La révolution du de 1926, ou coup d'État du ou mouvement du , désignée aussi par les partisans de l'Estado Novo (Portugal) par l'expression révolution nationale, est un mouvement militaire nationaliste et antiparlementaire qui met fin à la Première République portugaise, instaurant la Dictature nationale, bientôt transformée en Estado Novo (Portugal) avec l'approbation de la Constitution de 1933. Le régime se maintiendra au pouvoir jusqu'à la révolution des Œillets en 1974.

Le coup d'État commence à Braga, sous les ordres du général Gomes da Costa, immédiatement suivi par d'autres villes comme Porto, Lisbonne, Évora, Coimbra et Santarém. Après la victoire du mouvement, le , Gomes da Costa défile sur l'avenue de la liberté à Lisbonne, à la tête de 15 000 hommes acclamés par la population.

Les antécédents Implantée le , la Première République portugaise donne rapidement des signes d'instabilité et perd progressivement de sa crédibilité. Outre l'épisode de la dictature de Sidónio Pais, les rumeurs de coup d'État sont constantes.

Après la Première Guerre mondiale, l'instabilité grandit encore : si les gouvernements se succèdent à un rythme hallucinant (23 ministères entre 1920 et 1926), les attentats à la bombe et l'activité anarchiste et syndicaliste plongent le pays dans un climat pré-insurrectionnel qui laisse présager la fin prochaine du régime.

Le début de cette fin annoncée a lieu en 1921, à peine onze ans après l'instauration de la République : à la suite de la démission du gouvernement présidé par Liberato Pinto, le protecteur de la Garde nationale républicaine (GNR), garde prétorienne du régime à cette époque, et de sa condamnation à un an de détention (peine confirmée le par le Conseil supérieur de discipline de l'Armée de terre), un groupe de militaires lié à cette force de police se soulève le , soutenu bientôt par des militaires de l'Armée de terre et de la Marine.

Le soulèvement donne lieu à la nuit sanglante le , avec l'assassinat de certaines des principales figures de la République par un groupe de marins et de travailleurs de l'arsenal soulevés. Le colonel Manuel Maria Coelho dirige le soulèvement. Il est accompagné de Camilo de Oliveira et de Cortês dos Santos, officiers de la GNR, ainsi que du capitaine de frégate Procópio de Freitas. Incapable de résister, le gouvernement présidé par António Granjo présente sa démission à António José de Almeida, tandis que Granjo trouve refuge chez Francisco Cunha Leal, dirigeant de l'aile gauche du républicanisme, proche des chefs du mouvement révolutionnaire. Découvert, il est emmené à l'arsenal de la Marine, bastion révolutionnaire, avant d'être abattu par balle. D'autres figures républicaines importantes subissent le même sort dont l'amiral , ministre, , ancien ministre et grand-maître de l'ordre d'Aviz, le commandant Freitas da Silva, secrétaire du ministre de la Marine, et le colonel Botelho de Vasconcelos, tous kidnappés dans une mystérieuse camionnette fantôme qui traversa Lisbonne cette nuit-là.

Par-delà l'épisode de la « nuit sanglante » et ses conséquences politiques et sociales, la crise s'intensifie encore durant les années 1924 et 1925, en même temps que le sentiment d'insécurité et d'instabilité politique. Les attentats à la bombe se succèdent à un rythme parfois hebdomadaire. L'inflation, affectant essentiellement la classe ouvrière, fortement mobilisée par les mouvements anarcho-syndicalistes, provoque des manifestations, comme celle du , qui se terminent souvent dans des affrontements violents, comme ce fut le cas à Olivais (Lisbonne) le de cette année.

Parmi les militaires, les soulèvements et les actes d'indiscipline augmentent. La révolte dans l'Armée de l'air est un bon exemple de l'atmosphère de l'époque : les pilotes assignés dans leurs quartiers à Amadora se soulèvent dans la nuit du 3 au , après la démission de leur commandant. Ils sont alors encerclés par les troupes de Queluz. Il faut attendre le 7 avant qu'ils n'acceptent de se rendre grâce à l'action du général Bernardo Faria qui entre dans le camp, désarmé et accompagné par des officiers de différentes unités militaires.

