Madeleine de Rauch, née Madeleine-Marie-Antoinette Bourgeois le à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise, actuel département des Hauts-de-Seine), et morte le dans le de ParisSelon la mention marginale de son acte de naissance., est une créatrice de la haute couture française. En 1932, elle fonde à Paris l’entreprise qui porte son nom. Renommée pour la fluidité de ses vêtements et l'élégance de ses tenues de sport, elle atteint son apogée à l'âge d'or de la couture parisienne, après la Seconde Guerre mondiale.

Biographie Elle est la fille de Joseph-Antoine-Valentin Bourgeois aîné, négociant fabricant de couleurs pour aquarelle Madeleine Delpierre, « Le costume, de 1914 aux années folles », Flammarion, Paris, 1998 , et de Marie-Jeanne MauryMariés le 2 mars 1887 dans le de Paris., dont le père Adolphe-Marie-Honoré Maury (1843-1902) était syndic du conseil municipal de Paris et chevalier de la Légion d'honneurDossier de Légion d'honneur d'Adolphe Maury.. Madeleine Bourgeois appartient à cette génération de jeunes femmes des années 1920 qui découvrent et investissent le sport. Elle pratique l'équitation, le patinage, le tennis, la natation et « tout ce qui, de manière généralement admise, marie l'élégance à l'oxygène » Anne Bony, « Les années 30 », vol. 2, p. 1096, Éditions du Regard, Paris, 2005 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010) C'est une excellente golfeuse. Ses quatre sœurs partagent ses goûts, deux d'entre elles (dont Yvonne) sont des joueuses de tennis accomplies, partenaires de René Lacoste et Henri Cochet sur les courts de Roland-Garros Non signé, « L'univers Madeleine de Rauch », L'Officiel de la mode, n° 601, p. 10-11, 1973 lire en ligne (page consultée le 26 décembre 2010).

La fréquentation de sportifs et d'amateurs fortunés l'amène à rencontrer et épouser le Union contractée à la mairie du de Paris (mention marginale de l'acte de naissance de Madeleine Bourgeois). Alfred de Rauch, capitaine de l'équipe de France de hockey sur glace de 1920 à 1928 et chef de la sélection française aux Jeux olympiques d'hiver de 1924 et de 1928 Non signé, « Le saviez-vous ? », La ligne bleue, lettre de la Fédération française de hockey sur glace, septembre 2009, lire en ligne (page consultée le 26 décembre 2010) Encyclopaedia of Ice Hockey, notice « De Rauch, Alfred (1887- ) » lire en ligne (page consultée le 26 décembre 2010).

Ne trouvant pas dans le commerce les vêtements de sport qu'elle souhaite, Madeleine de Rauch prend l'habitude de les réaliser pour elle-même. Elle est très vite sollicitée par des amies qui lui demandent des modèles similaires. À l'exemple de Jean Patou et Chanel qui lancent eux-mêmes leurs lignes sport Marie-Noëlle Boutin-Arnaud, Sandrine Tasmadjian, « Le vêtement », Nathan, Paris, 1997 , elle ouvre à cet effet, en 1928, une première maison de couture dénommée « Maison de l'Amitié » Colin McDowell, « McDowell's directory of twentieth century fashion », Frederick Muller Ltd, Londres, 1984 .

En 1932, Madeleine de Rauch fonde avec ses sœurs la maison qui portera désormais son nom Vintage Fashion Guild, notice « Rauch, Madeleine de » lire en ligne (page consultée le 26 décembre 2010). Elle acquiert rapidement une renommée et une clientèle internationale pour ses corsaires de toile, ses pyjamas de plage dont le corsage forme un triangle noué au dos, ses pantalons de flanelle rayée, ses barboteusesPatrice Boussel, Histoire de la vie française, t. 7, p. 181, Éditions de L'Illustration, Paris, 1971. Les historiens de la mode la reconnaissent aujourd'hui comme une véritable créatrice de cette mode sportiveYvonne Deslandres, Florence Müller, « Histoire de la mode au », p. 166, Somogy, Paris, 1986 .

