La sécheresse de 1976 en Europe affecte une partie de l'Europe entre l'automne 1975 et l'été 1976. Elle s'accompagne d'une canicule entre et .
Causes de la sécheresse Dès , l'anticyclone des Açores, à , est remonté vers le nord, au large de l'Irlande, et se trouve donc très proche de son homologue d'Amérique du Nord, à sur le sud du Groenland. Ces deux anticyclones conjugués font barrage aux précipitations venant de l'Atlantique et empêchent celles-ci d'arroser l'Europe. En janvier, si les hautes pressions polaires refluent vers l'Amérique, celles de l'Atlantique, au contraire, se rapprochent des côtes européennes, s'installent notamment au nord de l'Espagne et font barrage aux basses pressions islandaises qui pourraient permettre aux nuages de venir sur l'Europe.
En février, ce sont encore les anticyclones conjugués des Açores (à , des Açores au Portugal) et de Sibérie (à sur la Biélorussie, l'Ukraine et la Roumanie) qui font obstacle aux précipitations, phénomène qui se répète en mars et en avril, et qui entraîne de surcroît des coups de froid favorisant le maintien de ces anticyclones tout au long du printemps. Dès le début du mois de mai, le déficit pluviométrique est important et les températures montent très rapidement en conséquence, ce qui entraîne et amène Le Monde à prédire que .
En mai, le front de hautes pressions est quasi constant à environ entre la Carélie et Madère, empêchant les précipitations atlantiques d'atteindre l'Europe.
Observations météorologiques Un événement El Niño commence en début d'année 1976. Il influence le climat européen à travers le phénomène de télécorrélation atmosphérique.
Températures Au mois de mai
Dès le début du mois de mai, on observe des températures inhabituelles pour l'époque, en particulier en Aquitaine et dans les Charentes : à Mont-de-Marsan et Périgueux, à Cognac et Dax, à Agen, Royan, Biarritz et Pau. Le record de température à cette date est battu notamment à la Rochelle (, presque de plus que le précédent record).
Au mois de juin Les températures observées dans le Sud-Ouest de la France s'élèvent encore, mais des records sont également battus à Paris et surtout en Angleterre : à North Heath (, dans le Sussex de l'Ouest) et à Dereham (Dereham, dans le comté de Norfolk), ainsi que à Southampton, au centre de Londres, à Cognac, Dax ou Paris (dans cette dernière ville, plus de pour les chauffeurs d'autobus, ce qui entraîna la création d'une prime de chaleur par la RATP), à Agen, Bordeaux et Périgueux, à Royston durant seize jours consécutifs .
Au mois de juillet à Arcachon, à Bordeaux.
Pluviométrie En France, au printemps, les sols ne sont pas aussi secs qu'ils ont pu l'être lors de certains printemps postérieurs (2003, 2006, 2007, 2010, 2011, 2012, 2014, 2017 et 2018 notamment) grâce à quelques épisodes pluvieux en février et en avril. En revanche, le printemps 1976 se caractérise par un niveau assez bas des nappes phréatiques à cause d'un léger déficit pluviométrique de l'hiver.
Avec un déficit en pluie de 46 % sur la France, le printemps 1976 est le deuxième printemps le plus sec observé depuis le début des mesures fiabilisées de Météo France en 1959 et après la sécheresse de . Le déficit de précipitations en 1976 est très marqué notamment au nord d'une ligne Bordeaux-Metz, le littoral méditerranéen restant excédentaire sur l'année. À Évreux, le total cumulé des précipitations d'avril, mai et juin est de d'eau contre habituellement.
Les précipitations ne sont pas inexistantes, notamment en juin, mais il s'agit souvent d'orages très violents, accompagnés de grêle qui ravage les cultures, et dont l'eau ne s'infiltre pas en raison de la dureté des sols. En 1977, Guy Blanchet est l'un des tout premiers climatologues à apporter des données chiffrées sur l'énorme déficit de la pluviosité sur le Forez, le Beaujolais et les Monts du Lyonnais.