Le , on assiste à des affrontements entre militaires, mêlant l'Armée de terre et la GNR, auxquels les mouvements anarcho-syndicalistes et de tendances fascistes ne sont pas étrangers. Le journal A Época annonce le , une nouvelle tentative de coup d'État, sous la forme, cette fois, d'une attaque au fort de l'Ameixoeira, soi-disant préparée par un comité intégré par , qui voulait nommer comme chef Gomes da Costa. Il se dit que le coup d'État cherche à mettre le Parti radical au pouvoir et que le futur ministre du travail serait , secrétaire-général du Parti communiste portugais. Le une nouvelle tentative échoue, cette fois dans le château São Jorge, où sont emprisonnés huit communistes et un radical.

Les tumultes se poursuivent dans toutes les zones urbaines où se concentre la classe ouvrière, où surgissent sans cesse de nouvelles organisations et éclatent des violences.

La révolte du 18 avril 1925 200px|thumb|Gomes da Costa. Après les rumeurs d'une tentative de révolte monarchique le , une nouvelle révolte militaire éclate le : elle intègre pour la première fois depuis 1870 des officiers supérieurs en fonction. Par son ampleur, elle annonce le mouvement du .

La révolte, soutenue par le mouvement d'extrême-droite , revêt un caractère nationaliste et assume clairement sa proximité avec le coup d'État de Primo de Rivera en Espagne. Il semble qu'au moins 61 officiers de l'armée y participent, parmi lesquels on trouve Sinel de Cordes, Gomes da Costa, et . Parmi les civils, on trouve , , José Adriano Pequito Rebelo et .

Suivant un plan des opérations devenu classique, le vers 17 heures, les révoltés occupent la Rotunda (Lisbonne) avec le bataillon de mitrailleurs, le bataillon de sapeurs des chemins de fer et l'artillerie de Queluz. Le jour suivant, Sinel de Cordes se rend au quartier général du Carmo (Lisbonne) dans une tentative de conciliation. Entretemps, la parution des journaux O Século et le Diário de Notícias sont suspendues. Cunha Leal, qui n'aurait rien à voir avec cet épisode est emprisonné. L'action du ministre de la Marine, l'amiral , sera déterminante pour juguler le mouvement. Celui-ci une fois dominé, la légitimité démocratique restaurée, du moins en apparence, le ministre de la Guerre est destitué le pour avoir publiquement proposé de parlementer avec les révoltés.

Dès lors, les événements se précipitent : le , une nouvelle révolte éclate, menée cette fois par les commandants Mendes Cabeçadas et Jaime Baptista. L'état de siège est décrété, mais Jaime Baptista, détenu au Fort de São Julião da Barra, parvient à s'enfuir et prend d'assaut le Fort do Bom Sucesso, tandis que Mendes Cabeçadas gagne à sa cause l'équipage du croiseur Vasco da Gama. Cette révolte sera difficilement dominée par les forces restées fidèles au gouvernement, commandées par : un seul blessé au combat sera à déplorer (le capitaine Armando Pinto Correia), les responsables seront emprisonnés et jugés, mais rapidement libérés et réintégrés au sein de l'armée, tant est faible l'autorité des institutions de la République.

Les derniers moments de la Première République Alors que les investigations et les jugements autour des événements antérieurs sont toujours en cours, on voit déjà surgir une nouvelle vague de rumeurs et d'agitations. Il était évident que Gomes da Costa et Mendes Cabeçadas n'allaient pas abandonner l'idée de renverser le régime. La majorité des militaires, ainsi que de la classe politique, n'acceptant pas la situation politique de discrédit et de ruine nationale, conspire secrètement. Gomes da Costa tente d'attirer à lui des hauts gradés pour provoquer ce qu'il considère comme l'indispensable impulsion patriotique qui restaurerait l'orgueil national.

