordinations de prêtres, en petit nombre il est vrai, depuis Ypres puis Bruxelles, puis Hildesheim, en , , , , .

En fait, il ne renonce jamais, organise du mieux qu'il peut l'apostolat et les missions au moyen de prêtres réfractaires, envoie un nouveau mandement dit de carême 5, daté de à Bruxelles, rappelant aux prêtres leurs devoirs et la nécessité du zèle. Il expédie même en mission dans son diocèse des prêtres réfractaires munis de pouvoirs spéciaux, circulant sous de faux noms, aidés de collaborateurs réfractaires ou rentrés de l'exil. Ces faits montrent que l'idée des « complots réactionnaires » justifiant aux yeux des révolutionnaires le durcissement de la Terreur (Terreur dans le Nord-Pas-de-Calais) avait quelque fondement.

Les directives de l'évêque sont rappelées dans le texte Avis concernant l'exercice du saint ministère dans les circonstances présentes, daté de Hildesheim en ; il contient des préceptes très précis sur les ecclésiastiques assermentés, sur les biens nationaux. Il se montre sévère pour les prêtres qui ont juré soumission aux lois de la République, qui ont prêté le serment de liberté-égalité, estimé par lui comme essentiellement mauvais et opposé à ce que l'évêque considère comme l'ordre public. Asseline déploie une grande continuité dans son opposition, suit avec attention l'action de ses envoyés, adresse fidèlement pour chaque carême des lettres à ses diocésains, fait imprimer régulièrement le bref (instruction courte) spécial à son diocèse.

En exil, Asseline consacre son temps au travail et à son apostolat. S'est progressivement constitué autour de lui une sorte de groupe d'études formé de prêtres, qui a mis au point différents textes : Le Miroir du clergé publié en et souvent réimprimé ; Cours de prônes en forme d'instructions familières sur la religion, paru en ; Projets d'instructions en formes de lettres sur la religion et l'autorité de l'Église, publié en Belgique en puis réimprimé en .

Lui-même rédige plusieurs ouvrages d'instruction ou de dévotion publiés dans ses Œuvres choisies (voir ci-dessous), dont Exposition du symbole des apôtres ; Pratique des commandements de Dieu ; Réflexions sur les vertus théologiques ; Lettres sur la primauté de saint Pierre et sur l'infaillibilité de l'Église ; etc.

Il est en relations avec le comte de Stolberg (Maison de Stolberg) dont la conversion du protestantisme au catholicisme en fait grand bruit. Asseline y a grandement contribué et avait adressé dans ce but au converti des Réflexions.

Dans ses relations avec autrui, à côté de son intransigeance théologique, l'ancien évêque de Boulogne se montre aussi généreux que lui permettent ses faibles ressources, il ne peut se permettre les grandes libéralités mais montre une réelle bienveillance et une charité compatissante, demeure d'un abord facile et indulgent. Les exilés de Hildesheim avaient ouvert une école, payante comme toutes les écoles à l'époque, peut-être pour se constituer quelques ressources, mais aussi pour former des séminaristes.

Lorsque dans une lettre lui demande, ainsi qu'à quatre autres prélats des plus distingués et des plus attachés à sa personne, son projet de confier à des prêtres d'élite la mission de ranimer et de soutenir chez les populations l'espoir et l'amour de la royauté, l'évêque de Boulogne, Asseline, lui répond le : Lorsque le pape par bref du demande aux anciens évêques le sacrifice de leur démission du fait du Concordat de 1801, il refuse de se démettre. Il écrit au pape en pour demander des explications sur le sort réservé à l'Église de France, et réitère en pour demander un délai et une audition au pape. Vingt-quatre évêques se joignent à lui au sujet de cette lettre qui prend le caractère de déclaration collective des évêques non démissionnaires

Il critique le concordat en prenant l'initiative le des Réclamations canoniquesSelon M. Prévost, , le titre précis du mémoire serait Expostulations canoniques et très respectueuses adressées à Notre Saint-Père Pie VII sur divers actes concernant l'Église de France, et aurait été envoyé de Londres le , mémoire signé par et complété le par les Suites des Réclamations. On lui attribue la rédaction du premier document mais il n'aurait pas signé le second envoyé par .