Parallèlement, Madeleine de Rauch développe une orientation couture plus classique. Elle crée des modèles de ville pour le jour, parmi lesquels se distinguent de longs pardessus tubulaires « semblables à des pelisses d'homme »Marcel Berger, « Le style au microscope», vol. 4, p. 62, Calmann-Lévy, Paris, 1953, et des tenues du soir « en somptueuses soieries ». Ses créations sont remarquées pour leur fluidité et leur distinction.

Madeleine de Rauch installe ses salons dans l'hôtel de Ganay au 37 rue Jean-Goujon, de Paris. Elle compte parmi ses clientes des femmes réputées pour leur goût, notamment Alice Revel (Paris 1894-Londres 1977), icône de la mode des années 1930, par ailleurs habituée des maisons Molyneux et Madeleine Vionnet Sylvie Aubenas, Virginie Chardin, Xavier Demange, « Elegance: the Seeberger brothers and the birth of fashion photography », p. 100, Chronicle Books, San Francisco, 2008 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010). Le numéro de téléphone des salons de présentation, « Élysée 26-26 », est régulièrement indiqué dans les sélections des guides de ParisGeorges Monmarché, « Paris et sa proche banlieue », Les Guides bleus, Hachette, Paris, 1963. Who's Where, p. 290, Who's Where Publishers, Sidney, 1961 lire en ligne (page consultée le 27 décembre 2010) Charles Richmond Jacobs, « Key pocket guide to Europe », p. 100, Jaffe Publications, Crown Publishers, 1953 lire en ligne (page consultée le 27 décembre 2010)Dans sa dernière décennie d'activité, le siège de la maison de couture sera installé 38 bis cours Albert-I, dans un grand hôtel particulier néo-Louis . In Andrée Jacob, Jean-Marc Léri, « Vie et histoire du Huitième Arrondissement », vol. 8, p. 107, Hervas, Paris, 1991 .

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la couturière présente comme ses confrères quatre collections par an : deux de saison et deux de demi-saison. Elle ne ferme pas durant l'Occupation allemande mais continue à un rythme moins soutenuHenri Amouroux, « Quarante millions de pétainistes: juin 1940-juin 1941 », t. 2, p. 198, Robert Laffont, Paris, 1977 : « Au début de l'année 1941, une décision officielle interdit aux maisons de couture de présenter des collections de printemps. », influencée par l'ambiance, les évènements et les directives du régime de Vichy. Ainsi, en , les consignes données aux couturiers Valerie Steele, « Fifty years of fashion: new look to now », Yale University Press, Yale, 1997 l'amènent à présenter avec Lucien Lelong et Jacques Fath, une ligne intitulée « mode martiale » : épaules carrées, larges ceintures, jupes courtes Larry Collins, Dominique Lapierre, « Is Paris burning », p. 17, Simon and Schuster, New York, 1965 . Au printemps 1942, sa collection est conçue autour du métro, moyen de transport obligé de l'époque, y compris pour ses clientes : les modèles portent le nom des stations Mabillon, Solférino, Austerlitz ou encore Madeleine Dominique Veillon, « Fashion Under the Occupation », p. 31, Berg Publishers, Oxford, 2002 . Elle participe également à un défilé de mode en extérieur intitulé « Élégance à bicyclette » Marie-France Pochna, « Christian Dior : the man who made the world look new », p. 80, Little, Brown and Co., Londres, 1996 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010).

L'âge d'or La décennie qui suit la Libération est considérée comme l'« âge d'or de la haute couture » Claire Wilcox, « The Golden Age of Couture : Paris and London 1947 - 1957 », Victoria and Albert Museum, Londres, 2007 . L'inspiration et le savoir-faire des maisons parisiennes sont alors incontestés, la clientèle internationale afflue et Madeleine de Rauch participe de ce mouvement.

Sa réputation en matière de sportswear pour femmes élégantes est intacte (elle le restera jusqu'à la fermeture de la maison). Dans son guide à l'intention des lectrices américaines, Eugene Fodor précise : « Madeleine de Rauch is tres sportiveEugene Fodor, Fodor's guide to Europe, p. 205, David McKay Co., New York, 1959 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010) ». Les innovations des années 1930 sont toutefois devenues extrêmement classiques : tenues de ski et d'après-ski, modèles de plage ou pour régates, ensembles pour le golf, tailleurs-pantalon pour le week-end. Elles s'appuient sur un choix de tissus de grande qualité aux couleurs souvent fondues, tweeds, poil de chameau, velours, flanelles Associated Press, « Finesse and feminity », The Daily Register, 25 juillet 1968, p. 18 [209.212.22.88/data/rbr/1960-1969/1968/1968.07.25.pdf télécharger] (page consultée le 29 décembre 2010). Les critiques parlent d'une « ambiance de lande écossaise ».

