Le curare est un poison dont les populations autochtones de l'Amazonie (Brésil, Bolivie, Pérou, Guyane, Équateur, Panama, Colombie, Venezuela) imprègnent les pointes de leurs flèches pour la chasse, et qui entraîne la mort par asphyxie.

On a longtemps cherché la composition exacte du curare, qui peut comprendre de nombreux ingrédients. Plusieurs expéditions en Amazonie furent entreprises en ce but. Différents poisons portaient ce nom, mais on ne savait pas s'il s'agissait des mêmes plantes. Les premiers récits de voyageurs pourraient décrire des poisons mortels autres que le curare, (qui n'est pas utilisé pour la guerre, mais pour la chasse), comme celui provenant du mancenillier (Hippomane mancinella L.), dont le latex est très toxique et que les indiens mélangeaient à du venin de crapaud (Vellard). Ce mot peut aussi désigner des curares d'origine animale.

550px|droite|vignette|Image satellite Légende Une légende d'une tribu indienne raconte que c'est en observant un aigle se faire les griffes sur l'écorce d'une liane avant de fondre sur sa proie qu'ils découvrirent le secret du curare, et que c'est ainsi que depuis ils en enduisent la pointe de leurs flèchesSite Survival, décembre 2005. D'après le catalogue de l'exposition Rêves d'Amazonie à l'abbaye de Daoulas (printemps 2005) et Epok d'avril 2004..

Dénominations en Amazonie

Le mot « curare » viendrait du mot caraïbe k-urary, « là où il vient, on tombe »Petit Robert 2000: Selon Martius, de « our » et « ar », venir et tomber en guarani. Autre étymologie proposée mais tout à fait incertaine, (Barbara Rodrigues), la contraction en tupi du mot « oiseau » (Uira) et du mot « liquide » (y) pour « liquide qui tue les oiseaux ». Le curare (Urari) varie suivant les tribus amazoniennes : il est également connu comme Bejuco de Mavacure, Ampi, Kurari, Woorari, Woorara, Woorali, Wourali, Wouralia, Ourare, Ourari, Urare, Urari (ce qui signifie en galibi : « la mort qui tue tout bas ») et Uirary, Wilalakayevi pour la liane Sciadotenia (ce qui signifie, « branches » et « rebrousser de chemin » ou « changer de direction » car ses branches changent de direction), Supai Hausca (corde du diable) pour la liane StrychnosLe Magasin Pittoresque, Paysages de l'Amérique du Sud, la forêt des Yagas. et wayana Ulali, Wilali pour la liane Strychnos, ce qui signifie « arbre »Dictionnaire wayãpi-français: lexique français-wayãpi : Guyane française Par Françoise Grenand wilalàkayewiVoir les tableaux récapitulatifs de André Lienhard dans : Histoire du mot curare.