Lorsqu'António Maria da Silva, le , devient président du Conseil du depuis 1920, il est clair que la Première République vit ses derniers moments, tous les secteurs de l'opinion, vieux républicains, démocrates et socialistes inclus, aspirent à la stabilité et à la sécurité. Ce sentiment est d'autant plus partagé que, un peu partout en Europe, les partisans de l'ordre gagnent du terrain : la dictature de Miguel Primo de Rivera dans l'Espagne voisine, après la victoire de Alhucemas et la création du Directoire civil, semble gagner en popularité, servant d'exemple pour la régénération nationale tant désirée.

Les tentatives de coups militaires se succèdent : le 1926, à Almada, nouvelle tentative, dirigée cette fois par et par l'ancien ministre de l'Instruction publique, . Depuis son coup de force, Gomes da Costa est régulièrement invité à prendre la tête de la régénération nationale. Il semble mêlé à plusieurs actions. Beaucoup voient en lui l'homme providentiel.

Le coup d'État du 28 mai 1926 thumb|Bernardino Machado. Le coup d'État du débute comme les précédents, coïncidant avec un épisode critique pour le gouvernement, présidé alors par António Maria da Silva. Embarrassé par la mauvaise gestion chronique du monopole de la Compagnie des Tabacs (problème qui avait déjà participé à la crise monarchique), le gouvernement décide, le , de ne plus être représenté à la Chambre des députés, abandonnant ainsi toute légitimité parlementaire. Selon un observateur politique de l'époque, le gouvernement sort certainement blessé de cette affaire, diminué dans son prestige. Le parlement semble, lui, vouloir se suicider.

Dans l'atmosphère frénétique d'intrigues politiques de l'époque, les rumeurs de coup d'État sont permanentes. Le général Gomes da Costa est invité plusieurs fois à diriger ce coup d'État, qui se voudrait régénérateur pour la patrie.

Alors que se prépare à Braga, pour le , un congrès marial, devant réunir les principales figures du conservatisme catholique, parmi lesquelles Cunha Leal, on apprend que Gomes da Costa est en route également ; il est clair alors pour tout le monde que le coup d'État est imminent et que Braga en serait l'épicentre.

Préparant le terrain, Francisco Cunha Leal organise dès le 27 un repas avec ses partisans au Bom Jesus pendant lequel il prend la parole, critiquant sévèrement le Parti démocratique qu'il accuse d'avoir été autrefois aux ordres du Afonso Costa, mais d'être aujourd'hui une institution à la dérive n'ayant même plus de chef. À propos de ce qui reste du camp nationaliste, il affirme que . Ce même jour, après ce discours enflammé, arrive à Braga, aux environs de 22 heures, le général Gomes da Costa, venu expressément prendre la tête du coup d'État.

Comme planifié, le , à 6 heures du matin, a lieu le soulèvement militaire soutenu par des civils, des ouvriers de la région notamment, formant une colonne qui marche sur Lisbonne. Coïncidence ou pas, l'organisation et la mobilisation de cette marche révèle de nombreux points communs avec la marche sur Rome qui, trois ans auparavant, le , avait institué le fascisme en Italie.

Suivant le rite traditionnel des coups d'État militaires portugais, le pronunciamiento se réalise en province, ici à Braga, avant que le mouvement se répercute dans tout le pays avec un grand nombre d'unités militaires qui proclament dès ce jour, mais encore plus le lendemain, leur adhésion au mouvement. À Lisbonne, véritable objectif du mouvement, une publie un manifeste que Mandes Cabeçadas se dépêche de faire parvenir à Bernardino Machado, président de la République de plus en plus isolé.

Le , la garnison de Lisbonne adhère massivement au mouvement de Gomes da Costa, avec à sa tête Mendes Cabeçadas qui, avec , Jaime Baptista et forment la révolutionnaire Junte de salut public. Le même jour, les révoltés obtiennent le soutien de Francisco Joaquim Ferreira do Amaral, le redouté commandant de la police de la capitale. Dans l'après-midi, le gouvernement d'António Maria da Silva, isolé et n'ayant pas les moyens ou la volonté de résister, présente sa démission à Bernardino Machado.