Cet état d'esprit imprègne également les collections de ville, lui attirant une importante clientèle britannique et anglo-américaine. La silhouette Madeleine de Rauch est menue, reprenant les canons de l'époque : le buste est étroit, parfois agrémenté d'un grand col souple, et se prolonge de basques ou d'un bas plus ample. Pour souligner cette ampleur, la coupe en biais est souvent privilégiéeNon signé, « Les collections », L'Officiel de la couture et de la mode de Paris, n° 577, 1970 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010). La taille peut être soulignée par une large ceinture. Pour réaliser les bijoux et accessoires, notamment les boutons, la couturière fait appel à Roger Jean-Pierre qui travaille également pour Dior Florence Müller, Patrick Sigal, « Costume Jewelry for Haute Couture », p. 179, Vendome Press, New York, 2007 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010). Les qualificatifs qui reviennent le plus souvent dans la presse sont « élégant » et « distingué ».

Cette réputation en fait la couturière d'une bourgeoisie aisée et conservatrice. Ses modèles sans surprise se distinguent moins par leur inventivité que par leur qualité de tissu, de coupe et de réalisation. L'image de Madeleine de Rauch devient celle d'une « grande dame, toujours imperturbable, calme et souriante »Henri Jean Dutall, in « Revue de la pensée française », vol. 8, Elite Publishing Corp., New York, 1948..

En 1952, elle engage le jeune modéliste Marc Bohan qui sort de chez Molyneux et reste chez elle un an, avant de tenter d'ouvrir sa propre maison de couture avenue George-V Richard Harrison Martin, « Contemporary fashion », p. 66, St. James Press, Gale Group, Farmington Hills (Michigan), 1995 . Elle sera d'ailleurs toujours attentive aux talents émergents : en 1961, elle aide le jeune Yves Saint Laurent et lui trouve, 8 rue de Hanovre, les ateliers inoccupés de Manguin, maison de couture récemment fermée Alice Rawsthorn, « Yves Saint Laurent : a biography », p. 56, Harper Collins, 1996 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010)Juste deux jours avant son premier défilé, Saint Laurent déménage des anciens ateliers Manguin pour s'installer au 30 bis rue Spontini, dans la précédente habitation du caricaturiste Forain..

Au milieu des années 1950, comprenant comme ses confrères la nécessité d'élargir sa production haute couture, Madeleine de Rauch ouvre une ligne de prêt-à-porter et développe trois labels, dont Madeleine de Rauch-Boutique Alexandra Palmer, « Couture & commerce: the transatlantic fashion trade in the 1950s », p. 183, University of British Columbia Press, Vancouver, 2002 lire en ligne (page consultée le 29 décembre 2010). La société qui en assure la fabrication est celle de la famille de Didier Grumbach, Mendès, qui produit également le prêt-à-porter de Patou, Carven, Grès, Chanel et plus tard, Saint LaurentYves Saint Laurent, Bernard Blistène, Catherine Örmen, Nancy Racine, « Yves Saint-Laurent, Exotismes », p. 146, Musées de Marseille, Marseille, 1993 .

Ce développement amène Madeleine de Rauch à constituer en 1957, avec plusieurs autres créateurs, un groupement de défense et de coordination au sein de la Chambre syndicale de la couture : Prêt-à-porter Création. Ce groupement réunit Carven, Grès, Madeleine de Rauch, Nina Ricci, Maggy Rouff, Lanvin, Jean Dessès, Jacques Griffe et Jacques Heim. Guy Laroche les rejoint un peu plus tardFarid Chenoune, « Jalons pour une histoire culturelle de la mode. Une chronologie : 1952-1973 », in La mode des années soixante, Bulletin de l’Institut d'histoire du temps présent, n° 76, p. 17, CNRS, Paris, 2000 lire en ligne.