La découverte du curare en Amazonie + Chronologie des expeditions en AmazonieBisset, N.G., J. Ethnopharmacol. (1992) Date Événement 1516 La première mention des flèches empoisonnées au curare se trouve dans un ouvrage géographique de Pietro Martire d'Anghiera, De Orbe Novo : les indigènes se servaient de flèches enduites du suc « d'une herbe vénéneuse aux effets mortels ». Il mentionnait la présence d'extraits végétaux et de venins animaux. 1548 Alonso Perez de Tolosa découvre un poison mortel utilisé pour les flèches par les indiens du sud du Lac Maracaibo en Colombie et son nom reste associé à la découverte du curare. Les récits des conquistadors et de religieux, tel Las Casas, ont fait ensuite connaître ce poison. 1581 Pedro de Aguado, Historia de Santa Marta y del Nuevo Reino de Granada livre X, chapitre XXI, tome 2, page 181 1596 Sir Walter Raleigh mentionne un poison de flèche en son livre Découverte du grand, riche, et bel empire de la Guyane et une légende veut qu'il ait rapporté en Europe des flèches empoisonnées. Mais il n'est pas certain que ce poison ait été du curareLienhard, Histoire du mot curare, 2010. vers 1596 Au détour d’une expédition en Guyane mentionne dans un tableau, un poison appelé ourari et il est associé à la rivière Curitimi et aux indiens Parawaks et Parawianni viviant sur ses bergesLienhard, Histoire du mot Curare 2010 et N. G. Bisset, « War and hunting poisons of the New World. Part 1. Notes on the early history of curare », J. Ethnopharmacol., vol. 36, 1992, .. 1641 Padre Cristóbal de Acuña 1731 Au , le Père José Gumilla nomme le curare et décrit ses effets. Les sud-Amérindiens en enduisent les flèches3754 Curare dart sur https://www.flickr.com qu'ils lancent avec une sarbacane pour chasser Padre José Gumilla, dans El Orinoco ilustrado y defendido, cité dans Horacio Jorge Becco, Historia real y fantástica del Nuevo Mundo.. C'est « le plus violent poison existant à la surface de la Terre : l’homme blessé ne fût-ce que d’une égratignure comme le ferait un épingle, voit son sang se coaguler et il meurt si vite qu’il peut à peine dire trois fois le nom de Jésus. » 1741Le nom de curare apparaît dans le livre L'Orénoque illustré (El Orinoco ilustrado) 1743 L'explorateur et voyageur Charles Marie de La Condamine en rapporte les premiers échantillons connus, en 1745 : il décrit et le poison et l'emploi de la sarbacane et de flèches empoisonnées par les indiens Yameos et Ticunas en juillet 1743 ; il en fait diverses expériences à son retour à Cayenne et à LeydeLienhard, Histoire du mot curare, 2010, pages 21 et 22.. 1769 Edward Nathaniel Bancroft en voyage en Guyane et décrit le poison sous le nom de WooraraLienhard, Histoire du mot curare, 2010 page 23. 1774 Cornélius de Pauw décrit le curare dans ses Recherches philosophiques sur les Américains Cornélius De Pauw, Recherches philosophiques sur les Américains pages 97-202. 1777 - 1788 José Antonio Pavon et Hipólito Ruiz López au Pérou identifient le Chondodendron tomentosum lors d'une expédition. 1783 Le botaniste Schreber le nomme Wurali suivant l'indication d'un habitant du SurinameLienhard, Histoire du mot curare, 2010 page 24.. 1799-1804 Avec Alexander von Humboldt, Aimé Bonpland recherche la liane qui donne le curare, le fameux poison des Indiens du Rio Negro, dans toute l'Amazonie. Dans le Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent lequel a également décrit la préparation du curare, appelé Urari ou bejuco de mavacure préparé avec la liane Mavacure (Strychnos Rouhamon) et les fruits (juvias) du Bertholletia excelsa (ce qui pourrait être une erreur d'attribution). 1812 Charles Waterton fait d'intéressantes découvertes sur le curare au cours d'un voyage en Guyane et en note la recette de la composition du Wourari dont un indien Macuchi lui donna la recette. 1818 L'explorateur et ethnologue John Pinkerton attribue l'invention du curare, « le poison le plus violent connu à ce jour », à la tribu des Gaberres (ou Cabres, Caveres de l'Orénoque).. Alexandre de Humboldt confirme qu'avant leur extermination, les Cabres s'adonnaient beaucoup à la fabrication du curareAlexandre de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent..., Volume 2 page 551 NOTE 2.. Cornelius de Pauw affirmait que les Indiens Caveres n'employaient qu'une seule liane. 1820 Carl Friedrich Philipp von Martius voyageant dans le nord de l'Amazonie avec Johann Baptist von Spix, trouve les deux sources botaniques du curare, dont la plante qu'il appelle Cocculus amazonum, sans doute le chonodendron limaccii folium (Curarea candicans(Rich. ex DC.) Barneby & Krukoff, Mem. New York Bot. Gard. 22(2): 12. 1971. Abuta candicans, Chondrodendron candicans, Abuta limaciifoli), « urari-sipo »Raisonnement Experimental et Recherches Toxicologiques Chez Claude Bernard. Il nomme Urari le poison des Yugis des indiens du Rio Yupura au BrésilLienhard, Histoire du mot curare, 2010 page 25.. 1838 Le missionnaire Thomas Youd vois préparer le curare, et la décrit dans une lettre. Il lui donne son nom vernaculaire, ayant appris la langue des MacuxiJacques Fleurentin, Ethnopharmacologie: sources, méthodes, objectifs : actes du Colloque d'ethnopharmacologie de Metz, du 23 au 25 mars 1990, page 90. 1841 Robert Schomburgk : On the UrariRobert Schomburgk's list of the main ingredients of Macushi Wourali Waterton and Wouralia A T Birmingham 'Department of Physiology and Pharmacology, Medical School, University of Nottingham 1854 Alcide d'Orbigny en fait la description dans son récit de voyage mais l'attribue par erreur au bertholletia, son récit est très proche de celui de Alexandre de Humboldt 1883 Le médecin de marine et explorateur Jules Crevaux, accompagné du breton Eugène Le Janne, fit plusieurs expéditions en Amazonie, il apprit à préparer le curare, grâce au tamouchy Apoïké et d'un sorcier piaroa, une recette : on lui donna la recette du curare contre une hache et cinq francs. Il identifia plusieurs espèces de Strychnos, comme le Strychnos Yapurensis celui qui porte son nom, S. Crevauxii. Il fait paraître Voyages dans l'Amérique du SudChapitre « Curare » dans s Empoisonneurs empoisonnés : Venins et poisons, leur production et leurs fonctions pendant la vie - dangers et utilité pour l'homme Amédée Coutance, J. Rothschild, 1888. 1941 Richard Evans Schultes va chercher la source du curare en AmazonieConversations with an ethnobotanist: from curare to jessenia oilRichard Evans Schultes, Michael Altmann, Otto Smrekar, 1993 ; Field notes on curare constituents in the Northwest Amazonia, Richard Evans Schultes, Robert Francis Raffauf, 1990 Alexandre Krukoff (Plusieurs expéditions en Guyane et Amazonie, spécialiste des StrychnosRecords of B. A. Krukoff (RG4) -Series 16. Strychnos 1930-1938 Richard Gill (1930-1938, expédition en Équateur)Photographies originale de Gill : sarbacane et curare 1965 Vellard, spécialiste du curare et des poisons de chasse de l'Amérique du Sud : Histoire du curare 1958 L'explorateur français Joseph Grelier (Société des explorateurs français) auteur de livres sur l'Orénoque, popularise, en 1958, le curare, en faisant paraître un article dans le Journal de Tintin : « La Vérité sur le Curare ».