Au Royaume-Uni, la pluviométrie cumulée moyenne pour les deux mois de juin et est de . Certains comtés, au Sud-Ouest du pays, connurent 45 jours consécutifs sans précipitations. La pluie revient en Angleterre fin août et en France dès le mois de septembre.
Impact de la sécheresse Conséquences sur l'agriculture et les prix alimentaires En France Dès le mois de mai, les agriculteurs constatent le déficit pluviométrique et en redoutent l'impact sur les cultures. Dans son édition des 13 et , Le Monde indique que . Le même journal fait état le de l'augmentation du kilo de tomates de 4,30 francs à 7,20 francs en une semaine. Les vignes donnent une récolte de qualité, mais moins importante que d'habitude.
L'eau se réchauffe aussi (la mer est à début juillet sur les côtes landaises) et la pisciculture en souffre également, avec la mort de nombreux poissons soit par manque d'oxygène (dans les bassins) soit par concentration trop importante de polluants (dans les rivières).
Le , M. Lemaire, un agriculteur de Cuinchy, se suicide. Au total, la canicule fait décès en surnombre, mais le bilan humain est passé inaperçu durant la calamité.
En Allemagne Dans le centre de l'Allemagne de l'Ouest (de l'Eifel jusqu'à la Franconie), la sécheresse compromet les récoltes agricoles : sont compromises notamment les cultures vivrières (betteraves, pommes de terre), mais aussi l'élevage bovin, porcin, volailler.
Conséquences hydrologiques Dès le mois de juin, la production hydroélectrique baisse de 30 % faute d'eau dans les réservoirs de barrage. La Loire est quasiment à sec à Tours La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition du 28 juin 1976, .
Incendies de forêt Les premiers incendies se déclenchèrent début juin en Charente, mais c'est surtout le grand incendie de la Palmyre, près de Royan, en août qui fut médiatisé : près de hectares touchés dans une zone très touristique. Au total, on estime que près de ont été brûlés au cours de l'été 1976. Le Journal officiel de la République française mentionne quant à lui un total de .
Mesures de lutte contre la sécheresse vignette|Intervention de l'armée française, pour transporter la paille destinée aux éleveurs. Ici, le régiment de transmissions en Bourgogne. Une opération de solidarité permet avec l'aide logistique de l'armée française de transporter du fourrage aux zones sinistrées. L'armée délivrera des millions de mètres cubes d'eau potable aux communes qui n'en disposent plus.
La taxation de l'exportation de paille et de fourrage est décidée le , accompagnée d'une aide de 50 millions de francs français destinée aux départements qui manquent d'eau, et de 146 millions de francs destinés aux éleveurs.
Alors que la sécheresse est maximale, le , Valéry Giscard d'Estaing, président de la République, évoque la possibilité de lever un impôt exceptionnel. La mesure se concrétise le par une aide de 2,2 milliards de francs, financés par une majoration de 4 à 8 % de l’impôt sur le revenu au-dessus d’un seuil défini (payable également sous forme de prêt). C'est notamment cette augmentation des prélèvements qui conduit à la démission de Jacques Chirac de son poste de premier ministre. Les estimations de coût global sont : 0,5 % de croissance économique en moins en France, 4 milliards de francs de perte commerciale pour le pays. Aucune mesure n'est prise pour adapter les horaires des cours dans les écoles, ce qui rend les conditions de travail des élèves plus pénibles.
Références culturelles
Littérature 1990 : L'appel des engoulevents, de Des grives aux loups (roman), par Claude Michelet. La sécheresse de 1976 y est longuement évoquée : elle est décrite dans le département de la Corrèze, notamment avec ses conséquences sur l'agriculture, l'hydrologie et les feux de forêts.
Notes et références
Annexes Articles connexes Sécheresse en France Canicule de 1947 en Europe Canicule d'août 2003 en Europe Impôt sécheresse
Liens externes
L'intense sécheresse de 1976 dans le Nord-Ouest de la France Chronique météo de l'année 1976
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