Composition

Loganiaceae (liane Strychnos, espèces différentes suivant les régions : (Strychnos guianensis, Strychnos castaneaei, Strychnos crevauxii, Strychnos subcordata, Strychnos toxifera, Strychnos Jobertiana, Strychnos YapurensisRecettes de curare et liane Strychnos : Krukoff and Smith, 1937; Schwacke, 1884), Sciadotenia toxifera (Krukoff and A. C. Smith)« Strychnos à curare » dans Revue internationale de botanique appliquée et d'agriculture tropicale, Volume 27 Muséum national d'histoire naturelle (France) Menispermaceae (Abuta, Chondodendron, Chondodendron tomentosum et Curarea (Krukoff), Macriphylla et Platyphylla, Abuta imene, Abuta ruhescens) parfois employé seul, sans Strychnos. Anomospermum grandiflora Plantes médicinales et médecine traditionnelle d'Afrique Par Abayomi Sofowora Autres extraits de plantes ex.Phytolaccas, Paullinia sorbilis, Paullinia cururu L. AristolochesEmpoisonnement des Armes primitives H. Desmaisons, Bulletin de la Société préhistorique française, Année 1937, Volume 34, Numéro 11, . Aracées (Dieffenbachia), Pipéracées : Arapoucani, Aliméré, Pot peu (faux sahorendi) La préparation du curare, pages 50-52 dans Histoire de la médecine aux Antilles et en Guyane Par Jean-Claude Eymeri. Clathrotropis glaucophylla Tabac, Piments (Capsicum brasilianum)Quinolizidine alkaloids from the curare adjuvant Clathrotropis glaucophylla, SAGEN Anne-Lise ; GERTSCH Jürg ; BECKER Rita ; HEILMANN Jörg ; STICHER Otto, Phytochemistry, 2002, vol. 61, no8, ISSN 0031-9422 ; Plantes épaississantes (Latex d'Euphorbes et Euphorbia cotinifolia), tapioca.

+ Recette du Curare de BancroftMR Lee Curare: the South American arrow poison - HISTORY PDF Nom indigène Partie utilisée Quantité Woorara écorce 6 parts Warracouba coura écorce 2 parts Couranabi racine 1 part Waketi écorce 1 part Hatchy Baly écorce 1 part

+ Recette du Curare de Charles Waterton Nom indigène Partie utilisée Nom latin Urariécorce Strychnos toxifera Arimaru écorce Strychnos cogens Muramu racine et mucilage Cissus? Tarireng non identifié Tararemu non identifié Yakki Strychnos Bredemeyeri (ou S. pedunculata) Manuca racine amère

Classification Classification géographique